{"id":819,"date":"2004-08-09T14:16:59","date_gmt":"2004-08-09T14:16:59","guid":{"rendered":"http:\/\/couleurs-creatives.fr.bofl1482.odns.fr\/2004\/08\/09\/la-civilisation-de-lentreprise-2\/"},"modified":"2020-12-07T20:23:36","modified_gmt":"2020-12-07T19:23:36","slug":"la-civilisation-de-lentreprise-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/2004\/08\/09\/la-civilisation-de-lentreprise-2\/","title":{"rendered":"La civilisation de l&rsquo;Entreprise 2"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Deux mod\u00e8les dominent la vision des entreprises. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;entreprise est un moyen d&#8217;emprise. Il n&rsquo;y a que concurence, affaires \u00e0 faire, concurents \u00e0 d\u00e9faire, clients \u00e0 capter, coups et rapports de forces. De l&rsquo;autre l&rsquo;entreprise est une structure tr\u00e8s rationnelle organis\u00e9e vers un but, rationnellement, selon des m\u00e9thodes et des techniques d\u00e9finies dans les diciplines des diff\u00e9rentes fonctions toujours \u00e0 mieux rationaliser. C&rsquo;est une impasse.<\/p>\n<p><b>CHAPITRE I &#8211; L&rsquo;ENTREPRISE EN IMPASSE<\/b><\/p>\n<p><b><br \/>\nLA CIVILISATION CLASSIQUE<br \/>\nDE LA HORDE A L&rsquo;ETAT &#8211; LA VICTOIRE DE LA RAISON<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo; histoire de l&rsquo;Occident est commun\u00e9ment balis\u00e9e par trois \u00e9l\u00e9ments majeurs, la culture grecque, l&#8217;empire romain et la Renaissance qui culmine avec l&rsquo;\u00e8re des lumi\u00e8res et la r\u00e9volution fran\u00e7aise. Sur cette toile de fond le christianisme vient nouer l&rsquo;histoire de la civilisation classique que ce soit par ses valeurs ou \u00e0 leur encontre.<\/p>\n<p>Au XX \u00e8me si\u00e8cle, et sous plusieurs angles, la culture occidentale semblait avoir conquis la plan\u00e8te avec ses mod\u00e8les : l&rsquo;\u00e9tat-nation, le mod\u00e8le industriel, la r\u00e9f\u00e9rence aux droits de l&rsquo;homme, ses modes de vie, ses langues m\u00eames (l&rsquo;anglais particuli\u00e8rement), ses id\u00e9ologies (marxisme-lib\u00e9ralisme), son conflit, ses menaces Est-Ouest, ses technologies.<\/p>\n<p>Cette conqu\u00eate \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre totale mais aucune r\u00e9gion de la plan\u00e8te ne s&rsquo;en trouvent indemne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au moment o\u00f9 la culture occidentale devient mondiale, couvre le monde en totalit\u00e9, qu&rsquo;\u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me et largement reprise par d&rsquo;autres cultures, sa subversion est engag\u00e9e. La crise est l\u00e0, crise mondiale, crise de civilisation dont on voit les premiers craquements survenus \u00e0 l&rsquo;Est.<\/p>\n<p>C&rsquo;est par cette crise que nous ach\u00e8verons ce premier chapitre qui nous am\u00e8nera \u00e0 tourner une page de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Occident, ouvrant sur de nouveaux chapitres.<\/p>\n<p>Auparavant nous d\u00e9gagerons une probl\u00e9matique majeure de cette histoire classique de l&rsquo;Occident que l&rsquo;on peut r\u00e9sumer par la dialectique antagoniste de la Possession et la Raison.<\/p>\n<p>En effet, l&rsquo;histoire de l&rsquo;Occident est largement habit\u00e9e par cette opposition, ce passage toujours remis en question, jamais achev\u00e9 de la Passion \u00e0 la Raison ; passion possessive singuli\u00e8rement ; C&rsquo;est le proc\u00e8s de civilisation classique qui est en jeu.<\/p>\n<p><strong>1 &#8211; LA LUTTE POUR LA VIE ET LA POSSESSION DU TERRITOIRE<\/strong><\/p>\n<p>De toujours il est donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;avoir \u00e0 assurer par lui-m\u00eame sa propre subsistance. La satisfaction de ses besoins primaires lui semble devoir provenir compl\u00e8tement du milieu dont il d\u00e9pend de m\u00eame que ses pulsions lui commandent la recherche de satisfaction dans l&rsquo;environnement. Cette double d\u00e9pendance, int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure, le place dans une ins\u00e9curit\u00e9 majeure chaque fois que l&rsquo;ext\u00e9rieur ne r\u00e9pond pas \u00e0 ses propensions instinctuelles. En outre, il n&rsquo;est pas seul et les autres sont \u00e0 la fois dans le champ de ses satisfactions mais aussi ses rivaux dans un environnement limit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme primaire (de tous temps) est pris dans ce conflit entre le besoin des autres pour satisfaire ses pulsions et la rivalit\u00e9 avec les autres, concurrents vis \u00e0 vis des m\u00eames objets de satisfaction. L&rsquo;autre ne peut alors \u00eatre que sien ou ennemi, poss\u00e9d\u00e9 ou dangereux.<\/p>\n<p>Se nouent ainsi des communaut\u00e9s de possession mutuelle o\u00f9 pulsions et objets des pulsions sont \u00e0 peine diff\u00e9renci\u00e9s, o\u00f9 le groupe est un grand corps et o\u00f9 ne se s\u00e9parent pas clairement un et tous, chacun et ses limites.<br \/>\nLa manifestation des pulsions de l&rsquo;autre est rivalit\u00e9, menace, sauf si elle tend \u00e0 sa propre satisfaction comme dans la relation nouvelle. La relation confusionnelle du groupe est prise dans menace permanente int\u00e9rieure comme ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Int\u00e9rieure entre ses membres dont les pulsions sont \u00e0 la fois lien et danger. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un moyen de rassurer : la domination du groupe qui r\u00e9clame alors une force dominatrice, une violence m\u00eame. \u00ab\u00a0L&rsquo;homme fort\u00a0\u00bb l&rsquo;incarnera, rassurant ainsi la communaut\u00e9. Le premier r\u00e9gime politique est institu\u00e9. La domination du groupe est enjeu des rivalit\u00e9s, seul le dominateur \u00ab\u00a0ma\u00eetre des pulsions\u00a0\u00bb aura pleine satisfaction des siennes. Elle est source de s\u00e9curit\u00e9, maintenant sous son joug tout ce qui n&rsquo;est pas dans son humeur, favorisant ainsi la coh\u00e9sion et limitant les tensions internes. Cette pacification par la domination n&rsquo;est-elle pas toujours largement invoqu\u00e9e par nos modernes dominateurs ? \u00ab\u00a0Placez-vous sous ma loi, laissez-moi vous dominer et vous vous en trouverez mieux\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait faux si cela s&rsquo;adresse \u00e0 l&rsquo;homme primaire qui r\u00e9side toujours en nous m\u00eame et s&rsquo;en trouve rassur\u00e9. D&rsquo;autant plus rassur\u00e9 qu&rsquo;il est lui-m\u00eame travers\u00e9 de pulsions irascibles ; de l\u00e0 la demande d&rsquo;un ordre fort dont la violence est caution de la s\u00e9curit\u00e9, gagn\u00e9e par la canalisation des pulsions de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 primitive ainsi fond\u00e9e, pacifi\u00e9e, solidaris\u00e9e se trouve n\u00e9anmoins confront\u00e9e \u00e0 la question de sa survie: la horde bouillonnante est tenue sous le joug, se trouve rivale des puissances environnantes, lieux de pulsions manifestes : les animaux, la nature m\u00eame et surtout les autres hommes.<\/p>\n<p>De l\u00e0 \u00e9merge l&rsquo;importance du territoire, cette tranche d&rsquo;environnement appropri\u00e9e \u00e0 la satisfaction des besoins mais soumise \u00e0 la convoitise des autres. Le territoire, globalement objet de satisfaction et de menace, est aussi \u00e0 dominer, \u00e0 s&rsquo;approprier, il devient substanciellement confondu avec le groupe, sous sa domination. Il est \u00e0 poss\u00e9der. Sa possession est rassurante mais prise dans le m\u00eame conflit du risque d&rsquo;appropriation par d&rsquo;autres. La fronti\u00e8re, la limite est toujours lieu de menace et de danger. Elle doit \u00eatre renforc\u00e9e mais toujours repouss\u00e9e, l&#8217;emprise est toujours condamn\u00e9e \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre pour incorporer de plus en plus de satisfaction, de moins en moins de menace.<\/p>\n<p>Evidemment cette extension du territoire aggrave le risque et le cercle vicieux de la possession est engag\u00e9, sans limites. La guerre, le conflit, la violence sont sa loi, loi fondatrice et loi dont il faut se d\u00e9fendre par la violence.<\/p>\n<p>La possession, appropriation des biens et des gens, celle de territoires, est v\u00e9cue comme vitale \u00e0 tel point que par la confusion pulsion\/objet de satisfaction elle est substance m\u00eame de la vie du groupe et de chacun. L&rsquo;\u00eatre est pris dans l&rsquo;avoir, l&rsquo;homme est poss\u00e9d\u00e9 par sa possession.<br \/>\nL&#8217;empire romain est, pour l&rsquo;Occident, l&rsquo;exemple arch\u00e9type du syst\u00e8me politique \u00e9volu\u00e9 dont toute une part est fond\u00e9e sur cette logique de la domination. La colonisation de la terre para\u00eet n\u00e9cessaire. L&rsquo;id\u00e9al monopolistique est celui de la pax, pax romana, ainsi que celui de la plus grande satisfaction. La violence est son instrument, violence manifeste ou violence latente.<\/p>\n<p>La lutte pour la vie impose la domination, la horde devient empire, le territoire propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, la possession chair de l&rsquo;homme, chair de la collectivit\u00e9, une chair de pulsions et de passions.<\/p>\n<p><strong>2 &#8211; LA CIVILISATION RATIONNELLE<\/strong><\/p>\n<p>Sur ce terrain, na\u00eet \u00e0 contre sens une autre voie. Au lieu de la contrainte des pulsions sous le r\u00e9gime de la violence, des r\u00e8gles, abstraites de leur substrat pulsionnel, \u00e9tablissent l&rsquo;ordre de la soci\u00e9t\u00e9. Le droit est n\u00e9.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9tat des choses de la soci\u00e9t\u00e9 primaire est ainsi formalis\u00e9, rationalis\u00e9, normalis\u00e9 et sont hi\u00e9rarchis\u00e9s, class\u00e9s, les modes de fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9. Elle se r\u00e9fl\u00e9chit et \u00e9tablit ses normes en privil\u00e9giant celles qui sont favorables \u00e0 son existence.<\/p>\n<p>La loi, le droit, la r\u00e8gle morale prennent le pas sur la violence. Par la raison, la conscience, l&rsquo;homme se d\u00e9tache du fond pulsionnel qui l&rsquo;habite et, se vouant \u00e0 la Raison, il s&rsquo;\u00e9loigne de la \u00ab\u00a0loi de la jungle\u00a0\u00bb de l&rsquo;ordre primaire. Le pouvoir personnel dominateur est remplac\u00e9 par une r\u00e8gle commune, r\u00e8gle de raison, r\u00e8gle normative. La d\u00e9mocratie est n\u00e9e, la res-publica prend le pas sur le pouvoir de domination.<\/p>\n<p>Cultiver la Raison est pour l&rsquo;homme le moyen de progresser dans l&rsquo;abstraction de son fondement pulsionnel, dans la voie d&rsquo;un id\u00e9al formel de perfection.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la naissance de l&rsquo;homme. L&rsquo;homme par sa Raison se s\u00e9pare et m\u00eame s&rsquo;oppose au monde de la violence des besoins primaires. L&rsquo;ordre rationnel se substitue \u00e0 la domination, \u00e0 la possession, au territoire.<\/p>\n<p>La cat\u00e9gorie Homme appara\u00eet, \u00e0 la fois homo sapiens et habilis, dans sa conscience du moins. En outre, si la Raison est premi\u00e8re par rapport \u00e0 l&rsquo;homme : Raison du monde, des choses et de l&rsquo;existence de l&rsquo;Homme, c&rsquo;est par sa raison individuelle qu&rsquo;il y acc\u00e8de. C&rsquo;est comme cela qu&rsquo;il se distingue comme individu.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme se d\u00e9finit alors par sa raison, son intelligence, sa conscience et le d\u00e9veloppement de l&rsquo;humanit\u00e9 est d\u00e9veloppement de ces capacit\u00e9s et de leur exercice.<\/p>\n<p>Sur le territoire de la possession na\u00eet l&rsquo;Etat. L&rsquo;ordre collectif issu de la raison humaine collective, c&rsquo;est \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9tat des choses\u00a0\u00bb. L&rsquo;Etat politique est l&rsquo;organisation souveraine de cet ordre g\u00e9n\u00e9ral. L&rsquo;autre Etat n&rsquo;est plus fonci\u00e8rement une menace, mais il participe d&rsquo;un ordre universel dont il est partie prenante.<\/p>\n<p>La civilisation est n\u00e9e, caract\u00e9ris\u00e9e par le progr\u00e8s de la raison, sp\u00e9culative et op\u00e9rative et ses incarnations dans l&rsquo;ordre social, Etat, Institutions, Organisations, etc.