{"id":809,"date":"2004-08-03T00:00:00","date_gmt":"2004-08-03T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/couleurs-creatives.fr.bofl1482.odns.fr\/2004\/08\/03\/au-coeur-du-sujet-avant-propos\/"},"modified":"2020-11-13T19:14:01","modified_gmt":"2020-11-13T18:14:01","slug":"au-coeur-du-sujet-avant-propos","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/2004\/08\/03\/au-coeur-du-sujet-avant-propos\/","title":{"rendered":"Au coeur du sujet &#8211; Avant propos"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Texte remani\u00e9 en 2001<\/p>\n<p>En cette fin du 20\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019homme se veut toujours plus ma\u00eetre de ses affaires. Il a cultiv\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience et les moyens de satisfaire \u00e0 ses besoins et \u00e0 ses d\u00e9sirs m\u00eame les plus futiles. Rien ne para\u00eet hors de sa port\u00e9e. M\u00e9decine, techniques, communications, arts et sciences, semblent avoir enfin \u00e9tabli leur r\u00e8gne sur les derni\u00e8res obscurit\u00e9s du Moyen Age. Les lumi\u00e8res qui \u00e9clairent depuis quelques si\u00e8cles l\u2019Occident, incendient le monde de leur \u00e9clat et du spectacle de leur victoire.<\/p>\n<p>Qui ne voit aujourd\u2019hui la vanit\u00e9 de ce tableau ? L\u2019homme ne ma\u00eetrise pas ses affaires mais plus que jamais ses affaires le ma\u00eetrisent.<\/p>\n<p>L\u2019homme moderne s\u2019est subordonn\u00e9 \u00e0 ses r\u00eaves de ma\u00eetrise. Il court, affair\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du r\u00e8gne des id\u00e9es et des sciences qui ne sont pourtant que reflets de lui-m\u00eame. C\u2019est dire la vanit\u00e9 de la course, c\u2019est dire la d\u00e9shumanisation qu\u2019il consent au nom du progr\u00e8s de l\u2019humanit\u00e9. Les croyances les plus creuses passent pour certitudes \u00ab\u00a0rationnellement\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb fond\u00e9es, sans qu\u2019\u00e0 aucun moment soient examin\u00e9s les fondements de ces fondements.<\/p>\n<p>L\u2019homme moderne est plus que jamais soumis \u00e0 la d\u00e9pendance mat\u00e9rielle. Pour avoir cultiv\u00e9 toutes les formes de son avidit\u00e9, il se croit perdu lorsqu\u2019une ressource vient \u00e0 donner des signes d\u2019amenuisement. C\u2019est alors que surgit la haine. La haine de celui qui poss\u00e8de, la haine de celui qui pourrait vouloir prendre les possessions d\u2019autrui. Une mentalit\u00e9 de parasites se d\u00e9veloppe en m\u00eame temps que l\u2019aseptie et l\u2019hygi\u00e8ne gagnent du terrain.<\/p>\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9, la fatalit\u00e9, l\u2019empire des besoins, ravalent l\u2019homme au rang d\u2019insecte et il s\u2019y compla\u00eet, il en est fier. L\u2019inhumanit\u00e9 de son \u00e9tat se fait acceptable, sous pr\u00e9texte de condition n\u00e9cessaire pour l\u2019\u00e9dification de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la sarabande des objets qui prolif\u00e8rent, l\u2019homme en est \u00e0 y rechercher sa place, \u00e0 s\u2019y ranger, \u00e0 participer aux syst\u00e8mes infernaux qu\u2019il a mis le plus d\u00e9bile de son intelligence \u00e0 construire. L\u2019homme ali\u00e9n\u00e9 \u00e0 la machine, ce n\u2019est pas un mythe, mais la r\u00e9alit\u00e9 que promeuvent f\u00e9brilement les penseurs et les acteurs du modernisme. Ne s\u2019y opposent bien souvent que leurs cousins qui pr\u00e9f\u00e8rent une ali\u00e9nation de l\u2019homme \u00e0 la Nature, autre machine, reflet de la premi\u00e8re, encore plus n\u00e9cessaire. Pendant que le r\u00eave m\u00e9caniste s\u2019emballe, domine enfin la quotidiennet\u00e9 d\u2019un plus grand nombre dans le plus profond aveuglement, la qu\u00eate de l\u2019homme devient de plus en plus manifeste.