{"id":818,"date":"2004-08-09T12:13:26","date_gmt":"2004-08-09T12:13:26","guid":{"rendered":"http:\/\/couleurs-creatives.fr.bofl1482.odns.fr\/2004\/08\/09\/la-civilisation-de-lentreprise-1\/"},"modified":"2020-12-07T20:23:08","modified_gmt":"2020-12-07T19:23:08","slug":"la-civilisation-de-lentreprise-1","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/2004\/08\/09\/la-civilisation-de-lentreprise-1\/","title":{"rendered":"La civilisation de l&rsquo;Entreprise 1"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le Sens donn\u00e9 \u00e0 cette id\u00e9e d&rsquo;entreprise se projette en plusieurs tableaux tout \u00e0 fait diff\u00e9rents. Autant de conceptions de l&rsquo;entreprise, autant d&rsquo;explications de ce qu&rsquo;il y faut faire, autant de strat\u00e9gies et de m\u00e9thodes, autant de cons\u00e9quences. Mais aime-t-on y voir clair dans le monde des entreprises ou leurs contradicteurs? La seconde carte de coh\u00e9rences est ici pr\u00e9cieuse.<\/p>\n<p><strong>SOMMAIRE<\/strong><\/p>\n<p><b>AVANT PROPOS<\/p>\n<p>INTRODUCTION : L&rsquo;ENTREPRISE EN QUESTION<\/b><\/p>\n<p><i>1 &#8211; La fin et les moyens<\/i><br \/>\n1er Type : L&rsquo;Entreprise de Possession<br \/>\n2\u00e8me Type : L&rsquo;Entreprise Syst\u00e8me<br \/>\n3\u00e8me Type : L&rsquo;Entreprise Utilitaire<br \/>\n4\u00e8me Type : L&rsquo;Entreprise Humaine<\/p>\n<p><i>2 &#8211; L&rsquo;engagement <\/i><br \/>\na) La Responsabilit\u00e9 d&rsquo;Entreprendre<br \/>\nb) La Mobilisation<br \/>\nc) La Civilisation<\/p>\n<p><b>CHAPITRE I L&rsquo;ENTREPRISE EN IMPASSE<br \/>\nLA CIVILISATION CLASSIQUE<br \/>\nDE LA HORDE A L&rsquo;ETAT &#8211; LA VICTOIRE DE LA RAISON<br \/>\n<\/b><br \/>\n<i>1 &#8211; La lutte pour la vie et la possession du territoire<\/p>\n<p>2 &#8211; La civilisation rationnelle<\/p>\n<p>3 &#8211; Les contradictions de la culture occidentale <\/i><br \/>\na) le christianisme<br \/>\nb) la soci\u00e9t\u00e9<br \/>\nc) les r\u00e9gimes politiques<br \/>\nd) la cit\u00e9<br \/>\ne) le droit<br \/>\nf) la religion<br \/>\ng) la philosophie<br \/>\nh) la science<br \/>\ni) la personne humaine<br \/>\nj) les valeurs<br \/>\nk) l&rsquo;entreprise<\/p>\n<p><i>4 &#8211; De contradictions en contradictions <\/i><br \/>\nLa Tentation Moderniste<br \/>\nLa logique du syst\u00e8me<br \/>\na) les valeurs<br \/>\nb) la question spirituelle et religieuse<br \/>\nc) la nature<br \/>\nd) le syncr\u00e9tisme<br \/>\ne) l&rsquo;id\u00e9ologie<br \/>\nf) la science<br \/>\ng) la communication<br \/>\nh) la sant\u00e9<br \/>\ni) l&rsquo;\u00e9conomisme<br \/>\nj) la soci\u00e9t\u00e9 de consommation<br \/>\nk) la barbarie<\/p>\n<p><b>CHAPITRE II LA CIVILISATION MODERNE DE L&rsquo;ENTREPRISE<\/b><\/p>\n<p><i>1 &#8211; La maturit\u00e9 de l&rsquo;homme moderne<\/i><br \/>\na) le lien social<br \/>\nb) la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;engagement mutuel<\/p>\n<p><i>2 &#8211; Les entreprises engag\u00e9es<\/i><br \/>\na) l&rsquo;entreprise personnelle<br \/>\nb) les entreprises de production de biens<br \/>\nmat\u00e9riels et de services<br \/>\nc) les collectivit\u00e9s locales et le d\u00e9veloppement<br \/>\nd) l&rsquo;entreprise \u00e9ducative<br \/>\ne) g\u00e9n\u00e9ralisation de la notion d&rsquo;entreprise<\/p>\n<p><i>3 &#8211; L&rsquo;engagement dans les entreprises et leurs rapports<\/i><br \/>\na) la multiplicit\u00e9 des engagements personnels<br \/>\nb) l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;entreprise collective<br \/>\nc) la structure de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises<\/p>\n<p><i>4 &#8211; Les bases fondamentales de la civilisation de l&rsquo;entreprise<\/i><br \/>\na) le politique<br \/>\nb) l&rsquo;\u00e9conomique<br \/>\nc) le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprise<br \/>\nd) la structure sociale<br \/>\ne) l&rsquo;identification personnelle et sociale<br \/>\nf) l&rsquo;activit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprise<\/p>\n<p><i>5 &#8211; La soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprise : conversion des structures classiques<\/i><br \/>\na) la religion<br \/>\nb) la famille<br \/>\nc) la cit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprise<br \/>\nd) l&rsquo;\u00e9tat dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprise<\/p>\n<h3><\/h3>\n<h3>AVANT PROPOS<\/h3>\n<p>L&rsquo;entreprise entendue comme acte d&rsquo;entreprendre, acte humain par excellence.<\/p>\n<p>Entreprendre ce qui en vaut la peine ce qui \u00e0 de la valeur pour des personnes pour une soci\u00e9t\u00e9 &#8211; la cit\u00e9.<\/p>\n<p>Entreprendre conjointement &#8211; prendre collectivement le chemin de r\u00e9ussir.<\/p>\n<p>Ce sont trois rep\u00e8res pour que l&rsquo;entreprise soit acte de civilisation.<\/p>\n<p>Sa finalit\u00e9 : valeurs d&rsquo;hommes ; sa r\u00e9alit\u00e9 : ph\u00e9nom\u00e8ne humain ; ses modalit\u00e9s : coh\u00e9rence de direction, sont les unes et les autres impliqu\u00e9es par la vision prospective que cet essai veut discerner et dessiner. Les entreprises, selon ce regard, n&rsquo;\u00e9chappent pas au ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00e9volution du monde et des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;on change d&rsquo;optique, de regard, de point de vue, alors le paysage change et la fa\u00e7on dont on con\u00e7oit l&rsquo;entreprise et dont on entreprend change. Les entreprises et leur milieu social, \u00e9conomique, culturel&#8230; vus dans le m\u00eame regard sont toujours en coh\u00e9rence. C&rsquo;est le sens m\u00eame du regard qui donne cette coh\u00e9rence. Un monde de rivalit\u00e9s place les entreprises en rivalit\u00e9 avec la cit\u00e9, avec l&rsquo;Etat. Un monde hyperrationalis\u00e9 donne aux entreprises un statut fonctionnel sans originalit\u00e9 ni initiative.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie des Coh\u00e9rences a permis de mettre en \u00e9vidence les principaux sens que nous donnons au monde, aux choses, aux entreprises.<\/p>\n<p>A chacun correspond un tableau coh\u00e9rent ou s&rsquo;associent, pour le meilleur et pour le pire : vision de la soci\u00e9t\u00e9, de l&rsquo;\u00e9conomie, de la cit\u00e9 mais aussi du politique et de la conduite des entreprises de leur organisation, leur finalit\u00e9, leurs m\u00e9thodes et pourquoi pas celle de la famille, de la religion, de l&rsquo;\u00e9thique etc&#8230;.<\/p>\n<p>Par exemple une vision purement mat\u00e9rialiste donne \u00e0 chacun de ces plans un sens explicatif commun qui suscite et justifie projets, actions, interpr\u00e9tations des faits&#8230; r\u00e9sultats. Une vision purement id\u00e9aliste dessine un autre tableau qui aura sa coh\u00e9rence interne par le sens sp\u00e9cifique du regard qui la fonde.<\/p>\n<p>Le discernement que la th\u00e9orie des Coh\u00e9rences apporte a permis depuis plus de quinze ans de mettre en \u00e9vidence les grands courants, les visions le plus souvent implicites qui animent le monde des entreprises. Il a permis aussi d&rsquo;observer le basculement actuel qui nous fait passer d&rsquo;un jeu classique d&rsquo;opposition entre deux visions \u00e0 une nouvelle dialectique dont les enjeux sont ceux qui impr\u00e8gnent de plus en plus les esprits.<\/p>\n<p>Il est capital de pouvoir rep\u00e9rer les principales conceptions \u00e0 l&rsquo;oeuvre de fa\u00e7on classique, et celles que l&rsquo;on peut qualifier de modernes ou plein sens du terme. C&rsquo;est l&rsquo;enjeu de cet essai de permettre au lecteur de comprendre les \u00e9mergences actuelles, de d\u00e9gager une conception coh\u00e9rente de l&rsquo;entreprise qui soit compatible avec les aspirations et les exigences les plus saines de notre temps.<\/p>\n<p>Comment articuler l&rsquo;entreprise et la cit\u00e9, les finalit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales ? Comment se situer dans un discours o\u00f9 l&rsquo;environnement (la p\u00e9riph\u00e9rie) est plac\u00e9 au centre o\u00f9 les valeurs d&rsquo;humanit\u00e9; l&rsquo;\u00e9thique, les qualit\u00e9s humaines deviennent l&rsquo;accessoire (p\u00e9riph\u00e9rique) d&rsquo;une comp\u00e9titivit\u00e9 centrale o\u00f9 l&rsquo;ordre des fins et des moyens est fort troubl\u00e9 ? Comment penser et mettre en oeuvre une science et un art du Gouvernement des entreprises sans avoir une vision coh\u00e9rente du ph\u00e9nom\u00e8ne humain qu&rsquo;elles constituent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cela que veut introduire cet essai. Poser les rep\u00e8res d&rsquo;un sens de l&rsquo;entreprise qui serve d&rsquo;axe de coh\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une doctrine (docte et non pas doctrinaire) de l&rsquo;entreprise et de la direction des entreprises humaines.<\/p>\n<p>De nombreux indices montrent le besoin crucial d&rsquo;une telle doctrine que la multiplicit\u00e9 des essais et des modes r\u00e9centes tente vainement de combler et qu&rsquo;un plus grand nombre d&rsquo;instances et de responsables appellent de leurs voeux .<\/p>\n<p>Il faut souligner enfin que le temps est aussi \u00e0 la remise en question du politique. Or une des \u00e9mergences majeure est celle de la cit\u00e9 entreprenante. L&rsquo;entreprise du d\u00e9veloppement de la commune, de la ville, de la r\u00e9gion etc&#8230;. r\u00e9clament aussi une doctrine de l&rsquo;entreprise et du diriger \u00e0 cette \u00e9chelle, alors que s&rsquo;y trouvent de plus en plus impliqu\u00e9es les entreprises classiques.