<\/p>\n<p>La Gr\u00e8ce est l&rsquo;arch\u00e9type de cette Raison triomphante avec ses philosophes, sa r\u00e9publique platonicienne. Rome s&rsquo;en inspire et l&#8217;empire est aussi r\u00e9publique, \u00e9tat, administration, organisation, ordre Romain rationnel. La renaissance en retrouve les valeurs et les lumi\u00e8res les exaltent jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9volution qui d\u00e9ifie la Raison pendant qu&rsquo;elle \u00e9limine la royaut\u00e9.<br \/>\nLes valeurs classiques de la civilisation occidentale sont inscrites dans cette logique rationaliste dont l&rsquo;efficacit\u00e9 sp\u00e9culative et op\u00e9ratoire n&rsquo;est plus \u00e0 prouver.<\/p>\n<p>Cependant la possession ne se laisse pas d\u00e9faire et toute l&rsquo;histoire de l&rsquo;Occident est prise dans cette dualit\u00e9 logique. La civilisation est \u00e0 l&rsquo; oeuvre pendant que la possession poursuit son entreprise de domination.<\/p>\n<p>On le verra, des ambigu\u00eft\u00e9s majeures en na\u00eetront. Si l&rsquo;homme de la possession s&rsquo;abandonne au r\u00e8gne des pulsions, l&rsquo;homme de Raison, imbu d&rsquo;id\u00e9al, veut ignorer cette autre r\u00e9alit\u00e9 de lui-m\u00eame. C&rsquo;est en chaque homme que la dualit\u00e9 subsiste.<br \/>\nLa civilisation classique veut s&rsquo;en abstraire et y \u00e9choue. C&rsquo;est la crise, l&rsquo;ambivalence de la culture Occidentale.<\/p>\n<p><strong>3 &#8211; LES CONTRADICTIONS DE LA CULTURE OCCIDENTALE<\/strong><\/p>\n<h3>a) Le christianisme<\/h3>\n<p>On ne peut l&rsquo;\u00e9vacuer de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Occident dans laquelle il s&rsquo;inscrit et \u00e0 laquelle il participe. En son sein le m\u00eame d\u00e9bat se joue dont l&rsquo;opposition int\u00e9grisme \/ progressisme est l&rsquo;une des figures contemporaines. Les rapports th\u00e9ologie \/ philosophie ont \u00e9t\u00e9 travers\u00e9s par le d\u00e9bat entre une foi irr\u00e9pressible et une raison qui la rendrait compr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Les institutions chr\u00e9tiennes se sont associ\u00e9es avec l&#8217;empire romain et s&rsquo;en sont trouv\u00e9 marqu\u00e9es, \u00e0 tel point que la chr\u00e9tient\u00e9 avec ses empires d&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident, jamais r\u00e9unis, a voulu le reconstituer et le prolonger pour \u00e9tablir son r\u00e8gne. La philosophie grecque, platonicienne d&rsquo;abord avec St Augustin, puis aristot\u00e9licienne avec St Thomas d&rsquo;Aquin est devenue le langage de Raison philosophique de la th\u00e9ologie. Les valeurs morales normatives du christianisme se sont faites raison sociale, r\u00e8gle de vie, id\u00e9al collectif. Les lumi\u00e8res et la r\u00e9volution fran\u00e7aise ont \u00e9t\u00e9 pour le christianisme pierre d&rsquo;achoppement, et il a fallu attendre pratiquement le XX \u00e8me si\u00e8cle pour qu&rsquo;elles soient int\u00e9gr\u00e9es et consid\u00e9r\u00e9es avec plus de nuances.<\/p>\n<p>Cependant ce sont bien les m\u00eames valeurs de civilisation qui ont habit\u00e9 le christianisme comme ses opposants rationalistes, (ex les droits de l&rsquo;homme) de m\u00eame que ce sont des valeurs de possession qui l&rsquo;ont habit\u00e9 dans ses vis\u00e9es imp\u00e9rialistes ou inquisitoriales Cela ne suffit pas \u00e0 d\u00e9finir le christianisme qui transcende ces oppositions mais marque sa familiarit\u00e9 avec le d\u00e9bat de l&rsquo;Occident et la civilisation classique.<br \/>\nCe rapide tableau doit \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9 et compl\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;examen plus attentif des deux termes de ce d\u00e9bat et des cons\u00e9quences de ces deux tendances dont le jeu est toujours pr\u00e9sent dans notre actualit\u00e9 qui en voit l&rsquo;impasse.<\/p>\n<h3>b) La soci\u00e9t\u00e9<\/h3>\n<p>Dans la premi\u00e8re optique, la soci\u00e9t\u00e9 est ce groupe \u00ab\u00a0d&rsquo;appartenance\u00a0\u00bb o\u00f9 l&rsquo;individu appartient, est poss\u00e9d\u00e9, et, singuli\u00e8rement, par celui qui domine.<br \/>\nLe statut est celui de l&rsquo;esclave, non pas en droit mais en fait, esclave de ses pulsions, esclave de ce qui s&rsquo;y oppose et le ma\u00eetrise. La sortie du groupe est trahison de m\u00eame que toute originalit\u00e9 qui ne se d\u00e9duit pas de l&rsquo;originalit\u00e9 absolue du groupe. Les diff\u00e9rentes formes de nationalisme en sont l&rsquo;illustration.<\/p>\n<p>Il y a ceux qui appartiennent au groupe, soumis \u00e0 la loi du milieu, et les autres, \u00e9trangers. Le groupe se justifie dans la n\u00e9gation des autres ; racisme, x\u00e9nophobie, en sont les traductions. L&rsquo;autre est impropre (sale ! tant dans l&rsquo;injure que dans le fantasme hygi\u00e9niste). L&rsquo;appartenance au groupe est privil\u00e8ge qui tient du bon vouloir du prince. Celui-ci incarne l&rsquo;unit\u00e9 collective non pas symboliquement mais mythiquement en nouant les pulsions collectives dans le creux des siennes par la possession.<\/p>\n<p>A l&rsquo;inverse, la soci\u00e9t\u00e9 est un \u00e9difice o\u00f9 les raisons les plus id\u00e9ales surplombent les plus secondaires. Tout en haut, l&rsquo;Etat structure les grands chapitres de l&rsquo;organisation sociale et en incarne les lois et r\u00e8gles de vertu.<br \/>\nCette soci\u00e9t\u00e9 est \u00e0 l&rsquo; oeuvre , oeuvre civilisatrice qui construit une organisation sociale de plus en plus rationnelle et d\u00e9veloppe l&rsquo;exercice de la raison. Cette soci\u00e9t\u00e9 hi\u00e9rarchis\u00e9e, rationnelle, des utopies en ont dessin\u00e9 les id\u00e9aux pendant que se d\u00e9veloppaient ses pratiques.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9tat, comme Hegel le soutenait, est bien l&rsquo;ach\u00e8vement de la soci\u00e9t\u00e9 humaine en m\u00eame temps qu&rsquo;il l&rsquo;y pr\u00e9pare.<\/p>\n<h3>c) Les r\u00e9gimes politiques<\/h3>\n<p>Dans le premier sens nous sommes en face de toutes les formes de monarchie absolue. Depuis le chef de bande jusqu&rsquo;\u00e0 l&#8217;empereur en passant par le roi monarque absolu et autres \u00ab\u00a0p\u00e8res des peuples\u00a0\u00bb et dictateurs.<br \/>\nC&rsquo;est dans l&rsquo;exercice personnel de son arbitraire, signe d&rsquo;une puissance qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la toute puissance (sans limite), que se reconna\u00eet et se prouve son pouvoir. Il y a tout un discours de type th\u00e9ologique qui donne \u00e0 Dieu le visage de ce monarque bien terrestre et qui permet alors au dominateur de justifier son pouvoir.<\/p>\n<p>Les discours politiques traditionnels et contemporains nous montrent que cette \u00ab\u00a0vie sauvage\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas quitt\u00e9 le sol de notre modernit\u00e9. Il est en effet tout \u00e0 fait possible de se r\u00e9clamer d&rsquo;une puissance divine, personnelle, ou populaire pour justifier la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de la domination par celui qui en est d\u00e9positaire.<\/p>\n<p>A l&rsquo;inverse, l&rsquo;Etat de droit r\u00e9clame une organisation du pouvoir et une \u00e9lection des gouvernements en fonction de leur comp\u00e9tence, du degr\u00e9 de leur raison.<\/p>\n<p>La r\u00e9publique avec ses structures de repr\u00e9sentation, \u00e9lus, parlements, etc. est une organisation fond\u00e9e sur l&rsquo;agencement rationnel de toutes les parties de l&rsquo;organisation sociale.<\/p>\n<p>A partir des raisons particuli\u00e8res (individuelles) se construit la Raison g\u00e9n\u00e9rale (la loi) et de la Raison g\u00e9n\u00e9rale se d\u00e9duisent les raisons partielles. Le r\u00e9gime politique est une architecture qui \u00e9lit ses architectes \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;un Dieu \u00ab\u00a0Grand Architecte\u00a0\u00bb qui peut aussi bien \u00eatre remplac\u00e9 par une Raison divinis\u00e9e de m\u00eame usage.<br \/>\nNos id\u00e9aux d\u00e9mocratiques ressortissent tous de cette logique lorsqu&rsquo;ils s&rsquo;inscrivent encore dans la civilisation classique.<\/p>\n<h3>d) La cit\u00e9<\/h3>\n<p>Dans le monde de la possession, la terre, le territoire sont consubstantiels de l&rsquo;identit\u00e9 collective et individuelle. Ainsi chacun se d\u00e9termine par ses propri\u00e9t\u00e9s, son territoire de survie, le domaine qu&rsquo;il poss\u00e8de et domine. Ce domaine peut int\u00e9grer toute une population qui s&rsquo;y amalgame.<\/p>\n<p>On retrouve ainsi une structure d&rsquo;habitat, soit dispers\u00e9, soit concentr\u00e9 autour d&rsquo;un centre de domination, comme d&rsquo;un ch\u00e2teau par exemple. Il s&rsquo;agit alors d&rsquo;agglom\u00e9ration, au sens d&rsquo;amalgame, et pas encore de cit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le territoire et l&rsquo;agglom\u00e9ration confuse sont caract\u00e9ristiques d&rsquo;un monde rural o\u00f9 la terre, la nature, sont le seul espace et la seule source de subsistance.<\/p>\n<p>L&rsquo;agglom\u00e9ration urbaine autour des p\u00f4les de domination est caract\u00e9ristique d&rsquo;une ins\u00e9curit\u00e9 plus grande (refuge \u00e0 proximit\u00e9 du seigneur f\u00e9odal, m\u00e9galopoles modernes).<\/p>\n<p>C&rsquo;est avec la civilisation qu&rsquo;appara\u00eet la cit\u00e9 \u00e0 proprement parler. Un ordre rationnel pr\u00e9side \u00e0 son organisation o\u00f9 lieux et b\u00e2timents sont d\u00e9finis par leur fonction dans l&rsquo;organisation sociale. L&rsquo;habitat individuel et collectif se justifie par son r\u00f4le dans l&rsquo;organisation de l&rsquo;existence et par les fonctions sp\u00e9cifiques des habitants.<\/p>\n<p>L&rsquo;espace de subsistance est celui de la conscience et de la raison dans lequel la nature est int\u00e9gr\u00e9e petit \u00e0 petit par la grande oeuvre de rationalisation civilisatrice<\/p>\n<p>La civilisation est \u00e0 proprement parler l&rsquo;\u00e9dification de la cit\u00e9 selon les r\u00e8gles id\u00e9ales de la Raison , raison pratique et raison morale, raison commune et raison sup\u00e9rieure. Les hommes deviennent citoyens, c&rsquo;est-\u00e0-dire partie prenante de la cit\u00e9, identifi\u00e9s \u00e0 leur fonction dans la cit\u00e9.<\/p>\n<h3>e) Le droit<\/h3>\n<p>Il n&rsquo;y a, dans la soci\u00e9t\u00e9 de possession, que le droit du plus fort. Le plus fort est celui qui domine. Pouvoir et possession sont \u00e9quivalents, l&rsquo;un le principe, l&rsquo;autre la manifestation mais aussi la confirmation du principe.<br \/>\nLe droit est objet de possession pour le dominateur. Il a le droit. Ainsi il dicte sa loi qui se confond avec l&rsquo;expression de son bon vouloir. L&rsquo;expression de sa volont\u00e9, la loi, est ainsi la premi\u00e8re d\u00e9fense de son pouvoir. Le droit est au service du pouvoir.<\/p>\n<p>Mais toute revendication d&rsquo;un droit n&rsquo;est-elle pas, au fond, revendication d&rsquo;un pouvoir, d&rsquo;un privil\u00e8ge, r\u00e9clam\u00e9 aupr\u00e8s d&rsquo;un dispensateur qui aurait la puissance d&rsquo;en donner ou plut\u00f4t de le laisser s&rsquo;exercer ? Ce pouvoir obtenu par \u00ab\u00a0avoir le droit\u00a0\u00bb n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une possession suppl\u00e9mentaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire une potentialit\u00e9 de satisfaction pulsionnelle plus large.<br \/>\nUn certain lib\u00e9ralisme est quelque fois compris ainsi comme revendication d&rsquo;un droit \u00e0 la libre satisfaction des pulsions que la possession justifie et r\u00e9clame.<\/p>\n<p>Le droit de l&rsquo;ordre de la raison est diff\u00e9rent. Il est r\u00e8gle d&rsquo;organisation, il est d\u00e9finition des limites, d\u00e9finition formelle qui pr\u00e9voit le d\u00e9passement et ses cons\u00e9quences rationnelles.<\/p>\n<p>Les droits de l&rsquo;homme constituent ici le cadre id\u00e9al dont le respect permet l&rsquo;exercice de la citoyennet\u00e9 et le progr\u00e8s individuel et collectif.