{"id":891,"date":"2005-03-12T17:13:41","date_gmt":"2005-03-12T17:13:41","guid":{"rendered":"http:\/\/couleurs-creatives.fr.bofl1482.odns.fr\/2005\/03\/12\/projets-territoriaux\/"},"modified":"2020-12-15T16:18:39","modified_gmt":"2020-12-15T15:18:39","slug":"projets-territoriaux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/2005\/03\/12\/projets-territoriaux\/","title":{"rendered":"Projets territoriaux"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">De tous c\u00f4t\u00e9s \u00e9merge l&rsquo;\u00e9vidence de devoir envisager des projets de d\u00e9veloppement pour les communaut\u00e9s territoriales. Tous les jours on voit combien c&rsquo;est contre culturel et que se dresse des oppositions dont le pire des travers est d&#8217;emprunter le discours et de continuer \u00e0 faire l&rsquo;inverse. Faudra-t-il une catastrophe nationale pour que \u00e7a change? D&rsquo;o\u00f9 peut venir la p\u00e9dagogie du changement? Certainement pas de ceux qui ont plant\u00e9 leur tente sur les opportunit\u00e9s d&rsquo;un syst\u00e8me devenu contre productif.<\/p>\n<p>La notion de projet dans les collectivit\u00e9s locales est devenue un lieu d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 majeur mais elle entre aussi dans une crise salutaire. La r\u00e9volution qui s&rsquo;amorce \u00e9chappe souvent aux regards. Elle aura pourtant des cons\u00e9quences bien au-del\u00e0 des projets et m\u00eame des territoires.<\/p>\n<p><strong>La logique de guichet<\/strong><\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;on pense projet dans les collectivit\u00e9s locales on n&rsquo;est quelques fois pas loin des id\u00e9es habituelles en provenance des entreprises. Projets dans les organisations et les services souvent soucieux de m\u00e9thodes de management modernes. Projets de r\u00e9alisation ou construction de grands travaux o\u00f9 l&rsquo;ing\u00e9nierie de projet n&rsquo;a rien de sp\u00e9cifique en dehors des conditions et contraintes particuli\u00e8res li\u00e9es au contexte juridique, administratif, social et politique.<\/p>\n<p>Cependant, en regardant de plus pr\u00e8s on s\u0091aper\u00e7oit qu&rsquo;il y a souvent une assimilation : projet \u00e9gal dossier. Monter un projet c&rsquo;est monter un dossier, souvent dossier de financement, en qu\u00eate de subvention. Nous voyons l\u00e0 appara\u00eetre cette cat\u00e9gorie sp\u00e9ciale des \u201cprojets papiers\u201d (bient\u00f4t num\u00e9ris\u00e9s).<\/p>\n<p>Les pouvoirs publics ont du, au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, insister, avec l&rsquo;\u00e9mergence des nouveaux territoires, sur le d\u00e9veloppement d&rsquo;une \u201clogique de projet\u201d \u00e0 la place d&rsquo;une \u201clogique de guichet\u201d. Qu&rsquo;est-ce que cela veut dire ? Qu&rsquo;une culture excessivement juridico-administrative et financi\u00e8re, encourag\u00e9e par certains dispositifs de financement de l&rsquo;Etat et de l&rsquo;Europe, entre autres, a d\u00e9velopp\u00e9 une expertise sp\u00e9ciale: monter des projets en fonction des \u201cguichets\u201d de financement selon des crit\u00e8res propres.<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 tout un art de la gestion territoriale. La r\u00e9alisation des projets, dont l&rsquo;\u00e9valuation est le plus souvent l&rsquo;arl\u00e9sienne, se perd ensuite dans les al\u00e9as des bonnes ou mauvaises volont\u00e9s. Volont\u00e9 le mot cl\u00e9 est prononc\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La logique de projet<\/strong><\/p>\n<p>Par opposition elle consiste \u00e0 \u201cprojeter\u201d une volont\u00e9 dans un projet qui en d\u00e9ploie ainsi de fa\u00e7on structur\u00e9e et appropri\u00e9e toutes les composantes n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;accomplissement de cette volont\u00e9, et \u00e0 la ma\u00eetrise du projet.