<br \/>\nLa civilisation de l&rsquo;entreprise qui \u00e9merge sera celle de l&rsquo;entreprise humaine comme cl\u00e9 du lien et du devenir collectif..<\/p>\n<p><a name=\"anchor1240117\"><\/a><\/p>\n<h3>INTRODUCTION : L&rsquo;ENTREPRISE EN QUESTION<\/h3>\n<p>L&rsquo;entreprise est au coeur de la crise du monde moderne. Crise des finalit\u00e9s, crise des moyens, crise des r\u00e9sultats. C&rsquo;est ce que l&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui entreprend qui est en jeu. Sans finalit\u00e9 claire, sans moyens appropri\u00e9s, sans r\u00e9sultats durables, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;entreprise saine. Or la crise des finalit\u00e9s, avec la remise en question des rep\u00e8res traditionnels, spirituels, \u00e9thiques, id\u00e9ologiques secoue le monde actuel.<\/p>\n<p>Les technologies nouvelles bouleversent nos m\u00e9thodes pendant que les moyens les plus \u00e9l\u00e9mentaires manquent au plus grand nombre pour assurer jusqu&rsquo;\u00e0 la subsistance.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats du progr\u00e8s formidable des entreprises depuis la derni\u00e8re guerre mondiale aboutissent \u00e0 un ch\u00f4mage et une fragilit\u00e9 \u00e9conomique des pays riches. Pendant le m\u00eame temps s&rsquo;\u00e9tend une nouvelle pauvret\u00e9 qui passait, il y a peu, comme signe d&rsquo;archa\u00efsme moyen\u00e2geux. Les entreprises de d\u00e9veloppement des pays pauvres sombrent, pour la plupart, dans l&rsquo;\u00e9chec, le d\u00e9tournement ou l&rsquo;aggravation des d\u00e9pendances.<\/p>\n<p>Finalit\u00e9s, moyens et r\u00e9sultats sont tous en question simultan\u00e9ment, c&rsquo;est l\u00e0 le signe d&rsquo;une mutation profonde qui implique tous les aspects de l&rsquo;existence \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Comme dans toute p\u00e9riode de crise le pire et le meilleur se c\u00f4toient. De vieux d\u00e9bats historiques se maintiennent pendant que se d\u00e9ploie une nouvelle barbarie dont l&rsquo;homme est la victime consentante et que se d\u00e9veloppe une nouvelle esp\u00e9rance dans les souffrances d&rsquo;un accouchement difficile.<\/p>\n<p>L&rsquo;Entreprise est \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, celle de chacun dans son existence, celle des nations dans leur d\u00e9veloppement, celles que l&rsquo;\u00e9conomie des biens et des services justifie.<\/p>\n<p>A la charni\u00e8re des engagements personnels et de l&rsquo;\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s, toutes sont au milieu des turbulences du temps.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cela, la n\u00e9gation de toutes autres fins que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat est la politique qui s\u00e9duit le plus par sa \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb. Politique de l&rsquo;autruche bien s\u00fbr. L&rsquo;on voit alors les nations, les entreprises, les hommes obnubil\u00e9s par les tractations du moment, par l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, l&rsquo;actualit\u00e9, sans un regard sur l&rsquo;avenir sinon l&rsquo;espoir d&rsquo;une continuation renouvel\u00e9e du pr\u00e9sent, oublieux du pass\u00e9 et de l&rsquo;histoire. Qu&rsquo;entreprendre alors sinon la guerre ou l&rsquo;am\u00e9nagement agit\u00e9 de son confort individuel ?<\/p>\n<p>Les exigences morales se sont converties en exigences techniques impersonnelles, abstraites, d\u00e9sincarn\u00e9es avec des formules incantatoires qui r\u00eavent d&rsquo;\u00eatre normatives : les droits de l&rsquo;homme, les r\u00e8gles du jeu, le progr\u00e8s, le devoir formel, la performance, la comp\u00e9titivit\u00e9, la qualit\u00e9, la productivit\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au nom d&rsquo;id\u00e9es \u00ab\u00a0pures\u00a0\u00bb que l&rsquo;id\u00e9ologie r\u00e8gne \u00e0 la place des fins proprement humaines.<\/p>\n<p>L\u00e0 aussi le pire et le meilleur sont en jeu. Le pire avec, notamment, le cynisme, l&rsquo;avidit\u00e9, la soif de puissance ou l&rsquo;abandon de toute \u00e9thique, fait trop souvent des entreprises le lieu de travaux \u00ab\u00a0forc\u00e9s\u00a0\u00bb parce que non choisis, pendant que plane le risque d&rsquo;exclusion dont le ch\u00f4mage grandissant agite la menace.<\/p>\n<p>Parler, dans ce contexte, d&rsquo;une civilisation de l&rsquo;entreprise peut para\u00eetre aux uns aussi peu r\u00e9jouissant que le serait l&rsquo;exaltation du d\u00e9veloppement de l&rsquo;armement mondial comme gage d&rsquo;une survie sous la menace.<\/p>\n<p>Pour d&rsquo;autres, l&rsquo;id\u00e9alisation de valeurs abstraites et normatives trouvera ici un \u00e9cho rappelant le mythe moderne de la Raison triomphante par sa puissance op\u00e9rative, ordre moral de la Performance et de l&rsquo;Efficacit\u00e9 en toutes choses.<\/p>\n<p>Passons sur ceux dont la soif de pouvoir trouverait l\u00e0 sa bonne conscience, justificatrice de toutes les perversions. La \u00ab\u00a0Civilisation\u00a0\u00bb a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 caution morale des pires abominations et les entreprises de pr\u00e9dation sont toujours friandes de paravents vertueux.<\/p>\n<p>Or ce qui caract\u00e9rise le monde moderne, c&rsquo;est un d\u00e9ploiement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 d&rsquo;entreprises de toutes natures, de toutes dimensions.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme moderne, partout dans le monde, s&rsquo;y trouve engag\u00e9. Inform\u00e9 par les m\u00e9diat, en contact avec les probl\u00e8mes et les activit\u00e9s les plus lointaines, il participe \u00e0 leurs enjeux.<\/p>\n<p>Ce foisonnement pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat et un inconv\u00e9nient. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat, c&rsquo;est une mobilisation qui provoque \u00e0 la responsabilit\u00e9, qui provoque \u00e0 entreprendre. L&rsquo;inconv\u00e9nient c&rsquo;est la profusion des rep\u00e8res et des mod\u00e8les qui m\u00e9lange les enracinements culturels et dissout les finalit\u00e9s dans une confusion g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>A cela les uns r\u00e9pondent en s&rsquo;accrochant aux m\u00e9thodes du pass\u00e9, d&rsquo;autres flottent dans une irresponsabilit\u00e9 f\u00e9brile ou douillette en s&rsquo; arrimant \u00e0 n&rsquo;importe quel syst\u00e8me, \u00e0 n&rsquo;importe quelle mode qui passe. Cependant c&rsquo;est encore une provocation \u00e0 prendre en main sa propre destin\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;entreprendre, \u00e0 s&rsquo;engager dans des entreprises humaines responsables.<\/p>\n<p>Le monde devient ainsi, peu \u00e0 peu, un tissu d&rsquo;entreprises constituant ensemble l&rsquo;entreprise de l&rsquo;humanit\u00e9. Chacune se trouve confront\u00e9e \u00e0 cette vocation commune et \u00e0 la ma\u00eetrise de sa vocation propre.<\/p>\n<p>Comment l&rsquo;entreprise moderne peut-elle \u00eatre gouvern\u00e9e, alors que les m\u00e9thodes archa\u00efques ne sont plus recevables et que se r\u00e9v\u00e8lent irr\u00e9alistes les mod\u00e8les par trop technocratiques ?<\/p>\n<p>Si l&rsquo;entreprise est une entreprise d&rsquo;hommes au service de l&rsquo;homme, au b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;homme, alors son gouvernement est un gouvernement des hommes, \u00e0 propos, n\u00e9anmoins, des affaires concr\u00e8tes et en vue des oeuvres ou r\u00e9alisations esp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>Il est aujourd&rsquo;hui n\u00e9cessaire qu&rsquo;un art et qu&rsquo;une science nouvelle du gouvernement des entreprises soient \u00e9labor\u00e9s pour int\u00e9grer l&rsquo;exp\u00e9rience, l&#8217;empirisme de nombreux responsables mais aussi pour servir de guide, d&rsquo;indicateur pour une transmission et une g\u00e9n\u00e9ralisation effective.<\/p>\n<p>Il se trouve en outre que les sciences de l&rsquo;homme n&rsquo;ont gu\u00e8re r\u00e9pondu \u00e0 cette nouvelle attente qui r\u00e9clame une anthropologie de l&rsquo;engagement humain personnel et collectif.<\/p>\n<p>La civilisation de l&rsquo;entreprise est l&rsquo;accomplissement de sa culture, et il n&rsquo;y a pas de culture sans pass\u00e9, sans langage, sans concepts. A leur pauvret\u00e9 ou leur richesse se mesure le degr\u00e9 de civilisation.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise est trop souvent encore le lieu d&rsquo;un langage pauvre, de codes ou de la \u00ab\u00a0langue de bois\u00a0\u00bb o\u00f9 les mots sont pris pour les choses, o\u00f9 des \u00ab\u00a0fa\u00e7ons de parler\u00a0\u00bb passent pour la r\u00e9alit\u00e9 la plus concr\u00e8te. Par exemple, le terme de qualit\u00e9 qui signifie la valeur d&rsquo;une chose, passe pour d\u00e9signer quelque attribut mat\u00e9riel quantifiable.<\/p>\n<p>Ainsi l&rsquo;exag\u00e9ration de la mesure quantitative appauvrit la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9minemment qualitative et interdit alors de penser la plupart des probl\u00e8mes essentiels de l&rsquo;entreprise, la \u00ab\u00a0statistique\u00a0\u00bb tue le sens au lieu de le r\u00e9v\u00e9ler.