<br \/>\nIl y a, cependant, \u00e0 l&rsquo;origine de la d\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme quelque ambigu\u00eft\u00e9 et on peut se demander s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une r\u00e8gle de civilisation ou d&rsquo;une redistribution g\u00e9n\u00e9rale de privil\u00e8ges. Les deux sont certainement vraies \u00e0 la fois selon les articles (ordre social ou acquisition d&rsquo;un droit).<br \/>\nOn retrouve dans le rapport et l&rsquo;usage du droit ces deux positions oppos\u00e9es. Celle du respect (rationaliste) et celle de l&rsquo;utilisation comme arme. Il n&rsquo;y a pas que les honn\u00eates gens qui ont recours au droit, \u00e0 la loi.<\/p>\n<h3>f) La religion<\/h3>\n<p>Il y a une religion dont l&rsquo;histoire s&rsquo;appuie sur l&rsquo;exercice d&rsquo;une toute puissance divine, arbitraire, qui se trouve en conflit avec l&rsquo;Autre, d\u00e9moniaque, qui d\u00e9truit tout ce qui oppose r\u00e9sistance. La terre et l&rsquo;humanit\u00e9 sont le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;affrontement des arm\u00e9es divines contre celles du d\u00e9mon.<br \/>\nL&rsquo;autre religion est forc\u00e9ment d\u00e9moniaque et les \u00ab\u00a0grands satans ou petits satans\u00a0\u00bb sont toujours d&rsquo;actualit\u00e9. C&rsquo;est cette religion, o\u00f9 dogme signifie loi arbitraire avec ses inquisitions et ses croisades, que \u00ab\u00a0les lumi\u00e8res\u00a0\u00bb d\u00e9noncent \u00e0 juste titre. Religion o\u00f9 le passionnel domine, o\u00f9 tous les moyens sont bons pour susciter et canaliser cette passion. \u00ab\u00a0Un seul Dieu, un seul roi, un seul territoire\u00a0\u00bb n&rsquo;est-il pas le slogan qui alimente les mythes de notre histoire politico-religieuse ? Elle a toujours ses nostalgiques, d\u00e9fenseurs de la \u00ab\u00a0chr\u00e9tient\u00e9\u00a0\u00bb d&rsquo;Occident. Toute cette religion s&rsquo;\u00e9tablit dans cette logique d&rsquo;un rapport aux puissances qui a pu s&rsquo;installer sur le socle ancien de m\u00eame logique.<\/p>\n<p>A l&rsquo;inverse une religion de la construction de la cit\u00e9 c\u00e9leste sur terre, cit\u00e9 rationnelle r\u00e9gie par un Dieu de perfections (abstractions id\u00e9alis\u00e9es des qualit\u00e9s humaines), d\u00e9ploie ses r\u00e8gles de droit et d&rsquo;organisation. Elle d\u00e9nonce volontiers l&rsquo;archa\u00efsme de la religion primaire. Cette religion place dans la raison humaine l&rsquo;id\u00e9al des valeurs et le moteur de la civilisation. L&rsquo;organisation de la cit\u00e9 par l&rsquo;\u00e9glise, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo; oeuvre dans l&#8217;empire romain chr\u00e9tien, n&rsquo;a cess\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 il y a peu, d&rsquo;\u00eatre un enjeu de l&rsquo;activit\u00e9 religieuse.<\/p>\n<p>Mais cet enjeu s&rsquo;est trouv\u00e9 en concurrence avec le m\u00eame enjeu poursuivi par l&rsquo;id\u00e9ologie rationaliste. Le Dieu, abstrait par la Raison, plus n&rsquo;ayant gu\u00e8re d&rsquo;avantage sur la Raison divinis\u00e9e.<\/p>\n<h3>g) La philosophie<\/h3>\n<p>Il n&rsquo;est gu\u00e8re possible de parler d&rsquo;une philosophie de la possession sinon comme formulation mythique et mystificatrice d&rsquo;une \u00ab\u00a0loi de nature\u00a0\u00bb justificatrice du pouvoir de possession. Cette philosophie \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb est celle que tous les dictateurs utilisent pour justifier leurs actes et barrer tout esprit critique.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une philosophie qui questionne mais qui affirme d&rsquo;\u00e9vidence : \u00ab\u00a0C&rsquo;est comme \u00e7a\u00a0\u00bb et r\u00e9clame soumission et non pens\u00e9e.<\/p>\n<p>La civilisation arrive avec la philosophie humaniste, oeuvre de raison qui d\u00e9couvre par son labeur les raisons des choses. Cette philosophie, aussi philosophie morale, d\u00e9veloppe les processus de la raison et propose les voies et les r\u00e8gles d&rsquo;une vie morale et civile.<\/p>\n<h3>h) La science<\/h3>\n<p>Dans le monde des puissances, la science est un \u00ab\u00a0art de la guerre\u00a0\u00bb, un art de la domination. Armes, strat\u00e9gies d\u00e9fensives, offensives, strat\u00e9gies de possessions en sont les enjeux et les oeuvres. Sa m\u00e9thode est empirique. Ce qui s&rsquo;impose d&rsquo;\u00e9vidence \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience est \u00e9rig\u00e9 en v\u00e9rit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;impose \u00e0 tous, par le d\u00e9tenteur du savoir. Mais le savoir n&rsquo;est rien d&rsquo;autre ici que le discours du pouvoir, moyen de possession. Ce savoir est d&rsquo;ailleurs \u00e0 acqu\u00e9rir et il fait partie de cet avoir qui fait la puissance. Qui nierait que cette science est toujours \u00e0 l&rsquo; oeuvre? Ecoutons nos politiques dans leur d\u00e9claration de v\u00e9rit\u00e9 et comprenons comment il leur faut se parer de certitudes incontournables justifi\u00e9es par l&rsquo;\u00e9vidence ou par l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>On peut aussi \u00ab\u00a0poss\u00e9der\u00a0\u00bb des savants, \u00ab\u00a0avoir\u00a0\u00bb des ressources de comp\u00e9tences pour prouver son pouvoir et l&rsquo;enrichir. On pr\u00e9f\u00e8re ici le savoir acquis que la recherche qui suppose un manque de savoir.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans la civilisation de la raison que la science occidentale a vu son plus grand succ\u00e8s ; en particulier, lorsque la raison seule et son exercice ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s en crit\u00e8res de v\u00e9rit\u00e9. Le d\u00e9veloppement de la raison s&rsquo;est fait raison des choses.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de la science est corr\u00e9latif du libre exercice de la raison. Son enjeu est ici la compr\u00e9hension de l&rsquo;ordre des choses, des r\u00e8gles du monde, r\u00e8gles selon lesquelles il est ensuite possible d&rsquo;agir rationnellement. Les processus naturels d\u00e9gag\u00e9s par la raison scientifique peuvent \u00eatre reproduits par la raison technique. L&rsquo;exp\u00e9rience vaut ici, non par son v\u00e9cu \u00ab\u00a0empirique\u00a0\u00bb, mais comme mat\u00e9riau d&rsquo;une organisation logique qui peut s&rsquo;en d\u00e9gager (explications rationnelles).<br \/>\nCette science d\u00e9bouche sur l&rsquo;utilit\u00e9 sociale, utilit\u00e9 du d\u00e9veloppement de la connaissance et de l&rsquo;intelligence humaine (progr\u00e8s de la connaissance), utilit\u00e9 op\u00e9ratoire dans l&rsquo;organisation de la cit\u00e9, de la vie du citoyen et de toutes les organisations sociales.<\/p>\n<h3>i) La personne humaine<\/h3>\n<p>Deux conceptions de la personne humaine accompagnent le monde de la possession et celui de la raison. On pourrait distinguer l&rsquo;homme sauvage et l&rsquo;homme civilis\u00e9. L&rsquo;homme sauvage est par d\u00e9finition sous la domination de ses int\u00e9r\u00eats naturels. Il a besoin de les satisfaire et ils doivent \u00eatre ma\u00eetris\u00e9s et combattus pour assurer son propre bien et celui des autres. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il a besoin d&rsquo;\u00eatre domin\u00e9.<\/p>\n<p>Il est une sorte d&rsquo;animal, plus dangereux que d&rsquo;autres \u00e0 bien des \u00e9gards, et r\u00e9gi par les m\u00eames m urs. Une certaine sociologie, un certain zoomorphisme proposent, comme interpr\u00e9tation, les comportements animaux pour expliquer et justifier les comportements humains. La r\u00e9activit\u00e9 aux autres et aux choses est le caract\u00e8re le plus significatif de la nature humaine, son instinct de domination (ou de soumission), son instinct de possession (les femmes, les richesses) sont imm\u00e9diatement justifi\u00e9s. Seul les instincts des autres sont \u00e0 combattre et malfaisants, s&rsquo;ils n&rsquo;appartiennent pas au m\u00eame corps social. La justice et l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 sont hors du champ de conscience et de la nature de cet homme l\u00e0. Par contre on lui reconna\u00eetra aussi de bons instincts dont l&rsquo;image animale renforcera la valeur (instinct maternel, paternel, instinct familial, instinct gr\u00e9gaire, etc. ).<\/p>\n<p>L&rsquo;homme civilis\u00e9 est, lui, une intelligence support\u00e9e par un corps. L&rsquo;homme de raison se caract\u00e9rise par cette intelligence dont le d\u00e9veloppement est oeuvre et agent de civilisation. Son corps est l&rsquo;instrument de cette raison par laquelle il est command\u00e9.<\/p>\n<p>Cet homme n&rsquo;est pas engag\u00e9 dans la lutte pour la vie, mais dans la civilisation, progr\u00e8s de l&rsquo;humanit\u00e9, marche victorieuse de la raison et de l&rsquo;intelligence humaine.<\/p>\n<p>S&rsquo;il constate quelque d\u00e9r\u00e8glement, c&rsquo;est par la raison qu&rsquo;il peut y mettre bon ordre. C&rsquo;est ainsi, que m\u00eame pour FREUD, l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une intelligence rationnelle des affects et des comportements \u00e9tait curative, a pu subsister.<br \/>\nIl y a en l&rsquo;homme civilis\u00e9 un fond d&rsquo;irrationnel mais c&rsquo;est ce qui est encore en chantier, en voie de rationalisation.<\/p>\n<p>La personne ne se justifie que par ce travail, cette participation \u00e0 la civilisation qui en fait le citoyen de l&rsquo;\u00e9tat comme de la cit\u00e9. L&rsquo;homme citoyen ne peut que trouver dans la raison commune les raisons de son propre progr\u00e8s. L&rsquo;ordre rationnel du monde le domine, bien qu&rsquo;il ait \u00e0 le parachever, \u00e0 le construire. Cet homme est un individu social, mais pas tout \u00e0 fait une personne. Il trouve son id\u00e9al dans \u00ab\u00a0l&rsquo;honn\u00eate homme\u00a0\u00bb du XVII \u00e8me si\u00e8cle qui n&rsquo;a cess\u00e9 de prendre des figures notables jusqu&rsquo;\u00e0 ces derniers temps.<\/p>\n<h3>j) Les valeurs<\/h3>\n<p>Passivit\u00e9 et virilit\u00e9 seraient les deux valeurs humaines primordiales (f\u00e9minines et masculines, dit-on). Etre le plus fort, n&rsquo;avoir peur de rien, savoir s&rsquo;imposer, mettre sa vie (et celle des autres) en jeu, traverser des \u00e9preuves violentes, accumuler possessions et richesses, accomplir ses passions, sont les valeurs d&rsquo;une forme de virilit\u00e9 archa\u00efque qui reste fort d&rsquo;actualit\u00e9. Rivalit\u00e9, comp\u00e9tition, concurrence, gloire, victoire, combats, troph\u00e9es, parts de territoires \u00e0 conqu\u00e9rir restent des valeurs s\u00fbres.<\/p>\n<p>La domination patriarcale, monarchique est arch\u00e9type des \u00ab\u00a0valeurs traditionnelles de l&rsquo;Occident\u00a0\u00bb dont on voit bien maintenant les ressorts intimes et les enjeux.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement la soumission des faibles est vertu lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un abandon, confiant, surtout au bon vouloir des forts. Soumission vertueuse \u00e0 la loi du plus fort qui sauvegarde l&rsquo;unit\u00e9 du groupe et sa coh\u00e9sion ! Soumission \u00e0 ses desseins et sa volont\u00e9 qui fondent sa puissance et donc la s\u00e9curit\u00e9 qu&rsquo;il repr\u00e9sente !<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me de valeurs simples (et naturelles dirait-on ici) se d\u00e9cline dans toutes les modalit\u00e9s de l&rsquo;existance. L&rsquo;animal en est le r\u00e9f\u00e9rent favori (fort comme un lion, rus\u00e9 comme un renard, affectueux et soumis comme un chien&#8230;).<\/p>\n<p>Les valeurs de la civilisation classique sont toutes autres. Intelligence, comp\u00e9tence, utilit\u00e9, progr\u00e8s, ces valeurs se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 des id\u00e9aux et \u00e0 la progression vers eux. Id\u00e9aux de la cit\u00e9 et de la d\u00e9mocratie, id\u00e9aux du beau, du bien et du bon, id\u00e9aux du type libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9 et toute la cohorte des id\u00e9aux que l&rsquo;homme vertueux s&rsquo;efforce d&rsquo;atteindre.