<\/p>\n<p>Nous voil\u00e0 au pied du mur. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont vu la mise en \u0153uvre des lois sur l&rsquo;intercommunalit\u00e9 pour la cr\u00e9ation de communaut\u00e9s de communes, communaut\u00e9s d&rsquo;agglom\u00e9ration ou pays principalement. Ces \u201cnouveaux territoires\u201d sont appel\u00e9s \u00e0 \u00e9laborer un projet dit projet de territoire. Le l\u00e9gislateur semble bien avoir vu la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une volont\u00e9 collective, de sa projection dans le futur (prospective, strat\u00e9gie) avec toutes les suggestions de concertation et de gouvernance, tant pour l&rsquo;\u00e9laboration du projet que pour sa r\u00e9alisation. Ces projets sont sens\u00e9s pr\u00e9parer ensuite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de contractualisations avec l&rsquo;Etat et la R\u00e9gion notamment. Cependant la logique de guichet pr\u00e9dominant c&rsquo;est le contrat qui seul mobilise et le projet est pour beaucoup un pensum sans int\u00e9r\u00eat qui tourne au simulacre.<\/p>\n<p><strong>L\u00e0 commence la r\u00e9volution.<\/strong><\/p>\n<p>Cette difficult\u00e9 provient d&rsquo;un h\u00e9ritage multi-s\u00e9culaire et d&rsquo;une culture antinomique avec la logique de projet.<\/p>\n<p>En effet si on se souvient que la d\u00e9centralisation n&rsquo;a commenc\u00e9 en France il y a seulement un peu plus de 20 ans, il faut comprendre que les collectivit\u00e9s territoriales \u00e9taient ant\u00e9rieurement \u201csous tutelle\u201d, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans une position de mineures.<\/p>\n<p>Ainsi, hormis avec quelques personnalit\u00e9s politiques hors du commun, la plupart des collectivit\u00e9s territoriales n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 ce type de question sur elles-m\u00eames et leur avenir. Elles n&rsquo;en ont aucune exp\u00e9rience et m\u00eame le plus souvent aucune id\u00e9e. Mieux les techniciens qui les servent (services internes, bureaux d&rsquo;\u00e9tudes ext\u00e9rieurs, services de l&rsquo;Etat et des collectivit\u00e9s territoriales) sont form\u00e9s eux-m\u00eames \u00e0 une toute autre culture qui d&rsquo;ailleurs se retrouve plus \u00e0 l&rsquo;aise dans la logique de guichet pr\u00e9dominante.<\/p>\n<p>Cette opposition culturelle, dans la pens\u00e9e, dans les m\u00e9thodes et les habitudes et tous les r\u00e9flexes \u00e9tablis se joue sur des enjeux majeurs dont la notion de projet territorial est le r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un projet territorial?<\/strong><\/p>\n<p>Nous allons nous r\u00e9f\u00e9rer aux conceptions de l&rsquo;Humanisme M\u00e9thodologique pour en montrer les caract\u00e9ristiques essentielles auxquelles s&rsquo;opposent les conceptions classiques.<\/p>\n<p><em>Tout d&rsquo;abord la vision du territoire<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;expression \u201cprojet de territoire\u201d peut \u00eatre entendue notamment de deux mani\u00e8res.<\/p>\n<p>Dans un cas il y a l\u00e0 une communaut\u00e9 humaine (les appellations communaut\u00e9 de communes, communaut\u00e9 d&rsquo;agglom\u00e9ration devraient le rappeler). Elle doit avoir une conscience collective c&rsquo;est-\u00e0-dire une identit\u00e9 pour elle-m\u00eame et pour les autres telle que ceux qui en font partie puissent dire \u201cnous\u201d. C&rsquo;est la condition de l&rsquo;existence d&rsquo;un Sens du bien commun. Il faut aussi que la communaut\u00e9 puisse dire \u201cje\u201d c&rsquo;est-\u00e0-dire avoir une intention, une volont\u00e9 et, par suite, un projet \u00e0 concevoir et \u00e0 entreprendre.