{"id":820,"date":"2004-08-09T14:27:26","date_gmt":"2004-08-09T14:27:26","guid":{"rendered":"http:\/\/couleurs-creatives.fr.bofl1482.odns.fr\/2004\/08\/09\/la-civilisation-de-lentreprise-3\/"},"modified":"2020-12-07T20:23:57","modified_gmt":"2020-12-07T19:23:57","slug":"la-civilisation-de-lentreprise-3","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/2004\/08\/09\/la-civilisation-de-lentreprise-3\/","title":{"rendered":"La civilisation de l&rsquo;Entreprise 3"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Vers des entreprises d&rsquo;engagement mutuel, entreprises de concourance. La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. Ce texte de 1987 pr\u00e9c\u00e8de les analyses plus r\u00e9centes de la mutation et les annonce d\u00e9j\u00e0. L&rsquo;Humanisme M\u00e9thodologique \u00e9claire les voies humaines et donc aussi les entreprises humaines.<\/p>\n<p><b>Chapitre II &#8211; LA CIVILISATION MODERNE DE L&rsquo;ENTREPRISE<\/b><\/p>\n<p><strong>1 &#8211; LA MATURITE DE L&rsquo;HOMME MODERNE<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;homme occidental n&rsquo;est pas condamn\u00e9 aux errements traditionnels ou modernistes. Ces courants, s&rsquo;ils sont favoris\u00e9s chacun par une certaine immaturit\u00e9 de l&rsquo;homme, ont tendance \u00e0 le maintenir dans leur syst\u00e8me de valeur propre. Cependant, la diversit\u00e9 de cette exp\u00e9rience lorsqu&rsquo;elle nous traverse provoque aussi \u00e0 une interrogation personnelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;archa\u00efsme de la possession et du pouvoir est-elle toute la nature humaine ou a-t-elle une dimension qui peut \u00eatre ma\u00eetris\u00e9e?<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9alisme rationaliste est-il la seule voie de civilisation et de progr\u00e8s, au prix du conformisme normatif qui \u00e9limine un v\u00e9ritable questionnement personnel ?<\/p>\n<p>La r\u00e9gression rationaliste, dans sa version moderniste, est-elle la seule issue avec son compromis entre subir ou tirer parti du syst\u00e8me et de l&rsquo;\u00e9conomie ?<\/p>\n<p>Il y a aussi une autre voie, celle de l&rsquo;autonomie de la personne, de la libert\u00e9 personnelle, de l&rsquo;engagement responsable.<br \/>\nLa maturit\u00e9 de l&rsquo;homme est justement l&rsquo;acquisition de cette capacit\u00e9 de ne plus simplement suivre et imiter les mod\u00e8les de l&rsquo;ordre \u00e9tabli (parental au d\u00e9part), mais d&rsquo;assumer une position personnelle d&rsquo;auteur de ses propres mod\u00e8les, d&rsquo;initiateur, autonome par rapport aux normes. L&rsquo;originalit\u00e9 de la personne autonome ne se traduit pas cependant par la recherche de l&rsquo;anormalit\u00e9, aussi elle s&rsquo;exprime souvent selon des mani\u00e8res communes, non par conformisme mais par initiative propre.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;autonomie d\u00e9veloppe la cr\u00e9ativit\u00e9 et l&rsquo;originalit\u00e9, elle n&rsquo;est pas n\u00e9gation des d\u00e9pendances vis \u00e0 vis des autres, de l&rsquo;environnement, des mod\u00e8les \u00e9tablis. Elle est ma\u00eetrise de ses d\u00e9pendances qui sont conditions, de l&rsquo;existence et non pas conditionnements.<\/p>\n<p>La maturit\u00e9 est aussi l&rsquo;acquisition de cette possibilit\u00e9 d&rsquo;un engagement dans une perspective d&rsquo;avenir qui d\u00e9passe l&rsquo;int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat et donne \u00e0 l&rsquo;existence son orientation. L&rsquo;existence en projet, la mise en perspective de toute l&rsquo;activit\u00e9 humaine est le contraire de la recherche de satisfaction des avidit\u00e9s primaires ou de la fuite des angoisses et des peurs archa\u00efques. La maturit\u00e9 de l&rsquo;homme est capacit\u00e9 \u00e0 vaincre le fatalisme des n\u00e9cessit\u00e9s primaires, les angoisses de survie si facilement r\u00e9anim\u00e9es, non pas dans un combat qui serait lutte contre soi-m\u00eame mais par l&rsquo;engagement dans des perspectives de progr\u00e8s humain.<\/p>\n<p>Seul l&rsquo;homme mature est capable d&rsquo;un v\u00e9ritable engagement responsable, d&rsquo;entreprendre donc. Malheureusement les trois courants ont chacun leur crit\u00e8re de maturit\u00e9 :<\/p>\n<p>&#8211; Progression dans l&rsquo;archa\u00efsme avec une plus grande all\u00e9geance vis \u00e0 vis de ses pulsions de possession.<br \/>\n&#8211; Progression dans la perfection morale avec une plus grande abstraction de sa personne de plus en plus vou\u00e9e \u00e0 des chim\u00e8res.<br \/>\n&#8211; Progression dans l&rsquo;ali\u00e9nation au syst\u00e8me, stupidement consentante, qui est au fond tentative de retour \u00e0 un espace indiff\u00e9renci\u00e9 pr\u00e9natal.<\/p>\n<p>Or, il se trouve que des entrepreneurs de plus en plus nombreux se l\u00e8vent un peu partout. Des gens s&rsquo;engagent, entreprennent toutes sortes de choses valables. Ce n&rsquo;est plus le fait des princes ou d&rsquo;hommes sur\u00e9duqu\u00e9s que d&rsquo;entreprendre. Ce n&rsquo;est pas non plus un effet de mode. Si le modernisme tente \u00e9videmment cette r\u00e9cup\u00e9ration, elle est vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. On ne peut entreprendre durablement par souci d&rsquo;adaptation et sans un engagement personnel qui est prise de risque, d\u00e9termination de l&rsquo;homme seul engag\u00e9 dans une d\u00e9marche propre, originale et choisie.<\/p>\n<p>Dans les courants pr\u00e9c\u00e9dents, le r\u00f4le normal de l&rsquo;homme n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00eatre entrepreneur. Il est d&rsquo;\u00eatre subordonn\u00e9 \u00e0 quelque organisation, \u00e0 quelque exploitation (agricole ou industrielle) ou encore d&rsquo;appartenir \u00e0 un ma\u00eetre dont il subit le joug.<\/p>\n<p>Si, aujourd&rsquo;hui encore, un grand nombre d&rsquo;\u00eatres humains \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de la maturit\u00e9 n&rsquo;en ont pas encore le b\u00e9n\u00e9fice, le nombre d&rsquo;hommes responsables s&rsquo;accro\u00eet. Les hommes engag\u00e9s ne font pas forc\u00e9ment de bruit, ne recherchent pas le spectaculaire. Celui-ci est trop souvent le fait de ceux qui en ont besoin pour se procurer ce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas, c&rsquo;est-\u00e0-dire la maturit\u00e9 humaine. L&rsquo;infantilisme d&rsquo;hommes suppos\u00e9s responsables est patent.<\/p>\n<p>Les hommes engag\u00e9s, entreprenant leur existence, leurs affaires, leurs projets, ne sont pas pour autant des gens parfaits. Nul n&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;abri de r\u00e9gressions.<\/p>\n<p>Cependant ils placent la perspective de la valeur humaine dans l&rsquo;accomplissement de la personne et non pas dans des mod\u00e8les id\u00e9aux ou une qu\u00eate de satisfaction irr\u00e9pressible.<\/p>\n<p>La crise y est pour quelque chose. Bien que ce courant de responsabilit\u00e9 soit ancien il est particuli\u00e8rement patent aujourd&rsquo;hui.<br \/>\nPar exemple, dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales, le d\u00e9veloppement du ch\u00f4mage, faillite des autres courants, a permis tout de m\u00eame \u00e0 de nombreuses personnes de se reprendre en main et de d\u00e9couvrir leur capacit\u00e9 d&rsquo;autonomie et d&rsquo;engagement personnel, non sans douleur il est vrai.<\/p>\n<p>La multiplicit\u00e9 des discours, des syst\u00e8mes de valeurs, am\u00e8ne un \u00e9garement qui suscite un travail d&rsquo;auto-rep\u00e9rage plus responsable pour un plus grand nombre. Les falsifications et les manipulations de la v\u00e9rit\u00e9 provoquent \u00e0 se saisir par soi-m\u00eame de la responsabilit\u00e9 de son propre acc\u00e8s \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. La mise en cause de l&rsquo;ordre \u00e9tabli, des assurances et des assistances, entra\u00eene des hommes et des femmes \u00e0 se prendre en charge eux-m\u00eame et \u00e0 trouver leur propre mode d&rsquo;existence et d&rsquo;engagement.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas, heureusement, que des raisons n\u00e9gatives qui pr\u00e9sident \u00e0 cette \u00e9volution. Les prises de conscience qui la suscitent, le discernement qui se d\u00e9veloppe \u00e0 la suite, notamment, de l&rsquo; uvre de la science et dans l&rsquo;extension des connaissances, am\u00e8ne la personne responsable \u00e0 d\u00e9couvrir d&rsquo;autres perspectives, \u00e0 nouer un nouveau rapport \u00e0 l&rsquo;essentiel, et \u00e0 s&rsquo;engager dans une entreprise bien plus riche que toutes les autres: l&rsquo;entreprise de l&rsquo;humanit\u00e9 dont chaque homme responsable, est le lieu, en m\u00eame temps qu&rsquo;il y participe.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la vocation personnelle qui se d\u00e9couvre ainsi, voie propre d&rsquo;accomplissement, vocation d&rsquo;entreprendre son existence par des entreprises qui en valent la peine. Nous aurons \u00e0 reprendre cet aspect de la vocation personnelle dans le contexte de la civilisation moderne dont les perspectives se dessinent.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;homme de pouvoir, l&rsquo;honn\u00eate homme classique, l&rsquo;homme adapt\u00e9 du modernisme, nous assistons \u00e0 la naissance d&rsquo;un nouveau type d&rsquo;homme, l&rsquo;homme responsable, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;homme de l&rsquo;entreprise humaine ; l&rsquo;homme qui assume son accomplissement et en r\u00e9pond pour lui-m\u00eame et vis \u00e0 vis des autres. Il a fallu une conscience globale de l&rsquo;humanit\u00e9 pour que ce type d&rsquo;homme, exceptionnel dans le pass\u00e9, commence peu \u00e0 peu \u00e0 se multiplier. La conversion est personnellement difficile mais plus nombreux sont ceux qui en ont le courage, courage de renoncer \u00e0 des tendances personnelles et collectives, immatures sans pr\u00e9tendre aucunement \u00e0 une ma\u00eetrise totale. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;entreprendre est une prise de risque et demande du courage. Suivre les penchants r\u00e9gressifs, abandonner toute autonomie personnelle, se laisser porter par les modes et les pressions de l&rsquo;environnement est \u00e9videmment plus facile.<br \/>\nL&rsquo;homme responsable sait qu&rsquo;il en va de son humanit\u00e9 et de celle de ses partenaires dans l&rsquo;existence. L&rsquo;\u00e9re de l&rsquo;entreprise est celle de l&rsquo;entreprise de l&rsquo;homme qu&rsquo;aucune \u00e9conomie, qu&rsquo;aucune id\u00e9alisation abstraite, qu&rsquo;aucune soif de puissance ne conditionne. C&rsquo;est l&rsquo; uvre de la maturit\u00e9 de la personne humaine.<\/p>\n<h3>a) Le lien social<\/h3>\n<p>Sa nature est, dans toute soci\u00e9t\u00e9, un crit\u00e8re de son orientation et de sa constitution. Lorsque les structures, l&rsquo;ordre, sont constitutifs du lien social, alors l&rsquo;homme y est subordonn\u00e9 ; c&rsquo;est le cas de l&rsquo;id\u00e9al rationaliste avec toute sa structure de citoyennet\u00e9 et son l\u00e9galisme formel. C&rsquo;est le cas du modernisme o\u00f9 le syst\u00e8me fait loi, syst\u00e8me des lois de la nature, de l&rsquo;\u00e9conomie ou autres.<\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;appartenance par fixation dans les soifs primaires de l&rsquo;homme constitue ce lien, combinaisons \u00ab\u00a0d&rsquo;int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00bb, captation des pulsions, alors l&rsquo;homme est ali\u00e9n\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Dans le cas de la soci\u00e9t\u00e9 de possession, le lien est d&rsquo;amalgame fusionnel autour du territoire et son \u00ab\u00a0tenant lieu d&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb qu&rsquo;est le tyran. Dans le cas de la soci\u00e9t\u00e9 moderniste, l&rsquo;individu n&rsquo;existe que par le jeu des lois du syst\u00e8me naturaliste et de ses interactions.<\/p>\n<p>Il y a derri\u00e8re tout cela une notion majeure que la civilisation moderne ne peut m\u00e9conna\u00eetre, c&rsquo;est celle de consensus social. Chaque soci\u00e9t\u00e9 interpr\u00e9tera ce terme dans sa propre logique.<\/p>\n<p>Pour la soci\u00e9t\u00e9 de possession le consensus s&rsquo;impose, par la force s&rsquo;il y a lieu. Il est synonyme de \u00ab\u00a0non refus d&rsquo;appartenance\u00a0\u00bb. Le consensus social est renoncement \u00e0 la division et \u00e0 la mise en question du groupe. Pour la soci\u00e9t\u00e9 rationaliste, il s&rsquo;agit d&rsquo;un accord formel, d&rsquo;une convention qui ferait loi, d&rsquo;un contrat entre des parties qui constitue alors une raison commune. Pour la soci\u00e9t\u00e9 moderniste ce terme n&rsquo;est pas bien vu, on pr\u00e9f\u00e9rera \u00e9voquer l&rsquo;\u00e9quilibre des antagonismes, le jeu d&rsquo;opposition des int\u00e9r\u00eats pour assurer la dynamique du syst\u00e8me. Il ne peut y avoir consensus qu&rsquo;adh\u00e9sion de tous aux conditions \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb qui se pr\u00e9sentent. Le consensus est tout sauf mutuel.<\/p>\n<p>Nous proposons au contraire de remarquer que consensus est construit sur le terme de \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb. Il signifie sens commun. La th\u00e9orie de l&rsquo;Instance et des Coh\u00e9rences resitue le sens comme ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;essentiel en l&rsquo;homme, en son Instance et \u00e0 partir de quoi il se r\u00e9alise dans l&rsquo;existence par consensus. Le consensus est par essence mutuel, il est sens commun entre personnes \u00e0 partir de quoi elles co-existent, partageant quelque chose d&rsquo;existence commune. La perspective m\u00e9taphysique de la notion de consensus d\u00e9passe ici notre propos. Retenons simplement deux choses. Le consensus pr\u00e9c\u00e8de les modalit\u00e9s d&rsquo;existence, autrement dit, il en est la condition et m\u00eame la cause. Ainsi c&rsquo;est un consensus (totalement inconscient d&rsquo;ailleurs) dans le sens pulsionnel, le sens rationnel ou le sens r\u00e9gressif qui fonde les soci\u00e9t\u00e9s de possession, la civilisation classique ou la tradition modernisme et leurs entreprises.<\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi le consensus qui fonde la civilisation moderne dans son sens sp\u00e9cifique, celui de l&rsquo;accomplissement de la personne humaine.<br \/>\nLe consensus sp\u00e9cifique est aussi celui par lequel le sens est traduit en orientations, en finalit\u00e9s communes, ancr\u00e9 au c ur du sujet, au centre de la personne. Le consensus est alors engagement responsable, c&rsquo;est-\u00e0-dire dont l&rsquo;homme r\u00e9pond du sens.<\/p>\n<p>Ainsi le consensus de la civilisation moderne, c&rsquo;est celui qui est pris comme engagement mutuel des personnes dans des directions communes et sans doute une finalit\u00e9 ultime universelle.<\/p>\n<p>Le lien social devient donc l&rsquo;engagement mutuel, cons\u00e9quence de la responsabilit\u00e9 humaine du consensus social. La soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9sulte du consensus, elle est une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;engagement mutuel, une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises donc.<br \/>\nCe faisant, elle ne cesse d&rsquo;\u00eatre une soci\u00e9t\u00e9 humaine, mais l&rsquo;homme ne constitue pas la substance de la soci\u00e9t\u00e9, il n&rsquo;en fait pas partie, il en est l&rsquo;auteur, co-auteur plus exactement.