<\/p>\n<p>Cultiver ses facult\u00e9s dans cette voie et les mettre au service de ces valeurs, voil\u00e0 toute la morale de cette civilisation. Cependant, remarquons qu&rsquo;il s&rsquo;agit de valeurs abstraites id\u00e9ales, valeurs de conformit\u00e9 m\u00eame progressives. Bien que valeurs humaines, elles ne sont pas des valeurs propres de la personne humaine singuli\u00e8re mais des valeurs normatives ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme de la possession se sent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 par la civilisation de la raison. Il lui faudra la poss\u00e9der par quelque moyen.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme de la raison se sent violent\u00e9 par la possession. Il lui faudra la rationaliser par quelque raison. Voil\u00e0 une source d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 des valeurs.<\/p>\n<h3>k) L&rsquo;entreprise<\/h3>\n<p>Elle est un champ d&rsquo;affrontement de ce d\u00e9bat de la culture occidentale. Nous en avons vu les deux types, le premier et le troisi\u00e8me, en introduction avec l&rsquo;entreprise de possession et l&rsquo;entreprise utilitaire. Il faut les situer dans leur contexte. L&rsquo;entreprise de possession appartient \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 dominent et o\u00f9 sont domin\u00e9es les pulsions, o\u00f9 le conflit, la rivalit\u00e9 et la concurrence r\u00e8gnent, aussi bien que la soumission et l&rsquo;all\u00e9geance.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise de possession vise \u00e0 \u00e9tablir une emprise dispensatrice de pouvoir et d&rsquo;avoir, preuves de puissance et de virilit\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 son profit. Dans une telle soci\u00e9t\u00e9, elle s&rsquo;active \u00e0 soumettre et \u00e0 acqu\u00e9rir, \u00e0 \u00e9tendre son domaine et sa puissance et, ce faisant, elle est en butte aux rivalit\u00e9s. L&rsquo;entreprise de possession ne peut \u00eatre que le fait d&rsquo;hommes forts, dominateurs, qui acqui\u00e8rent les moyens de leur puissance.<\/p>\n<p>Elle se confond toujours avec le jeu des pouvoirs, politique, social, etc. , en m\u00eame temps qu&rsquo;elle est en butte \u00e0 ces m\u00eames pouvoirs.<\/p>\n<p>La guerre \u00e9conomique est son terrain d&rsquo;\u00e9lection qui lui permet de justifier son emprise et ses m\u00e9thodes. Ses affaires sont toujours des coups de force avec plus ou moins de subtilit\u00e9, de machiav\u00e9lisme m\u00eame. C&rsquo;est ce qui lui donne une grande puissance d&rsquo;acquisition et de domination. Mais, dans ce jeu, seuls les plus forts triomphent, la masse est \u00e0 soumettre en m\u00eame temps qu&rsquo;elle constitue potentiellement une puissance rivale.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise de possession est celle o\u00f9 r\u00e8gnent les plus grands archa\u00efsmes, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;allie \u00e0 des puissances de savoir et de comp\u00e9tence dont elle se d\u00e9fie naturellement. L&rsquo;universit\u00e9, dans sa version classique civilis\u00e9e, restera l\u00e0 toujours suspecte \u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre r\u00e9appropri\u00e9e, domin\u00e9e, poss\u00e9d\u00e9e. Les fins de l&rsquo;entreprise de possession doivent \u00eatre discr\u00e8tes, secr\u00e8tes afin d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;\u00eatre d\u00e9jou\u00e9es. De ce fait, c&rsquo;est l&rsquo;entreprise elle m\u00eame qui est secr\u00e8te et renonce alors \u00e0 \u00eatre l&rsquo;affaire de tous. Elle reste du privil\u00e8ge de quelques uns.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise de la raison utilitaire, s&rsquo;int\u00e8gre, elle, \u00e0 l&rsquo;organisation sociale.Elle est articul\u00e9e \u00e0 la structure sociale de la cit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9tat. Elle n&rsquo;a pas d&rsquo;autres raisons d&rsquo;\u00eatre que de participer \u00e0 l&rsquo;organisation de la vie collective. De ce fait, l&rsquo;homme est subordonn\u00e9 aux buts de l&rsquo;entreprise eux-m\u00eames parties prenantes des buts de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas avant tout, une entreprise personnelle. L&rsquo;initiative individuelle ne se con\u00e7oit l\u00e0 que comme participation \u00e0 un ordre socio-\u00e9conomique \u00e9tabli et comme contribution au progr\u00e8s. L&rsquo;id\u00e9al est la d\u00e9cision rationnelle et l&rsquo;efficacit\u00e9 qui r\u00e9pondent au besoin de l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 encore plus civilis\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise, dans cette perspective, entre dans la nature des choses, dans l&rsquo;ordre de la cit\u00e9, elle devient l&rsquo;affaire de tous et pas de quelques uns.<br \/>\nCependant elle perd de son caract\u00e8re d&rsquo;engagement personnel pour \u00eatre surtout un appareil.<\/p>\n<p><strong>4 &#8211; DE CONTRADICTIONS EN CONTRADICTIONS<\/strong><\/p>\n<p>On voit bien l\u00e0 comment s&rsquo;opposent ces deux types d&rsquo;entreprises dans leur rapport au monde, dans leurs justifications, leurs finalit\u00e9s, leurs valeurs et leurs m\u00e9thodes.<\/p>\n<p>Il est difficile de classer, \u00e0 priori, les syst\u00e8mes \u00e9conomiques ou politiques d\u00e9finitivement dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ces positions, d&rsquo;autant plus que la r\u00e9alit\u00e9 occidentale est toujours lourde de cette ambigu\u00eft\u00e9. On reconna\u00eetra cependant deux conceptions et deux syst\u00e8mes de valeurs dont le d\u00e9bat est toujours actuel et dont l&rsquo;incompr\u00e9hension mutuelle reste toujours aussi grande. Les exigences de la civilisation ont quelquefois du mal \u00e0 \u00eatre accept\u00e9es. La tentation de les imposer renvoie \u00e0 la logique de la possession. C&rsquo;est comme cela que l&#8217;empire romain impose sa civilisation alentour, que le christianisme se fait par moment, imp\u00e9rialisme, que la raison triomphante de la r\u00e9volution se fait terreur. A l&rsquo;inverse, la possession, se trouve menac\u00e9e par le d\u00e9veloppement de valeurs de connaissance et d&rsquo;intelligence, les oeuvres de la raison. Il faut les poss\u00e9der, et pour cela y mettre quelque intelligence.<\/p>\n<p>La citoyennet\u00e9 de privil\u00e8ges fera les soubassements de la bourgeoisie, d\u00e9faisant le pouvoir royal pour \u00e9tablir le sien, cultivant les valeurs classiques pour garder et d\u00e9velopper son emprise.<\/p>\n<p>Le monopole de la Raison, vice de l&rsquo;id\u00e9ologie rationaliste que l&rsquo;on retrouve dans certaines formes id\u00e9ales du socialisme, peut aller jusqu&rsquo;\u00e0 justifier son imposition par la lutte. La lutte des classes, moyens et raisons, en est un produit. Le moralisme de la culture classique, chr\u00e9tienne comme r\u00e9publicaine souffre peu d&rsquo;\u00eatre mis en question et va d\u00e9fendre son territoire.<\/p>\n<p>Privil\u00e8ge ou comp\u00e9tence quelle est la source du pouvoir, quelle est sa consistance et sa justification ? Voil\u00e0 un d\u00e9bat dont nous ne sortons pas.<br \/>\nCes contradictions, l&rsquo;Occident les porte jusqu&rsquo;aux confins de la terre. Conflit de possession encore r\u00e9cent entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest au nom de la raison et de la civilisation ! Colonisation \u00ab\u00a0civilisatrice\u00a0\u00bb n\u00e9gatrice de la raison des autres ! Nationalisme et protectionnisme exacerb\u00e9s au nom de la raison \u00e9conomique universelle ! Etat imp\u00e9rialiste, nations civilis\u00e9es \u00e9prises de progr\u00e8s ! G\u00e9n\u00e9ralisation des droits de l&rsquo;homme et commerce lucratif des armes! Valorisation de la science et de la comp\u00e9tence et d\u00e9gradation de l&rsquo;Universit\u00e9 ! Int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la cit\u00e9 et rivalit\u00e9 des affaires ! De ce d\u00e9bat permanent, largement export\u00e9, l&rsquo;Occident ne sort pas. Confront\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autre valeurs, \u00e0 d&rsquo;autres cultures, il cherche d&rsquo;autres voies. La crise actuelle, crise de la civilisation occidentale, met le monde \u00e0 la crois\u00e9e des chemins.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette confusion des valeurs, la multiplicit\u00e9 des alternatives qui est en jeu. On y trouve toujours le d\u00e9bat classique, celui de la possession et de la raison, mais d&rsquo;autres voies se d\u00e9gagent pour en sortir. La logique de la puissance possessive n&rsquo;est pas toujours bien vue dans une soci\u00e9t\u00e9 civilis\u00e9e par la raison classique \u00e0 laquelle elle s&rsquo;oppose.<\/p>\n<p>A l&rsquo;inverse l&rsquo;id\u00e9al de la raison n&rsquo;a pas produit tous les fruits attendus et s&rsquo;il a produit l&rsquo;homme citoyen, celui-ci y a perdu de son autonomie, de sa responsabilit\u00e9, de son libre arbitre.<\/p>\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la responsabilit\u00e9 et l&rsquo;initiative personnelle, de l&rsquo;autre les valeurs d&rsquo;humanisme et de justice et l&rsquo;exigence de la raison. Comment se d\u00e9barrasser de ce dilemme. Deux voies s&rsquo;offrent. Soit se d\u00e9barrasser des deux termes et c&rsquo;est le grand courant naturaliste et m\u00e9caniste qui se d\u00e9veloppe comme modernisme avec la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et ses avatars. Soit conjuguer les deux et c&rsquo;est la civilisation de l&rsquo;entreprise qui est en vue, nouvelle civilisation dont les pr\u00e9misses sont anciennes mais dont l&rsquo;\u00e9mergence est d&rsquo;actualit\u00e9.<\/p>\n<p>S&rsquo;absenter du d\u00e9bat occidental classique, couper avec ses racines, voil\u00e0 la tentation moderniste. Elle conjugue, on le verra, l&rsquo;absence d&rsquo;exigence morale et l&rsquo;absence de responsabilit\u00e9 personnelle. Le syst\u00e8me fait loi, l&rsquo;homme n&rsquo;y est pour rien, c&rsquo;est naturel !<\/p>\n<p>Assumer sa responsabilit\u00e9 personnelle, l&rsquo;engager dans des fins humaines de valeur est la d\u00e9finition que nous avons donn\u00e9 pour entreprendre, lorsque l&rsquo;entreprise est oeuvre de civilisation mais d&rsquo;une civilisation moderne, (du post-moderne) bien diff\u00e9rente de la civilisation classique.<\/p>\n<p>L&rsquo;Occident peut s&rsquo;abandonner \u00e0 la premi\u00e8re voie irresponsable. Les r\u00e9ussites du Pacifique Sud et de l&rsquo;Asie du Sud-Est l&rsquo;y encouragent. L&rsquo;orientalisme est pr\u00eat \u00e0 fournir ses valeurs qu&rsquo;on s&rsquo;efforce de concilier h\u00e2tivement avec une certaine scienticit\u00e9 occidentale.<\/p>\n<p>L&rsquo;Occident peut aussi se r\u00e9veiller et prendre sa responsabilit\u00e9, sa part de l&rsquo;entreprise civilisatrice moderne en trouvant appui et sur son humanisme et sur sa capacit\u00e9 d&rsquo;engagement, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux franges les plus favorables de ses deux courants traditionnellement oppos\u00e9s. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;enjeu de la crise.<\/p>\n<p>LA TENTATION MODERNISTE<\/p>\n<p>Le modernisme est un mot d&rsquo;ordre, il est imp\u00e9ratif de s&rsquo;y adapter, on ne peut y \u00e9chapper. La fa\u00e7on dont les choses tendent \u00e0 se pr\u00e9senter dans l&rsquo;actualit\u00e9 est un nouveau \u00ab\u00a0mode\u00a0\u00bb de leur manifestation. Lorsqu&rsquo;il est diff\u00e9rent de l&rsquo;ant\u00e9rieur, une \u00e9volution s&rsquo;amorce, la modernit\u00e9 est en marche. Cependant, lorsque cette modernit\u00e9 appara\u00eet comme un ph\u00e9nom\u00e8ne in\u00e9luctable auquel nous sommes livr\u00e9s, comme malgr\u00e9 nous alors le modernisme est \u00e0 l&rsquo; oeuvre.<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;annonce le modernisme comme mode de vie, comme organisation collective est la nouvelle condition qui nous sera faite. Il n&rsquo;y aurait pas d&rsquo;autre attitude \u00e0 choisir que l&rsquo;adaptation. Face au modernisme, et selon cette optique bien s\u00fbr, l&rsquo;homme n&rsquo;est \u00e9videmment pas responsable de ce que l&rsquo;histoire, la nature, l&rsquo;\u00e9conomie lui offrent comme mode d&rsquo;existence. Il n&rsquo;a certainement pas \u00e0 rechercher quelque valeur morale qui lui soit propre. La seule chose qui lui soit demand\u00e9 : ne pas faire obstacle au syst\u00e8me actuel, s&rsquo;y laisser aller, ce qui revient \u00e0 le favoriser.