<br \/>\nLa ma\u00eetrise conceptuelle et, par cons\u00e9quent m\u00e9thodologique, est encore trop faible sur de tr\u00e8s nombreux plans, politiques, strat\u00e9giques, relationnels, communicationnels, ceux des dynamiques collectives et de l&rsquo;exercice de l&rsquo;autorit\u00e9 et de la responsabilit\u00e9 des hommes, ceux des motivations, engagements collectifs, analyse des attentes, des aspirations etc. .<\/p>\n<p>On assiste, n\u00e9anmoins, \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des soucis de qualit\u00e9, de projet d&rsquo;entreprise collectif, de culture et valeurs d&rsquo;entreprise, de vocation d&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>Ce sont les signes encourageants d&rsquo;une consid\u00e9ration nouvelle des dimensions subjectives et symboliques, sans lesquelles les oeuvres humaines n&rsquo;ont pas de racines, pas de sens pour les hommes et donc pas d&rsquo;avenir durable significatif.<\/p>\n<p>Pour que cela soit, pour que l&rsquo;on parle de civilisation, il importe que l&rsquo;entreprise soit le lieu de plus en plus privil\u00e9gi\u00e9 de l&rsquo;accomplissement des vocations personnelles, de l&rsquo;exercice des talents, de la r\u00e9ponse aux aspirations essentielles des personnes et des communaut\u00e9 humaines. Plus l&rsquo;entreprise investit et transforme le tissu de sociabilit\u00e9, plus l&rsquo;engagement entrepreneurial est grand, plus l&rsquo;exigence de signification est fondamentale.<\/p>\n<p>Comme tous les milieux, comme toute l&rsquo;histoire des civilisations, celle de l&rsquo;entreprise affronte le cynisme, la barbarie, l&rsquo;id\u00e9alisme abstrait auxquels elle aura \u00e0 opposer de plus en plus la puissance d&rsquo;un discernement, d&rsquo;un engagement, d&rsquo;une sagesse, d&rsquo;une science et d&rsquo;un art de gouverner.<\/p>\n<p>Toute civilisation cultive ses ma\u00eetres en sagesse et en comp\u00e9tence mais elle ne doit pas se laisser dominer par les ma\u00eetres en avidit\u00e9, les ma\u00eetres aventuriers ou mercenaires ou les ma\u00eetres en parasitismes, les ma\u00eetres conformistes, techniques ou moraux.<\/p>\n<p><strong>Aujourd&rsquo;hui :<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Le d\u00e9veloppement des grands syst\u00e8mes impersonnels, irresponsables et normatifs est plus \u00e9tendu que jamais, syst\u00e8mes naturels ou artificiels, sociaux ou \u00e9conomiques, techniques et financiers, id\u00e9ologiques et scientifiques.<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo; \u00e9puisement et le gaspillage des ressources de la plan\u00e8te et l&rsquo;exploitation massive de populations enti\u00e8res aggravent la perte des valeurs d&rsquo;humanit\u00e9, la disqualification des talents humains au nom de la survie. L&rsquo;ali\u00e9nation comme condition de survie, tel est le march\u00e9 de dupe dont la monnaie d&rsquo;\u00e9change est l&rsquo;angoisse que travaille un \u00ab\u00a0marketing de la menace\u00a0\u00bb (crise, guerre \u00e9conomique, ch\u00f4mage, invasion des \u00e9trangers, ins\u00e9curit\u00e9, etc. ) pour une meilleure emprise sur le march\u00e9 de la fatalit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; La sp\u00e9culation galopante, fille du culte du hasard et d&rsquo;autres magies moins avou\u00e9es, promet une facilit\u00e9 qui \u00e9viterait l&rsquo;implication, le travail en commun, la solidarit\u00e9. L&rsquo;entreprise n&rsquo;est plus alors une oeuvre civilis\u00e9e, mais une man oeuvre sp\u00e9culatrice pour tenter le sort. Lorsqu&rsquo;en plus les d\u00e9s sont pip\u00e9s le hasard sert ses ma\u00eetres et les entreprises rentrent dans le r\u00e9gime de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, du coup de d\u00e9s.<\/p>\n<p>Le plus grand probl\u00e8me aujourd&rsquo;hui est le d\u00e9veloppement paradoxal d&rsquo;un m\u00e9gasyst\u00e8me \u00e9conomique mondial au b\u00e9n\u00e9fice suppos\u00e9 de l&rsquo;individualisme le plus \u00e9troit. L&rsquo;interd\u00e9pendance universelle au profit de l&rsquo;ind\u00e9pendance individuelle (des personnes, des entreprises, des \u00e9tats, etc.).<\/p>\n<p>Il propose, au fond, comme alternative, soit l&rsquo;asservissement au syst\u00e8me, soit son parasitage. A vrai dire, c&rsquo;est plut\u00f4t un compromis entre les deux dont le bilan penche vers l&rsquo;asservissement assist\u00e9 ou vers le parasitisme ali\u00e9n\u00e9. Le lib\u00e9ralisme le plus \u00ab\u00a0avanc\u00e9\u00a0\u00bb idol\u00e2tre un syst\u00e8me \u00e9conomique soumis \u00e0 la fatalit\u00e9 de lois, m\u00e9canistes essentiellement, qu&rsquo;il voudrait quelquefois imposer de force. Le totalitarisme le plus commun vante les b\u00e9n\u00e9fices individuels certains qu&rsquo;il offre \u00e0 ceux qui servent le syst\u00e8me et en d\u00e9pendent.<\/p>\n<p>Tout le monde pr\u00f4ne un syst\u00e8me et tout le monde cherche le poste de parasitage du syst\u00e8me le plus profitable quitte \u00e0 s&rsquo;incruster et \u00e0 se confondre avec le syst\u00e8me. C&rsquo;est le r\u00e8gne de la peste id\u00e9ologique la plus aveugle \u00e0 ses propres finalit\u00e9s, ses racines, ses cons\u00e9quences et son sens.<br \/>\nIl ne faudrait pas que trop d&rsquo;entreprises s&rsquo;\u00e9garent dans cet ab\u00eeme, s\u00e9duisant par bien des c\u00f4t\u00e9s, mais qui est celui de la barbarie moderniste o\u00f9 l&rsquo;homme s&rsquo;ali\u00e8ne aux moyens, substituts des fins et du sens de son existence.<\/p>\n<p>La plus grande esp\u00e9rance aujourd&rsquo;hui est, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, l&rsquo;\u00e9mergence de plus en plus claire, \u00e0 qui le discerne, d&rsquo;un r\u00f4le de l&rsquo;entreprise &#8211; nouveau phare de la civilisation, contribution \u00e0 l&rsquo;oeuvre civilisatrice de chaque culture et de chaque communaut\u00e9.<\/p>\n<p>La vocation de l&rsquo;entreprise se d\u00e9finit alors par sa contribution singuli\u00e8re \u00e0 l&rsquo; oeuvre civilisatrice universelle. Elle se d\u00e9finit aussi par la raison d&rsquo;\u00eatre qui lui est propre, signification de sa cr\u00e9ation et de son ambition, l&rsquo;exercice de son m\u00e9tier et de sa qualification.<\/p>\n<p>Elle se d\u00e9finit enfin comme accomplissement de la vocation des hommes, vocations personnelles partag\u00e9es en oeuvre commune. L&rsquo;entreprise est alors l&rsquo;engagement de la libert\u00e9 et de la responsabilit\u00e9 humaine, indissolublement li\u00e9es.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 ces trois niveaux que nous avons \u00e0 comprendre l&rsquo;entreprise de cette civilisation nouvelle :<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;entreprise comme <strong>unit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration<\/strong> des structures socio-<br \/>\npolitiques et \u00e9conomiques, cellule de base de la \u00ab\u00a0nouvelle urbanit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo; entreprise comme <strong>ambition commune<\/strong> qui reste \u00e0 gouverner et<br \/>\ndemande pour cela des conceptions, des structures et des m\u00e9thodes<br \/>\nnouvelles.<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;entreprise comme <strong>engagement partag\u00e9 des hommes<\/strong> . Les<br \/>\nentrepreneurs associ\u00e9s et ceux qui se rallient \u00e0 leur entreprise, en<br \/>\nforment l&rsquo;\u00e9quipage et y trouvent le terrain d&rsquo;exercice de leurs<br \/>\ntalents et de leur vocation.<\/p>\n<p>Nous ne chercherons pas \u00e0 faire l&rsquo;inventaire historique ou actuel de tout l&rsquo;univers de l&rsquo;entreprise pour montrer son \u00e9volution. Nous essaierons plut\u00f4t d&rsquo;apporter des \u00e9clairages et des rep\u00e8res \u00e0 ceux que questionne l&rsquo;avenir de nos entreprises, leur r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine et leur sens pour la personne humaine qui s&rsquo;y engage.<\/p>\n<p>A cet effet, la th\u00e9orie de l&rsquo;Instance et des Coh\u00e9rences et ses instruments conceptuels et m\u00e9thodologiques peuvent aider \u00e0 \u00e9clairer ces trois th\u00e8mes :<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;entreprise.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;entreprise et son gouvernement.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;accomplissement de l&rsquo;homme dans son entreprise.<br \/>\nIls font l&rsquo;objet de volumes diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>La lecture, propos\u00e9e s&rsquo;adresse particuli\u00e8rement aux dirigeants et responsables des entreprises politiques, des entreprises de biens et services, des entreprises sociales, des entreprises personnelles et collectives de petite ou de grande envergure et pourquoi pas des entreprises spirituelles.<\/p>\n<p>Il nous faudra, en introduction, remettre d&rsquo;abord en question nos conceptions habituelles de l&rsquo;entreprise comme de la civilisation, non pas pour les \u00e9liminer mais pour en discerner les sens possibles afin d&rsquo;identifier diff\u00e9rentiellement le sens sp\u00e9cifique de la perspective ici ouverte : celle de la civilisation de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p><strong>Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une entreprise ?