<\/p>\n<p>Est-ce qu&rsquo;un auteur fait partie de son uvre, sur le m\u00eame plan qu&rsquo;elle? Bien \u00e9videmment non. La soci\u00e9t\u00e9 humaine est le mode collectif d&rsquo;expression et de manifestation des personnes humaines et plus sp\u00e9cifiquement de leurs engagements. C&rsquo;est une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. L&rsquo;entreprise humaine comme engagement selon une finalit\u00e9 est donc \u00ab\u00a0l&rsquo;individu\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 humaine. L&rsquo;existence de la personne en tant qu&rsquo;elle est une entreprise, comme l&rsquo;existence de toutes les entreprises telles que nous les connaissons, comme l&rsquo;existence des entreprises de d\u00e9veloppement des pays, r\u00e9gions, cit\u00e9s, populations, sont toutes individualit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 humaine, celle de la civilisation moderne. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;elle doit \u00eatre appel\u00e9e civilisation de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>Cela signifie donc que c&rsquo;est le tissu des entreprises de toutes sortes, engag\u00e9es dans des finalit\u00e9s communes qui convergent au fond dans un m\u00eame sens, celui du consensus qui anime et oriente ce nouveau courant o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 occidentale peut trouver \u00e0 convertir ses meilleures potentialit\u00e9s et, pourquoi pas, les partager avec les cultures d&rsquo;Orient ou d&rsquo;ailleurs. Si l&rsquo;Orient est rep\u00e8re \u00ab\u00a0d&rsquo;orientation\u00a0\u00bb, l&rsquo;Occident est moteur d&rsquo;engagement, selon des fins qui peuvent \u00eatre transcendantes. N&rsquo;est-ce pas ce qui a pr\u00e9sid\u00e9 d\u00e9j\u00e0 aux grandes uvres de l&rsquo;Occident, irrigu\u00e9es principalement par le christiannisme ?<\/p>\n<p>Le lien social n&rsquo;est plus \u00e0 chercher dans l&rsquo;\u00e9quilibre des forces sociales ou naturelles, dans une structure rationnelle id\u00e9ale, hi\u00e9rarchis\u00e9e, cat\u00e9goris\u00e9e, ni dans une lutte pour la vie et contre un quelconque ennemi, ext\u00e9rieur ou int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Il est \u00e0 rechercher dans l&rsquo;engagement mutuel des personnes. Seules les personnes s&rsquo;engagent car elles sont seules sujets responsables et elles seules participent des consensus et sont seules auteurs ou co-auteurs de leurs entreprises.<\/p>\n<p>L&rsquo;engagement mutuel ne doit pas \u00eatre vu comme une cha\u00eene qui ligote, ni comme un \u00ab\u00a0doux lien\u00a0\u00bb qui retient l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre dans une satisfaction mutuelle. Il n&rsquo;est pas une liaison statique qui trouve sa propre fin en soi mais il est le lien constitu\u00e9 par une perspective partag\u00e9e et une mobilisation personnelle dans son sens. Le consensus \u00e9tabli entre les personnes ne leur est pas ext\u00e9rieur mais int\u00e9rieur. Par contre l&rsquo;engagement qui l&rsquo;exprime en est la modalit\u00e9 ext\u00e9rieure partag\u00e9e dont il sont les partenaires. L&rsquo;entreprise commune est ainsi le t\u00e9moignage de consensus entre les personnes, modalit\u00e9 de leur engagement mutuel.<br \/>\nLe lien social dans la civilisation de l&rsquo;entreprise est fond\u00e9 dans le consensus entre les \u00eatres humains, traduit dans l&rsquo;engagement mutuel qui r\u00e9alise les entreprises communes. Le tissu social des entreprises est constitu\u00e9 par les diff\u00e9rents rapports q&rsquo;ont les entreprises humaines entre elles, rapports qui forment l&rsquo;\u00e9conomie de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h3>b) La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;engagement mutuel<\/h3>\n<p>Nous venons de montrer la caract\u00e9ristique majeure de la civilisation de l&rsquo;entreprise : c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, reposant sur un nouveau consensus entre les personnes. Nous allons analyser plus pr\u00e9cis\u00e9ment la nature de toutes ces entreprises et la position des personnes \u00e0 leur \u00e9gard avant d&rsquo;\u00e9tudier plus syst\u00e9matiquement les composantes de cette soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;engagement mutuel qui engage l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;entreprise, authentique civilisation moderne.<\/p>\n<p>Le lecteur trouvera au travers des cas trait\u00e9s des exemples d&rsquo;illustration de ses exp\u00e9rience personnelles. C&rsquo;est ce qui lui permettra de discerner les traces de cette civilisation d\u00e9j\u00e0 agissante et de s&rsquo;y rep\u00e9rer pour, \u00e9ventuellement, s&rsquo;y engager.<\/p>\n<p><strong>2 &#8211; LES ENTREPRISES ENGAGEES<\/strong><\/p>\n<p>Ce sont \u00e9videmment des entreprises humaines telle que nous les avons d\u00e9finies en introduction. Les entreprises, nous le verrons, sont \u00e9minemment vari\u00e9es, d&rsquo;envergures tr\u00e8s diff\u00e9rentes, d&rsquo;objets extr\u00eamement nombreux.<br \/>\nSans entreprendre ici une analyse syst\u00e9matique d\u00e9bouchant sur une typologie, nous allons en examiner quelques exemples, surtout pour faire appara\u00eetre leur existence dans le monde actuel avec la possibilit\u00e9 de leur \u00e9mergence \u00e0 partir de la soci\u00e9t\u00e9 existante et des produits de ses diff\u00e9rents courants.<\/p>\n<h3>a) L&rsquo;entreprise personnelle<\/h3>\n<p>Si la personne ne se contente pas d&rsquo;exister, de se laisser animer par les tendances archa\u00efques r\u00e9gressives ou par les conditions et structures de l&rsquo;environnement, elle est engag\u00e9e dans une autonomie responsable. C&rsquo;est, th\u00e9oriquement, la caract\u00e9ristique de l&rsquo;adulte mais on voit bien que l&rsquo;enfance ou l&rsquo;adolescence n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 vraiment d\u00e9pass\u00e9es par nombre de nos contemporains jusqu&rsquo;aux postes les plus en vue. Cependant, il est de notre \u00e9poque d&rsquo;en voir de plus en plus qui entreprennent leur existence.<\/p>\n<p>N&rsquo;est-ce pas la premi\u00e8re entreprise de l&rsquo;homme responsable ? Il ne s&rsquo;agit pas bien s\u00fbr de cr\u00e9er son existence mais de la conduire.<br \/>\nL&rsquo;entreprise personnelle de tout homme responsable consiste \u00e0 chercher sans cesse sa propre vocation et \u00e0 conduire au mieux son existence dans les conditions de celle-ci selon cette vocation m\u00eame.<\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;agit donc plus de se laisser conditionner mais de tenir compte des conditions pour aller d&rsquo;un chemin qui est le sien, qui est propre. L&rsquo;entreprise personnelle ne saurait avoir, comme finalit\u00e9 consciente, que l&rsquo;accomplissement de la personne. Ces conditions sont celles de la vie commune avec les autres dans le monde tel qu&rsquo;il se pr\u00e9sente et non dans un monde utopique. Les modalit\u00e9s de cette entreprise sont celles de la vie elle-m\u00eame, de la vie quotidienne notamment, mais conduite dans le sens de la finalit\u00e9 engag\u00e9e.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;entreprise personnelle recouvre tous les actes de l&rsquo;existence, assurer sa subsistance et celle de ses compagnons, de ses enfants, uvrer pour le progr\u00e8s de l&rsquo;humanit\u00e9, pour le service d&rsquo;autrui, contribuer aux entreprises personnelles ou collectives d&rsquo;autres hommes, progresser dans son discernement, ses engagements, partager la vie d&rsquo;un conjoint dans l&rsquo;entreprise d&rsquo;un couple.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise personnelle fondamentale qu&rsquo;est la conduite de son existence vers son accomplissement se subdivise en multiples entreprises au fil de cette existence.<br \/>\nParmi elles, la vocation de beaucoup peut s&rsquo;exprimer dans un service \u00e0 la communaut\u00e9. Production, distribution, conseils, aides portant sur des biens mat\u00e9riels aussi bien qu&rsquo;immat\u00e9riels. Ce service \u00e0 la communaut\u00e9 nous l&rsquo;appellerons profession est le plus souvent professionnel.<\/p>\n<p>Ceci nous permettra de distinguer l&rsquo;entreprise professionnelle dont la finalit\u00e9 est toujours dans l&rsquo;accomplissement de son existence mais dont les modalit\u00e9s consistent \u00e0 fournir \u00e0 d&rsquo;autres un service qui contribue aussi \u00e0 l&rsquo;accomplissement de leur existence dans leurs propres entreprises.<br \/>\nNotons, et c&rsquo;est l&rsquo;essentiel, que l&rsquo;on ne peut parler de service que pour ce qui sert l&rsquo;homme et non pour ce qui contribue \u00e0 l&rsquo;ali\u00e9ner. Appelle-t-on service la fourniture de drogue \u00e0 une personne en pleine d\u00e9r\u00e9liction et qui pourtant en demande, en est avide ? La r\u00e9ponse \u00e0 la demande n&rsquo;est donc pas toujours un service.<\/p>\n<p>Appelle-t-on service le fait d&rsquo;\u00e9viter \u00e0 quelqu&rsquo;un de s&rsquo;assumer personnellement lorsqu&rsquo;il en est capable ? La fourniture de solutions toutes faites n&rsquo;est souvent pas un bon service.<\/p>\n<p>Malheureusement, mod\u00e8les, normes et satisfactions d&rsquo;avidit\u00e9s et convoitises ou distractions de ses responsabilit\u00e9s propres et de ses interrogations personnelles sont les vecteurs principaux de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un commerce de l&rsquo;ali\u00e9nation humaine.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise professionnelle, par ses services v\u00e9ritables, fait commerce d&rsquo;humanit\u00e9. C&rsquo;est, on le verra, l&rsquo;expression d&rsquo;une nouvelle urbanit\u00e9, celle d&rsquo;un commerce entre les hommes par leurs entreprises et leurs services mutuels, \u00ab\u00a0services commerciaux\u00a0\u00bb, au sens \u00e9tymologique des termes ainsi qu&rsquo;au sens pratique d&rsquo;\u00e9change r\u00e9ciproque de biens et services.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise professionnelle, actualisation d&rsquo;une vocation propre, peut aussi rallier \u00e0 cette m\u00eame finalit\u00e9 d&rsquo;autres personnes pour constituer une entreprise commune.<\/p>\n<p>Ainsi l&rsquo;entreprise personnelle professionnelle peut-elle \u00eatre partag\u00e9e \u00e0 partir de l&rsquo;initiative de l&rsquo;un ou de l&rsquo;autre et de multiples concours.<br \/>\nC&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 partir d&rsquo;entreprises personnelles peuvent \u00eatre engag\u00e9es de grandes entreprises collectives, conjonctions d&rsquo;entreprises professionnelles et m\u00eame d&rsquo;entreprises collectives de tailles variables. Nous aurons \u00e0 \u00e9tudier de plus pr\u00e8s cette structure propre de l&rsquo;entreprise collective ainsi que le tissu g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;ensemble des entreprises humaines.<br \/>\nL&rsquo;entreprise personnelle et professionnelle n&rsquo;exclut, on le voit, aucune des formes actuelles d&rsquo;entreprises. On assiste au contraire \u00e0 la multiplication des initiatives de gens qui se mettent \u00e0 entreprendre leur existence, et notamment sur le plan professionnel, devenant initiateurs d&rsquo;entreprises ou reprenant \u00e0 leur compte des entreprises qui ont perdu leur responsable et le sens de leur engagement.<\/p>\n<p>C&rsquo;est, principalement, autour de l&rsquo;\u00e9lucidation des finalit\u00e9s que se distingueront les v\u00e9ritables entreprises humaines des man uvres ou r\u00e9flexes conditionn\u00e9s, qui n&rsquo;ont de personnel que le terme et d&rsquo;entreprise que l&rsquo;illusion.<\/p>\n<h3>b) Les entreprises de production de biens mat\u00e9riels et de services<\/h3>\n<p>Remarquons le terme de \u00ab\u00a0biens\u00a0\u00bb. Il n&rsquo;y a de bien que ce qui sert le bien de l&rsquo;homme, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;accomplissement de son humanit\u00e9. Celui-ci, dans l&rsquo;existence, int\u00e8gre toutes les dimensions physique, affective et morale de la personne.<\/p>\n<p>Ainsi, d&rsquo;une part, les biens sont des services puisqu&rsquo;ils servent le bien propre et d&rsquo;autre part, les biens mat\u00e9riels servent particuli\u00e8rement les dimensions mat\u00e9rielles de l&rsquo;existence, nourriture, abri, d\u00e9placement, etc.<br \/>\nLe terme de \u00ab\u00a0biens\u00a0\u00bb a pu devenir synonyme d&rsquo;avoir, d&rsquo;acquis, lorsque l&rsquo;\u00eatre et l&rsquo;avoir sont confondus dans la logique primaire de la possession ; l&rsquo;avoir \u00e9tant crit\u00e8re du bien de l&rsquo;homme. Cette perversion du langage se retrouve \u00e0 un titre ou \u00e0 un autre dans l&rsquo;univers contemporain des tendances traditionnelles ou modernistes de l&rsquo;Occident.<\/p>\n<p>Ainsi, la civilisation moderne aura-t-elle comme caract\u00e9ristique de retrouver le sens authentique des mots courants, comme on a pu le voir \u00e0 plusieurs reprises (bien, entreprise, consensus, \u00e9conomie, commerce, profit, etc.).<\/p>\n<p>Ainsi les entreprises de production de biens mat\u00e9riels sont-elles des entreprises de service. C&rsquo;est bien ce qui est de plus en plus conscient chez ceux qui, pr\u00e9occup\u00e9s de qualit\u00e9, se sont aper\u00e7us que celle-ci d\u00e9passait l&rsquo;aspect purement objectif et mat\u00e9riel et se caract\u00e9risait par la satisfaction du client. La r\u00e9serve \u00e0 faire ici est celle de la nature de cette satisfaction, v\u00e9ritable service ou complicit\u00e9 d&rsquo;ali\u00e9nation.<\/p>\n<p>La qualit\u00e9 d&rsquo;un service peut avoir une dimension mat\u00e9rielle, mais aussi affective ou mentale, imaginaire. Elle touche aussi bien la subsistance physique, le v\u00e9cu ou l&rsquo;identit\u00e9 du \u00ab\u00a0client\u00a0\u00bb. Au -del\u00e0 de ces composantes de son existence, elle touche au sens de celle-ci dont il est lui-m\u00eame responsable, responsable du sens qu&rsquo;il donne aux moyens d&rsquo;existence qu&rsquo;il se procure, qui sont alors moyens de son entreprise personnelle ou professionnelle.<\/p>\n<p>Les entreprises de biens mat\u00e9riels ou de services procurent ainsi des moyens dont l&rsquo;engagement est assur\u00e9 par le b\u00e9n\u00e9ficiaire selon la finalit\u00e9 de ses entreprises propres.<\/p>\n<p>Cependant, c&rsquo;est au plus profond de l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;homme que le sens commun, le consensus s&rsquo;\u00e9tablit sur la qualit\u00e9 et la valeur r\u00e9ciproque des moyens, c&rsquo;est-\u00e0-dire des services dont les biens mat\u00e9riels font partie. Il y a l\u00e0 les bases d&rsquo;une \u00e9conomie d&rsquo;entreprise qui sera \u00e0 d\u00e9velopper.<br \/>\nCes entreprises, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s nombreuses aujourd&rsquo;hui, sont souvent l&rsquo;avant garde de la civilisation moderne, celle de l&rsquo;entreprise. Cette avant garde est surtout incarn\u00e9e par ceux qui s&rsquo;interrogent sur l&rsquo;avenir de l&rsquo;entreprise moderne et en exp\u00e9rimentent les voies.<\/p>\n<p>Nous signalerons notamment l&rsquo;appellation de \u00ab\u00a0m\u00e9tano\u00efc\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0vanguard\u00a0\u00bb attribu\u00e9e \u00e0 des entreprises am\u00e9ricaines qui semblent aller dans ce sens. (cf. article de Alain GAUTHIER, revue \u00ab\u00a0la fonction personnel\u00a0\u00bb Mars 1987). Citons Charles KIEFER \u00ab\u00a0Metano\u00efc organisations\u00a0\u00bb) : \u00ab\u00a0En r\u00e9sum\u00e9, la base philosophique de ce syst\u00e8me de management est la triple croyance en :<\/p>\n<p>&#8211; La recherche de sens en tant que pr\u00e9occupation fondamentale de l&rsquo;homme.<br \/>\n&#8211; La capacit\u00e9 de l&rsquo;individu \u00e0 forger sa propre destin\u00e9e.