<\/p>\n<p>O\u00f9 est l\u2019homme, qui est l\u2019homme, quel est son destin ? Ces questions valent pour l\u2019Homme en g\u00e9n\u00e9ral, pour l\u2019humanit\u00e9 collective, pour chacun \u00e0 sa mani\u00e8re. Malheureusement, diaboliquement pourrait-on dire, m\u00eame cette qu\u00eate est engag\u00e9e dans les pires voies. Qu\u00eate de l\u2019ind\u00e9pendance individuelle pour mieux se trouver encha\u00een\u00e9 \u00e0 un syst\u00e8me. Qu\u00eate d\u2019une lib\u00e9ration qui ali\u00e8ne \u00e0 pire que ce qu\u2019elle veut quitter. Qu\u00eate du corps pour \u00eatre raval\u00e9 au rang de belle machine \u00e0 mourir. Qu\u00eate du pouvoir sur soi et les autres pour mieux \u00eatre poss\u00e9d\u00e9 par ses pulsions et celles des autres. Qu\u00eate m\u00eame du savoir pour n\u2019avoir plus \u00e0 penser par soi-m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 en perdre connaissance.<\/p>\n<p>A force d\u2019\u00eatre affair\u00e9 \u00e0 ses productions, l\u2019homme en est venu \u00e0 s\u2019y assujettir. Intendant subalterne de ses propres affaires, machine parmi ses machines, il ne r\u00eave que d\u2019accro\u00eetre le parc de son mat\u00e9riel d\u2019existence, aveugle au fait d\u2019y \u00eatre enferm\u00e9, comme le gardien l\u2019est par la prison, l\u2019avare par son tr\u00e9sor, le technocrate par ses r\u00e9glementations.<\/p>\n<p>Mais si ce tableau n\u2019est pas r\u00e9jouissant il a un m\u00e9rite. Il invite les hommes, quelques uns du moins, \u00e0 une question : de tous ces objets quel est le sujet ?<\/p>\n<p>La r\u00e9habilitation de l\u2019homme, hors des pi\u00e8ges o\u00f9 il se fourvoie avec assurance, passe par la reconnaissance de sa place de sujet du monde de ses objets. Mais ce statut de sujet n\u2019est pas sans probl\u00e8me. Simple sujet en face de ses objets, rien n\u2019interdit alors d\u2019envisager le sym\u00e9trique : un homme objet d\u2019un monde de sujets. C\u2019est cette vision que nous d\u00e9noncions pr\u00e9c\u00e9demment. Pour l\u2019\u00e9viter, encore faut-il que cette articulation sujet-objet trouve quelque part l\u2019ancrage de sa dissym\u00e9trie.<\/p>\n<p>Cet ancrage ne peut \u00eatre ailleurs qu\u2019au coeur du sujet, au coeur de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Que l\u2019homme soit sujet, sujet individuel et sujet collectif des objets du monde, est d\u00e9j\u00e0 une perspective tr\u00e8s importante. En effet, cela revient \u00e0 dire que, pour l\u2019homme, il n\u2019y a pas d\u2019objet qui ne soit son objet, un objet humain. Il n\u2019y a pas de probl\u00e8me qui ne soit humain. Il n\u2019y a pas de savoir qui ne soit humain. Il n\u2019y a rien dans le monde pour l\u2019homme qui ne soit de l\u2019homme. Comment ne pas voir une telle \u00e9vidence, si ce n\u2019est lorsqu\u2019on oublie que l\u2019homme est le sujet de toutes ses consid\u00e9rations, ses jugements d\u2019existence m\u00eame ! Pour s\u2019aveugler, il n\u2019y a qu\u2019une fa\u00e7on aux multiples voies, celle qui fait pr\u00e9f\u00e9rer le fruit de la connaissance \u00e0 celui qui le porte, le savoir et ses brillances \u00e0 l\u2019auteur de la connaissance et ses lumi\u00e8res, les objets au sujet dont ils sont d\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Ainsi au coeur des affaires de l\u2019homme, il y a les hommes. Toutes les r\u00e9alit\u00e9s du monde, tout objet de consid\u00e9ration porte en son coeur quelque chose de l\u2019humanit\u00e9, celle des hommes, de la collectivit\u00e9 ou de la multitude dont ils sont les objets communs. Mais qu\u2019y a-t-il au coeur de l\u2019homme, au coeur du sujet, du seul sujet du monde ?<\/p>\n<p>De la r\u00e9ponse \u00e0 cette question d\u00e9pend la place de l\u2019homme dans le monde et, bien s\u00fbr, tant son devenir que le tissu m\u00eame de son existence quotidienne. Pour que l\u2019homme assume son humanit\u00e9, il doit la reconna\u00eetre simultan\u00e9ment en lui-m\u00eame et au travers de ses objets.<\/p>\n<p>Qu\u2019est ce que le coeur de l\u2019homme ? Un d\u00e9bat s\u2019\u00e9tablit commun\u00e9ment, entre la pr\u00e9\u00e9minence r\u00e9elle ou symbolique du coeur ou celle du cerveau pour la nature humaine<\/p>\n<p>Quel est le plus important, de l\u2019intellect ou du Sensible, du mental ou de l\u2019affectif, de la raison ou de la passion ? Toute la philosophie qui s\u2019y d\u00e9bat fait le lit d\u2019un arbitre, le corps dont, apr\u00e8s tout, il ne s\u2019agirait que d\u2019un probl\u00e8me de fonctions ou d\u2019organes. Le syst\u00e8me corporel tranche alors la question en ravalant le sujet au rang des choses en circulation dans le syst\u00e8me \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb des corps en mouvement soumis notamment aux lois de la gravitation universelle, de l\u2019attraction et de la r\u00e9pulsion.