<\/strong><\/p>\n<p>Pour beaucoup, il s&rsquo;agit imm\u00e9diatement d&rsquo;une usine ou d&rsquo;un atelier qui fabrique quelque chose et le vend. Le mod\u00e8le industriel a laiss\u00e9 ainsi sa trace. Sur les quelque 2 millions d&rsquo;entreprises recens\u00e9es en France seules quelques pour cent r\u00e9pondent \u00e0 cette d\u00e9finition. Les autres sont des entreprises de services. En outre, lorsqu&rsquo;une association entreprend de rendre des services, pour le tourisme par exemple, lorsque l&rsquo;\u00e9ducation, les h\u00f4pitaux, les services publics et toutes sortes d&rsquo;organismes publics et priv\u00e9s sont pris en compte, alors la notion d&rsquo;entreprise doit \u00eatre \u00e9largie.<\/p>\n<p>Mais, bien au-del\u00e0,concernant ce qu&rsquo;engage le gouvernement d&rsquo;une nation ou de groupes de nation, jusqu&rsquo;aux instances internationales du type ONU, CEE, UNESCO, OUA, etc. ne s&rsquo;agit-il pas encore d&rsquo;entreprises qui ont leur raison d&rsquo;\u00eatre, leur finalit\u00e9, leurs moyens, leurs r\u00e9sultats ?<\/p>\n<p>La question n&rsquo;est pas encore \u00e9puis\u00e9e si on se tourne vers la famille avec ses enjeux \u00e9ducatifs, affectifs, mat\u00e9riels. N&rsquo;y a-t-il l\u00e0 rien qui s&rsquo;entreprenne et dans la dur\u00e9e ?<\/p>\n<p>Toute notre existence est balis\u00e9e, par nos projets petits ou grands, essentiels ou accessoires, isol\u00e9s ou partag\u00e9s. Ce sont aussi des entreprises qui ont, comme toutes, leurs difficult\u00e9s, leurs \u00e9checs, leurs r\u00e9ussites.<\/p>\n<p>N&rsquo;oublions pas non plus les entreprises spirituelles que sont les \u00e9glises ou les entreprises philosophiques, id\u00e9ologiques, de petite ou grande envergure.<\/p>\n<p>Peut-on vraiment \u00e9tablir, des fronti\u00e8res strictes entre toutes ces entreprises sinon artificiellement ? L&rsquo;entreprise personnelle ne se confond-elle pas avec l&rsquo;entreprise de service, \u00e9ventuellement partag\u00e9e avec d&rsquo;autres ? Elle a ses projets qui rencontrent ceux du lieu, de la cit\u00e9, des services publics, jusqu&rsquo;\u00e0 ceux des entreprises politiques, nationales ou internationales.<\/p>\n<p>Il est possible de d\u00e9finir une infinit\u00e9 de cat\u00e9gories d&rsquo;entreprises selon la discrimination que l&rsquo;on entend \u00e9tablir :<\/p>\n<p>&#8211; Individuelles ou collectives.<br \/>\n&#8211; Grandes ou petites.<br \/>\n&#8211; Profitables ou dispendieuses.<\/p>\n<p>Il nous faut tout de m\u00eame poser une premi\u00e8re d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9rique de l&rsquo;entreprise :<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0L&rsquo;ENTREPRISE C&rsquo;EST L&rsquo;ENGAGEMENT DE MOYENS POUR UNE FIN DETERMINEE\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est une d\u00e9finition tout \u00e0 fait g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 partir de laquelle toute entreprise particuli\u00e8re peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Il existe des d\u00e9finitions beaucoup plus restrictives qui se limitent \u00e0 certains moyens et certaines fins (production, vente de biens ou services, profit, expansion&#8230;) et qui \u00e9rigent un cas particulier en cas g\u00e9n\u00e9ral et, surtout, occultent des dimensions, essentielles pour toute entreprise quelle qu&rsquo;elle soit.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit souvent l\u00e0 de r\u00e9ductions mat\u00e9rialistes qui, comme toute r\u00e9duction, abstraient du r\u00e9el certains aspects pour les \u00e9riger en absolu.<br \/>\nDeux grands probl\u00e8mes se d\u00e9gagent de la d\u00e9finition que nous proposons :<\/p>\n<p>&#8211; Celui des fins et des moyens &#8211; vieux probl\u00e8me lourd d&rsquo;enjeux et de cons\u00e9quences, selon le sens qu&rsquo;on leur donne.<\/p>\n<p>&#8211; Celui de l&rsquo;engagement qui suppose une d\u00e9termination qui ne peut \u00eatre qu&rsquo;humaine.<\/p>\n<p>Entreprendre est un verbe qui r\u00e9clame un sujet (personnel ou collectif), une fin et des moyens.<\/p>\n<p><strong>1 &#8211; LA FIN ET LES MOYENS<\/strong><\/p>\n<p>La question des fins et des moyens est d&rsquo;une importance majeure pour notre propos. C&rsquo;est bien dans la fa\u00e7on de consid\u00e9rer les unes et les autres que se joue la nature m\u00eame de l&rsquo;entreprise et sa conception.<\/p>\n<p>Deux alternatives principales aideront \u00e0 poser le probl\u00e8me et \u00e0 en tirer quelques cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est celle-ci :<br \/>\n&#8211; Est-ce que l&rsquo;homme agit selon une fin gr\u00e2ce \u00e0 des moyens ou est-ce que les moyens produisent la fin gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;homme ?<\/p>\n<p>Dans le premier cas, seul l&rsquo;homme agit, l&rsquo;entreprise est toujours l&rsquo;entreprise de quelqu&rsquo;un. Elle n&rsquo;est pas un moyen mais un engagement.<\/p>\n<p>Dans le second cas, les moyens produisent par eux-m\u00eames leur effet, l&rsquo;homme \u00e9tant celui qui met en place les moyens de production et qui leur permet d&rsquo;agir. Il est alors l&rsquo;instrument des moyens de production et l&rsquo;entreprise est un moyen de production.<\/p>\n<p>Dans le premier cas, l&rsquo;homme sujet de l&rsquo;entreprise vise une fin personnelle individuelle ou collective. Dans le second cas, l&rsquo;homme est assujetti \u00e0 l&rsquo;entreprise dont la fin est impersonnelle.<\/p>\n<p>Ce dilemme est fort important dans une p\u00e9riode o\u00f9 la technique est largement d\u00e9velopp\u00e9e.<\/p>\n<p>Soit, elle est un moyen pour l&rsquo;homme d&rsquo;arriver \u00e0 ses fins, soit elle est un moyen de production auquel l&rsquo;homme s&rsquo;assujettit.<\/p>\n<p>Il est clair que mettre sur le m\u00eame plan l&rsquo;homme et la technique revient \u00e0 r\u00e9duire le premier \u00e0 la seconde et ce n&rsquo;est pas pour nous acceptable dans une perspective de civilisation.<\/p>\n<p>Ne nous trompons pas, dans une expression comme \u00ab\u00a0civilisation technique\u00a0\u00bb, ce n&rsquo;est pas la technique qui est civilis\u00e9e mais l&rsquo;homme, auteur de la technique et ma\u00eetre de son emploi.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise est toujours humaine en ce sens que nous n&rsquo;envisageons que les entreprises des hommes avec leurs fins propres, leurs engagements propres et leurs moyens propres.<\/p>\n<p>Evitons donc de consid\u00e9rer les entreprises comme des appareils, des m\u00e9caniques, des dispositifs, des moyens alors que ce sont des actes engag\u00e9s.<\/p>\n<p>Est-ce que lorsque nous parlons nous nous soucions uniquement des vibrations de nos cordes vocales, des r\u00e9sonances buccales, de la pression de l&rsquo;air ? La ma\u00eetrise de la parole est plut\u00f4t dans l&rsquo;engagement de notre personne, notre intention, ce que nous voulons signifier et l&rsquo;attention port\u00e9e \u00e0 notre interlocuteur. Le ph\u00e9nom\u00e8ne physiologique de la voix, bien qu&rsquo;utile, n&rsquo;est pas unique. L&rsquo;\u00e9crit est un autre moyen et d&rsquo;autres \u00ab\u00a0m\u00e9diations\u00a0\u00bb sont possibles.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise est ainsi une expression, une manifestation engag\u00e9e des personnes entreprenantes .<\/p>\n<p>L&rsquo;autre alternative est la suivante :<br \/>\n&#8211; ou bien les moyens sont des interm\u00e9diaires pour aller d&rsquo;une \u00e9tape \u00e0 une autre dans la direction d&rsquo;une fin, ou bien les moyens sont l&rsquo;objectif \u00e0 atteindre, c&rsquo;est-\u00e0-dire ici la fin.<\/p>\n<p>Dans le second cas, il y a circularit\u00e9 entre la fin et les moyens. La fin est la cause imp\u00e9rative des moyens, moyen d&rsquo;elle-m\u00eame par absolue n\u00e9cessit\u00e9. Pour atteindre la fin, il faut avoir les moyens et avoir les moyens est une fin n\u00e9cessaire. Cette logique pr\u00e9domine lorsque l&rsquo;entreprise est une fin en soi en m\u00eame temps que son propre moyen.<\/p>\n<p>Ainsi elle est le moyen d&rsquo;atteindre ses objectifs, mais ses objectifs sont l&rsquo;existence et l&rsquo;expansion de l&rsquo;entreprise elle-m\u00eame. L&rsquo;homme est alors bien s\u00fbr ali\u00e9n\u00e9 \u00e0 l&rsquo;entreprise, il est un moyen de ses fins. Il en est ainsi lorsque le capital est la fin (pr\u00e9servation, accumulation) aussi bien que le moyen, lorsque le profit (produit comptable) est un moyen au service de sa fin (sa reproduction). L&rsquo;entreprise &#8211; moyen d&rsquo;avoir des moyens, voil\u00e0 ici sa fin.<\/p>\n<p>A l&rsquo;inverse les moyens sont les m\u00e9diations (entre, interm\u00e9diaires, au milieu ) sur la voie d&rsquo;une fin qui les d\u00e9passe. Les \u00ab\u00a0moyens\u00a0\u00bb sont le chemin qui relie deux \u00e9tapes dans une direction qui va au-del\u00e0. L&rsquo;entreprise, dans cette perspective, est progression sur la voie qu&rsquo;elle emprunte, et cette voie est le moyen de cette progression mais n&rsquo;en est pas la fin. Ainsi l&rsquo;homme emprunte les voies de l&rsquo;entreprise pour atteindre des fins qui sont les siennes, qu&rsquo;il a choisies et vers lesquelles il tend.