<br \/>\n&#8211; La puissance consid\u00e9rable d&rsquo;un groupe d&rsquo;homme et de femmes engag\u00e9s dans la r\u00e9alisation de finalit\u00e9s communes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Soulignons que cette puissance peut \u00eatre celle de la civilisation moderne plut\u00f4t que la puissance de possession investie dans l&rsquo;avoir et la rivalit\u00e9. Un prospectiviste moderne, Michel GODET nous rappelle aussi l&rsquo;importance de la finalit\u00e9 dans toute entreprise et citant SENEQUE, souligne : \u00ab\u00a0il n&rsquo;est pas de vent favorable pour celui qui ne sait o\u00f9 il va\u00a0\u00bb. (Michel GODET \u00ab\u00a0prospective et planification strat\u00e9gique\u00a0\u00bb 1985, \u00e9ditions \u00e9conomica). C&rsquo;est l\u00e0 une question qui jaillit partout o\u00f9 cette civilisation est en uvre , celle des finalit\u00e9s, du sens m\u00eame de l&rsquo;entreprise et donc de son engagement.<\/p>\n<p>Citons enfin le livre de Philippe MESSINE \u00ab\u00a0Les Saturniens\u00a0\u00bb (\u00e9ditions La d\u00e9couverte 1987) qui t\u00e9moigne du bouillonnement de la recherche tout \u00e0 fait concr\u00e8te des entreprises am\u00e9ricaines pour se red\u00e9finir. Si malheureusement l&rsquo;auteur en a rep\u00e9r\u00e9 les signes, il n&rsquo;en a pas toujours discern\u00e9 le sens. En tout cas, il nous r\u00e9v\u00e8le comment le pire et le meilleur sont toujours en question. C&rsquo;est la chance du meilleur de se d\u00e9ployer et nombre d&rsquo;indices nous en sont donn\u00e9s par l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p>Le mouvement, dit de la qualit\u00e9, malgr\u00e9 des errances en tous sens, \u00e0 aide \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une conception plus humainement responsable de l&rsquo;entreprise, du type de celles qui, aujourd&rsquo;hui, s&rsquo;engagent dans la voie de cette civilisation r\u00e9ellement moderne.<\/p>\n<h3>c) Les collectivit\u00e9s locales et le d\u00e9veloppement<\/h3>\n<p>Que ce soit dans le tiers monde mais aussi dans les pays riches, il est de plus en plus courant d&rsquo;envisager la collectivit\u00e9 autrement que comme un groupe statique, uniquement pr\u00e9occup\u00e9 de sa survie ou de son organisation socio-\u00e9conomique. Le d\u00e9veloppement de la communaut\u00e9 est bel et bien une entreprise.<\/p>\n<p>Cependant, il faut voir ce terme de d\u00e9veloppement dans son sens le plus large, tel qu&rsquo;il appara\u00eet dans les r\u00e9gions pour lesquelles les r\u00e9flexions ont le plus avanc\u00e9, notamment dans des pays du tiers monde particuli\u00e8rement confront\u00e9s \u00e0 leur responsabilit\u00e9 en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement est bien une entreprise de civilisation moderne lorsqu&rsquo;il se justifie par sa finalit\u00e9 \u00e0 laquelle sont subordonn\u00e9es ses modalit\u00e9s. La notion de d\u00e9veloppement endog\u00e8ne \u00e9voque d\u00e9j\u00e0 la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;entreprise qui assume sa culture. En outre, lorsque ce d\u00e9veloppement est effectivement envisag\u00e9 comme la recherche de sa voie propre de progr\u00e8s humain, selon donc une vocation sp\u00e9cifique, nous sommes bien dans l&rsquo;optique qui nous int\u00e9resse ici.<\/p>\n<p>Toute population qui partage une existence commune (en partie du moins) a sa culture propre qui est l&rsquo;expression d&rsquo;un consensus (sens commun).<br \/>\nParmi tous les sens possibles de ce consensus collectif, peut \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9 celui de la vocation de cette communaut\u00e9, de cette culture, celui de sa civilisation comme accomplissement de ses meilleures valeurs humaines, de sa part d&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de la collectivit\u00e9 locale est celui de sa culture dans toutes les modalit\u00e9s de l&rsquo;existence commune, mat\u00e9rielles, sociales, identit\u00e9, connaissances, pens\u00e9e, arts, etc.<br \/>\nC&rsquo;est alors que la collectivit\u00e9 se justifie par son entreprise de d\u00e9veloppement. Celle-ci vise, non seulement l&rsquo;accomplissement de sa vocation propre mais aussi les services qu&rsquo;elle peut rendre \u00e0 d&rsquo;autres collectivit\u00e9s et \u00e0 leurs entreprises en \u00e9change des services qu&rsquo;elle peut en recevoir.<\/p>\n<p>La collectivit\u00e9 locale est un exemple que l&rsquo;on peut g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 toute communaut\u00e9 humaine, localis\u00e9e ou non \u00e0 une r\u00e9gion, \u00e0 un pays, une nation, une ethnie mais aussi \u00e0 toute culture (occidentale par exemple) pour lesquelles on peut parler d&rsquo;entreprise de d\u00e9veloppement. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une activit\u00e9 accessoire mais, dans cette civilisation, de l&rsquo;engagement profond de toute la communaut\u00e9 dans l&rsquo;entreprise qui la justifie toute enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Cela revient \u00e0 identifier les communaut\u00e9s humaines plus par leur entreprise de d\u00e9veloppement, entreprise de civilisation selon leur vocation propre que par leur localisation ou d&rsquo;autres traits qui les r\u00e9unissent de fa\u00e7on contingente.<\/p>\n<p>Ainsi les fronti\u00e8res g\u00e9ographiques, ethniques ou autres ne sont plus le crit\u00e8re majeur comme dans la civilisation de la possession o\u00f9 le territoire et l&rsquo;appartenance dominent. Ne le sont plus non plus l&rsquo;Etat ou les syst\u00e8mes \u00ab\u00a0\u00e9conomiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Des cultures transnationales, transversales peuvent rassembler des populations engag\u00e9es dans une m\u00eame communaut\u00e9 d&rsquo;entreprise. Le d\u00e9veloppement des moyens de transport, des relations internationales, interculturelles, des moyens mat\u00e9riels de communication, favorisent l&rsquo;\u00e9mergence de telles entreprises qui aujourd&rsquo;hui se d\u00e9veloppent d\u00e9j\u00e0 de mani\u00e8re formelles ou informelles.<\/p>\n<p>Des initiatives collectives se d\u00e9veloppent en ce sens quels que soient l&rsquo;enjeu et l&rsquo;objet de ces entreprises. Les organisations internationales en sont souvent une pr\u00e9figuration mais aussi les entreprises de production de services dont l&rsquo;activit\u00e9 entreprenante s&rsquo;\u00e9tend sur des pays i de plus en plus nombreux.<\/p>\n<p>On peut y trouver, bien s\u00fbr, de ces entreprises de possession occup\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9dation ou \u00e0 l&#8217;emprise sur de vastes territoires (ou march\u00e9s). C&rsquo;est une question de finalit\u00e9. S&rsquo;agit-il d&rsquo;entreprises de civilisation ou non, voil\u00e0 la question auxquelles elles auront \u00e0 r\u00e9pondre, c&rsquo;est-\u00e0-dire la responsabilit\u00e9 \u00e0 assumer.<\/p>\n<p>Les entreprises de d\u00e9veloppement sont donc une figure relativement r\u00e9cente de cette \u00e8re de l&rsquo;entreprise que l&rsquo;on voit \u00e9merger. Elles traduisent l&rsquo;engagement et la responsabilit\u00e9 d&rsquo;un plus grand nombre d&rsquo;hommes, une maturit\u00e9 chez beaucoup qui est le fruit d&rsquo;une tradition qui est alors r\u00e9actualis\u00e9e pour \u00eatre projet\u00e9e dans le devenir. Le terme \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb ne signifie rien d&rsquo;autre que l&rsquo;actualisation d&rsquo;une tradition.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tout diff\u00e9rent du traditionalisme et du modernisme. Lorsque c&rsquo;est l&rsquo;entreprise de civilisation qui est ainsi qualifi\u00e9e de moderne, cela signifie que c&rsquo;est le meilleur, humainement parlant, de la tradition de d\u00e9veloppement. Cela peut r\u00e9clamer une conversion mais pas une rupture, contrairement aux pratiques du modernisme.<\/p>\n<p>Les entreprises des collectivit\u00e9s sont des entreprises de civilisation, engag\u00e9es dans l&rsquo;accomplissement de leur vocation culturelle. Cela couvre, rappelons-le, tout ce qui constitue l&rsquo;existence de la communaut\u00e9, existence engag\u00e9e et conduite dans cette voie. Il faudra n\u00e9anmoins retenir que ce sont les hommes en personne qui entreprennent ce d\u00e9veloppement ou s&rsquo;y associent et ne pas retomber dans l&rsquo;id\u00e9e que c&rsquo;est la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame qui entreprend alors qu&rsquo;elle est entreprise, et m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. De ce fait, se posera, comme on le verra, le probl\u00e8me politique par excellence, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;initiative et de la conduite de l&rsquo;entreprise collective par les hommes qui l&rsquo;engagent effectivement.<\/p>\n<h3>d) L&rsquo;entreprise \u00e9ducative<\/h3>\n<p>Parmi les exemples majeurs des entreprises de l&rsquo;\u00e8re moderne, il ne faut surtout pas manquer celle-ci. En effet, l&rsquo;\u00e9ducation prend l\u00e0 une finalit\u00e9 claire : le d\u00e9veloppement de la personne humaine vers sa maturit\u00e9 donc vers l&rsquo;engagement de sa responsabilit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Cela revient, au fond, \u00e0 pr\u00e9parer des entrepreneurs capables d&rsquo;assumer l&rsquo;entreprise personnelle de leur existence, leur entreprise professionnelle, leur participation \u00e0 des entreprises communes et pourquoi pas l&rsquo;initiative et la responsabilit\u00e9 d&rsquo;entreprises collectives de service ou de d\u00e9veloppement.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui, en Occident, l&rsquo;\u00e9ducation aussi est en crise, crise des finalit\u00e9s, crise du sens m\u00eame de l&rsquo;\u00e9ducation. Celle-ci est \u00e9tymologiquement une question de conduite.<\/p>\n<p>Ou bien il s&rsquo;agit d&rsquo;une conduite normative et on retrouve l&rsquo;\u00e9ducation classique, ou bien il s&rsquo;agit d&rsquo;une formation technique, pratique, et le plus souvent l&rsquo;\u00e9ducation d\u00e9cerne de brevets d&rsquo;adaptation plut\u00f4t que de comp\u00e9tence. Quelquefois elle est aussi con\u00e7ue comme l&rsquo;acquisition de la facult\u00e9 de se d\u00e9brouiller par soi-m\u00eame dans une soci\u00e9t\u00e9 de possession. Par ailleurs, la crise de l&rsquo;\u00e9ducation semble vouloir opposer : formation personnelle, avec l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;\u00e9ducation classique, et formation professionnelle destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;acquisition d&rsquo;un droit d&rsquo;exercice, au prix d&rsquo;une lutte concurrentielle.<\/p>\n<p>Le compromis visible de la tentation moderniste consiste \u00e0 pr\u00f4ner l&rsquo;adaptation au syst\u00e8me. L&rsquo;\u00e9ducation se ram\u00e8ne pour une grande part \u00e0 l&rsquo;information sur le syst\u00e8me, ses m\u00e9canismes et ses rouages en vue de s&rsquo;y ins\u00e9rer. L&rsquo;insertion risque de devenir de plus en plus le mot d&rsquo;ordre de l&rsquo;\u00e9ducation et d\u00e9j\u00e0 on mesure son efficacit\u00e9 au nombre d&rsquo;insertions obtenues.<\/p>\n<p>L&rsquo;agitation du monde de l&rsquo;\u00e9ducation, de la formation, de l&rsquo;universit\u00e9, leur crise, permet l\u00e0 aussi de reprendre le probl\u00e8me sur le fond et de discerner la finalit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9ducation moderne. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une \u00e9ducation aux modes du modernisme, vite caduques d&rsquo;ailleurs, mais \u00e0 la ma\u00eetrise de sa propre conduite.<\/p>\n<p>Emergent alors des entreprises d&rsquo;\u00e9ducation dont c&rsquo;est la finalit\u00e9. L\u00e0 aussi des vocations personnelles et collectives doivent se lever pour accompagner et soutenir l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;entreprise et sa civilisation, par l&rsquo;engagement d&rsquo;entreprises d&rsquo;\u00e9ducation des hommes pour les conduire \u00e0 la capacit\u00e9 de discernement et de concernement suffisant pour assumer leur propre responsabilit\u00e9 et entreprendre \u00e0 leur tour selon leur vocation propre.<br \/>\nBien \u00e9videmment, il faut pour cela des ma\u00eetres, et non des informateurs anonymes. Il ne s&rsquo;agit ni de dominateurs \u00ab\u00a0poss\u00e9dant\u00a0\u00bb le savoir, ni de titulaires d&rsquo;une fonction dans une organisation mais de personnes, elles-m\u00eames en ma\u00eetrise de leurs entreprises et capables de proposer une \u00ab\u00a0discipline\u00a0\u00bb \u00e9ducative, au sens d&rsquo;un chemin vers l&rsquo;autonomie et la responsabilit\u00e9. Les ma\u00eetres sont alors ceux qui \u00ab\u00a0font \u00e9cole\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire dont les finalit\u00e9s et les pratiques \u00e9ducatives conviennent aux finalit\u00e9s de la civilisation de l&rsquo;entreprise, \u00e0 l&rsquo;accomplissement des personnes en vue de leur participation au concert de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. Il y a l\u00e0 place pour tous, avec des r\u00f4les diff\u00e9renci\u00e9s selon les personnes mais non pas des r\u00f4les attribu\u00e9s ni remplis, mais des r\u00f4les engag\u00e9s en toute responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Les entreprises \u00e9ducatives peuvent \u00eatre nombreuses, personnelles ou communes, \u00eatre celles d&rsquo;une communaut\u00e9 en vue de la maturit\u00e9 de ses membres, d&rsquo;une nation comme des familles.<\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;agit pour ces entreprises, ni de former des gens id\u00e9aux, ni d&rsquo;adapter les individus aux conditionnements en vigueur, mais de les aider \u00e0 devenir capables de d\u00e9terminer la finalit\u00e9 de leurs entreprises dans les conditions concr\u00e8tes du monde r\u00e9el et de s&rsquo;y engager.<\/p>\n<h3>e) G\u00e9n\u00e9ralisation de la notion d&rsquo;entreprise<\/h3>\n<p>Selon l&rsquo;orientation de la civilisation de l&rsquo;entreprise, ses finalit\u00e9s et significations, son sens donc, peuvent \u00eatre envisag\u00e9s aussi bien les projets form\u00e9s dans la vie quotidienne : entreprises temporaires ou plus permanentes, les entreprises spirituelles que les religions engagent, les entreprises d&rsquo;assistance aux d\u00e9munis, c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux qui manquent \u00e0 assumer leurs responsabilit\u00e9s, les entreprises de sant\u00e9 pour ceux qui souffrent de difficult\u00e9s d&rsquo;existence, etc.<\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;on cesse de voir le monde et l&rsquo;homme comme un syst\u00e8me \u00e0 faire fonctionner, lorsque l&rsquo;on cesse de viser des id\u00e9aux abstraits, lorsque l&rsquo;on cesse de penser que la fin de l&rsquo;homme est sa survie ou la satisfaction de ses instincts primaires alors il reste \u00e0 s&rsquo;apercevoir que ce sont les entreprises humaines qui caract\u00e9risent l&rsquo;humanit\u00e9 en voie d&rsquo;accomplissement, c&rsquo;est-\u00e0-dire de civilisation.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en termes d&rsquo;entreprises que peuvent alors \u00eatre comprises les activit\u00e9s humaines et la vie collective. C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e et la r\u00e9alit\u00e9 qui fait son chemin et nous pr\u00e9pare \u00e0 cette nouvelle civilisation, celle de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p><strong>3 &#8211; L&rsquo;ENGAGEMENT DANS LES ENTREPRISES ET LEURS RAPPORT<\/strong><\/p>\n<p>Concevant la soci\u00e9t\u00e9 comme une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, il nous faut examiner plus pr\u00e9cis\u00e9ment comment l&rsquo;homme, les personnes humaines, s&rsquo;y trouvent engag\u00e9es.<\/p>\n<p>Esclaves, patrons, salari\u00e9s, clients, fonctionnaires, exploit\u00e9s, cadres, mercenaires, etc. sont les positions jusqu&rsquo;ici les plus fr\u00e9quentes.<br \/>\nDans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises on peut trouver diff\u00e9rentes positions.