<br \/>\nLe modernisme appara\u00eet \u00e0 toutes les \u00e9poques lorsque la tradition est rejet\u00e9e et que ses racines sont d\u00e9valoris\u00e9es. Le modernisme a, semble-t-il, ses racines dans le futur, c&rsquo;est un culte du futur mais d&rsquo;un futur pr\u00e9sent, en train d&rsquo;arriver.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, le modernisme se caract\u00e9rise par quelques traits sp\u00e9cifiques :<br \/>\n&#8211; La communication universelle.<br \/>\n&#8211; Un ordre \u00e9conomique mondial.<br \/>\n&#8211; Une plus grande conscience de la nature.<br \/>\n&#8211; Une acc\u00e9l\u00e9ration des \u00e9changes de tous ordres.<br \/>\n&#8211; La disparition des grandes pens\u00e9es monolithiques et l&rsquo;\u00e9quivalence morale de toutes les opinions.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;interd\u00e9pendance de plus en plus grande des individus.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, le modernisme ne pr\u00e9tend pas que tout est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 mais la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle est en marche, soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique, soci\u00e9t\u00e9 informatique, soci\u00e9t\u00e9 \u00e9conomique mondiale.<\/p>\n<p>La tentation moderniste se justifie de rompre avec l&rsquo;archa\u00efsme de la possession d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part de renoncer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme de la Raison morale. Elle se pr\u00e9sente comme un r\u00e9alisme raisonnable, rationnel m\u00eame, mais d&rsquo;une raison \u00ab\u00a0qui se rend \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence\u00a0\u00bb comme abdication, qui reconna\u00eet les liens et les interactions et ne se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 aucun id\u00e9al, \u00e0 aucune perfection, \u00e0 aucun humanisme.<\/p>\n<p>Devant la modernit\u00e9, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre alternative que de se rendre \u00e0 la raison, sa raison, ou d&rsquo;\u00eatre \u00e9limin\u00e9. Adapt\u00e9, int\u00e9gr\u00e9 ou marginalis\u00e9, \u00e9ject\u00e9, tel est le sort normal de l&rsquo;homme au m\u00eame titre que tous les composants du syst\u00e8me : technologies, organisations, valeurs, id\u00e9es, entreprises, modes de vie. Ils ne valent que s&rsquo;ils participent au fonctionnement du syst\u00e8me et sont naturellement rejet\u00e9s (les exclus) lorsqu&rsquo;ils ne le sont plus ou lorsqu&rsquo;ils sont us\u00e9s. C&rsquo;est la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, d&rsquo;un monde qui, dit-on, va de plus en plus vite.<\/p>\n<p>Il y a dans tout cela une certaine logique qu&rsquo;il faut bien comprendre, logique de la nature, logique du syst\u00e8me, logique m\u00e9caniste. Elle r\u00e9pond \u00e0 certains postulats, certains principes, \u00e0 une certaine vision que l&rsquo;on trouve \u00e0 l&rsquo; oeuvre dans diff\u00e9rentes manifestations, apparemment \u00e9loign\u00e9es quelquefois, de la m\u00eame tendance.<\/p>\n<p>LA LOGIQUE DU SYSTEME<\/p>\n<p>Le monde est un chaos r\u00e9gi par des lois qui \u00e9tablissent et r\u00e9gulent son organisation. Les lois de la nature font que la nature vit selon les cycles qu&rsquo;on lui conna\u00eet :<\/p>\n<p>&#8211; Cycle des saisons.<br \/>\n&#8211; Cycle de la vie et de la mort.<br \/>\n&#8211; Cycle \u00e9cologique.<\/p>\n<p>La vision naturaliste, m\u00e9caniste et syst\u00e9miste (il faut diff\u00e9rencier syst\u00e9misme id\u00e9ologique et th\u00e9orie des syst\u00e8mes dont Bertalanfy n&rsquo;a jamais voulu un tel usage), consid\u00e8re la r\u00e9alit\u00e9 :<\/p>\n<p>&#8211; Soit comme un ensemble de flux en circulation et en interaction.<br \/>\n&#8211; Soit comme un r\u00e9seau d&rsquo;intoraction entre des \u00e9l\u00e9ments.<br \/>\n&#8211; Soit comme un ensemble de corps, d&rsquo;objets, en mouvement selon des trajectoires, lieux d&rsquo;\u00e9quilibres de leurs interactions.<br \/>\n&#8211; Soit comme des jeux de force dont l&rsquo;\u00e9quilibre donne, ou le mouvement ou la stabilit\u00e9 &#8211; cas particulier du mouvement.<\/p>\n<p>Dans tous ces tableaux logiques il y a un certain nombre de caract\u00e9ristiques :<br \/>\n&#8211; L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment, l&rsquo;objet, le corps est \u00e0 la fois isol\u00e9 et en m\u00eame temps d\u00e9fini d&rsquo;une fa\u00e7on extrins\u00e8que comme lieu carrefour d&rsquo;interactions.<br \/>\n&#8211; Dans le syst\u00e8me des intoractions tout r\u00e9agit sur tout. Il y a dans le monde interd\u00e9pendance universelle.<\/p>\n<p>Chaque syst\u00e8me peut \u00eatre pris comme \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;un syst\u00e8me plus large (il n&rsquo;y a pas de syst\u00e8me parfaitement clos dans la r\u00e9alit\u00e9).<\/p>\n<p>&#8211; Les syst\u00e8mes sont auto-constitu\u00e9s et autor\u00e9gul\u00e9s par les lois naturelles qui les r\u00e9gissent. Le principe d&rsquo;hom\u00e9ostasie assure leur conservation.<br \/>\n&#8211; Les \u00e9tats des syst\u00e8mes, des situations, s&rsquo;expliquent par l&rsquo;\u00e9quilibre des interactions \u00ab\u00a0entre\u00a0\u00bb les \u00e9l\u00e9ments.<br \/>\n&#8211; Les forces sont ext\u00e9rieures aux objets du syst\u00e8me, entre eux, dans l&rsquo;espace interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p>Dans cette perspective l&rsquo;homme est objet du syst\u00e8me (syst\u00e8me lui-m\u00eame). Le paradoxe du modernisme c&rsquo;est, dans ces conditions, de pr\u00f4ner l&rsquo;ind\u00e9pendance individuelle comme valeur supr\u00eame, ind\u00e9pendance affubl\u00e9e du nom de libert\u00e9 (cf. Certaines conceptions du lib\u00e9ralisme) alors qu&rsquo;est dans le m\u00eame temps affirm\u00e9e l&rsquo;interd\u00e9pendance universelle et l&rsquo;impossibilit\u00e9 de l&rsquo;autarcie.<\/p>\n<p>Un exemple en est le ph\u00e9nom\u00e8ne de la mode qui r\u00e9clame un conformisme au go\u00fbt du jour tout en \u00e9tant pris par ses tenants comme un moyen de se distinguer. L&rsquo;originalit\u00e9 n&rsquo;est pas recherch\u00e9e en soi-m\u00eame, mais dans la mode, dans le mode ext\u00e9rieur \u00e0 soi qui r\u00e9git l&rsquo;actualit\u00e9, autrement dit le syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Voyons quelques cons\u00e9quences de cette logique :<\/p>\n<h3>a) Les valeurs<\/h3>\n<p>Les valeurs sont les \u00e9tats du syst\u00e8me qui nous conditionnent. R\u00e9gies par la loi de l&rsquo;\u00e9quilibre des forces ou des interactions. La notion d&rsquo;\u00e9quilibre est particuli\u00e8rement fondamentale.<\/p>\n<p>En toute chose, il est bon de trouver le meilleur \u00e9quilibre, une vie \u00e9quilibr\u00e9e, l&rsquo;\u00e9quilibre des comptes de la nation, l&rsquo;\u00e9quilibre des \u00e9changes, l&rsquo;\u00e9quilibre entre les opinions, les id\u00e9es \u00e9quilibr\u00e9es (le d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 est le fou). La recherche de l&rsquo;\u00e9quilibre dans sa vie, avec son environnement est valable pour l&rsquo;homme comme pour les entreprises et les pays.<\/p>\n<p>Peu importe la valeur propre des facteurs en interaction. Peu importe la valeur de l&rsquo;homme, ce qui compte c&rsquo;est son adaptation, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quilibre auquel il participe.<br \/>\nNous sommes sous le r\u00e9gime de l&rsquo;amoralisme. Tout vaut tout dans la mesure o\u00f9 seul l&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral compte.<\/p>\n<p>Le modernisme est tol\u00e9rant mais par indiff\u00e9rence et complaisance. Il s&rsquo;adapte \u00e0 toute les vertus comme \u00e0 tous les vices dans la mesure o\u00f9 ils s&rsquo;\u00e9quilibrent.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tablissement de l&rsquo;\u00e9quilibre est consid\u00e9r\u00e9e comme la loi du mouvement mais l&rsquo;atteinte de l&rsquo;\u00e9quilibre est son ach\u00e8vement. C&rsquo;est au fond la mort qui est la vis\u00e9e inconsciente de la qu\u00eate de l&rsquo;\u00e9quilibre, le cadavre comme id\u00e9al humain latent.<\/p>\n<h3>b) La question spirituelle et religieuse<\/h3>\n<p>Ce dernier terme a une \u00e9thymologie qui renvoie au verbe relier. La religion peut alors \u00eatre d\u00e9finie dans cette logique comme le culte des liens avec la nature, avec l&rsquo;environnement. On assiste au d\u00e9veloppement d&rsquo;un nouvel esprit religieux, fait d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9rence de l&rsquo;individu par rapport au Tout et \u00e0 ses lois qui le conditionnent. Le Tout peut prendre d&rsquo;ailleurs toutes sortes de figures dont celles de la nature ou bien le d\u00e9esse m\u00e8re GAIA ou bien une conscience cosmique universelle etc&#8230;<\/p>\n<h3>c) La nature<\/h3>\n<p>Grande matrice g\u00e9n\u00e9rale, source d&rsquo;une religion dont les cycles \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb sont supports des rites, cycles des saisons, cycles de f\u00e9condit\u00e9, cycles biologiques. Le digestif avec ses r\u00e9gimes alimentaires naturels (v\u00e9g\u00e9tariens, biologiques, etc. ) ; le respiratoire avec son cycle inspiration, expiration ; le circulatoire avec ses flux dont seule la circulation importe, sont, parmi d&rsquo;autres, objets de la plus grande vigilance. Enjeu : l&rsquo;adaptation \u00e0 la nature, se d\u00e9faire des pollutions de la culture &#8230; humaine, et retrouver le juste exercice des fonctions \u00ab\u00a0naturelles\u00a0\u00bb. Celles-ci constituent le syst\u00e8me interne de l&rsquo;homme en totale inter-relation avec le syst\u00e8me environnant. Tout cela fait l&rsquo;objet d&rsquo;un v\u00e9ritable culte, culte de l&rsquo;\u00e9go focalis\u00e9 sur ses fonctions biologiques, culte des \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8nes naturels\u00a0\u00bb, condition vitale d&rsquo;un fonctionnement \u00e9quilibr\u00e9.<\/p>\n<h3>d) Le syncr\u00e9tisme<\/h3>\n<p>Ce terme d\u00e9signe habituellement l&rsquo;amalgame de plusieurs croyances. Il devient dans notre modernisme le mode d&rsquo;une approche n\u00e9o-religieuse et spirituelle. En effet, le rassemblement des croyances est une figure du Tout.<br \/>\nEn outre, il s&rsquo;agit principalement de croyances choisies pour culte d&rsquo;un tout. Elles se caract\u00e9risent par l&rsquo;id\u00e9e que le monde naturel constitu\u00e9 de r\u00e9alit\u00e9s distinctes, d&rsquo;individus isol\u00e9s, est l&rsquo;\u00e9manation d&rsquo;un Grand Tout immanent qui en constitue la source et l&rsquo;unit\u00e9 intrins\u00e8que.<\/p>\n<p>Notons comment, encore une fois, les \u00e9l\u00e9ments individualis\u00e9s du monde n&rsquo;existent qu&rsquo;en fonction d&rsquo;un tout qui les articule et en constitue le jeu des rapports.<\/p>\n<p>Ici on ira de la conscience cosmique, Dieu du panth\u00e9isme, \u00ab\u00a0l&rsquo;ouvert\u00a0\u00bb des orientaux, ou transpersonnel, l&rsquo;ordre impliqu\u00e9 sous-jacent \u00e0 l&rsquo;ordre expliqu\u00e9 de la nature.<br \/>\nEn particulier, l&rsquo;engouement pour l&rsquo;Orient et ses cultes, pens\u00e9es et religions est fortement significatif de cette religiosit\u00e9. L&rsquo;abandon au grand Tout en est la loi essentielle.<\/p>\n<p>(Notons cependant que parmi les conceptions \u00e9voqu\u00e9es, il y a toujours en filigrane la possibilit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9passement de ces visions dualistes ou duellement antidualistes dans une transcendance qui renoue avec la verticalit\u00e9 pour rejoindre la civilisation moderne dont on aper\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence. L&rsquo;horizontalit\u00e9 \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb est plut\u00f4t caract\u00e9ristique de la vision moderniste et de ses multiples avatars).