{"id":200,"date":"1993-03-04T15:17:00","date_gmt":"1993-03-04T15:17:00","guid":{"rendered":"http:\/\/couleurs-creatives.fr.bofl1482.odns.fr\/1993\/03\/04\/le-partage-du-travail\/"},"modified":"2020-11-13T19:02:57","modified_gmt":"2020-11-13T18:02:57","slug":"le-partage-du-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/1993\/03\/04\/le-partage-du-travail\/","title":{"rendered":"Le partage du travail"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit bien avant les 35heures dont c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;argument majeur. Il reste d&rsquo;actualit\u00e9. L&rsquo;\u00e9conomie est en plein bouleversements sans que ce type de raisonnements fallacieux en tienne compte. Nous sommes dans des mondes \u00e9trangers. Celui des id\u00e9es libres de toute r\u00e9alit\u00e9s et celui d&rsquo;un monde en pleine mutation qui n&rsquo;a pas encore les repr\u00e9sentations ad\u00e9quates pour se faire comprendre.<\/p>\n<p>  Apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;vidence de l&rsquo;inefficacit&eacute; de la  r&eacute;duction du temps de travail pour r&eacute;duire le ch&ocirc;mage  vient l&rsquo;&eacute;vidence de la n&eacute;cessit&eacute; du partage  du travail.<BR><BR>  Un responsable politique disait r&eacute;cemment que le d&eacute;veloppement  des technologies ne pouvait que diminuer le nombre d&#8217;emploi,  alors qu&rsquo;en coeur, pratiquement tous, depuis une d&eacute;cennie  nous pr&ecirc;chaient l&rsquo;inverse avec force r&eacute;f&eacute;rence  aux luttes du 19e si&egrave;cle contre le chemin de fer. Il y  a peu encore la quasi unanimit&eacute; se faisait sur la certitude  qu&rsquo;une meilleure croissance r&eacute;glerait le probl&egrave;me  du ch&ocirc;mage. Une s&eacute;rie de palliatifs suffiraient  pour patienter, TUC, CES&#8230; la liste est longue ! Souvenons nous  encore du ballet entre &quot;traitement social du ch&ocirc;mage,  traitement &eacute;conomique du ch&ocirc;mage&quot;.<BR><BR>  Rajoutons &agrave; la liste ce calcul stupide consistant &agrave;  dire : puisque les plus form&eacute;s ont plus de chance d&rsquo;avoir  un emploi, il faut former les jeunes et les ch&ocirc;meurs pour  qu&rsquo;ils aient du travail. Bilan ?<BR><BR>  Il a fallu un saut dans la courbe du ch&ocirc;mage des cadres  et la chute brutale des recrutements automatiques &agrave; la  sortie des grandes &eacute;coles pour que le doute commence &agrave;  s&rsquo;insinuer.<BR><BR>  Il est quand m&ecirc;me int&eacute;ressant de constater ce ph&eacute;nom&egrave;ne  de g&eacute;n&eacute;ralisation de la nouvelle &eacute;vidence  &quot;le partage du travail&quot;. Pour ne pas &ecirc;tre na&iuml;vement  d&rsquo;accord et donc sauver son image de sage r&eacute;fl&eacute;chissant  &agrave; l&rsquo;avenir de nos soci&eacute;t&eacute;s, chacun y va  de sa nuance : partage du travail ou partage de l&#8217;emploi ; avec  ou sans diminution de salaire, etc.<BR><BR>  Comment ne pas comparer cette &eacute;mergence &agrave; une pouss&eacute;e  de boutons qui fasse craindre qu&rsquo;un peu de temps, 1 an ? 10 ans  ? n&rsquo;en efface les chaleurs et les boursouflures<BR><BR>  Le tableau, s&eacute;v&egrave;re, n&rsquo;est malheureusement qu&rsquo;un  p&acirc;le reflet des ph&eacute;nom&egrave;nes qui se produisent  autour du ch&ocirc;mage dans notre soci&eacute;t&eacute;.