<\/p>\n<p>D\u00e9s lors il faut s&rsquo;int\u00e9resser de pr\u00e8s \u00e0 la formation des communaut\u00e9s humaines territoriales, \u00e0 leur conscience collective, \u00e0 leur devenir et aux conditions communautaires de leur d\u00e9veloppement. Voil\u00e0 les sources d&rsquo;une ing\u00e9nierie de projets territoriaux.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cela on a une vision du territoire de plus en plus cartographique (d\u00e9veloppement des syst\u00e8mes d&rsquo;information cartographique SIG). La carte devient le territoire et un espace commun aux diff\u00e9rents techniciens de la gestion des choses, urbaines, environnementales, patrimoniales, juridiques, administratives. Un espace \u00e0 deux dimensions sans histoire sans int\u00e9riorit\u00e9 humaine, sans culture propre.<\/p>\n<p>La modernit\u00e9 nous a amen\u00e9 les visions syst\u00e9miques, la gestion des flux, l&rsquo;analyse statistique des populations et de l&rsquo;\u00e9conomie. Voil\u00e0 ce qui tient lieu de science (et de conscience) aux meilleurs experts et sp\u00e9cialistes de la gestion de ces choses l\u00e0.<\/p>\n<p><em>\u201cL&rsquo;expertise contribue \u00e0 fa\u00e7onner des soci\u00e9t\u00e9s incapables de se gouverner et incapables pour commencer de se consid\u00e9rer\u201d<\/em> Marcel Gauchet \u201cLa condition historique\u201d \u00e9dition Stock 2003.<\/p>\n<p>Les hommes, les communaut\u00e9s humaines, les finalit\u00e9s humaines, le bien commun, le devenir et le d\u00e9veloppement humain, la volont\u00e9, l&rsquo;ambition collective tout ce qui d\u00e9termine un projet de territoire, un projet de communaut\u00e9 majeure, tout cela est \u00e9vacu\u00e9, ignor\u00e9. Ce qui est de l&rsquo;ordre du politique, le gouvernement des hommes (la gouvernance dirait-on aujourd&rsquo;hui) est renvoy\u00e9 par les techniciens et sp\u00e9cialistes \u201ctut\u00e9laires\u201d \u00e0 la condition mineure, celle que l&rsquo;exp\u00e9rience coloniale assignait aux indig\u00e8nes et aux \u201cchefferies locales\u201d.<\/p>\n<p>La nouvelle perspective, celle de communaut\u00e9s territoriales majeures, suppose que le projet soit celui de la communaut\u00e9 pas celui des techniciens. Il y a l\u00e0 une question qui touche aussi \u00e0 l&rsquo;essence du politique.<\/p>\n<p>Claude Rochet dans son livre \u201cGouverner par le bien commun\u201d, \u00e9ditions Fran\u00e7ois Xavier de Guibert 2001, met face \u00e0 face deux conceptions du politique, celle qui s&rsquo;identifie \u00e0 la recherche et la poursuite du bien commun et la conception \u201cmachiav\u00e9lienne\u201d que seule l&rsquo;addiction pour le pouvoir alimente.<\/p>\n<p>Dans le premier cas il ne peut y avoir de bien commun que s&rsquo;il y a communaut\u00e9 et en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son devenir. C&rsquo;est ce qui justifie le projet comme \u00e9mergence et poursuite du bien commun. Cela suppose que le projet soit appropri\u00e9 par la communaut\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire la population, par le jeu des r\u00f4les et repr\u00e9sentations que la d\u00e9mocratie lui donne et donc par le relais des acteurs qui les incarnent.<\/p>\n<p>Cette appropriation est indissociable de l&rsquo;\u00e9laboration, de la conduite et de toute r\u00e9alisation. En effet c&rsquo;est la communaut\u00e9 qui se dote d&rsquo;un projet c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une repr\u00e9sentation partag\u00e9e du bien commun, c&rsquo;est elle qui le r\u00e9alise par le foisonnement de ses initiatives et c&rsquo;est elle qui se dote des moyens de le conduire et de l&rsquo;\u00e9valuer, moyens politiques, strat\u00e9giques et op\u00e9rationnels.