<\/p>\n<h3>e) L&rsquo;id\u00e9ologie<\/h3>\n<p>Parmi les figures du grand Tout, pla\u00e7ons l&rsquo;id\u00e9ologie. Il s&rsquo;agit alors de diverses croyances jouant id\u00e9alement le r\u00f4le de syst\u00e8me qui d\u00e9crit la \u00ab\u00a0nature des choses\u00a0\u00bb, \u00e0 laquelle donc, un culte est \u00e0 rendre, culte d&rsquo;adaptation. Il est vrai que la religion traditionnelle a \u00e9tabli ses f\u00eates en corr\u00e9lation avec d&rsquo;anciens cultes de la nature (d&rsquo;anciens modernismes sans doute). Les id\u00e9ologies modernes r\u00eavent d&rsquo;\u00e9tablir des cultes profanes, cultes de \u00ab\u00a0participation\u00a0\u00bb au syst\u00e8me id\u00e9ologique, culte d&rsquo;all\u00e9geance. Parmi ces croyances id\u00e9ologiques, citons le mat\u00e9rialisme scientifique et historique, le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique philosophique, le syst\u00e8misme, le psychologisme, l&rsquo;\u00e9cologisme, le holisme&#8230;<\/p>\n<h3>f) La science<\/h3>\n<p>La science autre culte moderniste n&rsquo;est con\u00e7ue ici que comme le d\u00e9voilement progressif des lois de la nature.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la m\u00eame science, en principe, qui vaut pour les choses physiques, biologiques, pour l&rsquo;homme et la mati\u00e8re, la soci\u00e9t\u00e9 et le cosmos.<br \/>\nCette science est d\u00e9voilement du Grand Tout et indique donc les moyens \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb d&rsquo;y participer. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un scientisme qui n&rsquo;en finit pas de se renouveler, objectivant sans cesse son objet ; il en \u00e9limine soigneusement le sujet (l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;auteur de la science). La science ici tend \u00e0 \u00eatre crit\u00e8re de V\u00e9rit\u00e9. V\u00e9rit\u00e9 scientifique veut dire v\u00e9rit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e. Ainsi s&rsquo;\u00e9tablit l&rsquo;\u00e9quation:<\/p>\n<p>Science = V\u00e9rit\u00e9 = R\u00e9alit\u00e9 = Nature des choses, dites alors scientifiques.<\/p>\n<p>La science tisse donc peu \u00e0 peu le tableau du syst\u00e8me de la Nature avec lequel elle se confond. La technologie comme mise en oeuvre des \u00ab\u00a0m\u00e9canismes naturels\u00a0\u00bb prolonge la science, \u00e0 la fois pour contribuer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablir (d\u00e9veloppement de la science) et pour contribuer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;homme au syst\u00e8me de la modernit\u00e9 : nature, r\u00e9alit\u00e9 du monde pour le modernisme.<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s scientifique n&rsquo;a ici plus rien \u00e0 voir avec une progression dans les valeurs humaines, une plus grande vertu de l&rsquo;homme. Il est plut\u00f4t une \u00e9volution, un auto-d\u00e9veloppement de la science avec le concours de l&rsquo;homme, \u00e9l\u00e9ment du syst\u00e8me qu&rsquo;elle constitue.<\/p>\n<h3>g) La communication<\/h3>\n<p>Elle joue un r\u00f4le majeur dans la religiosit\u00e9 moderniste. Le monde des media est celui des m\u00e9diations qui sont inter-relations, inter-connections, inter-actions. C&rsquo;est \u00ab\u00a0entre\u00a0\u00bb (inter) que tout se passe. Les canaux de communication sont comme la concr\u00e9tisation des liens entre les facteurs, entre les \u00e9l\u00e9ments. Les r\u00e9seaux de communications sont l&rsquo;incarnation du syst\u00e8me. Il est clair que communiquer est avant tout participer au r\u00e9seau, lui rendre un culte.<\/p>\n<p>Etre comme on dit, branch\u00e9, est une n\u00e9cessit\u00e9 vitale, une norme de valeur. Qui n&rsquo;est pas dans le coup est hors circuit, court-circuit\u00e9, \u00e9limin\u00e9. L&rsquo;identit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;individu est li\u00e9e \u00e0 sa participation au grand jeu de la communication. Rares sont ceux qui aper\u00e7oivent que cette identification est d\u00e9personnalisation. L&rsquo;informatique par le culte qui lui est rendu appartient \u00e0 cette religiosit\u00e9.<br \/>\nIl ne s&rsquo;agit pas ici de d\u00e9noncer l&rsquo;informatique comme moyen mais comme fin (le moyen est sa propre fin, auto-g\u00e9n\u00e9rateur).<\/p>\n<p>La caract\u00e9ristique de ce culte est le d\u00e9veloppement technologique qui ne se justifie pas par l&rsquo;utilit\u00e9 mais par la participation n\u00e9cessaire \u00e0 une modernit\u00e9 in\u00e9luctable. C&rsquo;est comme cela que l&rsquo;on apprend aux jeunes des langages d\u00e9pass\u00e9s ou sans correspondances avec des usages r\u00e9els de l&rsquo;outil informatique. C&rsquo;est comme cela que des \u00e9tablissements scolaires, des associations, \u00e9rigent des temples \u00e0 l&rsquo;ordinateur. Salles gard\u00e9es, mat\u00e9riel \u00ab\u00a0visit\u00e9\u00a0\u00bb mais inemploy\u00e9 faute de comp\u00e9tence ou d&rsquo;utilit\u00e9. L&rsquo;informatique est un domaine o\u00f9 on enseigne principalement des savoirs d\u00e9pass\u00e9s au nom de l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de sa g\u00e9n\u00e9ralisation. Aussi ne s&rsquo;agit-il pas de formation ou d&rsquo;apprentissage mais de culte et de cat\u00e9chisation.<\/p>\n<p>Seulement si nous nous rendons \u00e0 l&rsquo;informatique comme nous devons nous rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, nous n&rsquo;en sommes plus ma\u00eetre, ma\u00eetre d&rsquo;en tirer le meilleur parti pour nos propres entreprises.<\/p>\n<p>Que deviennent nos entreprises dans tous ces syst\u00e8mes ? Ce sont plut\u00f4t ces syst\u00e8mes, visages du grand Tout qui nous entreprennent (entreprises-syst\u00e8me) et nous engagent \u00e0 les suivre, \u00e0 nous y adapter sous peine d&rsquo;exclusion ou de maladie.<\/p>\n<h3>h) La sant\u00e9<\/h3>\n<p>Il n&rsquo;est pas possible de passer sous silence l&rsquo;importance majeure de la sant\u00e9 dans cette orientation moderniste. Nous constatons g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;accroissement r\u00e9gulier des d\u00e9penses de sant\u00e9, significatives d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat de plus en plus important pour la pr\u00e9servation de celle-ci et, \u00e0 une inqui\u00e9tude toujours plus grande pour la maladie.<\/p>\n<p>C&rsquo;est que la maladie est de plus en plus comprise comme dysfonctionnement et le dysfonctionnement est ce qui s&rsquo;accompagne de rejet, d&rsquo;\u00e9viction, d&rsquo;\u00e9limination. Le syst\u00e8me de la nature \u00e9limine ses d\u00e9chets et tout ce qui , us\u00e9 ou a-normal, n&rsquo;est plus adapt\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;isolement de l&rsquo;anormal en est une caract\u00e9ristique, jusqu&rsquo;\u00e0 celle des personnes \u00e2g\u00e9es, des ch\u00f4meurs, de ceux qui, par quelque handicap, ne trouvent plus leur place dans le fonctionnement normal du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>La maladie c&rsquo;est l&rsquo;anomalie et l&rsquo;anomalie c&rsquo;est la non conformit\u00e9 \u00e0 la norme du syst\u00e8me. Elle fait perdre identit\u00e9 et consid\u00e9ration. Ne d\u00e9clare-t-on pas fous ceux qui ne suivent pas les m\u00eames voies, les voies de la nature des choses et ceux qui remettent en cause le syst\u00e8me (id\u00e9ologique par exemple).<br \/>\nLa sant\u00e9, au contraire est con\u00e7ue l\u00e0 comme facult\u00e9 d&rsquo;adaptation, capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir et de maintenir l&rsquo;\u00e9quilibre, int\u00e9rieur comme ext\u00e9rieur. La \u00ab\u00a0forme\u00a0\u00bb n&rsquo;est-elle pas la preuve de la capacit\u00e9 de circuler, d&rsquo;\u00eatre dans le courant, de participer au mouvement du milieu (toujours naturel). Le d\u00e9veloppement de moyens de sant\u00e9 naturels est caract\u00e9ristique de cette tendance et rejoint le culte lorsque, sacrifier \u00e0 ces moyens de sant\u00e9 est preuve de sant\u00e9 (on assiste au d\u00e9veloppement des pratiques de sant\u00e9 de toutes sortes ou le syncr\u00e9tisme est, l\u00e0 aussi, fr\u00e9quent).<\/p>\n<h3>i) L&rsquo;\u00e9conomisme<\/h3>\n<p>C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne majeur de ce courant auquel l&rsquo;Occident se laisse tenter depuis il est vrai pas mal de temps. Le temps de l&rsquo;\u00e9poque moderne \u00e9prise de modernisme.<\/p>\n<p>Pour comprendre l&rsquo;\u00e9conomie, il faut repenser le terme d&rsquo;\u00e9conomie. La d\u00e9finition courante de l&rsquo;\u00e9conomisme est celle-ci : \u00ab\u00a0la production et l&rsquo;\u00e9change de biens mat\u00e9riels, de services (ex. conseils, gardiennage, entretiens, \u00e9coute psychologique, distraction, \u00e9ducation, etc..)<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ralisation de cette d\u00e9finition est dans la logique de l&rsquo;\u00e9conomisme \u00e0 tel point que rien n&rsquo;y \u00e9chappe, tout peut \u00eatre analys\u00e9 en termes de production et d&rsquo;\u00e9change duel. L&rsquo;\u00e9conomie devient un grand Tout.<\/p>\n<p>Envisageons une autre d\u00e9finition de l&rsquo;\u00e9conomie laissant de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;expression \u00ab\u00a0faire des \u00e9conomies\u00a0\u00bb et en extrapolant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9conomie m\u00e9nag\u00e8re. L&rsquo;\u00e9thymologie du terme \u00e9conomie renvoie \u00e0 la gestion des affaires de la maison, la \u00ab\u00a0tenue du m\u00e9nage\u00a0\u00bb qui a donn\u00e9 le terme anglo-saxon d&rsquo;origine fran\u00e7aise de \u00ab\u00a0management\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le management , c&rsquo;est le \u00ab\u00a0m\u00e9nagement\u00a0\u00bb et l&rsquo;am\u00e9nagement des affaires de la maison. Par extension nous appellerons \u00ab\u00a0\u00e9conomie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;am\u00e9nagement des rapports entre tous les facteurs et les acteurs de la vie sociale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9conomie de la soci\u00e9t\u00e9 est donc aussi l&rsquo;ensemble des modalit\u00e9s selon lesquelles s&rsquo;\u00e9tablissent ses usages et ses rapports. On voit alors que cette d\u00e9finition est plus g\u00e9n\u00e9rale que celle de l&rsquo;\u00e9conomie marchande r\u00e9duite aux biens mat\u00e9riels et qu&rsquo;elle pourrait rejoindre celle g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l&rsquo;\u00e9conomisme.<\/p>\n<p>En fait, on pourrait, dans notre d\u00e9finition, parler de syst\u00e8me \u00e9conomique comme \u00e9tant l&rsquo;\u00e9tat des rapports et inter-relations entre les membres d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 que se noue la divergence d&rsquo;avec l&rsquo;\u00e9conomisme. Pour celui-ci, c&rsquo;est le syst\u00e8me \u00e9conomique qui r\u00e9git la vie de la soci\u00e9t\u00e9 et son fonctionnement alors que dans la civilisation moderne, nous le verrons, ce sont les rapports humains, relations entre les personnes, qui s&rsquo;expriment selon les modalit\u00e9s Occident les du syst\u00e8me \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;\u00e9conomisme, les lois de l&rsquo;\u00e9conomie sont des lois naturelles. Le syst\u00e8me \u00e9conomique ne peut que r\u00e9pondre \u00e0 ces lois. A moins que l&rsquo;homme (paradoxalement) ne s&rsquo;y oppose (comment l&rsquo;homme produit de la nature pourrait-t-il s&rsquo;opposer \u00e0 la nature des choses, sinon pour raison d&rsquo;inadaptation, de maladie donc, cause d&rsquo;\u00e9limination ; la sant\u00e9 est obligatoire sous peine de condamnation \u00e0 l&rsquo;exclusion !&#8230;). Les lois, le syst\u00e8me \u00e9conomique, r\u00e9gissent donc nos \u00e9changes, malheur \u00e0 qui ne consent \u00e0 s&rsquo;y adapter.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme est alors agent \u00e9conomique, \u00e9l\u00e9ment du syst\u00e8me auquel il participe, mais par lequel il est r\u00e9gi. Post\u00e9 au carrefour des flux \u00e9conomiques, l&rsquo;homme est \u00e9tabli sur le circuit de production, le circuit de consommation, le circuit mon\u00e9taire, etc.<br \/>\nDe l\u00e0 se dessinent deux r\u00f4les qui peuvent globalement s&rsquo;\u00e9quilibrer. Celui qui consiste \u00e0 faire tourner le syst\u00e8me \u00e9conomique et celui qui consiste \u00e0 en profiter.