<BR><BR>  Le plus grand myst&egrave;re n&rsquo;est-il pas l&rsquo;absence d&rsquo;une analyse  quelque peu distanc&eacute;e des discours, positions et dispositions  des responsables et experts de tous poils au cours de la d&eacute;cennie  ?<BR><BR>  N&rsquo;y a-t-il aucun universitaire, aucun penseur, aucun chercheur  qui trouve utile de proc&eacute;der &agrave; une telle analyse  pour essayer de d&eacute;tecter, sinon les crit&egrave;res de  l&rsquo;efficacit&eacute;, du moins les ressorts de la vanit&eacute;  en la mati&egrave;re ?<BR><BR>  Ne disons pas que personne n&rsquo;a vu clair, mais que les responsables,  relay&eacute;s par les m&eacute;dia et leurs experts, ou bien  n&rsquo;ont port&eacute; qu&rsquo;une attention distraite &agrave; la question,  ce que nous ne croyons pas, ou bien font preuve d&rsquo;un manque cruel  de discernement.<BR><BR>  Mais est ce bien le seul domaine &agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave;  les grandes structures de pens&eacute;e d&rsquo;organisation et d&rsquo;action  sont mal en point ? Sant&eacute;, politique en sont t&eacute;moins.  Nous pensons qu&rsquo;il y a trois obstacles majeurs au discernement.  Leur rep&eacute;rage et les conditions de leur lev&eacute;e ouvriront  les seuls horizons possible &agrave; la r&eacute;solution du  probl&egrave;me qui nous est pos&eacute;.<BR><BR><BR><BR>  <STRONG>I &#8211; LE TRIOMPHE DE L&rsquo;INDIVIDUALISME ET DE L&rsquo;EGOISME<\/STRONG><BR><BR>  &Eacute;rig&eacute; en vertu il justifie moralement chaque personne,  chaque entreprise, chaque collectivit&eacute;, chaque nation,  chaque groupe cat&eacute;goriel de ne consid&eacute;rer les autres  qu&rsquo;&agrave; la seule mesure de ses int&eacute;r&ecirc;ts. Ces  int&eacute;r&ecirc;ts de r&eacute;f&eacute;rence sont d&rsquo;ailleurs  asservis &agrave; la volatilit&eacute; des d&eacute;sirs, humeurs  et perceptions. S&rsquo;il sont souvent mat&eacute;riels, il est surtout  patent qu&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; et sont principalement identificatoires.<BR><BR>  L&rsquo;identit&eacute;, l&rsquo;image, la bonne conscience sont &eacute;videmment  devenus pour beaucoup &agrave; notre &eacute;poque le contenu  majeur de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t. Il est devenu tr&egrave;s facile  et tr&egrave;s utile de se construire une &quot;&eacute;thique&quot;  &agrave; fa&ccedil;on et des &quot;valeurs&quot; id&eacute;elles  qui ne pr&ecirc;tent pas &agrave; cons&eacute;quence en pratique.<BR><BR>  Pourquoi cela fait-il obstacle au discernement ? Parce que seul  le miroir de ses int&eacute;r&ecirc;ts, l&rsquo;admiration de ses propres  vertus et un mirage de r&eacute;alit&eacute; sont objets d&rsquo;attention.<BR><BR>  Le r&eacute;el qui est l&rsquo;alt&eacute;rit&eacute; partag&eacute;e  est hors du champ de conscience.<BR><BR>  Ainsi, les discours sur le ch&ocirc;mage ont laiss&eacute; de  c&ocirc;t&eacute; les gens et leurs &eacute;preuves personnelles.  Le &quot;concept&quot; de ch&ocirc;mage n&rsquo;est pas la r&eacute;alit&eacute;  personnelle et sociale des gens. En voulant &ecirc;tre &quot;proches  des &eacute;lecteurs&quot;, on est proche de repr&eacute;sentations,  miroir des jeux d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts, et pas du r&eacute;el.<BR><BR>  Que faire ? Cesser de justifier publiquement l&rsquo;&eacute;go-centrisme  comme valeur humaine. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;engager la lutte mais  seulement de changer le sens du regard.<BR><BR>  Comment, par exemple, parler de partage du travail en ne conservant  de celui-ci que la valeur sp&eacute;culative &quot;&ccedil;a  ne sert qu&rsquo;&agrave; gagner de l&rsquo;argent&quot; ? Elle est en parfaite  coh&eacute;rence avec la logique sp&eacute;culatrice qui esp&egrave;re  plus du jeu des mises (&eacute;conomie casino) que du labeur  industrieux g&eacute;n&eacute;rateur de &quot;biens&quot;. Si  le travail est engagement sp&eacute;culatif ind&eacute;pendant  de l&rsquo;oeuvre r&eacute;alis&eacute;e en commun et pour la communaut&eacute;  alors, le partage du travail n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;artifice  salvateur d&rsquo;une bonne conscience. On peut pr&eacute;dire, mais  qui s&rsquo;en soucie, qu&rsquo;au-del&agrave; de quelques exp&eacute;riences  mont&eacute;es en &eacute;pingle rien ne changera positivement.<BR><BR>  Que faire pour que sous cet angle cela change ? Repenser la notion  m&ecirc;me d&rsquo;&eacute;conomie ! Et s&rsquo;il s&rsquo;agissait, comme le veut  l&rsquo;&eacute;thymologie, des &quot;r&egrave;gles de la maison&quot;,  c&rsquo;est-&agrave;-dire des modes de production et d&rsquo;&eacute;change  du &quot;bien&quot; commun dont les &quot;biens&quot; et &quot;services&quot;  ne sont que les d&eacute;clinaisons ?<BR><BR><BR>  Alors tout le syst&egrave;me d&rsquo;appr&eacute;ciation et de valeur  change et au lieu de la d&eacute;possession actuelle des personnes,  des localit&eacute;s et des r&eacute;gions de leur &quot;&eacute;conomie&quot;,  une r&eacute;appropriation permettra d&rsquo;envisager une r&eacute;partition  des contributions selon les r&ocirc;les et comp&eacute;tences.  C&rsquo;est cela alors que signifiera le &quot;partage du travail&quot;.<BR><BR>  Mais il est humain de pr&eacute;f&eacute;rer pers&eacute;v&eacute;rer  dans l&rsquo;erreur narcissique gratifiante plut&ocirc;t que de sortir  de la voie de l&rsquo;&eacute;chec. A ceux qui ont &agrave; coeur d&rsquo;&ecirc;tre  responsables de prendre leurs responsabilit&eacute;s pour cette  conversion l&agrave; et au moins prendre part, &agrave; leur  niveau, au travail que cela implique. Il y a l&agrave; oeuvre  commune de conversion &agrave; entreprendre et partage du travail  &agrave; y faire.<BR><BR>  Ne feignons plus de croire qu&rsquo;un nouveau truc, un gri-gri ou  une martingale socio-&eacute;conomique permettra de s&eacute;duire  et tenter le sort sans avoir &agrave; se mouiller, sans avoir  &agrave; remettre en question l&rsquo;&eacute;gol&acirc;trie confortable  du moment.<BR><BR>  <STRONG><BR>  II &#8211; LE TRIOMPHE DU CONFORMISME INTELLECTUEL JUSQUE DANS L&rsquo;ANTI-CONFORMISME<\/STRONG><BR><BR>  Il y a d&eacute;j&agrave; quelques temps que l&rsquo;on annonce la  mort des id&eacute;ologies. Or, la cr&eacute;dulit&eacute; et  la normalisation mentale n&rsquo;ont jamais &eacute;t&eacute; aussi  grandes. Les d&eacute;bats ne touchent plus aux racines des &quot;id&eacute;es&quot;,  des &quot;id&eacute;aux&quot;, mais &agrave; leur accommodement.  C&rsquo;est comme cela qu&rsquo;on en &eacute;tait arriv&eacute; &agrave;  parler de &quot;consensus mou&quot;, sans se rendre compte que  sur le fond le terme consensus signifie &quot;sens partag&eacute;&quot;  et que son usage &eacute;liminait toute r&eacute;f&eacute;rence  au sens et en venait m&ecirc;me &agrave; la confusion des sens.