<\/p>\n<p>De ces deux alternatives r\u00e9sultent quatre combinaisons, quatre types de conceptions, d&rsquo;univers o\u00f9 l&rsquo;entreprise, par la question des fins et des moyens, sera comprise diff\u00e9remment.<\/p>\n<h3>Premier type &#8211; L&rsquo;entreprise de possession<\/h3>\n<p>\u00ab\u00a0Avoir les moyens d&rsquo;agir\u00a0\u00bb telle est la fin de l&rsquo;entreprise de possession. Avoir pour pouvoir est sa loi qui peut s&rsquo;inverser en pouvoir pour avoir.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise de possession est l&rsquo;engagement de moyens au service d&rsquo;une conservation ou d&rsquo;une accumulation de puissance, elle aussi moyen de cet engagement.<\/p>\n<p>Il serait int\u00e9ressant de pointer les motivations humaines, que NIETZSCHE appelait volont\u00e9 de puissance, dont l&rsquo;exercice est l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise de possession est l&rsquo;exercice d&rsquo;une volont\u00e9 de puissance. Ses acquis : biens mat\u00e9riels, pouvoirs, profits sont la fin en m\u00eame temps que les moyens de puissance et de son exercice.<\/p>\n<p>Selon cette logique, il est ais\u00e9 de comprendre la fa\u00e7on dont ces entreprises fonctionnent. Il est compr\u00e9hensible que les volont\u00e9s de puissance aient une tendance monopolistique et que la domination de territoire ne se fasse qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;autres entreprises du m\u00eame type. La guerre, la rivalit\u00e9, la concurrence plus ou moins f\u00e9roce ne sont pas l\u00e0 accidentelles mais la loi du milieu.<\/p>\n<h3>Deuxi\u00e8me type &#8211; L&rsquo;entreprise-syst\u00e8me<\/h3>\n<p>\u00ab\u00a0Produire des moyens de production\u00a0\u00bb, telle est la fin de l&rsquo;entreprise-syst\u00e8me. Elle vise donc sa propre reproduction, son propre d\u00e9veloppement qui est une fin en soi. L&rsquo;entreprise-syst\u00e8me est sa propre fin et le moyen de sa production.<\/p>\n<p>Cependant elle se trouve elle-m\u00eame int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 un macro syst\u00e8me (\u00e9conomique, soci\u00e9t\u00e9, \u00e9tat, etc.) dont elle est un moyen et o\u00f9 elle puise les moyens de sa subsistance.<\/p>\n<p>Si son bilan est positif, elle a donc parasit\u00e9 le macro-syst\u00e8me sur le dos duquel elle vit, s&rsquo;il est n\u00e9gatif elle lui a \u00e9t\u00e9 asservie et s&rsquo;y \u00e9puise. L&rsquo;\u00e9quilibre entre les deux est justement assur\u00e9 par l&rsquo;homme qui intervient dans le syst\u00e8me de l&rsquo;entreprise comme sous-syst\u00e8me (parasite ou asservi). L&rsquo;\u00e9quilibre lui permet d&rsquo;entretenir sa servitude et d&rsquo;en profiter quelque peu au passage.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise-syst\u00e8me, id\u00e9al moderniste, semble pouvoir et devoir se passer de l&rsquo;homme qui est consid\u00e9r\u00e9 le plus souvent comme le cha\u00eenon faible. L&rsquo;id\u00e9al m\u00e9caniste, dans cette logique, trouve dans le progr\u00e8s de la science et de la technique les substituts dociles et pr\u00e9visibles que sont les machines, constitu\u00e9es et constituantes de m\u00e9canismes automatiques.<\/p>\n<p>Le robot est l&rsquo;agent id\u00e9al de l&rsquo;entreprise-syst\u00e8me, figure anthropo\u00efde pos\u00e9 comme id\u00e9al humain. Il y a longtemps que des entreprises sont organis\u00e9es sur ce mod\u00e8le. Ce ne sont plus des entreprises humaines, semble-t-il, bien qu&rsquo;elles r\u00e9pondent \u00e0 des fins humaines ignor\u00e9es.<\/p>\n<p>En effet, l&rsquo;abandon \u00e0 la Nature-M\u00e8re qui &#8211; Environnement est une tentation de l&rsquo;homme qui y ali\u00e8ne sa responsabilit\u00e9. Se faire supporter par elle et en tirer profit, fusse-t-il au prix d&rsquo;un asservissement \u00e0 ses lois, est un id\u00e9al s\u00e9duisant. Si la nature n&rsquo;y suffit pas, tout syst\u00e8me substitutif y pourvoira. De l\u00e0 une croyance aveugle dans toutes sortes de syst\u00e8mes qui, m\u00eame artificiels, sont \u00e9rig\u00e9s en ph\u00e9nom\u00e8nes naturels (r\u00e9gis par des lois de la nature incontournables) : syst\u00e8me \u00e9conomique, syst\u00e8me \u00e9tatique, syst\u00e8me social, entreprises-syst\u00e8mes, syst\u00e8mes d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p>Les entreprises-syst\u00e8mes sont des entreprises de r\u00e9gression humaine qui exigent la mobilisation des ressources \u00e0 leur propre service. Leur r\u00e9ussite est un \u00e9chec de l&rsquo;humanit\u00e9 qui entra\u00eene cycliquement leur propre \u00e9chec. L&rsquo;appauvrissement de la responsabilit\u00e9 humaine que leur progression exige, provoque leur perte. Mais au fond ce sont toujours des entreprises humaines.<\/p>\n<h3>Troisi\u00e8me type &#8211; L&rsquo;entreprise utilitaire<\/h3>\n<p>L&rsquo;entreprise utilitaire est un processus destin\u00e9 \u00e0 produire un r\u00e9sultat. C&rsquo;est une technique ou un ensemble de techniques, une m\u00e9thode ou un ensemble de m\u00e9thodes, efficaces par elles-m\u00eames comme on le dit des proc\u00e9d\u00e9s \u00ab\u00a0qui marchent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une entreprise instrumentale dont l&rsquo;utilit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 sa capacit\u00e9 de produire un r\u00e9sultat attendu et son efficacit\u00e9 \u00e0 sa performance r\u00e9sultant de la performance des m\u00e9thodes, techniques et instruments qui la constituent. Il faut bien avouer que c&rsquo;est l&rsquo;entreprise id\u00e9ale de nos mod\u00e8les scientifiques et techniques &#8211; celle qui est rationalis\u00e9e en vue du r\u00e9sultat qui lui est assign\u00e9. Notons cependant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas \u00e0 elle-m\u00eame sa propre fin mais n&rsquo;est que le moyen utile d&rsquo;une fin qui consiste en la production d&rsquo;un r\u00e9sultat qui est sa \u00ab\u00a0raison d&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb. Dans cette perspective l&rsquo;homme d\u00e9termine les r\u00e9sultats qui lui sont utiles et rationalise l&rsquo;agencement des moyens de fa\u00e7on \u00e0 ce que se d\u00e9roule de fa\u00e7on optimale le processus de production.<\/p>\n<p>L&rsquo;organisation du processus de production est la contribution de l&rsquo;homme comme moyen de l&rsquo;entreprise, instrument m\u00e9diateur de son efficacit\u00e9. Moyen indirect de ses propres fins, tel est son r\u00f4le dans l&rsquo;entreprise utilitaire, elle m\u00eame moyen direct de celles-ci.<\/p>\n<p>Cette conception du troisi\u00e8me type est tout \u00e0 fait id\u00e9aliste dans la mesure o\u00f9 elle repose sur la croyance en l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;entreprise et des moyens par eux-m\u00eames, si l&rsquo;homme se met \u00e0 son service en vertu des fins humaines qu&rsquo;il lui a assign\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise utilitaire r\u00e9clame pour son efficacit\u00e9 l&rsquo;aide d&rsquo;hommes vertueux, comp\u00e9tents dans l&#8217;emploi des moyens performants.<\/p>\n<h3>Quatri\u00e8me type &#8211; L&rsquo;entreprise humaine<\/h3>\n<p>Toutes les conceptions pr\u00e9c\u00e9dentes nous paraissent conformes \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 selon que nous sommes dispos\u00e9s \u00e0 les lire dans telle ou telle perspective. Seul le discernement nous permet de les diff\u00e9rencier et surtout d&rsquo;en comprendre la logique intime, le sens sous-jacent. Ces \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9s\u00a0\u00bb de l&rsquo;entreprise, bien que paraissant \u00e9videntes, sont loin d&rsquo;\u00eatre transparentes. Elles masquent le plus souvent leurs v\u00e9ritables fins et s&rsquo;illusionnent sur leurs moyens. Elles sont bien n\u00e9anmoins des entreprises r\u00e9elles au sens de la conception du quatri\u00e8me type. L&rsquo;entreprise humaine trouve en l&rsquo;homme l&rsquo;auteur de ses fins et l&rsquo;auteur de l&rsquo;engagement des moyens.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme entreprend par l&rsquo;interm\u00e9diaire de moyens qui l&rsquo;aident \u00e0 accomplir les op\u00e9rations entreprises en vue des fins qu&rsquo;il d\u00e9termine.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise humaine est un engagement personnel qui peut \u00eatre partag\u00e9 par une communaut\u00e9 au service de fins qui sont ainsi partag\u00e9es et profitables, tant \u00e0 ceux qui entreprennent qu&rsquo;\u00e0 ceux qui servent cette entreprise et ceux qu&rsquo;elle sert.<\/p>\n<p>Les moyens n&rsquo;en d\u00e9finissent pas la fin mais les modalit\u00e9s. Ce sont les voies selon lesquelles s&rsquo;exprime l&rsquo;engagement ; m\u00e9thodes, techniques sont des supports \u00e0 l&rsquo;action humaine qui la structurent et l&rsquo;aident \u00e0 \u00eatre efficace.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise humaine est l&rsquo;engagement d&rsquo;une initiative ou souvent d&rsquo;un ensemble d&rsquo;initiatives personnelles orient\u00e9es dans une m\u00eame direction selon des modalit\u00e9s qui en constituent le parcours efficace.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise humaine mobilise l&rsquo;efficience humaine qui s&rsquo;exprime dans des actes finalis\u00e9s que des instruments aident \u00e0 focaliser et \u00e0 exercer. Les moyens de l&rsquo;entreprise sont ces aides \u00e0 la mise en oeuvre de l&rsquo;efficience personnelle ou collective des hommes pour l&rsquo;accomplissement de leur entreprise qui est accomplissement de leur fin.