<\/p>\n<p>A l&rsquo;inverse la communaut\u00e9 est d\u00e9sappropri\u00e9e de son devenir, de son bien commun au nom d&rsquo;un \u201cint\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u201d souvent tr\u00e8s particulier. On attend l\u00e0 des politiques qu&rsquo;ils \u201cfassent passer\u201d, s\u00e9duisent, communiquent, fassent preuve d&rsquo;habilit\u00e9 au service du grand pouvoir technocratique. Communication, d\u00e9bat, concertation et m\u00eame appropriation appartiennent alors au langage machiav\u00e9lien.<\/p>\n<p>Comment faire aval(is)er les calculs (plus ou moins clairs) des experts? Telle est la question. On a m\u00eame invent\u00e9 une expression \u00e9tonnante \u201cle porter \u00e0 connaissance\u201d. On fait donc \u201cdu porter \u00e0 connaissance\u201d, r\u00e9ification du verbe et du sujet.<\/p>\n<p>Or l&rsquo;appropriation d&rsquo;un projet territorial est une question d\u00e9cisive qui rel\u00e8ve de la connaissance des communaut\u00e9s humaines et des ph\u00e9nom\u00e8nes et processus d&rsquo;identit\u00e9 collective, de conscience collective et comme on le pressent de plus en plus, \u201cd&rsquo;intelligence collective\u201d sinon de comp\u00e9tence collective. Quand on parle de \u201ccomp\u00e9tences territoriales\u201d il s&rsquo;agit actuellement de pr\u00e9rogatives administratives distribu\u00e9es comme si on pouvait d\u00e9couper la vie des communaut\u00e9s humaines en tranches ind\u00e9pendantes.<\/p>\n<p>La conception et la conduite de processus d&rsquo;appropriation active est d\u00e9cisive pour le projet territorial. Elle est ignor\u00e9e le plus souvent dans sa nature r\u00e9elle par les acteurs traditionnels.<\/p>\n<p><em>La dynamique communautaire du projet<\/em><\/p>\n<p>Un projet territorial n&rsquo;est pas un \u201cmachin\u201d que l&rsquo;on con\u00e7oit et, une fois con\u00e7u et d\u00e9cid\u00e9, que l&rsquo;on confie \u00e0 quelque ma\u00eetre d&rsquo;oeuvre. Un projet territorial n&rsquo;est pas un dossier o\u00f9 figurent tous les objectifs et les conditions d&rsquo;ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>Il faut renoncer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un projet soit d&rsquo;abord con\u00e7u puis donn\u00e9 \u00e0 ex\u00e9cuter. Un projet territorial est, comme on l&rsquo;a vu une \u201cprojection\u201d dans le futur de la communaut\u00e9 par elle-m\u00eame. Mais cette projection n&rsquo;est pas qu&rsquo;une projection mentale, c&rsquo;est aussi une \u201cmise en mouvement\u201d.<\/p>\n<p>En effet un projet territorial, s&rsquo;il doit trouver des expressions formalis\u00e9es, est l&rsquo;occasion d&rsquo;une maturation collective, d&rsquo;une mobilisation, d&rsquo;une mise en mouvement des acteurs (ou \u201cforces vives\u201d) de la cit\u00e9.Si bien que l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un projet, si elle est aussi un travail de conception, de motivation, est aussi une mise en route de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Une communaut\u00e9 ne se met pas en route au coup de sifflet ou \u201ccomme un seul homme\u201d. Elle le fait d&rsquo;abord en esprit, l\u00e0 o\u00f9 se construisent en premier lieu les projets et elle le fait par des relais, des t\u00e2tonnements, des entra\u00eenements, des p\u00e9dagogies, des mobilisations progressives. Un projet territorial doit engager cela et sa r\u00e9alisation le d\u00e9ployer. Il faut donc insister sur le fait que ce d\u00e9ploiement pourra prendre des formes inattendues, impr\u00e9vues comme toutes choses humaines.