<BR><BR>  Si l&rsquo;on ne va pas au fond des choses, &agrave; leur racine, &agrave;  la racine des hommes, de leur humanit&eacute;, &agrave; celle  des peuples, &agrave; celle des probl&egrave;mes, comment peut-on  y comprendre quelque chose.<BR><BR>  A la place, le jeu des images, le jeu des codes sociaux, le jeux  des id&eacute;es en l&rsquo;air se substitue &agrave; la confrontation  au r&eacute;el.<BR><BR>  Par exemple, tout le monde, ou presque, est favorable &agrave;  l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute;. Mais qui &eacute;dite et  dicte les &quot;lois du march&eacute;&quot; ? Qui d&eacute;cide  que ces &quot;fictions conceptuelles&quot; sont plus intangibles  que les lois humaines ? Qui fait parler le march&eacute;. &quot;Le  march&eacute; demande que, &#8230; exige que&#8230;, impose que&#8230;,&quot;  qui dit cela ? Que ne fait-on pas au nom du march&eacute; ? Les  agriculteurs, par exemple, sont pris depuis fort longtemps entre  une double injonction.<BR><BR>  Croire que c&rsquo;est &quot;le march&eacute;&quot; qui gouverne et  qu&rsquo;il faut s&rsquo;y adapter pour survivre ou en b&eacute;n&eacute;ficier.  Croire que c&rsquo;est &quot;Bruxelles&quot; qui gouverne et qu&rsquo;il  faut s&rsquo;y adapter pour survivre ou en b&eacute;n&eacute;ficier.<BR><BR>  Le r&eacute;sultat est la perte des rep&egrave;res, la d&eacute;possession  de toute pens&eacute;e &eacute;conomique propre, la perte de  toute autonomie et de toute originalit&eacute;, l&agrave; m&ecirc;me  o&ugrave; on croyait cultiver un esprit d&rsquo;ind&eacute;pendance.<BR><BR>  Un sursaut se produit, trop c&rsquo;est trop, et le C.N.J.A. qui a  sans doute de bonnes sources, en appelle au Sens de l&rsquo;action,  au r&eacute;enracinement dans les hommes des finalit&eacute;s  agricoles.<BR><BR>  La notion de &quot;march&eacute;&quot; telle quelle est actuellement  utilis&eacute;e la plupart du temps dans les analyses et les  d&eacute;cisions est sans fondement conceptuel. Cela ne veut  pas dire qu&rsquo;il n&rsquo;y en a pas de possible mais que cela n&rsquo;int&eacute;resse  personne. La r&eacute;p&eacute;tition de l&rsquo;id&eacute;e, sa standardisation,  sa reprise par l&rsquo;opinion font force de loi scientifique. Le conformisme  ne rel&egrave;ve que de cette cr&eacute;dulit&eacute; l&agrave;.<BR><BR>  Le partage du travail peut &ecirc;tre une &quot;id&eacute;e en  l&rsquo;air&quot;. Cela en a tout l&rsquo;air. C&rsquo;est cela une vrai abstraction  comme l&rsquo;abstraction du &quot;march&eacute; international&quot;  que personne n&rsquo;a jamais vu mais dont tous parlent savamment en  son nom (c&rsquo;est bien pratique) ou pour en faire l&rsquo;explication  (vaine) de la duret&eacute; des temps.<BR><BR>  Que faire ? Cesser de croire que la r&eacute;alit&eacute; de  l&rsquo;oc&eacute;an, c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;cume des vagues. Cesser de croire  qu&rsquo;un nouveau mod&egrave;le de distribution du travail &eacute;quilibrera  les comptes du ch&ocirc;mage.<BR><BR>  Le travail est un acte humain, individuel et collectif. Ce n&rsquo;est  pas une entit&eacute; math&eacute;matique que l&rsquo;on peut diviser,  r&eacute;partir, distribuer &agrave; loisir selon les calculs  de la raison ou de nos meilleurs ordinateurs.