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise humaine est centr\u00e9e sur l&rsquo;homme qui en est l&rsquo;origine et la fin et dont il est l&rsquo;op\u00e9rateur.<\/p>\n<p>Mais qui pourrait s\u00e9rieusement pr\u00e9tendre qu&rsquo;une entreprise n&rsquo;a pas de fin humaine, n&rsquo;est pas d&rsquo;initiative humaine et n&rsquo;est pas op\u00e9ration humaine ? Seule l&rsquo;occultation de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de ces termes permet de soutenir les conceptions d&rsquo;entreprises des trois types pr\u00e9c\u00e9dents.<br \/>\nOn peut alors comprendre par quelles substitutions ou contre-sens elles se justifient.<\/p>\n<p>C&rsquo;est selon cette conception du quatri\u00e8me type que l&rsquo;on doit comprendre cette d\u00e9finition de l&rsquo;entreprise :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;engagement de moyens en vue d&rsquo;une fin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-745\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/couleurs-creatives.fr.bofl1482.odns.fr\/wp-content\/uploads\/2004\/08\/png_CESCH1.png?resize=324%2C265\" alt=\"CESCH1.png\" width=\"324\" height=\"265\" align=\"center\" \/><\/p>\n<p><strong>2 &#8211; L&rsquo;ENGAGEMENT<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise est un engagement, personnel et collectif. Celui-ci suppose un choix et une mobilisation. Le choix est celui de la finalit\u00e9 de l&rsquo;entreprise, de l&rsquo;orientation de l&rsquo;engagement. Il exige aussi la d\u00e9termination n\u00e9cessaire pour s&rsquo;y tenir et n&rsquo;en pas d\u00e9vier tout en renon\u00e7ant \u00e0 poursuivre d&rsquo;autres fins qui ne seraient pas dans la m\u00eame direction.<\/p>\n<p>La mobilisation est d&rsquo;abord celle de soi-m\u00eame et de ses ressources d&rsquo;efficience, mais aussi celle des autres co-entrepreneurs et alli\u00e9s. Elle est encore mobilisation des moyens ou plut\u00f4t investissement des moyens dans la direction des fins.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit, autrement dit, de prendre les moyens disponibles en les utilisant dans le sens des fins car les moyens n&rsquo;ont pas de fin en soi et n&rsquo;op\u00e8rent pas par eux -m\u00eames.<\/p>\n<h3>a) La responsabilit\u00e9 d&rsquo;entreprendre.<\/h3>\n<p>Elle consiste \u00e0 r\u00e9pondre, en personne, de soi-m\u00eame et vis \u00e0 vis des autres, du sens dans lequel on entreprend. Cela implique le choix clair d&rsquo;un sens qui, dans la circonstance, se traduira par une intention, une finalit\u00e9, des objectifs, etc.<\/p>\n<p>Ce choix r\u00e9clame du discernement pour apercevoir l&rsquo;enjeu et la diff\u00e9rence entre les orientations possibles.<\/p>\n<p>Ce choix, qu&rsquo;il faudra affirmer et tenir, est une prise de position d&rsquo;autorit\u00e9. Il d\u00e9termine l&rsquo;initiative de l&rsquo;entrepreneur, initiative qui tous les jours est \u00e0 confirmer et \u00e0 renouveler. Tous ceux qui participent \u00e0 cet engagement, \u00e0 l&rsquo;entreprise, prennent leur part de cette responsabilit\u00e9, en ce qui les concerne au moins. Cela suppose maturit\u00e9 et consensus.<\/p>\n<p>Le choix de l&rsquo;entreprise et du sens de son engagement se fonde dans un engagement personnel. Il fait appel aux motivations profondes de la personne, au sens qu&rsquo;elle donne \u00e0 son existence dans cette entreprise et qui est une fa\u00e7on de conduire celle-ci.<\/p>\n<p>Il fait appel aussi aux aspirations collectives, non seulement celles de ceux qui entreprennent ensemble mais aussi celles de ceux que sert l&rsquo;entreprise et celles de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle l&rsquo;entreprise s&rsquo;inscrit.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive l&rsquo;entreprise t\u00e9moigne par son orientation d&rsquo;un engagement humain dont le sens est simultan\u00e9ment personnel, collectif et m\u00eame universel.<\/p>\n<p>Chaque entreprise participe \u00e0 sa mesure (petite ou grande) \u00e0 donner une orientation \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 toute enti\u00e8re et, particuli\u00e8rement, \u00e0 l&rsquo;existence collective. C&rsquo;est dire la port\u00e9e de cette responsabilit\u00e9 m\u00eame lorsque la mesure en est tr\u00e8s faible.<\/p>\n<p>Il faut du courage pour assumer sa ou ses entreprises, courage aussi pour renoncer \u00e0 d&rsquo;autres possibilit\u00e9s, courage de l&rsquo;engagement personnel v\u00e9ritable. Il est vrai que le partage facilite l&rsquo;engagement, soit en se ralliant \u00e0 celui d&rsquo;autres entreprises, soit en s&rsquo;associant d&rsquo;autres partenaires et jusqu&rsquo;\u00e0 des populations enti\u00e8res.<\/p>\n<p>L&rsquo;initiative personnelle participe ainsi de l&rsquo;entreprise humaine, conjonction de multiples entreprises personnelles ou collectives. Elle n&rsquo;est pas \u00e0 consid\u00e9rer comme un acte arbitraire individuel pos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>La d\u00e9termination des fins de l&rsquo;entreprise, fins \u00e9minemment humaines, se traduira par des rep\u00e8res, des objectifs, des buts, provisoires et circonstanciels. Il ne faudra pas les prendre pour sa fin mais \u00e9ventuellement comme indicateurs ou aboutissements d&rsquo;\u00e9tapes particuli\u00e8res.<\/p>\n<h3>b) La mobilisation<\/h3>\n<p>L&rsquo;engagement &#8211; prise de position, doit \u00eatre accompagn\u00e9 par l&rsquo;engagement &#8211; mobilisation. L&rsquo;un sans l&rsquo;autre et on n&rsquo;aurait que vell\u00e9it\u00e9 ou agitation st\u00e9rile. La mobilisation est la mise en exercice de ses ressources personnelles d&rsquo;efficience, confrontation aux conditions et circonstances, participation \u00e0 l&rsquo;engagement d&rsquo;autrui pour y r\u00e9pondre, le suivre ou le provoquer.<\/p>\n<p>Tout cela r\u00e9clame une forte implication personnelle. Il ne vaut mieux pas qu&rsquo;elle soit compulsive ou caract\u00e9rielle ou encore l&rsquo;effet d&rsquo;une menace ou d&rsquo;une tentation. L&rsquo;implication serait alors al\u00e9atoire, imma\u00eetrisable, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ou d\u00e9mesur\u00e9e dans l&rsquo;exc\u00e8s ou l&rsquo;insuffisance. La faillite de l&rsquo;entreprise en serait l&rsquo;aboutissement probable.<\/p>\n<p>Cette mobilisation est une mise en mouvement, d&rsquo;un mouvement qui est dynamique propre de l&rsquo;entreprise mais aussi entra\u00eenant pour son environnement qu&rsquo;elle sollicite ainsi. C&rsquo;est comme cela que l&rsquo;entreprise est agissante dans son milieu par la mobilisation que constitue son engagement, par les partenaires qui s&rsquo;y activent.<\/p>\n<p>La mobilisation des personnes est encore mobilisation des comp\u00e9tences, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;exercice appropri\u00e9 de leur efficience. L&rsquo;engagement est celui des qualifications auxquelles il donne sens et, ainsi, l&rsquo;entreprise commune qualifie en retour ceux qui s&rsquo;y engagent.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;entreprise qui n&rsquo;ait besoin d&rsquo;artifices : ressources mat\u00e9rielles, proc\u00e9dures, outils, structures, m\u00e9thodes, machines, etc. Ce sont ses moyens. Cependant, ils ne deviennent ces moyens que lorsqu&rsquo;ils sont investis dans l&rsquo;entreprise, lorsqu&rsquo;ils sont engag\u00e9s dans sa finalit\u00e9.<\/p>\n<p>Une somme d&rsquo;argent n&rsquo;est rien pour l&rsquo;entreprise tant qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas de destination. Un ordinateur n&rsquo;est pas un moyen tant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas engag\u00e9 dans l&rsquo;acte de quelqu&rsquo;un. Une m\u00e9thode ne vaut rien tant qu&rsquo;une personne ne lui donne pas un sens.<\/p>\n<p>Tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Rome \u00e0 condition qu&rsquo;on les emprunte dans ce sens, sinon ils conduisent n&rsquo;importe o\u00f9. De toute fa\u00e7on c&rsquo;estl&rsquo;hommequi entreprend le voyage, qui va ici ou l\u00e0, et pas le chemin ni la m\u00e9thode.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour tous les moyens que l&rsquo;on emprunte pour entreprendre. Il s&rsquo;agit de les engager dans le sens propre de l&rsquo;entreprise selon ses conditions et sa finalit\u00e9 et comme aide au cheminement des hommes qui agissent. Ainsi les moyens d&rsquo;une entreprise lui sont toujours propres, originaux. De m\u00eame, deux voyageurs sur la m\u00eame route, dans le m\u00eame v\u00e9hicule ne feront pas le m\u00eame voyage. Pour eux les moyens sont ceux de leur voyage propre et ne prennent sens que par celui-ci.<\/p>\n<p>L&rsquo;engagement des moyens est donc ce qui les investit comme moyens propres.<\/p>\n<p>Une collection de \u00ab\u00a0moyens\u00a0\u00bb techniques ou autres n&rsquo;a jamais constitu\u00e9 une entreprise, ce qui, d&rsquo;ailleurs met en question leur nature de moyens suppos\u00e9e \u00e0 priori.