<\/p>\n<p>Le projet n&rsquo;est pas un \u201cbon pour ex\u00e9cution conforme\u201d (tellement plus facile en apparence). Il faut dire aussi qu&rsquo;il n&rsquo;est pas non plus une fin en soi mais un moyen de poursuite du bien commun.<\/p>\n<p>Il est vrai que pour des communaut\u00e9s mineures, gouvern\u00e9es selon le principe machiav\u00e9lien, la vertu administrative et technicienne jugera plus s\u00fbr de leur imposer ce qui est bien pour elle venant d&rsquo;une \u201ccivilisation sup\u00e9rieure\u201d. Le moindre technicien de services territoriaux se sent l\u00e9gitim\u00e9 \u00e0 penser cela.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9volution du projet<\/strong><\/p>\n<p>Les collectivit\u00e9s locales et tous les espaces du politique sont aux prises avec cette r\u00e9volution \u00e0 tous les niveaux jusqu&rsquo;au niveau national et au-del\u00e0. Suffira-t-il d&rsquo;\u00e9voquer le \u201cprojet Europ\u00e9en\u201d pour que l&rsquo;on voit tout le questionnement ant\u00e9rieur, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un territoire local, \u00e9clater \u00e0 grande \u00e9chelle dans le m\u00eame dilemme.<\/p>\n<p>Penser communaut\u00e9s territoriales majeures, mues par la poursuite du bien commun d\u00e9bouche sur la question du projet comme moyen d&rsquo;\u00e9mergence, de maturation et d&rsquo;entra\u00eenement collectif. Son absence ou sa r\u00e9duction traditionnelle entra\u00eene \u00e0 une d\u00e9s-appropriation qui devient bien vite d\u00e9saffection.<\/p>\n<p>Mais alors tournons nous vers les projets d&rsquo;entreprises, n&rsquo;est-ce pas aussi des communaut\u00e9s humaines engag\u00e9es. Ne serait-il pas temps d&rsquo;y repenser la notion de projet, non plus comme la programmation d&rsquo;une r\u00e9alisation mat\u00e9rielle mais comme l&rsquo;\u00e9mergence et l&rsquo;accomplissement d&rsquo;une ambition collective (y compris dans ses mat\u00e9rialisations). Il y a de quoi r\u00e9volutionner la notion de projet et les pratiques qui s&rsquo;y rapportent sans tomber dans les errances na\u00efves et simplistes du pass\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la structure anthropologique trialectique Sujet-Objet-Projet, la structure ternaire mise en \u00e9vidence par l&rsquo;Humanisme M\u00e9thodologique, ces articulations sont mises en \u00e9vidence dans leurs causes et dans leurs modalit\u00e9s. Les philosophes classiques n&rsquo;avaient pas vu la question du projet comme troisi\u00e8me terme. Nos experts, sp\u00e9cialistes et techniciens ont fait souvent abstraction du sujet. Reste l&rsquo;abstraction de l&rsquo;objet dont certains mod\u00e8les avanc\u00e9s font la condition de leur r\u00e9ussite (cognitive, proc\u00e9dures).<\/p>\n<p><strong>\u00c9l\u00e9ments de m\u00e9thodologie compar\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s les m\u00e9thodes de l&rsquo;Humanisme M\u00e9thodologique appliqu\u00e9es aux projets de territoire, aux projets d&rsquo;am\u00e9nagement, de pr\u00e9vention des risques, projets touristiques, projets sociaux, projets \u00e9conomiques, culturels, urbanistiques, etc., les grandes lignes en sont les suivantes.<\/p>\n<p>La premier pas consiste \u00e0 \u00e9lucider les racines culturelles et historiques de la communaut\u00e9 territoriale (\u00e9tudes de coh\u00e9rences culturelles) pour fonder une identit\u00e9. On proc\u00e8de ensuite \u00e0 une \u00e9valuation prospective de ce potentiel pour dessiner une ambition possible, celle d&rsquo;une vocation, d&rsquo;un positionnement dans le monde qui vient (en mutation). Cela va permettre de donner une orientation politique exprim\u00e9e aussi par une \u00e9bauche de projet.