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>L&rsquo;initiateur d&rsquo;entreprise<\/strong> . C&rsquo;est celui qui initialise une entreprise personnelle ou collective et la fait exister selon les finalit\u00e9s qu&rsquo;il a d\u00e9termin\u00e9es.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Le chef d&rsquo;entreprise<\/strong> . Il assume la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;engagement d&rsquo;une entreprise collective seul ou en participation avec d&rsquo;autres entrepreneurs. Il r\u00e9pond des finalit\u00e9s de l&rsquo;entreprise et de sa vocation.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>L&rsquo;entrepreneur<\/strong> . Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il entreprend avec d&rsquo;autres entrepreneurs une entreprise collective. L&rsquo;entreprise d&rsquo;entrepreneurs est une notion qui fait d\u00e9j\u00e0 son chemin.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Le coop\u00e9rateur<\/strong> . C&rsquo;est une personne qui n&rsquo;est pas forc\u00e9ment entrepreneur mais qui offre sa collaboration \u00e0 l&rsquo;entreprise d&rsquo;autrui et qui s&rsquo;y rallie. Le coop\u00e9rateur peut \u00eatre un entrepreneur par ailleurs ou entrepreneur potentiel.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Le client<\/strong> . C&rsquo;est celui qui b\u00e9n\u00e9ficie des services ou des uvres de l&rsquo;entreprise. Les membres d&rsquo;une entreprise peuvent \u00eatre aussi ses clients.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Le fournisseur<\/strong> . C&rsquo;est un entrepreneur dont les services concourent \u00e0 l&rsquo;entreprise et \u00e0 son d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Ainsi toute entreprise est-elle \u00e0 concevoir comme une entreprise d&rsquo;entrepreneurs, qui s&rsquo;associent des coop\u00e9rateurs, qui sert des personnes ou leurs entreprises et qui est servie par d&rsquo;autres entreprises.<\/p>\n<p>Les rapports entre les entreprises sont multiples :<\/p>\n<p>&#8211; Rapport de clients \u00e0 fournisseurs. Une entreprise sert d&rsquo;autres entreprises et contribue ainsi \u00e0 leur d\u00e9veloppement sans y participer.<br \/>\n&#8211; Rapport de coop\u00e9ration. Les entreprises de plusieurs entrepreneurs se conjuguent pour une part de leur activit\u00e9 constituant ainsi des entreprises communes entre entreprises diff\u00e9rentes.<br \/>\n&#8211; Rapports d&rsquo;int\u00e9gration. Des entreprises participent ensemble \u00e0 une entreprise plus vaste sans perdre pour autant leur personnalit\u00e9 sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Chaque entreprise peut \u00eatre impliqu\u00e9e simultan\u00e9ment dans ces diff\u00e9rents rapports.<br \/>\nSont alors \u00e0 examiner trois probl\u00e8mes :<\/p>\n<p>&#8211; Celui de la multiplicit\u00e9 des engagements personnels.<br \/>\n&#8211; Celui de l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;une entreprise collective.<br \/>\n&#8211; Celui de la structure de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p>Ces probl\u00e8mes seront explor\u00e9s rapidement ici pour \u00eatre repris plus \u00e0 fond dans un autre volume.<\/p>\n<h3>a) La multiplicit\u00e9 des engagements personnels<\/h3>\n<p>Il n&rsquo;y a pas ici d&rsquo;identification \u00e0 faire entre l&rsquo;homme et son entreprise. Il ne se confondent pas. L&rsquo;homme reste auteur de ses entreprises. Ainsi dans la conduite de son existence la personne peut entreprendre ou participer successivement et parall\u00e8lement \u00e0 plusieurs entreprises. Entreprise conjugale, \u00e9ducative, entreprises professionnelles durables ou momentan\u00e9es, participation \u00e0 des entreprises communautaires, culturelles, nationales, spirituelles, etc. En d\u00e9finitive, l&rsquo;entreprise personnelle de l&rsquo;homme responsable consiste \u00e0 engager toute une diversit\u00e9 d&rsquo;entreprises au cours de son existence ou \u00e0 participer en co-responsable, \u00e0 coop\u00e9rer \u00e0 des entreprises qui ne sont pas les siennes, \u00e0 \u00eatre client d&rsquo;autres entreprises et \u00e0 en servir d&rsquo;autres encore.<\/p>\n<p>Tout ceci constitue l&rsquo;entreprise de son existence qui en forme l&rsquo;unit\u00e9. La personne est le centre de ses entreprises dans l&rsquo;unit\u00e9 de son existence.<\/p>\n<h3>b) L&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;entreprise collective<\/h3>\n<p>Comment concevoir une entreprise d&rsquo;entrepreneurs et de coop\u00e9rateurs nombreux. Il y a, bien s\u00fbr, tout un tissu de relations internes, de structures, tout un syst\u00e8me, une organisation qui en sont la trace, l&rsquo;expression, mais ne fondent pas son unit\u00e9. C&rsquo;est encore le consensus qui est la source de cette unit\u00e9 et, particuli\u00e8rement, le sens commun partag\u00e9 par les entrepreneurs qui en assument la responsabilit\u00e9. Ce consensus des personnes n&rsquo;est pas, rappelons le, un accord formel, mais il peut en \u00eatre la source.<\/p>\n<p>L&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;entreprise d&rsquo;entrepreneurs s&rsquo;exprime simultan\u00e9ment par une finalit\u00e9 unique et par des conditions communes. Ainsi la coh\u00e9rence de l&rsquo;entreprise se rep\u00e8re dans son unit\u00e9 de direction qui se d\u00e9cline dans une multiplicit\u00e9 d&rsquo;activit\u00e9s, de projets, d&rsquo;entrepreneurs particuliers donc. Ce probl\u00e8me fait partie de ceux du gouvernement des entreprises qui feront l&rsquo;objet d&rsquo;un second volume.<\/p>\n<p>Soulignons donc, pour l&rsquo;instant, que ce n&rsquo;est pas \u00e0 une structure que l&rsquo;on confiera l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;entreprise mais \u00e0 des entrepreneurs et \u00e0 leur consensus.<\/p>\n<p>Autour de cela se d\u00e9termineront des r\u00f4les et des responsabilit\u00e9s du gouvernement de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<h3>c) La structure de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises.<\/h3>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une soci\u00e9t\u00e9 de territoires ni une soci\u00e9t\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e, organis\u00e9e, structur\u00e9e de fa\u00e7on statique. Cette soci\u00e9t\u00e9 est plut\u00f4t \u00e0 voir comme une constellation de foyers que constitue la multitude des entreprises. Chaque foyer, chaque entreprise peut \u00eatre engag\u00e9e dans d&rsquo;autres entreprises qui en constituent des sortes de satellites ou de partenaires.<\/p>\n<p>Certains foyers peuvent \u00eatre plus rayonnants que d&rsquo;autres, mais aucun n&rsquo;est le foyer principal si ce n&rsquo;est l&rsquo;entreprise humaine dans son ensemble qui constitue toute la constellation. Dans celle-ci de nombreuses entreprises peuvent constituer une constellation particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Par exemple, une entreprise de d\u00e9veloppement national est constitu\u00e9 par une multitude d&rsquo;entreprises mais chacune de celles-ci est une entreprise autonome qui peut, en m\u00eame temps, participer \u00e0 d&rsquo;autres entreprises communautaires.<\/p>\n<p>Lorsque les entreprises sont ainsi d\u00e9finies par l&rsquo;engagement dans une finalit\u00e9, alors les finalit\u00e9s peuvent se conjuguer tout en restant diff\u00e9renci\u00e9es. L&rsquo;appartenance n&rsquo;est plus possession, chaque entrepreneur, chaque entreprise peut appartenir \u00e0 plusieurs groupements d&rsquo;entreprises, c&rsquo;est-\u00e0-dire plusieurs entreprises d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p>Cette structure est enrichie par la diversit\u00e9 des rapports entre entreprises.<br \/>\nEntreprises communes, int\u00e9gration, services mutuels, etc. forment toute une \u00e9conomie qui est l&rsquo;\u00e9tat de ces rapports et de leur \u00e9volution. Cette \u00e9conomie r\u00e9sulte des rapports d&rsquo;entreprises, mais n&rsquo;est pas la cause.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises est donc r\u00e9gie par des rapports d&rsquo;engagements mutuels, rapports contractuels mais de contrats de nature extr\u00eamement vari\u00e9s, contrats d&rsquo;engagement entre responsables qui peuvent tr\u00e8s bien comprendre aussi des termes d&rsquo;\u00e9change, qui viennent objectiviser l&rsquo;engagement et sa mesure.<\/p>\n<p>La civilisation de l&rsquo;entreprise n&rsquo;exclut donc absolument pas les usages mon\u00e9taires mais en revenant \u00e0 leur source symbolique de mesure d&rsquo;une valeur partag\u00e9e. Les rapports entre entreprises sont d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 beaucoup plus vari\u00e9s que les simples \u00e9changes mon\u00e9taires. Tous les termes de l&rsquo;\u00e9change ne sont pas objectivisables. Ainsi l&rsquo;\u00e9conomie mon\u00e9taire n&rsquo;est-elle qu&rsquo;un aspect de l&rsquo;\u00e9conomie de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p><strong>4 &#8211; LES BASES FONDAMENTALES DE LA CIVILISATION DE<br \/>\nL&rsquo;ENTREPRISE<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9gag\u00e9 quelques principes, il nous faut reprendre de fa\u00e7on plus syst\u00e9matique la perspective de cette nouvelle civilisation qui se dessine et dont on aper\u00e7oit aujourd&rsquo;hui les pr\u00e9misses et les premi\u00e8res avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans un temps de crise o\u00f9 tout est en question, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;envisager sur quelle bases cette civilisation moderne peut reposer, \u00e9tant entendu que les tendances classiques ou modernistes offrent des r\u00e9ponses qui ne sont plus valides ou du moins qui demandent \u00e0 \u00eatre converties.<br \/>\nLes bases d&rsquo;une civilisation sont celles, essentielles, qui supportent ses caract\u00e9ristiques propres, mais aussi l&rsquo;Etat, la cit\u00e9, le territoire, le syst\u00e8me ou l&rsquo;entreprise. La civilisation de l&rsquo;entreprise s&rsquo;articule d&rsquo;abord autour de trois piliers et dans l&rsquo;ordre suivant :<\/p>\n<p>&#8211; Le politique.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;\u00e9conomique.<br \/>\n&#8211; Le d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>En outre, dans une telle civilisation, sont caract\u00e9ristiques :<\/p>\n<p>&#8211; La structure sociale.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;identit\u00e9 collective et ses expressions.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;activit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Nous allons en pr\u00e9ciser la nature et le contenu.<\/p>\n<h3>a) Le politique<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation commune du terme : \u00ab\u00a0gestion de la cit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9voque plus l&rsquo;\u00e9conomique et marque un des traits du modernisme. Au -del\u00e0 de la gestion, il s&rsquo;agit maintenant plut\u00f4t de \u00ab\u00a0gouvernement\u00a0\u00bb. La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, chaque soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re qui la constitue ont \u00e0 \u00eatre gouvern\u00e9es. Gouverner c&rsquo;est ici tenir le cap, prendre les dispositions n\u00e9cessaires pour que le cap soit maintenu.<\/p>\n<p>Il en va donc des finalit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises ou de chaque entreprise qu&rsquo;elle soit personnelle ou celle d&rsquo;une vaste communaut\u00e9.<br \/>\nTenir le cap, \u00eatre garant des finalit\u00e9s est l&rsquo;un des r\u00f4les des gouvernements.<\/p>\n<p>Mais pour cela il est, d&rsquo;une part, n\u00e9cessaire de d\u00e9terminer et d&rsquo;\u00e9clairer la direction \u00e0 suivre sans cesse et, d&rsquo;autre part, de s&rsquo;assurer qu&rsquo;elle soit connue. C&rsquo;est la nature du consensus, son sens, qui doivent \u00eatre gard\u00e9s et impuls\u00e9s dans toutes les p\u00e9rip\u00e9ties de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Le politique, comme art de diriger, est inh\u00e9rent \u00e0 cette civilisation de l&rsquo;entreprise. S&rsquo;il n&rsquo;y a rien d&rsquo;entrepris, il n&rsquo;y a rien \u00e0 diriger sinon \u00e0 maintenir l&rsquo;ordre (g\u00e9rer) et faire face aux al\u00e9as (surveiller). La question se pose donc au niveau de chaque entreprise, jusqu&rsquo;aux entreprises d&rsquo;entreprises y compris les entreprises des nations par exemple.<\/p>\n<p>Le politique est tout ce qui concerne l&rsquo;orientation du d\u00e9veloppement, le sens de l&rsquo;entreprise dont la d\u00e9termination peut s&rsquo;ajuster au fur et \u00e0 mesure de la maturation collective et celle des responsables.<\/p>\n<p>Les responsables politiques ont justement pour mission d&rsquo;\u00eatre les rep\u00e8res de l&rsquo;orientation de la soci\u00e9t\u00e9. Cela implique que leurs attitudes, leurs actions, leurs comportements, leurs interventions ont pour but de \u00ab\u00a0signifier\u00a0\u00bb le sens de l&rsquo;entreprise collective, de la voie commune, c&rsquo;est-\u00e0-dire en donner la direction.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une charge et non d&rsquo;un privil\u00e8ge, qui fait appel \u00e0 l&rsquo;authenticit\u00e9 personnelle des dirigeants et \u00e0 la justesse de leur discernement.<br \/>\nLeur r\u00f4le dans la civilisation de l&rsquo;entreprise est toujours de dire et de redire le sens de celle-ci et d&rsquo; indiquer la voie sp\u00e9cifique de l&rsquo;entreprise propre de la soci\u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9e.<\/p>\n<p>En outre, vis \u00e0 vis des autres entreprises (nationales, locales, communautaire), il est de l&rsquo;ordre du politique d&rsquo;\u00e9tablir les conjonctions possibles.<\/p>\n<p>Par exemple, dans la C.E.E. si l&rsquo;\u00e9conomique est assur\u00e9e par les experts, le politique devrait l&rsquo;\u00eatre par les dirigeants, ceux en charge des directions, s&rsquo;attachant \u00e0 d\u00e9gager des directions convergentes ou \u00e0 s&rsquo;entendre sur la direction commune \u00e0 prendre.<\/p>\n<p>La mission du politique l&rsquo;engage \u00e0 un souci de coh\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la communaut\u00e9 comme \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le dirigeant joue le r\u00f4le de rep\u00e8re unifiant autour d&rsquo;un vecteur commun, d&rsquo;une direction partag\u00e9e.<\/p>\n<p>Finalit\u00e9, direction, sens, orientation sont les mots cl\u00e9s du politique. Ils correspondent \u00e0 la finalit\u00e9 des engagements mutuels et \u00e0 leur conjonction dans des entreprises communes. Ils jouent un r\u00f4le unifiant dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, unit\u00e9 de direction qui laissera le champ \u00e0 la multiplicit\u00e9 des entreprises particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>La civilisation moderne, orient\u00e9e vers l&rsquo;accomplissement des valeurs humaines, r\u00e9clame des responsables politiques, une valeur humaine exemplaire : hommes de sagesse, de discernement dont l&rsquo;autorit\u00e9 est principalement \u00e9thique (si ce terme qualifie ce qui est orient\u00e9 dans le sens du bien de l&rsquo;homme, de son accomplissement).