<\/p>\n<p>Faire tourner le syst\u00e8me \u00e9conomique, pour l&rsquo;agent \u00e9conomique de l&rsquo;\u00e9conomisme, c&rsquo;est consentir \u00e0 en \u00eatre un rouage, un \u00ab\u00a0acteur\u00a0\u00bb mais un acteur asservi qui n&rsquo;est d&rsquo;aucune mani\u00e8re auteur puisque seule la nature par ses lois (\u00e9conomiques) est auteur selon cette logique. L&rsquo;homme instrument du syst\u00e8me \u00e9conomique, et ainsi de la nature qui le produit et au d\u00e9veloppement de laquelle il participe est, id\u00e9alement, cet automate que le robot accomplit dans le modernisme.<br \/>\nEn effet, l&rsquo;homme, toujours naturellement imparfait, trouve sa justification dans un asservissement d&rsquo;automate au syst\u00e8me \u00e9conomique et \u00e0 ses lois.<br \/>\nSes imperfections conduisent \u00e0 lui pr\u00e9f\u00e9rer le robot, travailleur programmable dont le respect des lois qui le conditionnent est largement plus probable. (il y a bien s\u00fbr une autre logique pour laquelle les robots ont un autre sens, non pas de substitut de l&rsquo;homme, de rempla\u00e7ant ou de proth\u00e8se, mais de moyen de ses entreprises).<\/p>\n<p>Lorsque le syst\u00e8me \u00e9conomique asservit l&rsquo;homme, ce qui est dans sa nature dans cette logique, alors c&rsquo;est un syst\u00e8me totalitaire ; ce qui est imparable lorsque le syst\u00e8me, l&rsquo;\u00e9conomie, est le Tout agissant, dou\u00e9 de lois propres qui s&rsquo;imposent \u00e0 l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre disposition vis \u00e0 vis du syst\u00e8me est celle du parasite. Le principe du parasitage consiste \u00e0 s&rsquo;ancrer sur un circuit pour, au passage, en pr\u00e9lever la substance, en d\u00e9tourner une partie des flux \u00e0 son profit. L&rsquo;agent \u00e9conomique, \u00e0 la crois\u00e9e des flux, est bien plac\u00e9 pour les parasiter. Il peut avoir pour entreprise ce parasitage. Dans ce cas, il importe pour lui que le syst\u00e8me soit le plus riche possible pour pouvoir pr\u00e9lever son profit au passage. A notre \u00e9poque beaucoup \u00ab\u00a0d&rsquo;interm\u00e9diaires\u00a0\u00bb ont compris cela, bien plac\u00e9s au passage, ils peuvent d\u00e9tourner une partie du courant des \u00e9changes \u00e0 leur profit. Les fonctions d&rsquo;interm\u00e9diaire sont des plus lucratives.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise-syst\u00e8me est une entreprise qui, \u00e0 la fois, s&rsquo;int\u00e8gre dans le syst\u00e8me \u00e9conomique et en constitue elle-m\u00eame un sous-syst\u00e8me. Elle peut, de ce fait, \u00eatre asservie \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie, sous son enti\u00e8re d\u00e9pendance ou \u00eatre parasite du syst\u00e8me \u00e9conomique pour en extraire son profit. De m\u00eame, elle peut asservir des hommes, ali\u00e9n\u00e9s au fonctionnement de son syst\u00e8me propre et \u00eatre parasit\u00e9e par diff\u00e9rentes personnes qui en profitent.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;homme, comme pour l&rsquo;entreprise, tout est une question de bilan. C&rsquo;est aussi une question de compte d&rsquo;exploitation.<\/p>\n<p>&#8211; D\u00e9compte de l&rsquo;exploitation pour le syst\u00e8me (charges)<br \/>\n&#8211; D\u00e9compte de l&rsquo;exploitation du syst\u00e8me (produits)<br \/>\nCharges et produits en termes comptables, il s&rsquo;entend.<\/p>\n<p>Au bilan, cela se traduira en d\u00e9ficit ou b\u00e9n\u00e9fice pour en finir en pertes ou profits. Il s&rsquo;agit bien, toujours l\u00e0, de la mesure d&rsquo;un \u00e9quilibre des \u00e9changes dans un syst\u00e8me qui les commande.<\/p>\n<p>Cette comptabilit\u00e9 est le fin mot de la situation de l&rsquo;homme ou de l&rsquo;entreprise dans le syst\u00e8me de l&rsquo;\u00e9conomisme. En tant que signe, elle est objet de culte. La monnaie est l&rsquo;Esprit mat\u00e9rialis\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomisme et la comptabilit\u00e9 le rituel identificatoire et le jugement dernier de cette croyance. Les chiffres parlent, les hommes se taisent.<\/p>\n<p>Le primat de l&rsquo;\u00e9conomie caract\u00e9ristique du modernisme et de sa logique repose donc sur ce principe que les modalit\u00e9s, l&rsquo;\u00e9conomie des rapports, conditionnent la soci\u00e9t\u00e9 humaine et les relations entre les hommes.<br \/>\nCe primat de l&rsquo;\u00e9conomie se traduit notamment en \u00e9conomie politique, conception de la soci\u00e9t\u00e9, de son organisation, de son gouvernement.<\/p>\n<p>On peut distinguer en particulier deux conceptions, de la m\u00eame famille, selon que l&rsquo;on accorde la priorit\u00e9 au syst\u00e8me \u00e9conomique ou \u00e0 son parasitage (le profit) comme activit\u00e9 essentielle de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Etonnamment, chacune de ces conceptions assigne soit \u00e0 l&rsquo;homme soit au syst\u00e8me un r\u00f4le pr\u00e9\u00e9minement inverse de l&rsquo;activit\u00e9 prioritaire. C&rsquo;est un syst\u00e8me \u00e9conomique peu fiable qui r\u00e9clame l&rsquo;assistance n\u00e9cessaire de l&rsquo;homme, un asservissement volontaire en quelque sorte.<br \/>\nC&rsquo;est un syst\u00e8me \u00e9conomiquement fort qui, tournant tout seul, peut supporter le parasitisme des int\u00e9r\u00eats particuliers.<\/p>\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ce que l&rsquo;on appelle l&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e veut que l&rsquo;homme ma\u00eetrise l&rsquo;\u00e9conomie en s&rsquo;asservissant \u00e0 ses besoins (logique contradictoire habituelle dans la perspective moderniste).<\/p>\n<p>De l&rsquo;autre, dans le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique, le march\u00e9 fait la loi, l&rsquo;homme \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas \u00e0 le soutenir, impuissant devant les lois \u00e9conomiques fatales. Il n&rsquo;a rien d&rsquo;autre \u00e0 faire qu&rsquo;\u00e0 tirer son \u00e9pingle du jeu, \u00e0 en profiter, \u00e0 parasiter le syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Il est bien \u00e9vident que des deux c\u00f4t\u00e9s existent parasitage et asservissement selon des modalit\u00e9s diff\u00e9rentes. On comprend aussi combien un \u00ab\u00a0juste \u00e9quilibre\u00a0\u00bb entre les deux \u00e9conomies est utile m\u00e9caniquement \u00e0 l&rsquo;une et l&rsquo;autre bien qu&rsquo;insupportable intellectuellement. Toujours dans cette m\u00eame optique le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique a besoin d&rsquo;hommes asservis au syst\u00e8me pour le soutenir et permettre son parasitage. L&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e a besoin de profits pour justifier la n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab\u00a0provisoire\u00a0\u00bb de l&rsquo;asservissement (\u00e0 l&rsquo;entreprise,au syst\u00e8me, \u00e0 la conjoncture).<\/p>\n<p>C&rsquo;est comme cela que des chantres du lib\u00e9ralisme se retrouvent demandeurs de subventions, de protection, de soutien des march\u00e9s (l&rsquo;agriculture de fa\u00e7on criante), pendant que les tenants de l&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e veillent \u00e0 leurs \u00ab\u00a0avantages acquis\u00a0\u00bb, pris sur le syst\u00e8me, qui les asservit bien s\u00fbr.<br \/>\nLe contrat de travail, dans cette logique, dans ces deux conceptions m\u00eames est l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;un asservissement et d&rsquo;un profit, contrat de subordination r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Le primat de l&rsquo;\u00e9conomique, selon les deux versions, donne \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat un r\u00f4le diff\u00e9rent. Dans l&rsquo;un la soci\u00e9t\u00e9 est le syst\u00e8me lui-m\u00eame que l&rsquo;\u00e9tat \u00e9tablit et que l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9git par son concours.<br \/>\nDans l&rsquo;autre, la soci\u00e9t\u00e9 est aussi le syst\u00e8me, syst\u00e8me de march\u00e9, syst\u00e8me \u00e9conomique qui n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;Etat pour \u00eatre r\u00e9gi, alors qu&rsquo;il r\u00e9gule, comme par une \u00ab\u00a0main invisible\u00a0\u00bb, les int\u00e9r\u00eats individuels selon ses lois, lois du march\u00e9, lois de l&rsquo;\u00e9conomie, lois des \u00e9changes et donc des interactions \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Au fond, entre ces deux versions d&rsquo;un m\u00eame modernisme, la question est de savoir si l&rsquo;homme a \u00e0 prendre en charge la r\u00e9gulation et le soutien du syst\u00e8me \u00e9conomique ou s&rsquo;il a simplement \u00e0 n&rsquo;y pas faire obstacle et \u00e0 en profiter. L&rsquo;Etat d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 a un r\u00f4le directif, de l&rsquo;autre un r\u00f4le secondaire. Mais, dans les deux cas, l&rsquo;Etat est asservi aux lois de l&rsquo;\u00e9conomie, qu&rsquo;il ait \u00e0 les soutenir contre les parasitages ou \u00e0 n&rsquo;y pas faire obstacle (\u00e9tat lib\u00e9ral). L&rsquo;entreprise syst\u00e8me est la m\u00eame dans les deux cas, dans sa nature. Elle est cependant dans un cas surtout vou\u00e9e au service du syst\u00e8me \u00e9conomique et dans l&rsquo;autre destin\u00e9e \u00e0 en tirer parti , \u00e0 en profiter. Cependant, par sa nature, elle tend \u00e0 se dissoudre en \u00e9l\u00e9ment du syst\u00e8me \u00e9conomique o\u00f9 sa raison d&rsquo;\u00eatre se trouve enti\u00e8rement pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous assistons, en effet, au d\u00e9veloppement d&rsquo;un nouvel id\u00e9al de l&rsquo;entreprise syst\u00e8me o\u00f9 elle se d\u00e9finit par le jeu de ses interactions avec son environnement clients-fournisseurs et comme lieu de circulation et de transformation de flux (flux tendus).<\/p>\n<p>Ces transformations doivent devenir de plus en plus automatiques pour \u00e9liminer de plus en plus les param\u00e8tres non d\u00e9finis par le syst\u00e8me des besoins et des \u00e9changes (\u00e9limination de la subjectivit\u00e9 et des d\u00e9faillances humaines ; les d\u00e9fauts). Lorsqu&rsquo;on arrive \u00e0 d\u00e9finir un poste de travail comme un lieu d&rsquo;\u00e9change d&rsquo;information, n ud d&rsquo;un r\u00e9seau maill\u00e9 de circuits d&rsquo;information, l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;homme n&rsquo;est plus qu&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9, utile ou non au syst\u00e8me de l&rsquo;entreprise. Le sujet humain dispara\u00eet et, qu&rsquo;ils y prennent garde, les dirigeants eux-m\u00eames, pour tout ce qui n&rsquo;est pas de leur r\u00f4le (th\u00e9oriquement automatisable) de traitement de l&rsquo;information (les syst\u00e8mes experts sont l\u00e0 pour \u00e7a).<\/p>\n<p>En outre, lorsqu&rsquo;on pr\u00f4ne la plus grande fluidit\u00e9 dans les circuits de production, de distribution, d&rsquo;information, alors l&rsquo;entreprise devient transparente en tant qu&rsquo;entit\u00e9 autonome. Elle n&rsquo;est plus qu&rsquo;un maillon d&rsquo;un syst\u00e8me. Les notions de clients, fournisseurs, producteurs disparaissent derri\u00e8re le statut g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;agents de l&rsquo;\u00e9conomie (seul le bilan asservissement \/ profit pourra les distinguer).<\/p>\n<p>La d\u00e9personnalisation de l&rsquo;entreprise humaine est engag\u00e9e et l&rsquo;entreprise totalitaire n&rsquo;est pas loin.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ce que l&rsquo;entreprise-syst\u00e8me du modernisme est appel\u00e9e \u00e0 devenir : un agent \u00e9conomique, dissous dans le syst\u00e8me, servi par des agents \u00e9conomiques de la cat\u00e9gorie humano\u00efde.<\/p>\n<h3>j) La soci\u00e9t\u00e9 de consommation<\/h3>\n<p>Nous ne pouvons \u00e9voquer l&rsquo;\u00e9conomisme de la tentation moderniste de notre culture sans \u00e9voquer la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Elle est dans la logique de tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de. Consommer, c&rsquo;est s&rsquo;incorporer la substance. Lorsque cette consommation n&rsquo;a d&rsquo;autre fin que la subsistance humaine en vue de l&rsquo;accomplissement de son existence, alors la consommation reste r\u00e9duite \u00e0 peu de chose par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Celle-ci exprime une tendance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0profiter\u00a0\u00bb de tout ce que peut int\u00e9grer, ing\u00e9rer, l&rsquo;individu : biens mat\u00e9riels, affectifs, imaginaires, etc. que peut lui fournir le syst\u00e8me \u00e9conomique.