<BR><BR>  Peut-&ecirc;tre, faut-il redistribuer le &quot;temps de travail&quot;,  le &quot;droit au travail&quot; dont chacun disposerait d&rsquo;une  &quot;certaine quantit&eacute;&quot; pour quelque raison que  ce soit. On pourrait m&ecirc;me instaurer des tickets de rationnement.  La d&eacute;rision du propos ne doit pas cacher la gravit&eacute;  de la d&eacute;viance qui fait des notions, par lesquelles on  traite les probl&egrave;mes souvent cruels, des leurres sans  prises sur le r&eacute;el parce ce que coup&eacute;s de leurs  racines.<BR><BR>  Mais ne faut-il pas s&rsquo;interroger sur l&rsquo;efficacit&eacute; r&eacute;elle  des montagnes de mesures, dispositifs, appareils et autres arrangements  pris avec forces lois, d&eacute;crets et circulaires ?<BR><BR>  Il serait facile de d&eacute;noncer comme id&eacute;ologues leurs  auteurs sans s&rsquo;interroger sur ses propres cr&eacute;dulit&eacute;s.<BR><BR>  Il serait facile de reporter sur d&rsquo;autres leurres plan&eacute;taires  la seule cause des &eacute;checs. La &quot;conjoncture&quot;,  par exemple, est devenue cette entit&eacute;, cause de tous nos  maux, &agrave; laquelle on oppose surtout des jeux de mots.<BR><BR>  Lorsque l&rsquo;on travaille aupr&egrave;s d&rsquo;un chef d&rsquo;entreprise,  d&rsquo;un groupement d&rsquo;agriculteurs, d&rsquo;un &eacute;lu ou de tous autres  responsables et qu&rsquo;on les aide &agrave; se faire &agrave; nouveau  les auteurs de leurs projets, de leurs analyses, de leurs engagements  alors ils retrouvent une foi certaine. Il faut s&rsquo;interroger sur  le go&ucirc;t actuel de la gestion des leurres.<BR><BR>  Il faut se demander ce que peut signifier le partage du travail  comme partage d&rsquo;actes humains, partage d&rsquo;actes d&rsquo;entreprendre  sinon une prise de responsabilit&eacute;, comme auteurs, des  enjeux et des modalit&eacute;s de nos entreprises.<BR><BR>  il ne faut pas laisser &quot;la conjoncture&quot;, &quot;le march&eacute;&quot;,  &quot;la n&eacute;cessit&eacute; du partage du travail&quot;  nous dicter leur loi, par la bouche des experts ventriloques  auxquels est plus pr&ecirc;t&eacute;e oreille qu&rsquo;&agrave; la  voix des profondeurs de l&rsquo;exp&eacute;rience humaine des gens  et des responsables eux-m&ecirc;mes.<BR><BR>  <STRONG><BR>  III &#8211; LE TRIOMPHE DE L&rsquo;EVIDENCE MATERIALISTE<\/STRONG> <BR><BR>  Un troisi&egrave;me obstacle au discernement est l&rsquo;&eacute;vidence,  cette r&eacute;dition du jugement qui consiste &agrave; se rendre  &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence, comme &agrave; un constat fatal et  n&eacute;cessaire.<BR><BR>  Ou bien les choses sont ce qu&rsquo;elles sont et il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;&agrave;  prendre la mesure des choses et s&rsquo;en arranger. C&rsquo;est la dictature  de la n&eacute;cessit&eacute;, de la fatalit&eacute;. Ou bien  les choses valent par les esp&eacute;rances (ou d&eacute;sesp&eacute;rances)  dont on les investit et alors nous avons prise sur nos buts et  les voies emprunt&eacute;es. Nous pouvons y mesurer les situations  et les ph&eacute;nom&egrave;nes. <BR><BR>  S&rsquo;il y a une souffrance inh&eacute;rente au ch&ocirc;mage alors  c&rsquo;est que nous nous sommes engag&eacute;s dans une mauvaise voie  et que nos buts sont &agrave; remettre en question.