<\/p>\n<p>Le r\u00f4le du politique n&rsquo;est pas normatif mais indicatif, il n&rsquo;est pas le tenant d&rsquo;un ordre moral mais l&rsquo;\u00e9claireur d&rsquo;une voie commune, raison d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;entreprise collective de la cit\u00e9 ou de la nation ou de toute communaut\u00e9 d&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>Le politique rejoint le spirituel en ceci que celui-ci a comme enjeu le sens de l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;homme auquel se r\u00e9f\u00e8re le politique. Si dans le pass\u00e9 les interactions du spirituel et du politique ont donn\u00e9 lieu \u00e0 toutes sortes d&rsquo;abus, on s&rsquo;aper\u00e7oit de plus en plus de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence spirituelle pour fonder les indications du politique en qu\u00eate de finalit\u00e9s et de justifications essentielles des entreprises humaines. Cela appartient \u00e0 cette civilisation de l&rsquo;entreprise o\u00f9 l&rsquo;homme s&rsquo;engage en toute libert\u00e9 dans son devenir plut\u00f4t que de se soucier du simple am\u00e9nagement de son existence. Entreprendre sans perspective est vain. Le politique r\u00e9pond de cette perspective que le spirituel \u00e9claire, sans \u00eatre confondus.<\/p>\n<h3>b) L&rsquo;\u00e9conomique<\/h3>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises \u00e9volue dans le contexte des conditions qu&rsquo;elle rencontre et qu&rsquo;elle transforme. L&rsquo;\u00e9conomie est l&rsquo;\u00e9tat de la situation ainsi m\u00e9nag\u00e9e. Cette situation s&rsquo;analyse en acteurs \u00e9conomiques, en entreprises personnelles et collectives &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ensemble complexe des entreprises &#8211; et en facteurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ensemble des ressources, biens, services et moyens en jeu. On peut parler alors de syst\u00e8mes \u00e9conomiques int\u00e9grant ces acteurs et ces facteurs. Cependant les acteurs et les facteurs ne sont pas les auteurs de l&rsquo;\u00e9conomie, ils en sont les conditions. Les auteurs restent les hommes. Vis \u00e0 vis de l&rsquo;\u00e9conomie la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;homme s&rsquo;exerce dans l&rsquo;administration et la gestion de l&rsquo;\u00e9tat de la situation \u00e9conomique. Apparait l\u00e0 le glissement de sens qui fait de l&rsquo;Etat avec son administration, l&rsquo;instrument du gouvernement et de la gestion, \u00e0 tel point que le gouvernement a pu se confondre avec l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>De ces confusions s\u00e9mantiques r\u00e9sultent les impasses dans lesquelles s&rsquo;enferment les relations politique \/ \u00e9conomique que le tout \u00e9conomie tente de r\u00e9soudre dans la tendance moderniste. La civilisation moderne ne n\u00e9glige pas l&rsquo;\u00e9conomique mais elle le situe \u00e0 sa place. La gestion de l&rsquo;\u00e9conomique est une partie du gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. Elle constitue \u00e0 \u00ab\u00a0tenir la maison\u00a0\u00bb (le m\u00e9nage, cf. manager) c&rsquo;est-\u00e0-dire s&rsquo;assurer de la qualit\u00e9 et de la quantit\u00e9 des ressources, des moyens, des profits, de leur r\u00e9partition, leur affectation, leurs r\u00e9serves (soulignons que les facteurs \u00e9conomiques ne sont pas uniquement mat\u00e9riels mais aussi affectifs ou imaginaires). Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une intervention sur ces questions mais d&rsquo;une vigilance qui permet d&rsquo;en tenir l&rsquo;\u00e9tat et d&rsquo;entretenir le patrimoine de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p>Nous ne sommes donc pas l\u00e0 dans un interventionnisme d&rsquo;\u00e9tat ou du pouvoir des gouvernements. Lorsque l&rsquo;\u00e9conomique est une fin en soi, alors seulement se pose le probl\u00e8me de l&rsquo;intervention de l&rsquo;Etat toujours antagoniste avec la gestion des entreprises et pour lesquelles chaque id\u00e9ologie cherche \u00e0 \u00e9tablir un \u00e9quilibre, jamais satisfaisant d&rsquo;ailleurs. Les pouss\u00e9es protectionnistes et interventionistes de l&rsquo;\u00e9tat am\u00e9ricain et ce qu&rsquo;\u00e9tait la sollicitation de l&rsquo;initiative et de la responsabilit\u00e9 des entreprises dans l&rsquo;ex Union Sovi\u00e9tique sont des ph\u00e9nom\u00e8nes actuels qui marquent cette recherche d&rsquo;\u00e9quilibre.<\/p>\n<p>Dans la civilisation de l&rsquo;entreprise, c&rsquo;est l\u00e0 un faux probl\u00e8me. Il n&rsquo;y a pas antagonisme, sur le terrain \u00e9conomique, entre l&rsquo;Etat et l&rsquo;entreprise, entre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat individuel et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun, parce que ce n&rsquo;est pas sur ces bases qu&rsquo;elle est fond\u00e9e et surtout parce que l&rsquo;\u00e9conomique est remis \u00e0 sa place essentielle, non comme finalit\u00e9 mais comme condition.<\/p>\n<p>Il y a des conditions communes et particuli\u00e8res. Seules les finalit\u00e9s des entreprises permettent de leur donner un sens, celui de leur engagement. La finalit\u00e9 de l&rsquo;entreprise de d\u00e9veloppement national n&rsquo;est pas celle de telle ou telle entreprise de cette nation. De ce fait, les conditions \u00e9conomiques ne s&rsquo;interpr\u00e8tent pas selon les m\u00eames crit\u00e8res. Par ailleurs, si les finalit\u00e9s convergent, alors les conditions \u00e9conomiques sont compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Il faut, pour cela, sortir de la logique des territoires et du g\u00e2teau \u00e0 partager, logique de la possession. De m\u00eame qu&rsquo;il faut sortir des logiques fond\u00e9es sur le primat de l&rsquo;ordre social au lieu de l&rsquo;initiative et la responsabilit\u00e9 des personnes. Il n&rsquo;y a d&rsquo;entreprise personnelle comme d&rsquo;entreprise collective ou communautaire que d&rsquo;engagement responsable des hommes.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a donc pas d&rsquo;analyse objective de l&rsquo;\u00e9conomie sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces engagements. Les conditions \u00e9conomiques ne sont pas favorables ou d\u00e9favorables en soi, elles le sont par rapport aux finalit\u00e9s engag\u00e9es. L&rsquo;absence d&rsquo;une clart\u00e9 politique ne permet aucun dialogue sens\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9conomique. La civilisation de l&rsquo;entreprise ouvre la possibilit\u00e9 de ce dialogue dans la mesure o\u00f9 les finalit\u00e9s sont suffisamment \u00e9lucid\u00e9es et les responsabilit\u00e9s authentiquement engag\u00e9es dans leur direction.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident qu&rsquo;un monde o\u00f9 les finalit\u00e9s sont occult\u00e9es ou ni\u00e9es ne permet aucune approche saine de l&rsquo;\u00e9conomie mais permet par contre toutes les manipulations et les tromperies o\u00f9 les trompeurs sont les premiers tromp\u00e9s, en tout cas quant au sens de leur devenir de celui de leurs entreprises.<\/p>\n<p>On ne peut plus opposer ainsi, \u00e9conomie de march\u00e9 et \u00e9conomie planifi\u00e9e, sans \u00e9clairer le sens des id\u00e9ologies qui les sous-tendent. L&rsquo;\u00e9conomie, en tant que condition des acteurs et des facteurs de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, n&rsquo;est pas \u00e0 planifier mais \u00e0 g\u00e9rer. Elle n&rsquo;est pas une fin en soi, mais un \u00e9tat des choses qui ne signifie rien par lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 peut \u00eatre situ\u00e9 parmi les conditions de l&rsquo;\u00e9conomie, mais il n&rsquo;est l&rsquo;auteur de rien. A-t-on vu une demande d&rsquo;un march\u00e9 qui soit ind\u00e9pendante de l&rsquo;offre ?<\/p>\n<p>On ne peut dissocier le march\u00e9 de l&rsquo;entreprise dont il fait partie des conditions \u00e9conomiques, mais il n&rsquo;est pas le moteur de l&rsquo;entreprise. Le march\u00e9 n&rsquo;entreprend rien seul, les hommes entreprennent et alors seulement le march\u00e9 prend un sens.<\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises on n&rsquo;\u00e9rige pas les conditions \u00e9conomiques ou leur gestion en absolu ou en idoles, on les remet \u00e0 leur place, celle \u00e9minente de l&rsquo;intendance qui n&rsquo;est ni celle du politique, ni celle du strat\u00e9gique que nous allons maintenant envisager avec la troisi\u00e8me dimension, celle du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h3>c) Le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises<\/h3>\n<p>Le politique et l&rsquo;\u00e9conomique ne s&rsquo;accomplissent que par l&rsquo;engagement dans des r\u00e9alisations. Dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises chacune est engag\u00e9e dans ses r\u00e9alisations propres ; cet engagement se concr\u00e9tise effectivement dans le d\u00e9veloppement de l&rsquo;entreprise, c&rsquo;est-\u00e0-dire la r\u00e9alisation de ses buts selon ses finalit\u00e9s et dans les conditions qui sont les siennes et qui s&rsquo;en trouvent transform\u00e9es.<\/p>\n<p>La r\u00e9solution d&rsquo;un probl\u00e8me est une r\u00e9alisation, d\u00e9veloppement d&rsquo;une entreprise de r\u00e9solution. Les conditions initiales faisaient probl\u00e8mes, les conditions finales ne le font plus. Sur le plan du d\u00e9veloppement une r\u00e9alisation s&rsquo;est effectu\u00e9e, un engagement s&rsquo;est accompli.<\/p>\n<p>Sur le plan de la finalit\u00e9, le plan politique, la direction prise peut toujours \u00eatre investie dans la r\u00e9solution d&rsquo;un autre probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement r\u00e9sulte donc de l&rsquo;engagement d&rsquo;une direction politique, d&rsquo;une finalit\u00e9, dans des conditions \u00e9conomiques donn\u00e9es. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une reformulation de la d\u00e9finition de l&rsquo;entreprise humaine et de l&rsquo;entreprise que constitue toute soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises humaines.<\/p>\n<p>Ainsi, au niveau collectif de la r\u00e9gion, de la cit\u00e9, de la nation par exemple, le d\u00e9veloppement est un probl\u00e8me de gouvernement majeur. Il l&rsquo;est dans la mesure o\u00f9 c&rsquo;est toute la soci\u00e9t\u00e9 qui est engag\u00e9e, o\u00f9 c&rsquo;est son entreprise commune.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises lui est propre, cependant il int\u00e8gre le d\u00e9veloppement de toutes les entreprises qui la constituent sans que celui-ci se r\u00e9duise au d\u00e9veloppement commun.<\/p>\n<p>En effet, une entreprise peut tr\u00e8s bien \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 plusieurs soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;entreprises et constituer elle-m\u00eame une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises particuli\u00e8res. Les d\u00e9veloppements des unes et des autres sont concourants, et non concurrents, sans que le d\u00e9veloppement commun soit la somme arithm\u00e9tique des d\u00e9veloppements particuliers.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que se trouve pr\u00e9serv\u00e9e l&rsquo;autonomie de chaque entreprise tout en assurant le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 commune.<\/p>\n<p>Il est d\u00e9j\u00e0 courant de voir des strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement de collectivit\u00e9s locales ou nationales qui int\u00e8grent la cr\u00e9ation et le d\u00e9veloppement d&rsquo;entreprises de toute nature : \u00e9ducation, services, administration, etc.<\/p>\n<p>Dans son ouvrage \u00ab\u00a0les saturniens\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, Philippe MESSINE relate l&rsquo;exemple de l&rsquo;\u00e9tat du Michigan o\u00f9, \u00e0 l&rsquo;occasion de conditions \u00e9conomiques drastiques, s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9, pour les principaux industriels, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;assumer collectivement avec les autorit\u00e9s locales la question du d\u00e9veloppement. Il s&rsquo;agit bien de l&rsquo;\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises que nous observons. L&rsquo;auteur souligne que les industriels capitalistes, comprenant le plus souvent les choses en terme de rivalit\u00e9 arrivent \u00e0 d\u00e9couvrir des finalit\u00e9s qui, bien qu&rsquo;\u00e9tant toujours sp\u00e9cifiques, d\u00e9passaient leur int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat et autour desquelles ils pouvaient se rassembler sans s&rsquo;y ali\u00e9ner.<br \/>\nConcr\u00e8tement, la r\u00e9alisations d&rsquo;actions communes dans une strat\u00e9gie partag\u00e9e est bien identifiable avec le d\u00e9veloppement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p>Le contexte local du Michigan n&rsquo;est plus un simple milieu mais aussi le lieu de l&rsquo;engagement d&rsquo;une entreprise collective. Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;Etat (de la r\u00e9gion) est une entreprise dont les r\u00e9alisations r\u00e9sultent notamment du concours des industriels locaux, c&rsquo;est-\u00e0-dire aussi de leur propre d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Mieux, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on doit consid\u00e9rer que le d\u00e9veloppement de l&rsquo;entreprise commune, de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, concourt au d\u00e9veloppement des entreprises de cette soci\u00e9t\u00e9 et vice versa. De m\u00eame selon la m\u00eame logique, le d\u00e9veloppement d&rsquo;une entreprise concourt directement ou indirectement au d\u00e9veloppement d&rsquo;une autre entreprise. C&rsquo;est ainsi que les entreprises d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises sont \u00ab\u00a0concourantes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans la logique de la soci\u00e9t\u00e9 de possession seulement qu&rsquo;elles sont forc\u00e9ment concurrentes puisque chaque entreprise est entreprise de possession \u00e0 tendance monopolistique, ce qui fait que tout autre entreprise est potentiellement rivale si elle n&rsquo;est pas subordonn\u00e9e. La puissance et l&rsquo;assurance du d\u00e9veloppement d&rsquo;une entreprise dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises est renforc\u00e9e par la \u00ab\u00a0concourance\u00a0\u00bb des autres entreprises. Chaque entreprise est soutenue par la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises pendant qu&rsquo;elle y contribue.<\/p>\n<p>Entreprendre n&rsquo;est plus une affaire guerri\u00e8re de rivalit\u00e9 et de conflit direct<br \/>\nou pervers, c&rsquo;est une affaire de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises est une entreprise dont le d\u00e9veloppement est l&rsquo;engagement m\u00eame. Cette dimension de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, conjugaison du politique (finalit\u00e9s, directions) et de l&rsquo;\u00e9conomique (conditions, acteurs et facteurs) doit \u00eatre elle aussi ma\u00eetris\u00e9e.<\/p>\n<p>La ma\u00eetrise du d\u00e9veloppement en est la conduite strat\u00e9gique. Il est des responsables dont la mission, l&rsquo;entreprise personnelle aussi, est de conduire le d\u00e9veloppement d&rsquo;entreprises ou de soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;entreprises. Le r\u00f4le des strat\u00e9gies est, sp\u00e9cifiquement, d&rsquo;articuler les moyens en fonction des fins politiques et des conditions \u00e9conomiques. Les responsables strat\u00e9giques ont ainsi \u00e0 conduire le d\u00e9veloppement apr\u00e8s en avoir trac\u00e9 le cheminement et les \u00e9tapes.