<\/p>\n<p>La consommation est le moteur du syst\u00e8me. Elle doit \u00eatre suscit\u00e9e. La publicit\u00e9 y joue un grand r\u00f4le lorsque ses pratiques sont orient\u00e9es vers des provocations r\u00e9gressives plut\u00f4t que vers la connaissance.<\/p>\n<p>La soif de consommer devient le vecteur de l&rsquo;activit\u00e9 humaine, injonction du syst\u00e8me socio-\u00e9conomique \u00e0 laquelle il s&rsquo;agit de s&rsquo;abandonner. La consommation devient ainsi un asservissement autant qu&rsquo;une tentative de r\u00e9cup\u00e9ration \u00e0 son profit dans le compromis habituel. Les d\u00e9cennies d&rsquo;apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale ont \u00e9t\u00e9, en Occident, largement domin\u00e9es par cette tendance mobilisatrice de l&rsquo;\u00e9lan moderniste, avide de consommer de nouveaux modes de vie, c&rsquo;est-\u00e0-dire de s&rsquo;y identifier.<\/p>\n<p>Se d\u00e9voile ici un m\u00e9canisme du syst\u00e8me moderniste : l&rsquo;identification. Il ne s&rsquo;agit pas comme dans la possession d&rsquo;identification avec l&rsquo;avoir mais avec le consomm\u00e9. L&rsquo;achat ne vise pas forc\u00e9ment la jouissance d&rsquo;un bien mat\u00e9riel, mais la participation au mode standard d&rsquo;existence, m\u00eame lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un standard particulier.<\/p>\n<p>Ainsi les cadres mercenaires de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation en ont-ils eu comme b\u00e9n\u00e9fice principal l&rsquo;identification \u00e0 une norme, tendant \u00e0 s&rsquo;\u00e9riger en mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>On retrouve ainsi ce principe que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment du syst\u00e8me se d\u00e9finit (trouve son identit\u00e9) par le jeu des interactions dont il est l&rsquo;objet et qui le d\u00e9termine de fa\u00e7on extrins\u00e8que. Ainsi \u00ab\u00a0\u00eatre dans le coup\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0jouer le jeu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0en \u00eatre\u00a0\u00bb sont-ils autant de justifications pour r\u00e9pondre aux sollicitations du syst\u00e8me \u00e9conomique moderniste. Le sentiment d&rsquo;exister ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;une valeur personnelle intrins\u00e8que mais d&rsquo;une adaptation \u00e0 un syst\u00e8me de conditionnement extrins\u00e8que.<\/p>\n<p>Consommer, c&rsquo;est s&rsquo;int\u00e9grer au syst\u00e8me pour y trouver identit\u00e9, c&rsquo;est en m\u00eame temps s&rsquo;en nourrir (sous tous les plans) comme le parasite vit sur son support et c&rsquo;est en m\u00eame temps le nourrir, c&rsquo;est-\u00e0-dire faire vivre le syst\u00e8me.La question de l&rsquo;\u00e9quilibre se pose \u00e0 nouveau pour d\u00e9marquer profiteurs et asservis tous profitant, tous asservis en quelque mesure. La consommation, comme tout processus digestif, suppose \u00e9limination.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 de consommation est bien celle de la pollution, de l&rsquo;accumulation des d\u00e9chets. Elle est aussi celle du gaspillage dans la mesure o\u00f9 c&rsquo;est la valeur circulatoire qui compte plus que la valeur intrins\u00e8que des choses. Celle-ci \u00e9tant n\u00e9glig\u00e9e, elle peut \u00eatre gaspill\u00e9e \u00e0 loisir. Il en est des ressources mat\u00e9rielles comme des hommes. Ainsi le \u00ab\u00a0march\u00e9 du travail\u00a0\u00bb ne fait-il pas appel \u00e0 la valeur des personnes mais \u00e0 la valeur d&rsquo;\u00e9change de leur activit\u00e9 \u00e0 laquelle ils sont r\u00e9duits par subordination. L&rsquo;homme est r\u00e9duit \u00e0 son acte et lorsque m\u00e9caniquement ou logiquement celui-ci peut s&rsquo;automatiser, l&rsquo;homme robotis\u00e9 est facilement remplac\u00e9 par le robot.<\/p>\n<p>Tout le reste de l&rsquo;humain est d\u00e9chet pour le syst\u00e8me \u00e9conomique. Le ch\u00f4mage en est le sympt\u00f4me et ne s&rsquo;y trompent pas ceux qui le vivent ainsi. La soci\u00e9t\u00e9 de consommation, de l&rsquo;\u00e9conomisme moderniste, se nourrit d&rsquo;hommes et en rejette l&rsquo;humanit\u00e9. La civilisation moderne au contraire est oeuvre de l&rsquo;homme g\u00e9n\u00e9ratrice d&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<h3>k) La barbarie<\/h3>\n<p>Le modernisme, avec son primat de l&rsquo;\u00e9conomisme de plus en plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, d\u00e9bouche malheureusement mais logiquement sur la barbarie. Barbarie dont on conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 des \u00e9chantillons. Barbarie qu&rsquo;analyse avec une grande profondeur le philosophe Michel HENRY (\u00ab\u00a0la barbarie\u00a0\u00bb, \u00e9ditions du Seuil). L&rsquo;auteur montre comment le modernisme, expression d&rsquo;une culture, en nie les racines et absolutise la manifestation, le syst\u00e8me au d\u00e9triment de ce qui est la source : la vie, l&rsquo;homme comme sujet.<\/p>\n<p>Le nazisme est un autre exemple de cette barbarie. Un syst\u00e8me parfaitement organis\u00e9, justifi\u00e9 par lui-m\u00eame, servi par de bons fonctionnaires, a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9limination syst\u00e9matique et m\u00e9thodique de millions de personnes, juifs principalement, mais aussi tziganes et autres inadapt\u00e9s au syst\u00e8me et qui n&rsquo;y avaient pas leur place.<\/p>\n<p>M\u00e9ditons sur les \u00ab\u00a0raisons du syst\u00e8me\u00a0\u00bb qui, lorsqu&rsquo;elles ne sont pas soumises au discernement et \u00e0 la responsabilit\u00e9 personnelle de l&rsquo;homme, vont dans le sens de sa n\u00e9gation dont l&rsquo;\u00e9limination physique est l&rsquo;extr\u00e9mum spectaculaire \u00e0 la suite de r\u00e9ductions progressives discr\u00e8tes et complices. Le lib\u00e9ralisme normatif, et l&rsquo;\u00e9tatisme totalitaire appliquent la m\u00eame logique selon deux faces oppos\u00e9es d&rsquo;un m\u00eame mouvement.<\/p>\n<p>Cette tendance moderniste est une tentation . Comme on l&rsquo;a vu, elle veut nous soulager de la responsabilit\u00e9 personnelle et de l&rsquo;exigence morale. Elle nous soulage en m\u00eame temps de notre libert\u00e9 et de notre humanit\u00e9 en en faisant des sous-produits de nos conditionnements.<\/p>\n<p>Cela ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;usurper les termes d&rsquo;une logique du primat de l&rsquo;homme. C&rsquo;est pour mieux lui promettre l&rsquo;ind\u00e9pendance sous condition de son asservissement aux lois de la nature (\u00e9conomique, scientifique ou autres).<\/p>\n<p>Il est clair, sauf pour ceux qui s&rsquo;y laissent prendre ou en profitent, que ce<br \/>\ndouble langage est pathog\u00e8ne. Il coupe l&rsquo;homme de ses racines historiques et ontologiques. Il s\u00e9pare l&rsquo;homme de son Etre pour l&rsquo;inviter \u00e0 se laisser gouverner par ses propres manifestations, individuelles et collectives, ses int\u00e9r\u00eats, sa science, son \u00e9conomie, sa r\u00e9alit\u00e9, son monde, en les \u00e9rigeant en syst\u00e8mes absolus autog\u00e9n\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme r\u00e9duit au syst\u00e8me n&rsquo;a d&rsquo;autre issue que de s&rsquo;y asservir ou d&rsquo;en profiter ; comme si l&rsquo;image du miroir venait \u00e0 gouverner le sujet qui s&rsquo;y mire. Narcissisme suicidaire dont la tentation ne peut conduire l&rsquo;homme qu&rsquo;\u00e0 fuir sa propre image devenue toute puissante ou \u00e0 la s\u00e9duire dans un renversement o\u00f9 toutes les entreprises humaines sont mortelles.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il faut alors oublier qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;entreprises humaines pour en faire des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques, r\u00e9ponses aux besoins du march\u00e9 ou de la soci\u00e9t\u00e9, ce qui revient strictement au m\u00eame.<\/p>\n<p>La barbarie moderniste est toute enti\u00e8re dans ce r\u00eave fou qu&rsquo;Aldous HUXLEY a stigmatis\u00e9 dans le \u00ab\u00a0meilleur des mondes\u00a0\u00bb. C&rsquo;est bien ce meilleur des mondes qu&rsquo;elle nous promet, celui o\u00f9 l&rsquo;eug\u00e9nisme n&rsquo;est plus tout \u00e0 fait la fiction du roman de HUXLEY. La production d&rsquo;hommes en fonction des besoins de l&rsquo;\u00e9conomie, production in vitro avec d\u00e9gradation des embryons destin\u00e9s aux fonctions d&rsquo;asservissement est tout \u00e0 fait \u00e9quivalente \u00e0 celle de la production d&#8217;embryons destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre surdou\u00e9s par leur paternit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique s\u00e9lectionn\u00e9e chez des prix Nobel. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo; oeuvre. Il est difficile de diff\u00e9rencier ce qui est r\u00e9el progr\u00e8s de l&rsquo;humanit\u00e9 dans la propre ma\u00eetrise de son existence et ce qui est propension \u00e0 la logique moderniste dont la fiction machinique est la pr\u00e9figuration. L&rsquo;homme servant les m\u00e9canismes du m\u00e9gasyst\u00e8me par lequel il est lui-m\u00eame machin\u00e9, honorable fonctionnaire de la d\u00e9shumanisation. Quelques uns chez nos biologistes pressentent la direction engag\u00e9e et ont le courage de s&rsquo;y refuser.<\/p>\n<p>ORWELL, avec son roman 1984 nous a montr\u00e9 l&rsquo;une des figures possibles du syst\u00e8me gouvern\u00e9 par le grand ordinateur \u00ab\u00a0Big Brother\u00a0\u00bb. Quand des professionnels de l&rsquo;informatique se mettront-ils \u00e0 discerner la logique de ce qui se pr\u00e9pare, y compris dans le miroir invers\u00e9 de l&rsquo;ind\u00e9pendance individuelle int\u00e9gr\u00e9e dans le r\u00e9seau des t\u00e9l\u00e9communications gr\u00e2ce \u00e0 la micro informatique ? Bruno LUSSATO est de ceux qui pressentent ce qui est \u00e0 l&rsquo; oeuvre (\u00ab\u00a0Bouillon de culture\u00a0\u00bb 1987, \u00e9ditions Robert Laffont).<\/p>\n<p>Le modernisme, comme alternative de l&rsquo;Occident est une entreprise de d\u00e9shumanisation. Elle est cependant une entreprise narcissique et s\u00e9duisante dans laquelle l&rsquo;homme occidental peut se mirer et s&rsquo;admirer, n&rsquo;expliquant que par son imitation le succ\u00e8s du Japon ou d&rsquo;autres pays orientaux.<\/p>\n<p>Il pr\u00e9sente cependant un avantage, c&rsquo;est sa vision globale de la r\u00e9alit\u00e9. Il se trompe radicalement sur le sens de cette r\u00e9alit\u00e9. Si le sens de cette r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;homme est le conditionnement de l&rsquo;homme alors le sens de la vie humaine se perd en pur m\u00e9tabolisme fonctionnel de participation au jeu du syst\u00e8me, au jeu des lois naturelles. L&rsquo;enjeu en est l&rsquo;annihilation de la personnalit\u00e9 humaine ; l&rsquo;\u00e9go instrument de destruction de soi et d&rsquo;\u00e9limination de l&rsquo;\u00e9go. Par contre si la r\u00e9alit\u00e9 et ses syst\u00e8mes sont compris, dans un autre sens, comme manifestation de l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;homme, alors tous ces syst\u00e8mes le servent, non pas comme des op\u00e9rateurs mais comme des t\u00e9moignages de son humanit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9dification du syst\u00e8me du monde, d&rsquo;une \u00e9conomie, ne valent que comme expression symbolique de l&rsquo;engagement mutuel des personnes humaines, engagement de l&rsquo;accomplissement universel de l&rsquo;humanit\u00e9. Tel est le r\u00f4le de l&rsquo;entreprise humaine dans la civilisation moderne dont nous allons maintenant rep\u00e9rer la perspective \u00e0 contre sens de la tentation moderniste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux mod\u00e8les dominent la vision des entreprises. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;entreprise est un moyen d&#8217;emprise. 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