<\/p>\n<p>Viens apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement, d&rsquo;un projet cadre avec une participation \u00e9largie en fonction de la culture et de la maturit\u00e9 de la communaut\u00e9 territoriale.<\/p>\n<p>Enfin reste \u00e0 engager un processus de concertation \u00e9largi pour l&rsquo;\u00e9laboration du projet et la mise en mouvement communautaire. Des contributions techniques viendront \u00e0 ce stade consolider les \u00e9laborations et les r\u00e9alisations.<\/p>\n<p>Ces grandes phases se heurtent bien s\u00fbr \u00e0 des probl\u00e8mes inh\u00e9rents aux ph\u00e9nom\u00e8nes humains et \u00e0 l&rsquo;histoire singuli\u00e8re de chaque communaut\u00e9 territoriale dont l&rsquo;exp\u00e9rience montre aussi l&rsquo;extraordinaire richesse et diversit\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral totalement insoup\u00e7onn\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle se heurte surtout aux habitudes de pens\u00e9e et de pratique culturellement \u00e0 contre sens. Combien de fois avons nous vu des politiques renoncer au bien commun par facilit\u00e9 et combien de fois des \u201ctechniciens\u201d entreprendre de disqualifier ou mieux d&rsquo;anihiler toutes r\u00e9f\u00e9rences au bien commun et les efforts d\u00e9ploy\u00e9s. Combien de fois \u00e0 l&rsquo;inverse avons nous vu aussi que le seul souci du bien commun permettait des avanc\u00e9es, des ambitions, des projets inattendus.<\/p>\n<p>Ce souci du bien commun est partag\u00e9 par un tr\u00e8s grand nombre d&rsquo;\u00e9lus, de techniciens des collectivit\u00e9s territoriales et locales, de l&rsquo;Etat. Cependant il est souvent fragile devant la science p\u00e9remptoire des uns ou les manoeuvres machiav\u00e9liennes des autres.<\/p>\n<p>Il existe pour ceux-l\u00e0, une m\u00e9thode devenue habituelle dans la culture de \u201cprojet &#8211; dossier &#8211; guichet\u201d classique, un grand standard dont voici le sc\u00e9nario.<\/p>\n<p>On ne commence pas du tout par la prise en consid\u00e9ration de la communaut\u00e9 et son histoire mais on applique une m\u00e9thode banalis\u00e9e de diagnostic, le diagnostic de territoire que l&rsquo;on enseigne dans certaines \u00e9coles.<\/p>\n<p>Comment faire un diagnostic sans r\u00e9f\u00e9rence au Sens du bien commun, \u00e0 l&rsquo;originalit\u00e9 de la communaut\u00e9 territoriale et son \u00e9chelle de valeurs propres? Uniquement en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des normes, \u00e0 des standards, \u00e0 des jugements tout pr\u00e9par\u00e9s? Surtout en r\u00e9duisant le regard \u00e0 l&rsquo;analyse des choses dont on a l&rsquo;habitude (sp\u00e9cialit\u00e9s) ou que des vell\u00e9it\u00e9s tut\u00e9laires s&rsquo;efforcent de normaliser.<\/p>\n<p>Du diagnostic vont m\u00e9caniquement se d\u00e9gager (dans l&rsquo;esprit des sp\u00e9cialistes) des enjeux, des orientations, des objectifs. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;une habilet\u00e9 communicationnelle est sens\u00e9e entrer en jeu, pour les faire passer.<\/p>\n<p>Enfin pour les choses s\u00e9rieuses (les dossiers) les expertises sp\u00e9cialis\u00e9es sont \u00e9videmment indispensables. Quelques semblants de concertation vont, bien vite, montrer l&rsquo;incapacit\u00e9 des indig\u00e8nes et leurs repr\u00e9sentants \u00e0 y comprendre quelque chose (cqfd).<\/p>\n<p>Le projet maintenant saucissonn\u00e9 en \u201cdossiers pour le guichet\u201d (il y faut une grande expertise) sera ensuite dissous dans les budgets, les ma\u00eetrises d&rsquo;oeuvres, les services sp\u00e9cialis\u00e9s. Seules quelques informations m\u00e9diatiques en avertiront les habitants.