<\/p>\n<p>Mais le coeur c\u2019est aussi en l\u2019homme ce qui anime et qui comprend. Il est principe d\u2019amour et de connaissance et ainsi il se nomme Esprit.<\/p>\n<p>L\u2019Esprit n\u2019est ni l\u2019intellect, ni le Sensible. L\u2019intellect et le Sensible marquent la pr\u00e9sence du sujet, pr\u00e9sence \u00e0 ses objets, mais ils n\u2019en sont pas le coeur.<\/p>\n<p>Les organes du coeur et du cerveau peuvent bien figurer les fonctions de l\u2019Esprit, ils ne le sont pas. L\u2019Esprit n\u2019est pas non plus le produit de ces organes, contrairement \u00e0 ce que les machinistes modernes voudraient nous faire croire, afin de nous faire prendre l\u2019essentiel de l\u2019homme pour l\u2019accessoire du monde. Ils se mentent ceux qui se dissimulent que c\u2019est par l\u2019Esprit qu\u2019ils parlent d\u2019Esprit.<\/p>\n<p>Le coeur de l\u2019homme est sacr\u00e9. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il se fait le sujet du monde et de ses affaires. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il se fait objet de lui-m\u00eame doublement et simultan\u00e9ment sujet et objet de soi. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il se r\u00e9v\u00e8le. C\u2019est l\u00e0 que se joue son devenir. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le si\u00e8ge de sa libert\u00e9, de sa volont\u00e9, de la responsabilit\u00e9, de son autorit\u00e9 sur lui-m\u00eame et ses objets.<\/p>\n<p>Le coeur de l\u2019homme, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus humain dans l\u2019homme, sa sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019\u00eatre humain, l\u2019Instance de son Existence .<\/p>\n<p>L\u2019homme n\u2019est pas seulement cet existant, objet parmi les objets, dont le fonctionnement pla\u00eet tant, au point de faire perdre de vue l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>L\u2019homme est d\u2019abord Esprit mais cet Esprit est l\u2019Etre de l\u2019homme, le lieu transcendant o\u00f9 se joue la vie et le devenir ; c\u2019est la personne m\u00eame de l\u2019homme.<\/p>\n<p>La personne humaine dans cette optique n\u2019est ni un individu corporel ou psychique, objet des sciences humaines inhumaines o\u00f9, le rat, le singe et la mouche drosophyle conviennent parfaitement comme mod\u00e8les de laboratoire, ni un simple objet des soins complaisants de ces syst\u00e8mes fabriqu\u00e9s par l\u2019homme. La personne humaine est cet \u00eatre humain qui a la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre transcendant et potentiellement libre, libre de gouverner son existence.<\/p>\n<p>Ainsi l\u2019anthropologie est-elle forc\u00e9ment une ontologie et celle-ci la science des sciences, du moins de celles qui ont leur objet dans le monde. Elle est, \u00e0 proprement parler, m\u00e9taphysique ou m\u00eame m\u00e9tapsychique.<\/p>\n<p>Le coeur du sujet, Instance de l\u2019homme, serait le lieu charni\u00e8re entre, d\u2019une part un Dieu cr\u00e9ateur et d\u2019autre part le monde o\u00f9 l\u2019homme existe aussi parmi ses objets mais sans y \u00eatre r\u00e9duit.<\/p>\n<p>D\u2019une certaine fa\u00e7on, on pourrait faire l\u2019hypoth\u00e8se que cette Instance , le coeur de l\u2019homme, pourrait se tourner soit vers l\u2019un, soit vers l\u2019autre. On retrouverait ainsi une image de l\u2019alternative de la plupart des religions et des sagesses : soit le retour par un accomplissement, vers son principe, soit la chute dans l\u2019ab\u00eeme de la mat\u00e9rialit\u00e9. Cette alternative peut \u00eatre comprise d\u2019une fa\u00e7on manich\u00e9enne avec l\u2019antagonisme des deux principes du bien et du mal ; l\u2019exclusive soit du monde, soit de l\u2019Esprit ; la lutte contre le mal ou la lib\u00e9ration des exigences de l\u2019Esprit (complaisance). Cette interpr\u00e9tation s\u00e9vit dans le monde, occidental en particulier et on pourrait montrer qu\u2019elle appartient enti\u00e8rement \u00e0 une conception mat\u00e9rialiste dont elle caract\u00e9rise la logique fondamentale d\u2019inclusion \/ exclusion.