<BR><BR>  Si nous ne le faisons pas, il n&rsquo;y a aucune raison pour que la  pers&eacute;v&eacute;rance ne conduise &agrave; l&rsquo;aggravation.  C&rsquo;est ce qui se passe depuis si longtemps.<BR><BR>  Par quel myst&egrave;re est-on incapable de prolonger les trajectoires  sur lesquelles nous nous sommes engag&eacute;s ?<BR><BR>  Par exemple, comment est-il possible que les d&eacute;localisations  industrielles n&rsquo;aboutissent pas &agrave; la d&eacute;sertification  des pays dont les exigences socio-&eacute;conomiques des &quot;travailleurs&quot;  sont si d&eacute;mesur&eacute;ment sup&eacute;rieures &agrave;  celles de l&rsquo;immense majorit&eacute; du globe ?<BR><BR>  Cela n&#8217;emp&ecirc;che pas de pr&ocirc;ner un libre &eacute;change,  une libre circulation qui ne peuvent qu&rsquo;acc&eacute;l&eacute;rer  le processus et de penser que la protection de son &eacute;conomie  n&rsquo;est que protectionnisme sacril&egrave;ge ou archa&iuml;sme  nationaliste r&ecirc;vant d&rsquo;autarcie.<BR><BR>  Comment est-il possible de croire que l&rsquo;&eacute;galit&eacute;  est respect&eacute;e lorsque de minuscules acteurs &eacute;conomiques  sont sens&eacute;s avoir les m&ecirc;mes droits et les m&ecirc;mes  devoirs concurrentiels que les mastodontes ?<BR><BR>  Comment est-il possible de ne pas remarquer que des populations  &quot;primitives&quot; ont su assurer leur subsistance et leur  d&eacute;veloppement et que des &quot;millions&quot; de personnes  largement &eacute;duqu&eacute;es, civilis&eacute;es et m&ecirc;me  exp&eacute;riment&eacute;es n&rsquo;ont pas entre leurs mains les moyens  de construire, quitte &agrave; reconstruire, des communaut&eacute;s  de vie et de travail. Ils se trouvent d&eacute;poss&eacute;d&eacute;s  de leur capacit&eacute; &eacute;conomique. Pourquoi ?<BR><BR>  S&rsquo;il s&rsquo;agit de porter un jugement sur l&rsquo;existence de millions  de ch&ocirc;meurs, sur la d&eacute;sertification de territoires  entiers longuement travaill&eacute;s par l&rsquo;homme, sur la disparition  de la population agricole, sur le sentiment d&rsquo;impuissance devant  ces ph&eacute;nom&egrave;nes, alors il faut se questionner sur  les esp&eacute;rances que nous portons, sur les vis&eacute;es  que nous poursuivons, sur l&rsquo;exercice de notre libert&eacute;  de choisir.<BR><BR>  Si nous renon&ccedil;ons &agrave; cette exigence alors la fatalit&eacute;  r&eacute;pond &agrave; notre place, se fait responsable et le  travail n&rsquo;est plus l&rsquo;effort engag&eacute; dans une vis&eacute;e  proprement humaine. <BR><BR>  Le travail devient une substance, une masse mat&eacute;rielle  que l&rsquo;on peut couper en tranches, ou en miettes, que l&rsquo;on peut  peser, d&eacute;couper, vendre ou acheter et que l&rsquo;on peut, en  p&eacute;riode de raret&eacute;, rationner.<BR><BR>  Si la taille du g&acirc;teau diminue ou la population augmente,  il faut couper de plus petites parts. Le partage du travail compris  comme cela (mais non voyons !) n&rsquo;est que la suite logique de  cette r&eacute;dition aux &eacute;vidences d&rsquo;un mat&eacute;rialisme  &eacute;conomique dont les concr&eacute;tions encombrent et embrument  nos cerveaux. M&ecirc;me si le g&acirc;teau est amer. (le travail  est une peine dont il faut se d&eacute;barrasser, c&rsquo;est bien  connu), la solidarit&eacute; va jusque l&agrave; : Il faut partager  le travail. Il ne reste plus qu&rsquo;&agrave; trouver le couteau du  partage. Gageons qu&rsquo;il s&rsquo;aiguisera &agrave; la mesure de la mont&eacute;e  des culpabilisations.