<\/p>\n<h3>c) La civilisation<\/h3>\n<p>Nous donnerons \u00e0 ce terme deux acceptions. Tout d&rsquo;abord celui \u00ab\u00a0d&rsquo;ordre civil\u00a0\u00bb, autrement dit de mode d&rsquo;int\u00e9gration sociale, d&rsquo;organisation ou encore de mode d&rsquo;existence structurant de la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;expression \u00ab\u00a0civilisation de l&rsquo;entreprise\u00a0\u00bb est donc du m\u00eame type que les expressions \u00ab\u00a0civilisation urbaine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0civilisation industrielle\u00a0\u00bb. Elle implique donc une organisation de la soci\u00e9t\u00e9, une organisation politique m\u00eame, construite sur l&rsquo;entrelacs des entreprises personnelles ou collectives, sociales ou mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p>Le tissu des engagements se fait, en effet, de plus en plus dense et de plus en plus \u00e9tendu sur l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te, \u00e0 tel point que l&rsquo;on pense de plus en plus l&rsquo;activit\u00e9 humaine dans ces termes. Ne parle-t-on pas de g\u00e9rer un pays ou une cit\u00e9 comme une entreprise ? Si on fait la part de l&rsquo;id\u00e9ologie sous-jacente, il reste n\u00e9anmoins que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;entreprendre \u00e0 ces niveaux est de plus en plus commune. Nous verrons n\u00e9anmoins que l&rsquo;expression \u00ab\u00a0g\u00e9rer\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas heureuse et que \u00ab\u00a0gouverner\u00a0\u00bb serait plus propice.<\/p>\n<p>Il nous faudra cependant approfondir conceptuellement cette notion de civilisation de l&rsquo;entreprise sous l&rsquo;angle de l&rsquo;architecturation d&rsquo;une vie collective, de plus en plus engag\u00e9e dans celle des entreprises au d\u00e9triment de la structure nationale-\u00e9tatique Bien qu&rsquo;ayant de longues ann\u00e9es sinon des si\u00e8cles \u00e0 vivre cette derni\u00e8re se trouve d\u00e9j\u00e0 progressivement subvertie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque m\u00eame o\u00f9 r\u00e8gne est arriv\u00e9, avec ce si\u00e8cle, \u00e0 couvrir la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise cellule de base de la soci\u00e9t\u00e9, voil\u00e0 qui semblerait faire concurrence \u00e0 la formule identique qui fait jouer ce r\u00f4le \u00e0 la famille. Cela n&rsquo;est pas si s\u00fbr, surtout si la famille est con\u00e7ue comme l&rsquo;entreprise premi\u00e8re des couples humains.<\/p>\n<p>Il est vrai, il faut bien l&rsquo;avouer, que ce n&rsquo;est pas sans une profonde aversion que l&rsquo;on peut recevoir des images de la famille en provenance des Etats-Unis, lorsque l&rsquo;activit\u00e9 familiale se centre sur une comp\u00e9tition sauvage prenant pour mod\u00e8le un type de conception d&rsquo;entreprise qui rel\u00e8ve plus de la barbarie que de la civilisation. Il en est de m\u00eame lorsque la substitution au \u00ab\u00a0gouvernement de la cit\u00e9\u00a0\u00bb de la\u00a0\u00bbgestion d&rsquo;entreprise\u00a0\u00bb veut signifier le primat des \u00ab\u00a0moyens\u00a0\u00bb sur les fins.<\/p>\n<p>Si la civilisation de l&rsquo;entreprise est le d\u00e9veloppement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entreprises barbares alors il y a lieu d&rsquo;\u00eatre effray\u00e9. Ce n&rsquo;est malheureusement pas un risque nul.<\/p>\n<p>Il faut alors envisager l&rsquo;autre acception du terme civilisation que nous voulons retenir ici.<\/p>\n<p>Elle est indissociable des valeurs humaines. La civilisation c&rsquo;est le d\u00e9veloppement progressif du r\u00e8gne des valeurs humaines. En ce sens, la civilisation est une entreprise : l&rsquo;entreprise civilisatrice. Essayons de ne pas tomber dans le pi\u00e8ge des images historiques o\u00f9, en ce nom, depuis Rome jusqu&rsquo;au colonialisme, cet argument a servi de justification aux pires dominations, \u00e0 la pire barbarie : celle qui se r\u00e9clame de la raison pour barrer toute mise en doute. Il s&rsquo;agit \u00e9videmment d&rsquo;une raison \u00ab\u00a0poss\u00e9d\u00e9e\u00a0\u00bb et donc d&rsquo;une entreprise de possession.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me se situe au niveau du discernement des valeurs humaines. Tout ce qui est bon pour l&rsquo;homme a valeur humaine, telle serait la premi\u00e8re d\u00e9finition. Elle se heurte \u00e0 un obstacle, c&rsquo;est le discernement de ce qui est le bien de l&rsquo;homme. Est-ce que la satisfaction d&rsquo;une pulsion, d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat est le bien de l&rsquo;homme ? Le crit\u00e8re est notoirement insuffisant puisqu&rsquo;il laisse libre cours aux entreprises les plus criminelles par pulsion, par int\u00e9r\u00eat. Non que satisfaction et int\u00e9r\u00eat soient n\u00e9gatifs mais parce qu&rsquo;ils ne permettent pas le discernement n\u00e9cessaire. Faut-il \u00e9tablir un catalogue \u00e0 priori du bien de l&rsquo;homme, de fa\u00e7on \u00e0 s&rsquo;y r\u00e9f\u00e9rer syst\u00e9matiquement dans toute entreprise de civilisation ? C&rsquo;est la tentation id\u00e9aliste normative, moraliste, sinon l\u00e9galiste qui va jusqu&rsquo;\u00e0 subordonner l&rsquo;homme \u00e0 la loi. La loi est faite pour l&rsquo;homme et non l&rsquo;homme pour la loi, si on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la parole \u00e9vang\u00e9lique qui visait la r\u00e8gle du sabbat. Le bien de l&rsquo;homme ne peut se r\u00e9duire \u00e0 aucune d\u00e9finition objective, pas plus que les \u00ab\u00a0valeurs humaines\u00a0\u00bb. C&rsquo;est \u00e0 la dignit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre humain, \u00e0 l&rsquo;accomplissement de la personne humaine en chacun et en tous que l&rsquo;on peut r\u00e9f\u00e9rer les valeurs d&rsquo;humanit\u00e9 qui ont \u00ab\u00a0l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb m\u00eame comme base et comme fin pour l&rsquo;homme. Non pas l&rsquo;humanit\u00e9 comme cat\u00e9gorie animale ou biologique, mais l&rsquo;humanit\u00e9 comme principe de ce qui fonde l&rsquo;homme et qui reste pour lui \u00e0 accomplir dans son existence. La civilisation, l&rsquo;entreprise de la civilisation ont donc une telle fin qui ne se comprend que si on la r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;homme*.<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s de la civilisation \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 au progr\u00e8s tout court. D&rsquo;abord progr\u00e8s des moyens mat\u00e9riels et intellectuels qui contribuent \u00e0 la civilisation, puis progr\u00e8s de ces moyens comme fins en soi (r\u00e9duction mat\u00e9rialiste) pour arriver \u00e0 qualifier de progr\u00e8s n&rsquo;importe quelle progression, m\u00eame du pire.<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s ne vaut que par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa fin : l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;homme et son accomplissement. Son \u00e9chelle de valeur, indispensable \u00e0 toute \u00e9valuation, ne se d\u00e9finit qu&rsquo;en terme de valeur, indispensable \u00e0 toute \u00e9valuation ; ne se d\u00e9finit qu&rsquo;en terme de valeurs humaines et ces valeurs sont par excellence qualitatives et non quantitatives ; le quantitatif n&rsquo;en est que la mesure \u00e9ventuelle.<\/p>\n<p>La civilisation de l&rsquo;entreprise est donc cette entreprise de civilisation. C&rsquo;est par rapport \u00e0 ses valeurs que toute entreprise pourra \u00eatre \u00e9valu\u00e9e, que son int\u00e9r\u00eat, son efficacit\u00e9, sa profitabilit\u00e9 pourront \u00eatre \u00e9valu\u00e9s, au niveau des personnes et des soci\u00e9t\u00e9s humaines. Cette question des valeurs humaines pose aussi le probl\u00e8me de leur hi\u00e9rarchisation.<\/p>\n<p>Si on consid\u00e8re par exemple que manger, vivre, s&rsquo;accomplir sont trois formes de valeurs humaines qui contribuent au bien de l&rsquo;homme, il est clair que manger est indispensable pour vivre et vivre indispensable pour s&rsquo;accomplir. Seulement manger n&rsquo;est pas une fin mais un moyen pour vivre, la confusion des fins et des moyens en ferait volontiers la finalit\u00e9 de certaines entreprises. Ce n&rsquo;est que lorsque des entreprises qui permettent \u00e0 l&rsquo;homme de manger (entreprises alimentaires, restauration, etc. ) inscrivent cet objectif dans une \u00e9chelle de valeur humaine qui va au-del\u00e0 du \u00ab\u00a0manger\u00a0\u00bb qu&rsquo;elles participent \u00e0 la civilisation.<\/p>\n<p>Ainsi la civilisation de l&rsquo;entreprise suppose que chacune ordonne ses fins ultimes particuli\u00e8res, \u00e0 l&rsquo;entreprise civilisatrice g\u00e9n\u00e9rale, tout en limitant son ambition \u00e0 des besoins tr\u00e8s partiels et tr\u00e8s localis\u00e9s.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a aucune contradiction \u00e0 entreprendre la fourniture de biens mat\u00e9riels de fa\u00e7on profitable et l&rsquo;engager dans une perspective de civilisation. Il ne s&rsquo;agit pas, \u00e0 chaque fois, de viser l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re num\u00e9riquement mais de viser l&rsquo;humanit\u00e9 en chaque homme et dans les soci\u00e9t\u00e9s humaines, en commen\u00e7ant par la personne m\u00eame de l&rsquo;entrepreneur et de ses partenaires. Mais qui pourrait soutenir qu&rsquo;une entreprise civilis\u00e9e n&rsquo;aurait pas le bien de l&rsquo;homme comme finalit\u00e9 au sens de ce qui contribue de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 son accomplissement ?