<\/p>\n<p>Mais, comme pour une automobile, le conducteur n&rsquo;est pas le moteur et son r\u00f4le n&rsquo;est pas normalement la performance mais l&rsquo;accomplissement du voyage, l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;entreprise. Imaginons alors la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises comme une caravane o\u00f9 chacune doit \u00eatre conduite sp\u00e9cifiquement mais o\u00f9 la caravane elle-m\u00eame doit \u00eatre conduite ou pilot\u00e9e, c&rsquo;est ainsi que tous et chacun accomplissent leur voyage et selon des finalit\u00e9s communes mais aussi particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>Tel est le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises et sa conduite strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Ainsi, d\u00e9veloppement et engagement de la civilisation moderne sont non pas con\u00e7us selon la fatalit\u00e9 et le conditionnement du modernisme adaptatif mais comme un engagement de civilisation qui reste \u00e0 conduire. La diff\u00e9rence est de l&rsquo;ordre de la responsabilit\u00e9, de la libert\u00e9 humaine et de leur fruit.<\/p>\n<h3>d) La structure sociale<\/h3>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 du \u00e0 plusieurs reprises \u00e9voquer ce probl\u00e8me. Deux logiques pr\u00e9sident habituellement \u00e0 nos fa\u00e7ons de penser \u00e0 ce propos :<\/p>\n<p>&#8211; Soit celle de l&rsquo;inclusion \/ exclusion, pr\u00e9sente dans la logique du territoire ou du syst\u00e8me.<br \/>\n&#8211; Soit celle de la conformation normative, pr\u00e9sente dans la logique rationaliste et celle aussi du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>L&rsquo;inclusion \/ exclusion peut s&rsquo;exprimer ainsi : \u00ab\u00a0ce qui appartient \u00e0 un ensemble n&rsquo;appartient pas \u00e0 un autre et vice versa\u00a0\u00bb, sauf s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un ensemble englobant. Ainsi, si une entreprise appartient \u00e0 un groupe industriel, elle ne peut appartenir \u00e0 un autre sauf si les deux sont inclus l&rsquo;un dans l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>La civilisation moderne oppose une autre \u00ab\u00a0urbanit\u00e9\u00a0\u00bb telle que la participation \u00e0 un groupe n&rsquo;exclut pas la participation \u00e0 un autre groupe d&rsquo;entreprises. On assiste de plus en plus, effectivement, \u00e0 l&rsquo;engagement d&rsquo;entreprises d&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun (filiales communes) ou \u00e0 l&rsquo;association d&rsquo;entreprises dans des projets communs, ou \u00e0 la participation de plusieurs entreprises \u00e0 un projet de l&rsquo;une d&rsquo;entre elles.<\/p>\n<p>Tout ceci est vrai pour les entreprises dites industrielles mais aussi des entreprises de natures multiples qui constituent une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, entreprises personnelles dites lib\u00e9rales, entreprises de production, entreprises financi\u00e8res, entreprises culturelles, de d\u00e9veloppement national, r\u00e9gional, etc.<\/p>\n<p>La conformation normative \u00e9tablit un mod\u00e8le \u00e0 priori de structure qui noue et articule les liens entre les entreprises. Structures juridiques, structures fiscales, structures administratives, hi\u00e9rarchisations fix\u00e9es, syst\u00e8mes, organisations, ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est plus nou\u00e9e par le libre engagement des initiatives mutuelles mais par la structure \u00e0 priori. La civilisation moderne propose une nouvelle \u00ab\u00a0urbanit\u00e9\u00a0\u00bb fond\u00e9e sur le consentement mutuel. Le contrat n&rsquo;est pas un statut normatif mais une convention circonstancielle, ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;avoir une permanence demeure norme de l&rsquo;engagement. Le contrat social n&rsquo;est pas une norme abstraite mais la concourance concr\u00e8te des entreprises dont la forme peut \u00eatre tout \u00e0 fait \u00eatre \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb. La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises qui se d\u00e9veloppe est ainsi une soci\u00e9t\u00e9 de concourance, une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;engagement mutuel. Elle invente une \u00ab\u00a0urbanit\u00e9\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0commerce\u00a0\u00bb qui trouvent leurs formes originales et \u00e9tablissent leurs contrats en cons\u00e9quence. Ce n&rsquo;est donc ni une soci\u00e9t\u00e9 normative, ni une soci\u00e9t\u00e9 de confusion ou d&rsquo;exclusion.<\/p>\n<p>Sont alors tout \u00e0 fait conciliables les regroupements, formant des unit\u00e9s, relatives \u00e0 leurs partenaires (et non absolues), pendant que les partenaires conservent toute l&rsquo;autonomie et la responsabilit\u00e9 de leur engagement propre. Il est \u00e9vident que le tissu des relations, relations engag\u00e9es, d&rsquo;engagement mutuel, trouve une structure ad hoc, \u00e9tablit son ordre, s&rsquo;organise, \u00e9tablit ses r\u00e8gles et ses normes. Ce ne sont alors que les formes symboliques de la concourance de ses engagements. Le syst\u00e8me ne s&rsquo;impose pas il n&rsquo;est qu&rsquo;un visage de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises qui aide \u00e0 la comprendre mais \u00e0 laquelle elle ne se r\u00e9duit pas.<\/p>\n<p>Y a-t-il dans cette structure sociale un sommet, un centre, une hi\u00e9rarchisation \u00e9tablie ? Par exemple l&rsquo;entreprise collective \u00e0 laquelle elle contribue ?<\/p>\n<p>Il nous faut, l\u00e0, sortir de nos sch\u00e9mas de pens\u00e9es habituelles. Il y a autant de centres que l&rsquo;on veut dans cette soci\u00e9t\u00e9. Chaque entreprise est, pour elle-m\u00eame, le centre de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, non pas un centre absolu mais relatif \u00e0 une position particuli\u00e8re, position propre d&rsquo;o\u00f9 elle a \u00e0 envisager ses relations avec toutes les autres entreprises.<\/p>\n<p>Ainsi une personne engage dans son entreprise personnelle des relations avec l&rsquo;entreprise locale de d\u00e9veloppement, celle de la cit\u00e9, des entreprises de production, d&rsquo;\u00e9ducation, dont il peut \u00eatre, pour les unes client, pour les autres fournisseur, coop\u00e9rateur, etc.<\/p>\n<p>C&rsquo;est exactement la m\u00eame chose pour une entreprise de d\u00e9veloppement r\u00e9gional, une entreprise de production ou tout type d&rsquo;entreprise, quelle qu&rsquo;en soit l&rsquo;envergure.<\/p>\n<p>Du lieu propre de chaque entreprise, elle constitue elle-m\u00eame le centre mais aussi le sommet, de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, en ce sens que c&rsquo;est selon sa propre finalit\u00e9 que sont hi\u00e9rarchis\u00e9s les rapports avec les autres entreprises, dans le sens de ses engagements propres. Ainsi, pour chaque entreprise son engagement est premier, principal et, par cons\u00e9quent, plus important que tout autre. Mais tout ceci est relatif et il en est de m\u00eame pour chaque autre entreprise.<\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;agit pas pour chacun de se faire le centre absolu du monde, laissons cela \u00e0 l&rsquo;archa\u00efsme de la possession, il faut par contre assumer sa centralit\u00e9 personnelle, en r\u00e9ponse vis \u00e0 vis des autres et de leurs entreprises.<\/p>\n<p>Il est vrai que pour une entreprise de d\u00e9veloppement national, telle entreprise personnelle peut \u00eatre d&rsquo;une tr\u00e8s faible importance mais, c&rsquo;est r\u00e9ciproque, pour l&rsquo;entreprise personnelle, l&rsquo;entreprise nationale peut \u00eatre de faible importance.<\/p>\n<p>La structure sociale est ainsi \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, non seulement selon la conjonction des engagements mais aussi selon les points de vue tous aussi respectables et aussi justes mais dans leur v\u00e9rit\u00e9 relative (du point de vue selon lequel elle est consid\u00e9r\u00e9e).<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises est une soci\u00e9t\u00e9 de respect mutuel, de consid\u00e9ration mutuelle, de diff\u00e9renciation et de rassemblement simultan\u00e9s. Le lien, on l&rsquo;a vu, c&rsquo;est l&rsquo;engagement mutuel et ce n&rsquo;est ni l&rsquo;appartenance, ni le voisinage g\u00e9ographique, ni le statut.<\/p>\n<p>N&rsquo;a-t-on pas aujourd&rsquo;hui plus de relations avec des personnes avec lesquelles nous partageons des engagements, ou dont les entreprises se rencontrent qu&rsquo;avec nos voisins de palier ?<\/p>\n<p>L&rsquo;urbanit\u00e9 des rapports humains devient souvent la conjonction, la concourance, la participation \u00e0 des entreprises communes, petites ou grandes, permanentes ou provisoires. C&rsquo;est ainsi que le sens fait lien, que l&rsquo;essentiel oriente et que, jusque dans le couple, le sens de l&rsquo;existence personnelle et partag\u00e9e compte plus que les circonstances contingentes.<br \/>\nLa soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises est forc\u00e9ment une soci\u00e9t\u00e9 de consensus engag\u00e9. M\u00eame si beaucoup aujourd&rsquo;hui, tentent de s&rsquo;ins\u00e9rer dans des moules pr\u00e9\u00e9tablis, on assiste \u00e0 une prise de responsabilit\u00e9 de plus en plus forte. La remise en question des normes, statuts, ordres \u00e9tablis, peut \u00eatre comprise \u00e0 juste titre comme un refus de l&rsquo;engagement responsable. Il l&rsquo;est souvent dans la soci\u00e9t\u00e9 moderniste o\u00f9 une mode remplace l&rsquo;autre. Cependant, il peut \u00eatre lu \u00e0 contario comme le signe d&rsquo;un engagement responsable qui cherche ses voies et ses formes propres. Il en est du couple comme des relations sociales. La civilisation moderne les comprend l&rsquo;un et l&rsquo;autre comme entreprises mutuelles.<\/p>\n<p>Chaque entreprise personnelle est un foyer d&rsquo;engagement. Un couple constitue un foyer d&rsquo;engagement, une entreprise et toute entreprise est un foyer d&rsquo;engagement.<\/p>\n<p>Cette conception de la structure de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises pose encore un probl\u00e8me particulier, celui de la partie et du tout. Comme dans l&rsquo;exemple ci-dessus, l&rsquo;entreprise nationale fait partie de l&rsquo;existence de l&rsquo;entreprise personnelle et l&rsquo;entreprise personnelle fait partie de l&rsquo;entreprise nationale.<br \/>\nAinsi pour une entreprise collective de co-entrepreneurs, l&rsquo;entreprise particuli\u00e8re de chaque co-entrepreneur en fait partie, mais \u00e0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;entreprise collective n&rsquo;est qu&rsquo;une partie de l&rsquo;entreprise personnelle de chacun d&rsquo;eux.<\/p>\n<p>Le tout contient les parties mais les parties contiennent le tout. Cette formule, un peu simplificatrice il est vrai, pose bien le probl\u00e8me d&rsquo;une logique dont on voit partout le d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;av\u00e8nement des hologrammes, on s&rsquo;est aper\u00e7u que la plaque photographique impressionn\u00e9e par les interf\u00e9rences issues de la lumi\u00e8re d&rsquo;un laser \u00e9clairant un objet photographi\u00e9, \u00e9tait telle que chacun de ses morceaux permettait de reconstituer l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;image de l&rsquo;objet.<br \/>\nChaque partie de la plaque contient le tout de l&rsquo;image de m\u00eame que la plaque photographique enti\u00e8re. Un neurophysiologiste am\u00e9ricain Karl PRIHAM a d\u00e9velopp\u00e9 une conception holographique du cerveau telle que, selon lui, toutes les empreintes de la m\u00e9moire et de la conscience sont r\u00e9parties dans l&rsquo;ensemble du cerveau comme dans chacune de ses parties.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb se traduit en grec par \u00ab\u00a0holos\u00a0\u00bb qui signifie aussi enti\u00e8ret\u00e9.<br \/>\nCette r\u00e9f\u00e9rence au tout on la retrouve dans le modernisme. Ces courants qui y participent avec l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un grand Tout pr\u00e9side \u00e0 l&rsquo;existence de chacune des parties du monde (le syst\u00e8me global d\u00e9termine les \u00e9l\u00e9ments particuliers).<\/p>\n<p>Cependant ces courants sont aussi interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 l&rsquo;inverse, participant alors au progr\u00e8s de cette civilisation moderne en marche.<br \/>\nDans ce cas, il faut comprendre la logique comme ceci : dans l&rsquo;existence de chaque entreprise sa totalit\u00e9 comme ses parties sont l&rsquo;expression d&rsquo;un principe unique.<\/p>\n<p>Ce principe, la th\u00e9orie des Coh\u00e9rences humaines montre qu&rsquo;il s&rsquo;agit du sens de l&rsquo;entreprise, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment du sens en consensus.<\/p>\n<p>Ainsi pour l&rsquo;entreprise nationale, et pour elle seulement, son sens est aussi bien dans son d\u00e9veloppement global, sa politique, son \u00e9conomie, que dans chaque entreprise particuli\u00e8re qui y contribue, dans le tout comme dans les parties. Le sens de l&rsquo;entreprise nationale se retrouve dans les parties comme dans le tout.<\/p>\n<p>De m\u00eame, pour l&rsquo;entreprise personnelle, et pour elle seulement son sens est aussi bien dans son d\u00e9veloppement global, sa pratique, son \u00e9conomie que dans chaque relation, chaque participation, chaque coop\u00e9ration \u00e0 d&rsquo;autres entreprises. Pour elle, participer \u00e0 une entreprise commune, contribuer au d\u00e9veloppement local, proposer ou recevoir des services a toujours le m\u00eame sens, le sens de l&rsquo;entreprise personnelle elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ainsi la structure de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises est-elle de type holographique. Ses parties sont homologues d&rsquo;elle-m\u00eame. Elles ont les m\u00eames sens, la m\u00eame coh\u00e9rence, sont d&rsquo;un m\u00eame consensus.<\/p>\n<p>Cette soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est pas close, avec un int\u00e9rieur et un ext\u00e9rieur. En effet, chaque entreprise particuli\u00e8re peut participer \u00e0 plusieurs soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;entreprises et en partager ainsi le sens et les consensus. Chaque entreprise peut elle-m\u00eame \u00eatre une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, tout en participant \u00e0 d&rsquo;autres soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;entreprises. Une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises peut participer \u00e0 d&rsquo;autres soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p>Nous sortons compl\u00e8tement de la logique des territoires comme de la logique structurelle hi\u00e9rarchis\u00e9e et monolithique classique. Par contre, il peut \u00eatre int\u00e9ressant de d\u00e9crire le syst\u00e8me des relations entre les entreprises, \u00e0 conditions de se souvenir que ce syst\u00e8me n&rsquo;est pas la cause de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises qui est fond\u00e9e sur les consensus des personnes humaines.<\/p>\n<p>Cette perspective logique a pour int\u00e9r\u00eat de replacer l&rsquo;homme au centre de ses entreprises. Elle a aussi comme int\u00e9r\u00eat d&rsquo;offrir une grande souplesse de relations : cette \u00ab\u00a0urbanit\u00e9\u00a0\u00bb nouvelle dont nous avons parl\u00e9 et qui n&rsquo;est plus li\u00e9e uniquement \u00e0 l&rsquo;espace, au territoire, \u00e0 la structure mais aux engagements mutuels. Cette \u00ab\u00a0urbanit\u00e9\u00a0\u00bb est un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisme communautaire\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo; uvre partout o\u00f9 les personnes sont suffisamment autonomes, responsables, c&rsquo;est-\u00e0-dire capables d&rsquo;instaurer les d\u00e9pendances mutuelles qu&rsquo;elles s&rsquo;accordent contractuellement et de conduire leurs entreprises dans les conditions des milieux o\u00f9 elles entreprennent.<\/p>\n<p>Comme on le verra, les donn\u00e9es g\u00e9ographiques nationales ou celles de la r\u00e9gion, de la cit\u00e9, de l&rsquo;habitat, ne sont plus d\u00e9terminantes pour la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. Elles font partie simplement des conditions particuli\u00e8res ou collectives. Seuls les engagements mutuels et, au fond, les consensus, sont d\u00e9terminants, c&rsquo;est-\u00e0-dire les hommes responsables.