<\/p>\n<p>Est-ce une caricature? La r\u00e9alit\u00e9 est souvent pire, la mutation de la culture de projet de plus en plus urgente.<\/p>\n<p>En conclusion nous voulons souligner n\u00e9amoins que c&rsquo;est dans les collectivit\u00e9s que se met en \u00e9vidence l&rsquo;importance de l&rsquo;ancrage politique des projets, ici au coeur de la communaut\u00e9 territoriale avec les r\u00f4les politiques indispensables. Il n&rsquo;y a de projet que de quelqu&rsquo;un, pas de projet sans sujet et comme il est souvent n\u00e9cessaire de le rappeler : qui n&rsquo;a pas d&rsquo;identit\u00e9 n&rsquo;a pas de projet. Ces consid\u00e9rations illustr\u00e9es par la mutation qui se dessine sur ce terrain valent pour toute soci\u00e9t\u00e9 humaine et aussi pour les entreprises qui trouvent dans la cit\u00e9 leur seule l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre faudra-t-il sortir de cette pens\u00e9e m\u00e9caniste de la gestion de projet pour s&rsquo;apercevoir que c&rsquo;est au niveau politique, m\u00eame dans nos entreprises, que se fonde la notion de projet, son \u00e9laboration, son appropriation et son accomplissement.<\/p>\n<p>Nota L&rsquo;association des communaut\u00e9s (territoriales) de France (ADCF) a \u00e9tabli la \u201cCharte d&rsquo;Amiens\u201d pour r\u00e9clamer la prise en compte du \u201cfait communautaire\u201d des \u201ccommunaut\u00e9s de projets\u201d \u00e0 l&rsquo;encontre des pressions normalisatrices et technocratiques habituelles.<\/p>\n<p>El\u00e9ments bibliographiques<\/p>\n<p>Charte d&rsquo;Amiens ADCF<\/p>\n<p>Sur le Journal permanent de l&rsquo;Humanisme M\u00e9thodologique une s\u00e9rie d&rsquo;articles concernant <a href=\"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/2004\/07\/27\/projets-de-territoires\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">les projets territoriaux<\/a><\/p>\n<p>et concernant <a href=\"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/2006\/10\/23\/groupements-dentreprises-et-developpement\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">les projets d&rsquo;entreprises<\/a><\/p>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De tous c\u00f4t\u00e9s \u00e9merge l&rsquo;\u00e9vidence de devoir envisager des projets de d\u00e9veloppement pour les communaut\u00e9s territoriales. Tous les jours on voit combien c&rsquo;est contre culturel et que se dresse des oppositions dont le pire des travers est d&#8217;emprunter le discours et de continuer \u00e0 faire l&rsquo;inverse. Faudra-t-il une catastrophe nationale pour que \u00e7a change? D&rsquo;o\u00f9 peut venir la p\u00e9dagogie du changement? Certainement pas de ceux qui ont plant\u00e9 leur tente sur les opportunit\u00e9s d&rsquo;un syst\u00e8me devenu contre productif.<\/p>\n","protected":false},"author":682,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[68],"tags":[],"class_list":["post-891","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-e38-prospective-et-projets-communautaires-e3-les-problematiques-communautaires-territoriales"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/891","targetHints":{"allow":["GET","POST","PUT","PATCH"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/users\/682"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=891"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/891\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2447,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/891\/revisions\/2447"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=891"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=891"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=891"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}