<BR><BR>  Les bourreaux de travail seront-ils condamn&eacute;s ? Rendez-vous  &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence et vous le constaterez bient&ocirc;t.<BR><BR>  A moins que vous jugiez que le sens de la marche et de l&rsquo;histoire  n&rsquo;est pas sain et que, d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment vous  affrontiez la question des finalit&eacute;s, des buts et des  voies qui permettent de rassembler les efforts, c&rsquo;est-&agrave;-dire  d&rsquo;en partager le travail.<BR><BR>  Si on &eacute;vite le d&eacute;bat sur ses finalit&eacute;s,  celles des entreprises, celle de toute &eacute;conomie, alors  le partage du travail n&rsquo;a pas de sens.<BR><BR>  Pour conclure, il nous faut faire l&rsquo;aveu que nous avons quelque  responsabilit&eacute; &agrave; ce qu&rsquo;il nous arrive.<BR><BR>  Si nous ne pouvons pas pr&eacute;tendre nous rendre parfaitement  ma&icirc;tre de notre destin personnel et collectif, toute la  dignit&eacute; humaine r&eacute;side dans la possibilit&eacute;  d&rsquo;oeuvrer &agrave; cela. L&rsquo;humanisation du monde n&rsquo;est rien d&rsquo;autre  que la culture de notre dignit&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre humain.<BR><BR>  Notre abdication devant cette exigence vertueuse nous enferme  dans les cercles vicieux o&ugrave; toute pers&eacute;v&eacute;rance  aggrave la situation.<BR><BR>  Qui osera &eacute;tablir les corr&eacute;lations entre la courbe  du ch&ocirc;mage effectif et celle des mesures prises pour y  parer. Notre choix est l&agrave; : pers&eacute;v&eacute;rer,  s&rsquo;accommoder de la fatalit&eacute;, proc&eacute;der &agrave;  quelques arrangements opportuns ou bien redonner sens aux enjeux  et aux moyens, mots et id&eacute;es, au bien commun. Alors le  &quot;partage du travail&quot; y trouvera aussi son sens.<BR><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit bien avant les 35heures dont c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;argument majeur. Il reste d&rsquo;actualit\u00e9. L&rsquo;\u00e9conomie est en plein bouleversements sans que ce type de raisonnements fallacieux en tienne compte. Nous sommes dans des mondes \u00e9trangers. Celui des id\u00e9es libres de toute r\u00e9alit\u00e9s et celui d&rsquo;un monde en pleine mutation qui n&rsquo;a pas encore les repr\u00e9sentations ad\u00e9quates pour se faire comprendre.<\/p>\n","protected":false},"author":682,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[59],"tags":[],"class_list":["post-200","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-f333-lactivite-humaine"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200","targetHints":{"allow":["GET","POST","PUT","PATCH"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/users\/682"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=200"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1126,"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/200\/revisions\/1126"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=200"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=200"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=200"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}