<\/p>\n<h3>e) L&rsquo;identification personnelle et sociale<\/h3>\n<p>Dans la civilisation classique l&rsquo;individu est identifi\u00e9 comme citoyen. Il se d\u00e9finit par rapport \u00e0 la cit\u00e9. Dans le modernisme l&rsquo;individu est identifi\u00e9 \u00e0 sa localisation dans le syst\u00e8me de la nature. Dans les deux cas, l&rsquo;homme est une cat\u00e9gorie parmi d&rsquo;autres et l&rsquo;individu n&rsquo;est d\u00e9termin\u00e9 que par sa place dans l&rsquo;organisation de la nature et de la soci\u00e9t\u00e9. Le probl\u00e8me de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle et collective se pose l\u00e0 de fa\u00e7on cruciale. A quoi l&rsquo;homme est -il identique ?<\/p>\n<p>Voil\u00e0 la question d&rsquo;identit\u00e9. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;identit\u00e9 propre, il n&rsquo;y a que des identit\u00e9s conformes et toute originalit\u00e9 est risque d&rsquo;une perte d&rsquo;identit\u00e9, crise d&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 de possession l&rsquo;identification est une notion d&rsquo;appartenance, de propri\u00e9t\u00e9. Appartenir \u00e0 la terre, \u00e0 un territoire, \u00e0 un lieu, \u00e0 une culture, \u00e0 une entreprise, c&rsquo;est \u00eatre poss\u00e9d\u00e9 par ce \u00e0 quoi on appartient et en recevoir son identit\u00e9. Lorsque le tyran domine et poss\u00e8de choses et gens, il en arrive \u00e0 donner son nom \u00e0 ceux qui, confus\u00e9ment, s&rsquo;identifient comme son \u00e9manation, ses esclaves. La citoyennet\u00e9, avec la d\u00e9mocratie, s&rsquo;est oppos\u00e9e \u00e0 cela mais notre culture en est toujours impr\u00e9gn\u00e9e. La transmission des noms et des biens mat\u00e9riels en est la trace. L&rsquo;av\u00e8nement de la citoyennet\u00e9 a g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 l&rsquo;existence des noms de famille.<\/p>\n<p>Pour la civilisation moderne le lien social est l&rsquo;engagement mutuel dans une perspective particuli\u00e8re. C&rsquo;est donc selon son engagement que l&rsquo;identit\u00e9 des personnes peut se d\u00e9finir. L&rsquo;identit\u00e9 personnelle est alors l&rsquo;expression de la profession, plus du r\u00f4le que de la place, du statut ou que de l&rsquo;appartenance. Le personnage social que chacun assume est l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;individu. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il est vraiment une personne.<\/p>\n<p>Une personne est ce qui r\u00e9pond de ses engagements, un r\u00e9pondant responsable.Une personne responsable r\u00e9pond de son entreprise, son entreprise est la r\u00e9ponse qu&rsquo;il manifeste \u00e0 qui le questionne, \u00e0 qui lui demande qui il est.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme de la civilisation moderne est une personne en devenir, en voie d&rsquo;accomplissement. Ce n&rsquo;est pas un \u00eatre statique dont le mouvement est purement m\u00e9canique, fonctionnel ou pulsionnel, c&rsquo;est un \u00eatre en devenir orient\u00e9, selon un sens dont il a la libert\u00e9 de choix, s&rsquo;il peut le discerner, et dont il r\u00e9pond s&rsquo;il est responsable.<br \/>\nLe sens de son devenir, s&rsquo;il le ma\u00eetrise quelque peu, par connaissance de soi notamment, est la voie de son autonomie et de sa libert\u00e9 mais celle aussi de ses engagements.<\/p>\n<p>Ainsi, pour lui-m\u00eame, l&rsquo;homme responsable se reconna\u00eet dans sa vocation personnelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire une orientation, les rep\u00e8res d&rsquo;un sens propre.<\/p>\n<p>Cependant, pour les autres, son identit\u00e9, identit\u00e9 sociale donc, se pr\u00e9sente au travers de ses entreprises. L&rsquo;identit\u00e9 sociale d&rsquo;une personne est alors constitu\u00e9e de l&rsquo;ensemble de ses entreprises et plus g\u00e9n\u00e9ralement par son entreprise personnelle et professionnelle.<\/p>\n<p>Mais toute entreprise se pr\u00e9sente par ses actes et par ses signes, par ses uvres, par ses fruits et c&rsquo;est en tant qu&rsquo;auteur, ou co-auteur de celle-ci que l&rsquo;homme entrepreneur peut \u00eatre reconnu.<\/p>\n<p>Les uvres humaines, les fruits des entreprises humaines sont reconnus pour ce qu&rsquo;ils valent socialement, c&rsquo;est-\u00e0-dire leurs qualit\u00e9s, expression de l&rsquo;engagement des personnes et contribution au bien, \u00e0 l&rsquo;accomplissement de ceux qui les re\u00e7oivent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi par la qualit\u00e9 de leurs uvres que les personnes sont en d\u00e9finitive qualifi\u00e9es, qu&rsquo;elles trouvent leur identit\u00e9 sociale, identit\u00e9 qui ne se confond pas avec ce qu&rsquo;est la personne en elle-m\u00eame mais qui traduit ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sente pour les autres.<\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;homme est alors li\u00e9e \u00e0 sa qualit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre humain, manifest\u00e9e dans ses uvres dont les qualit\u00e9s sont des qualit\u00e9s humaines identifiant leur auteur.<\/p>\n<p>Les qualit\u00e9s humaines assum\u00e9es par les personnes responsables sont la source de leur identit\u00e9, cette identit\u00e9 est ce qui les qualifie. La qualification de leurs uvres, de leurs entreprises, manifeste leur identit\u00e9.<br \/>\nLa civilisation de l&rsquo;entreprise, la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises sont identifi\u00e9s par l&rsquo;entreprise humaine dont elles t\u00e9moignent. Les entreprises humaines valent par leur qualification qui les identifie en tant qu&rsquo;entreprises des hommes qui en r\u00e9pondent, qui en sont responsables.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme reconnu est l&rsquo;homme de cette entreprise qui est la sienne (m\u00eame si elle est partag\u00e9e et m\u00eame s&rsquo;il a plusieurs entreprises). L&rsquo;entreprise reconnue est celle qui est qualifi\u00e9e par les qualit\u00e9s de ses uvres, qualit\u00e9s humaines de leur auteur qu&rsquo;elles r\u00e9v\u00e8lent. Le grand courant \u00ab\u00a0qualit\u00e9\u00a0\u00bb est le signe d&rsquo;une tentative de r\u00e9ponse \u00e0 une crise d&rsquo;identit\u00e9, des personnes et des entreprises.<\/p>\n<p>Cette crise d&rsquo;identit\u00e9 est en m\u00eame temps crise des valeurs, donc crise des qualit\u00e9s, qualit\u00e9s humaines, qualification (valeur justifi\u00e9e et reconnue) des personnes.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses \u00e9garements (effets de modes, manipulations trompeuses, etc. ) le mouvement annonce la civilisation de l&rsquo;entreprise pour donner \u00e0 celle-ci ses lettres de noblesse celles des finalit\u00e9s humaines engag\u00e9es.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans le m\u00eame temps que l&rsquo;on parle de culture d&rsquo;entreprise et que le souci des cultures est plus grand. Ces cultures sont alors identifi\u00e9es \u00e0 leurs actes, leurs uvres, leurs signes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est comme uvres, signes et actes que les cultures sont qualifiables, c&rsquo;est-\u00e0-dire par les expressions de leur civilisation, de leur entreprise de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>La civilisation de l&rsquo;entreprise est celle des hommes responsables et des communaut\u00e9s humaines qui entreprennent l&rsquo; uvre de civilisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;accomplissement des qualit\u00e9s humaines personnelles et culturelles dans leurs entreprises.<\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 de cette civilisation, de chaque soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, de chacun, est riche et vari\u00e9e comme la multitude des entreprises qui s&rsquo;engagent et en forment les diverses facettes. Elle est une de par le sens propre de l&rsquo;entreprise de chacun et les consensus qui s&rsquo;\u00e9tablissent.<\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 commune ne d\u00e9pend pas d&rsquo;abord de l&rsquo;origine g\u00e9ographique, de la<br \/>\ncouleur de la peau, de l&rsquo;\u00e9ducation re\u00e7ue, de la famille, de la cit\u00e9 ou l&rsquo;\u00e9tat. Elle r\u00e9sulte d&rsquo;une communaut\u00e9 d&rsquo;engagement, d&rsquo;une entreprise commune, des uvres manifestes de cette entreprise. Alors les conditions d&rsquo;origine de cette entreprise peuvent secondairement retrouver un sens, pays, famille, etc. et intervenir dans l&rsquo;identit\u00e9 commune pour la localiser et non la qualifier.<\/p>\n<h3>f) L&rsquo;activit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises<\/h3>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises ne se r\u00e9sume ni \u00e0 sa croissance, ni \u00e0 sa conservation, ni \u00e0 sa propre reproduction. Elle se d\u00e9finit d&rsquo;abord par \u00ab\u00a0produire de la valeur\u00a0\u00bb, de la valeur humaine, il s&rsquo;entend. L&rsquo;accomplissement des entreprises humaines, accomplissement de l&rsquo;homme, s&rsquo;accompagne d&rsquo;actes qui sont confrontation des hommes aux conditions de leur existence, de leurs entreprises.<\/p>\n<p>Ces actes sont travail et le travail est cette production de valeur tant sous l&rsquo;angle du d\u00e9veloppement en soi-m\u00eame des qualit\u00e9s humaines en les exer\u00e7ant que sous l&rsquo;angle de l&rsquo;\u00e9laboration de produits mat\u00e9riels ou immat\u00e9riels marqu\u00e9s de l&rsquo;exercice de ces qualit\u00e9s m\u00eames.<\/p>\n<p>Le travail est ainsi culture des qualit\u00e9s humaines, s&rsquo;agissant de les faire cro\u00eetre et s&rsquo;agissant simultan\u00e9ment de les r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>Les activit\u00e9s de la civilisation de l&rsquo;entreprise n&rsquo;ont rien de tr\u00e8s nouveau si ce n&rsquo;est leur d\u00e9finition et leur r\u00e9alisation dans un sens nouveau. Activit\u00e9s de la vie quotidienne, activit\u00e9s de production, activit\u00e9s de recherche, activit\u00e9s de gouvernement, etc. sont comprises comme un travail humain de production de valeurs humaines. C&rsquo;est ainsi que cette activit\u00e9 sert l&rsquo;homme et que l&rsquo;on peut la consid\u00e9rer, dans tous les cas, comme une activit\u00e9 de service, service de l&rsquo;homme \u00e9videmment. La valeur du travail se d\u00e9finit par ce service et non pas par quelques normes ou quantifications absolues. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une valeur relative, d&rsquo;une valeur mutuelle dont on peut avoir \u00e0 n\u00e9gocier des \u00e9quivalences (\u00e9quivalence = m\u00eame valeur).<\/p>\n<p>La valeur d&rsquo;un produit ou d&rsquo;un service n&rsquo;est pas sa valeur d&rsquo;\u00e9change, mais sa valeur humaine mutuelle, celle-ci peut \u00eatre symbolis\u00e9e par un signe mon\u00e9taire qui n&rsquo;est pas la valeur mais qui la repr\u00e9sente symboliquement.<br \/>\nL&rsquo;activit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises repose sur des valeurs qui ne sont pas quantitatives mais qualitatives. La quantification peut venir alors en donner la mesure ? De plus en plus souvent, aujourd&rsquo;hui, on d\u00e9couvre qu&rsquo;un produit mat\u00e9riel en lui-m\u00eame ne suffit pas s&rsquo;il n&rsquo;est pas propos\u00e9 comme un service, s&rsquo;il n&rsquo;est pas mis au service de ses b\u00e9n\u00e9ficiaires. C&rsquo;est ce qui en fait la valeur. L&rsquo;utilitarisme tend \u00e0 ignorer que les clients sont des hommes et non pas des machines et qu&rsquo;ainsi la valeur des choses est toujours une valeur humaine. Le travail conjoint, les qualit\u00e9s et valeurs humaines de son auteur et les qualit\u00e9s et valeurs humaines que peut appr\u00e9cier son b\u00e9n\u00e9ficiaire, c&rsquo;est comme cela qu&rsquo;il peut y avoir une valeur commune, valeur mutuelle.<br \/>\nC&rsquo;est comme cela aussi qu&rsquo;un consensus, celui de chaque entreprise, sous-entend la valeur mutuelle de ses activit\u00e9s, ind\u00e9pendantes ni de celui qui travaille ni de celui qui en b\u00e9n\u00e9ficie. La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises est une soci\u00e9t\u00e9 de services mutuels, engag\u00e9s selon les finalit\u00e9s communes qui en caract\u00e9risent la valeur partag\u00e9e. C&rsquo;est comme cela que toute activit\u00e9 est activit\u00e9 culturelle et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment ici, activit\u00e9 civilisatrice c&rsquo;est-\u00e0-dire de d\u00e9veloppement et d&rsquo;accomplissement des qualit\u00e9s et valeurs humaines.<\/p>\n<p>Le travail est pratique de soi par l&rsquo;homme, pratique de ses valeurs et qualit\u00e9s au service d&rsquo;autres hommes, de leurs valeurs et qualit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le travail enrichit doublement l&rsquo;homme lorsqu&rsquo;il est compris ainsi. La tradition occidentale n&rsquo;est pas exempte de ces notions, et l&rsquo;actualit\u00e9 montre que, sortant du taylorisme, la \u00ab\u00a0qualification\u00a0\u00bb des hommes est reconnue de plus en plus essentielle. Au milieu des interpr\u00e9tations et des perversions diverses, on peut y voir les signes d&rsquo;un mouvement authentique de la civilisation moderne o\u00f9 la qualification n&rsquo;est pas un acquis mais une voie de progression personnelle.<\/p>\n<p>Mettre le meilleur de soi-m\u00eame au service des autres est l&rsquo;enjeu et la condition de ce processus de qualification par le travail pour les autres, sur les choses.<\/p>\n<p>Dans ce travail d&rsquo;humanit\u00e9, travail ordinaire ou exceptionnel, l&rsquo;homme peut s&rsquo;aider de moyens, d&rsquo;outils, d&rsquo;instruments, de techniques. Nous avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 en introduction cette question des moyens engag\u00e9s dans les entreprises.<\/p>\n<p>Il y a \u00e0 en retenir surtout que l&rsquo;homme n&rsquo;est pas un moyen mais la fin ou plus exactement celui qui d\u00e9termine la fin de ses entreprises et de leurs moyens et en r\u00e9pond. Les moyens sont des interm\u00e9diaires dans le travail qui est confrontation de l&rsquo;homme \u00e0 lui-m\u00eame, aux autres, aux choses et au monde o\u00f9 il agit.<\/p>\n<p>Tout ce que l&rsquo;on appelle techniques, m\u00e9thodes, machines, peut \u00eatre effectivement compris comme moyens. Mais les moyens ne sont \u00ab\u00a0efficaces\u00a0\u00bb que lorsqu&rsquo;ils sont utilis\u00e9s efficacement en vue des finalit\u00e9s humaines pour la r\u00e9alisation des qualit\u00e9s et valeurs humaines.<\/p>\n<p>Les moyens de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises ne sont pas efficaces par eux-m\u00eames mais par l&rsquo;usage qui en est fait et notamment le sens de cet usage. Les moyens, r\u00e9alis\u00e9s eux-m\u00eames par l&rsquo;homme, sont un \u00ab\u00a0moyen terme\u00a0\u00bb entre l&rsquo;engagement de l&rsquo;activit\u00e9 et la r\u00e9alisation de ses fins, auxquelles ils sont subordonn\u00e9s. Ce sont l\u00e0 des \u00e9vidences \u00e0 retrouver que la civilisation moderne, celle des hommes responsables ne peut m\u00e9conna\u00eetre.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, l&rsquo;activit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que le travail humain aid\u00e9, mais non remplac\u00e9, par les moyens qu&rsquo;elle se donne.<br \/>\nElle donne au travail une valeur majeure et aux loisirs, aux vacances de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et de distraction, une valeur subordonn\u00e9e au travail.