<\/p>\n<p>La th\u00e8se serait difficile \u00e0 d\u00e9fendre&#8230; humainement parlant. Ces deux acceptions du terme de civilisation, tel que nous voulons le comprendre ici &#8211; organisation sociale, progr\u00e8s d&rsquo;humanit\u00e9, doivent \u00eatre rapproch\u00e9es de la notion de culture.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 une notion difficile \u00e0 utiliser directement compte tenu de la multitude des acceptions en usage. Nous donnerons ici une d\u00e9finition provisoire qui sera d\u00e9velopp\u00e9e ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<p>La culture est l&rsquo;ensemble des modes d&rsquo;existence d&rsquo;une population donn\u00e9e &#8211; fa\u00e7on de penser, de s&rsquo;organiser, de sentir, etc &#8211; tout ce que \u00ab\u00a0cultive\u00a0\u00bb l&rsquo;homme par son activit\u00e9. Cependant, et c&rsquo;est l&rsquo;objection qui peut \u00eatre faite \u00e0 cette conception, c&rsquo;est l&rsquo;absence de la notion de valeur. En effet, la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb d&rsquo;une population peut se d\u00e9ployer dans plusieurs sens, les pires et les meilleurs. C&rsquo;est ce qui nous permettra d&rsquo;articuler culture et civilisation.<br \/>\nLa civilisation est l&rsquo;engagement de la culture dans le sens de ses valeurs d&rsquo;humanit\u00e9. Ainsi le d\u00e9veloppement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;une cit\u00e9 est le d\u00e9veloppement de sa culture selon la vocation civilisatrice qui est la sienne.<br \/>\nPar exemple, la culture fran\u00e7aise peut tr\u00e8s bien \u00eatre le creuset d&rsquo;une entreprise de civilisation. Voil\u00e0 une entreprise \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb qui en vaut la peine et qui redonnerait un sens \u00e0 ce mot.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour toute entreprise particuli\u00e8re :<br \/>\n&#8211; Personnelle : culture personnelle, expression de la person- nalit\u00e9.<br \/>\n&#8211; Collective : culture d&rsquo;entreprise engag\u00e9e dans une voie de civilisation.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame au niveau de ce que l&rsquo;on peut appeler la culture occidentale. Il est vrai que l&rsquo;on reconna\u00eet traditionnellement \u00e0 l&rsquo;Occident une qualit\u00e9 d&rsquo;engagement qui a fait sans doute le succ\u00e8s de ses entreprises par le pass\u00e9. Seulement il y aurait dans cet engagement \u00e0 discerner ces finalit\u00e9s pour diff\u00e9rencier ses entreprises de civilisation de celles de destruction ou de domination.<\/p>\n<p>L&rsquo;Orient est souvent vu comme culture du d\u00e9sengagement, plus passif. Cependant, l&rsquo;actualit\u00e9 nous montre avec le Japon, parmi d&rsquo;autres, que sa (ou ses) culture sait aussi entreprendre avec un succ\u00e8s ind\u00e9niable. Il faudrait n\u00e9anmoins questionner ses finalit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le Japon est un bon exemple d&rsquo;une culture dont les entreprises, y compris industrielles, sont essentiellement ordonn\u00e9es \u00e0 une philosophie nationale, \u00e0 une finalit\u00e9 qui d\u00e9passe les moyens y compris \u00e9conomiques. Cela ne suffit pas \u00e0 en faire des entreprises de civilisation et l&rsquo;Occident ferait bien de se souvenir de ses talents culturels d&rsquo;engagement. Il ferait bien aussi de se souvenir de quelques fondements culturels qui, comme le christianisme, proposent une perspective d&rsquo;engagement de l&rsquo;homme dans le monde. C&rsquo;est ce que Max WEBER reconnaissait singuli\u00e8rement au protestantisme comme source \u00e9thique et culturelle du d\u00e9veloppement du capitalisme. Il y aurait cependant \u00e0 r\u00e9tablir le lien entre les valeurs humaines pr\u00e9vues par le christianisme (d\u00e9pouill\u00e9es d&rsquo;errements traditionnels incertains), l&rsquo;entreprise de civilisation et chaque entreprise de cette nouvelle civilisation dont nous percevons la perspective engag\u00e9e.<\/p>\n<p>Le bouddhisme, par contre, pr\u00f4ne, semble-t-il, un d\u00e9sengagement du monde par celui du d\u00e9sir, m\u00eame s&rsquo;il appara\u00eet que des versions plus engag\u00e9es se d\u00e9veloppent aussi.<\/p>\n<p>Ce lien entre les valeurs les plus essentielles de l&rsquo;humanit\u00e9 et l&rsquo;engagement de chaque entreprise est de la comp\u00e9tence et de la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;entrepreneur sinon de sa conscience . Gaston BERGER voulait voir dans le chef d&rsquo;entreprise un \u00ab\u00a0philosophe en action\u00a0\u00bb. Nous rajouterions aussi un \u00ab\u00a0homme de science en action\u00a0\u00bb en reconnaissant que Science et Philosophie sont ici compl\u00e9mentaires, si on les rapporte au discernement, \u00e0 la conscience avant tout, sans m\u00e9priser pour autant les objectifs particuliers de ce que nous mettons aujourd&rsquo;hui sous ses termes.<\/p>\n<p>Mais, dans une entreprise, peut-on dissocier radicalement les valeurs et engagements humains des modalit\u00e9s techniques et \u00e9conomiques ? Ce serait retomber dans ces entreprises des trois premiers types.<\/p>\n<p>Il y a des concepts, des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 \u00e9tudier, de m\u00eame qu&rsquo;il y a des m\u00e9thodes et des pratiques \u00e0 investir dans cette conception de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>Par exemple, comment int\u00e9grer finalit\u00e9s humaines et contraintes mat\u00e9rielles ? Comment concilier l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;entrepreneur et celle, personnelle, de ses partenaires ? Comment ma\u00eetriser les ph\u00e9nom\u00e8nes qualitatifs fondamentaux pour toute entreprise humaine ? Comment faire le lien entre le sens de l&rsquo;engagement et ses modalit\u00e9s pratiques ?<\/p>\n<p>Nous entendions r\u00e9cemment un chef d&rsquo;entreprise chr\u00e9tien qui affirmait que les m\u00e9thodes de direction des entreprises \u00e9taient bien \u00e9tablies et n&rsquo;avaient rien \u00e0 voir avec l&rsquo;\u00e9thique propre du dirigeant et m\u00eame sa foi. Le lien se ferait fait uniquement au niveau des attitudes.<\/p>\n<p>Nous ne comprendrons ce clivage que par une rupture conceptuelle et \u00e9pist\u00e9mologique entre le champ \u00e9thique ou spirituel et le champ \u00e9conomique, rupture artificielle schizo\u00efde.<\/p>\n<p>La science et l&rsquo;art de gouverner des entreprises du quatri\u00e8me type est naissante mais d\u00e9j\u00e0 largement d\u00e9velopp\u00e9e . De nombreux indices en montrent la voie : qualit\u00e9, management participatif, projet et culture d&rsquo;entreprise, etc. avec, il est vrai, quelques \u00e9garements notoires. Il reste, dans tout cela, \u00e0 d\u00e9gager des fondements conceptuels solides, des approches et des pratiques ma\u00eetrisables.<\/p>\n<p>Le texte \u00ab\u00a0Structure et gouvernement des entreprises\u00a0\u00bb est consacr\u00e9 aux apports de la th\u00e9orie des Coh\u00e9rences humaines et de ses m\u00e9thodes au gouvernement de ces entreprises . Il nous faudra bien souvent pour cela changer de regard et envisager autrement des notions et des fa\u00e7ons de faire qui semblent, \u00e0 tort, parfaitement \u00e9tablies.<\/p>\n<p>Nous verrons aussi que l&rsquo;approche de la r\u00e9alit\u00e9, celle de la r\u00e9alit\u00e9 sociale, mat\u00e9rielle et celle de l&rsquo;entreprise ont \u00e0 s&rsquo;enrichir de conceptions plus modernes.<\/p>\n<p>La civilisation de l&rsquo;entreprise annonce une nouvelle urbanit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire une nouvelle \u00e9conomie des rapports entre les hommes et les soci\u00e9t\u00e9s. Si elle est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, engag\u00e9e plus ou moins discr\u00e8tement, elle se d\u00e9ploie sur un humus de barbarie, moderne elle aussi, qu&rsquo;il nous faudra examiner<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Sens donn\u00e9 \u00e0 cette id\u00e9e d&rsquo;entreprise se projette en plusieurs tableaux tout \u00e0 fait diff\u00e9rents. 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La seconde carte de coh\u00e9rences est ici pr\u00e9cieuse.<\/p>\n","protected":false},"author":682,"featured_media":745,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[607,57],"tags":[],"class_list":["post-818","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-c73-la-mutation-des-entreprises","category-f623-la-mutation-des-entreprises"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/818","targetHints":{"allow":["GET","POST","PUT","PATCH"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/users\/682"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=818"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/818\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2195,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/818\/revisions\/2195"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=818"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=818"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=818"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}