<\/p>\n<p>Toute activit\u00e9 humaine peut y \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un travail. Le repos est ce qui permet de se reposer, de se remettre au travail, lorsque celui-ci \u00e9puise par trop les possibilit\u00e9s limit\u00e9es de la personne ou lorsque, achev\u00e9, un autre travail est repris dans la continuation de l&rsquo;entreprise personnelle engag\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>5 &#8211; LA SOCIETE D&rsquo;ENTREPRISES : CONVERSION DES STRUCTURES<br \/>\nCLASSIQUES<\/strong><\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises ne se cr\u00e9e pas ex-nihilo, elle advient dans un contexte ou plusieurs courants sont \u00e0 l&rsquo; uvre mais, aussi, o\u00f9 les uvres et institutions de la civilisation classique sont encore en place.<br \/>\nLa civilisation moderne ne vient pas effacer et nier le pass\u00e9 et la tradition comme le fait le modernisme. Elle le reprend \u00e0 son compte pour le convertir et, peut-\u00eatre, en accomplir les finalit\u00e9s.<\/p>\n<p>Il nous faut examiner ce que deviennent certaines d&rsquo;entre elles, essentielles dans la culture occidentale : la religion, la famille, la cit\u00e9, l&rsquo;\u00e9tat.<\/p>\n<h3>a) La religion<\/h3>\n<p>Elle a pu \u00eatre con\u00e7ue notamment comme une structure d&rsquo;\u00e9glise, organisant et r\u00e9glant la vie sociale et personnelle. La confusion du spirituel et du temporel a conduit par ailleurs \u00e0 leur exclusion. Celle-ci s&rsquo;est traduite notamment par la s\u00e9paration entre vie profane et vie sacr\u00e9e jusqu&rsquo;au rejet r\u00e9ciproque de l&rsquo;une par l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Dans la civilisation de l&rsquo;entreprise, la religion peut venir pour aider au discernement, \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation du sens de l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;homme et donc du sens g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;entreprise humaine ou du sens particulier de l&rsquo;entreprise personnelle de chacun.<\/p>\n<p>Si la finalit\u00e9 de la religion est con\u00e7ue comme l&rsquo;accomplissement de la personne humaine et de l&rsquo;humanit\u00e9, alors elle est aussi une entreprise, entreprise de conversion qui consiste \u00e0 signifier le sens, vers quelle fin l&rsquo;homme s&rsquo;accomplit (pour renoncer \u00e0 d&rsquo;autres sens ou penchants). Cette entreprise que peut \u00eatre une \u00e9glise (entreprise religieuse) a sa vocation propre, essentielle dans la mesure o\u00f9 elle aide l&rsquo;homme \u00e0 trouver sa voie, le sens de ses entreprises.<\/p>\n<p>Cependant elle n&rsquo;englobe pas les entreprises humaines et elle n&rsquo;est pas sur un autre terrain que les entreprises humaines. Elle les sert comme toute autre entreprise mais d&rsquo;un service (minist\u00e8re) essentiel.<\/p>\n<p>Ainsi il n&rsquo;y a pas contradiction entre l&rsquo;entreprise religieuse et les entreprises dites profanes o\u00f9 chacune joue un r\u00f4le sp\u00e9cifique bien que, au fond, chaque entreprise soit une entreprise religieuse, en tant qu&rsquo;elle vise l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;homme, et profane, en tant qu&rsquo;elle le fait par le service concret et l&rsquo; uvre qu&rsquo;elle r\u00e9alise.<\/p>\n<p>Les entreprises particuli\u00e8res concourent \u00e0 l&rsquo; uvre de la religion con\u00e7ue comme entreprise, elles ne s&rsquo;y ali\u00e8nent pas mais s&rsquo;y conjoignent.<br \/>\nL&rsquo;entreprise de la religion n&rsquo;a pas pour objet de produire quoi que ce soit mais d&rsquo;\u00e9clairer le sens de l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;homme et sa transcendance.<\/p>\n<p>Le rapport entre la religion comme entreprise et la multiplicit\u00e9 des entreprises humaines n&rsquo;est plus dans un rapport du type dedans \/ dehors, ou appartenance\/exclusion ou hi\u00e9rarchis\u00e9e de fa\u00e7on univoque. C&rsquo;est un rapport entre l&rsquo;objet existentiel de chaque entreprise et son sens humain transcendant.<\/p>\n<p>La religion les relie et c&rsquo;est son uvre dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. Elle peut \u00eatre ainsi g\u00e9n\u00e9ratrice d&rsquo;entreprises humaines et, d&rsquo;autre part, jouer un r\u00f4le unifiant par le sens universel qu&rsquo;elle r\u00e9v\u00e8le et dans lequel elle propose \u00e0 l&rsquo;homme de s&rsquo;engager.<\/p>\n<h3>b) La famille<\/h3>\n<p>Elle a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme cellule de base de la soci\u00e9t\u00e9 dans la conception structurale de la civilisation classique. Le modernisme individualiste la r\u00e9duit \u00e0 une juxtaposition circonstancielle et conditionnelle d&rsquo;individus, le courant de la possession en faisant un corps fusionnel d&rsquo;appartenance avec un patriarcat dominateur. Mais la famille, qu&rsquo;on la comprenne comme le groupe des familiers ou qu&rsquo;on la comprenne comme un couple, avec ou sans enfants, peut prendre un autre sens dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, celle d&rsquo;\u00eatre une entreprise.<\/p>\n<p>Une famille est une association d&rsquo;entreprises caract\u00e9ris\u00e9e par un \u00ab\u00a0esprit de famille\u00a0\u00bb qui est le sens de l&rsquo;entreprise commune. La famille, ainsi, c&rsquo;est la famille humaine de ceux qui entreprennent ensemble leur humanit\u00e9. Elle va de la famille que forme chaque entreprise commune, particuli\u00e8re, jusqu&rsquo;\u00e0 la famille \u00e9thique r\u00e9gionale, nationale et la famille \u00e9thique humaine toute enti\u00e8re.<\/p>\n<p>N&rsquo;est-ce pas comme cela que l&rsquo;on peut comprendre la notion de fraternit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Le couple familial peut \u00eatre lui aussi compris comme une entreprise dont il nous faut maintenant examiner le caract\u00e8re sp\u00e9cifique dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p>Dans celle-ci, le couple est une entreprise commune d&rsquo;existence, de co-existence. Elle est, pour cela, conjonction d&rsquo;entreprises personnelles en une entreprise de vie commune. La finalit\u00e9 du couple, qui est toujours l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;homme, est union sans confusion des finalit\u00e9s des partenaires du couple engag\u00e9s dans leurs entreprises personnelles qui, pour une grande part, se conjuguent ainsi. De cette mani\u00e8re, le couple comme chacun des deux partenaires est engag\u00e9 dans l&rsquo;entreprise personnelle de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre et des deux.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;entreprise r\u00e9unit le couple autour de son entreprise et des entreprises auxquelles il participe. On se retrouve \u00e0 la racine de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;engagement mutuel dont le couple humain est l&rsquo;arch\u00e9type. Il l&rsquo;est encore lorsque le couple engage la naissance et l&rsquo;\u00e9ducation d&rsquo;\u00eatres humains. Il uvre \u00e0 l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;humanit\u00e9 depuis l&rsquo;engendrement de l&rsquo;homme jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation des enfants en vue de leur autonomie responsable.<\/p>\n<p>En outre, la coexistence de couple n&rsquo;est pas le fait d&rsquo;une simple association mais d&rsquo;un devenir partag\u00e9 dont les partenaires engagent l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>Dans cette perspective on ne peut plus, comme dans la soci\u00e9t\u00e9 classique, s\u00e9parer vie familiale ou priv\u00e9e et vie professionnelle. L&rsquo;une et l&rsquo;autre sont engagement dans la m\u00eame entreprise familiale, elle m\u00eame engag\u00e9e dans des entreprises multiples qui y concourent, dont des entreprises professionnelles.<\/p>\n<p>Encore une fois le lien social d&rsquo;engagement mutuel rapproche autour d&rsquo;entreprises communes, vie familiale de couple, \u00e9ducation, vie professionnelle, etc. , sans dissociation mais aussi sans confusion. Il est un fait que l&rsquo;on trouve de plus en plus de couples entrepreneurs dont les membres sont engag\u00e9s dans telle ou telle entreprise commune, chacune selon son entreprise personnelle diff\u00e9renci\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, il devient moins compr\u00e9hensible que les partenaires du couple soient engag\u00e9s dans des entreprises majeures totalement \u00e9trang\u00e8res, ce qui convient \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9clat\u00e9e qui s\u00e9pare vie priv\u00e9e et engagement professionnel de m\u00eame qu&rsquo;elle s\u00e9pare les couples.<br \/>\nCependant les r\u00f4les mutuels dans l&rsquo;engagement commun peuvent \u00eatre radicalement diff\u00e9renci\u00e9s, jusque et y compris dans leur sp\u00e9cificit\u00e9 sexuelle. Il serait du plus grand int\u00e9r\u00eat d&rsquo;engager une recherche sur la conjugaison des positions sexu\u00e9es diff\u00e9renci\u00e9es dans la conjugalit\u00e9 comme dans le fondement de toute entreprise.<\/p>\n<h3>c) La cit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises.<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution de la famille, dans le sens d&rsquo;un plus grand engagement et d&rsquo;une entreprise commune, entra\u00eene une remise en question de l&rsquo;habitat. En particulier, l&rsquo;opposition rural \/ urbain se pr\u00e9sente diff\u00e9remment.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 la nouvelle \u00ab\u00a0urbanit\u00e9\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;engagement mutuel. Cette urbanit\u00e9 correspond \u00e0 des liens sociaux qui ne sont pas essentiellement li\u00e9s au lieu, \u00e0 l&rsquo;espace. Ainsi les concentrations urbaines ou les dispersions rurales ne sont plus significatives. L&rsquo;urbanit\u00e9 de proximit\u00e9 de la cit\u00e9 n&rsquo;est plus ainsi justifi\u00e9e, d&rsquo;autant plus que des moyens modernes de transport et de communication facilitent les relations \u00e0 distance.<\/p>\n<p>L&rsquo;urbanit\u00e9 d&rsquo;agglom\u00e9ration, \u00e0 l&rsquo;origine de la cit\u00e9, devient une urbanit\u00e9 d&rsquo;engagement dont le lieu, sans \u00eatre indiff\u00e9rent, peut \u00eatre tr\u00e8s secondaire.<br \/>\nLe r\u00eave bucolique d&rsquo;une civilisation pastorale ou d&rsquo;une r\u00e9gression naturaliste est \u00e0 convertir dans le r\u00e9alisme de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, dans son urbanit\u00e9, et non pas dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;agglom\u00e9ration \u00e0 l&rsquo;origine de nos cit\u00e9s.<\/p>\n<p>Cependant, les cit\u00e9s existantes peuvent, au del\u00e0 des tendances classiques ou modernistes, se constituer en communaut\u00e9s d&rsquo;entreprises. La cit\u00e9 prend alors une raison d&rsquo;\u00eatre, plus inscrite dans une vocation culturelle \u00e9lucid\u00e9e et engag\u00e9e que dans le lieu qui en est cependant une condition.<\/p>\n<p>Lorsque la cit\u00e9 ne trouve pas ainsi le d\u00e9veloppement \u00ab\u00a0culturel\u00a0\u00bb qui peut \u00eatre le sien du fait de la reconnaissance d&rsquo;une communaut\u00e9 d&rsquo;entreprise, elle est vou\u00e9e au sch\u00e9ma ancien ou \u00e0 la disparition. La responsabilit\u00e9 des \u00e9lus, leur r\u00f4le et leurs engagements seront de plus en plus importants.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agira d&rsquo;apprendre \u00e0 gouverner la cit\u00e9 et non plus simplement la s\u00e9duire ou l&rsquo;administrer, sinon les hommes responsables et leurs entreprises l&rsquo;ignoreront.<\/p>\n<p>La cit\u00e9 des citoyens deviendra l&rsquo;entreprise d&rsquo;une communaut\u00e9 de responsables c&rsquo;est-\u00e0-dire aussi une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. Des \u00e9lus sont d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s dans cette voie l\u00e0 lorsque le d\u00e9veloppement de la cit\u00e9 est conduit selon une v\u00e9ritable strat\u00e9gie int\u00e9grant ainsi le politique ancr\u00e9 dans la vocation culturelle v\u00e9ritable et l&rsquo;\u00e9conomie qui d\u00e9pend, entre autres, des conditions du milieu local.<\/p>\n<h3>d) L&rsquo;Etat dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises<\/h3>\n<p>L&rsquo;Etat, dans la civilisation classique, \u00e9tait cette rationalisation progressive de la vie collective qui pouvait en venir \u00e0 administrer et \u00e0 r\u00e9gir une existence de plus en plus normalis\u00e9e. L&rsquo;Etat de droit qu&rsquo;il voulait \u00eatre se d\u00e9grade dans le modernisme en \u00e9tat totalitaire ou en syst\u00e8me socio-\u00e9conomique dit \u00ab\u00a0lib\u00e9ral\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 de possession comme le disait Louis XIV qui s&rsquo;y connaissait en pouvoir absolu : l&rsquo;Etat c&rsquo;est moi.<\/p>\n<p>Dans la civilisation de l&rsquo;entreprise, il va falloir diff\u00e9rencier l&rsquo;Etat, comme moyen collectif d&rsquo;administration et de gestion, du gouvernement dont il n&rsquo;est alors qu&rsquo;une dimension. L&rsquo;Etat moderne ne serait plus ainsi charg\u00e9 : ni du politique, ni du d\u00e9veloppement, pas plus que de l&rsquo;activit\u00e9 de production, d&rsquo;identification collective ou de coh\u00e9sion. L&rsquo;Etat administrateur et gestionnaire n&rsquo;a qu&rsquo;un r\u00f4le tr\u00e8s partiel dans un gouvernement. D&rsquo;ailleurs, il n&rsquo;est pas certain qu&rsquo;une institution gouverne la soci\u00e9t\u00e9 mais son gouvernement est bel et bien une entreprise constitu\u00e9e de la concourance de multiples entreprises. Mais peut-on diff\u00e9rencier l&rsquo;entreprise de gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises elle-m\u00eame ? Cela supposerait une soci\u00e9t\u00e9 qui ne soit pas d&rsquo;hommes responsables.<\/p>\n<p>Le gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises est la ma\u00eetrise de son entreprise. Il s&rsquo;effectue donc dans l&rsquo;exercice de toutes les responsabilit\u00e9s et singuli\u00e8rement dans des entreprises communes ou personnelles qui en assument sp\u00e9cifiquement certains aspects. L&rsquo;Etat peut \u00eatre ainsi la concourance des entreprises contribuant \u00e0 la gestion de l&rsquo;\u00e9conomie de la soci\u00e9t\u00e9. N&rsquo;est-il pas d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9 de multiples organismes qui pourraient \u00eatre pens\u00e9s comme entreprises (en dehors du clivage, ici sans signification, de priv\u00e9 \/ public) ?<\/p>\n<p>L&rsquo;Etat, entreprise concourante au gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, n&rsquo;est plus non plus ce qui identifie la nation, la soci\u00e9t\u00e9, ni la repr\u00e9sente, comme c&rsquo;est le cas dans la civilisation classique ou moderniste. C&rsquo;est alors au gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises d&rsquo;en assumer la charge.<\/p>\n<p>Le gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises, maintenant diff\u00e9renci\u00e9 de l&rsquo;Etat qui peut \u00eatre con\u00e7u comme simple contribution, repose sur des principes et des pratiques homologues des bases m\u00eames de cette soci\u00e9t\u00e9. La civilisation de l&rsquo;entreprise r\u00e9clame pour cela des conceptions et des m\u00e9thodes nouvelles.<\/p>\n<p>Celles-ci sont les m\u00eames pour toute entreprise personnelle ou collective au niveau des principes, m\u00eame si les modalit\u00e9s en sont vari\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers des entreprises d&rsquo;engagement mutuel, entreprises de concourance. La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises. Ce texte de 1987 pr\u00e9c\u00e8de les analyses plus r\u00e9centes de la mutation et les annonce d\u00e9j\u00e0. 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