<\/p>\n<p>Il y a une autre fa\u00e7on d\u2019envisager la question qui r\u00e9clame une attention particuli\u00e8re pour ce coeur de l\u2019homme, ce coeur du sujet du monde.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, c\u2019est en l\u2019homme que prennent Sens les objets de l\u2019homme et ces Sens sont multiples. L\u2019Esprit de l\u2019homme est multiple et il est Sens . Le Sens en l\u2019homme, en son coeur, est ce qui se manifeste dans le monde pour faire objets. C\u2019est selon tel ou tel de ses Sens que l\u2019homme existe dans chaque circonstance de sa vie. C\u2019est selon ces m\u00eames Sens que se reconnaissent les objets de l\u2019homme, qui se trouve \u00eatre lui m\u00eame le Sens de ses affaires et de ses pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que l\u2019homme a le choix, choix de Sens , choix d\u2019\u00eatre en tel ou tel Sens , choix de conduire son existence. C\u2019est ainsi qu\u2019il est homme potentiellement libre s\u2019il d\u00e9couvre et cultive son humanit\u00e9, cette possibilit\u00e9 de choix de Sens.<\/p>\n<p>Il y en a, parmi les Sens, de bons et de moins bons ! Est-ce que tel Sens est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 tel autre Sens ? C\u2019est toute la question de l\u2019\u00e9thique qui est pos\u00e9e l\u00e0, non par rapport \u00e0 des objets ou normes ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019homme, mais par rapport \u00e0 lui-m\u00eame intrins\u00e8quement.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi la question du devenir de l\u2019homme et de ce qu\u2019il advient selon tel ou tel Sens. Il y a parmi tous les Sens en l\u2019Instance de l\u2019homme, en son Esprit, certains Sens selon lesquels celui-ci se retrouve, se reconna\u00eet, assume sa libert\u00e9 et ainsi s\u2019accomplit. Il y en a d\u2019autres o\u00f9 il se perd \u00e0 se r\u00e9duire \u00e0 l\u2019accessoire de lui-m\u00eame en s\u2019ali\u00e9nant au monde. Il y en a bien d\u2019autres encore qui tous ensemble le constituent.<\/p>\n<p>L\u2019homme est un et multiple. Seulement cette unit\u00e9 en lui n\u2019est qu\u2019un point d\u2019origine qui peut devenir aussi un point ultime d\u2019accomplissement.<\/p>\n<p>L\u2019homme ainsi n\u2019est pas UN dans son Instance mais potentiellement UN. C\u2019est l\u2019enjeu m\u00eame de son accomplissement dans et par son existence dans le monde. Seulement le monde et la multiplicit\u00e9 des objets sont obstacle dispersant et passage oblig\u00e9 de cet accomplissement -lieu et sc\u00e8ne de tout devenir. Les objets de l\u2019homme dans le monde sont donc le contexte par lequel celui-ci peut s\u2019accomplir ou se perdre. Tout d\u00e9pend du Sens selon lequel il existe, le Sens qu\u2019il leur donne, le Sens de son existence, le Sens selon lequel il se fait sujet de ses objets.<\/p>\n<p>De l\u2019Esprit de l\u2019homme, on peut diff\u00e9rencier les esprits que sont tous ses Sens. C\u2019est ainsi que leur discernement est une question majeure. Mais si la r\u00e9habilitation de l\u2019homme \u00ab\u00a0au coeur du sujet\u00a0\u00bb de la question du monde renvoie \u00e0 l\u2019essentiel de son devenir et de son accomplissement, elle renvoie aussi \u00e0 une autre consid\u00e9ration des affaires du monde et de tous ses objets et de la conduite \u00e0 y tenir comme homme sujet.<\/p>\n<p>L\u2019homme est la coh\u00e9rence du monde, et aussi la coh\u00e9rence de chaque chose dans le monde. Prendre l\u2019homme comme sujet fond\u00e9 au coeur de lui-m\u00eame revient \u00e0 aborder tous les probl\u00e8mes qui se posent \u00e0 l\u2019homme directement au coeur de leur sujet.<\/p>\n<p>A l\u2019inverse d\u2019une science qui n\u2019en finit pas de cerner son objet, \u00e0 l\u2019inverse d\u2019un appareillage descriptif qui ne fait que saisir l\u2019\u00e9cume des choses, cette nouvelle consid\u00e9ration de l\u2019homme permet d\u2019aborder tout par l\u2019essentiel, d\u2019aller directement au coeur du sujet au lieu de l\u2019\u00e9nucl\u00e9er sans cesse.<\/p>\n<p>Aborder ainsi les probl\u00e8mes, c\u2019est aller directement \u00e0 leur Sens, l\u00e0 o\u00f9 les solutions peuvent germer, se penser et se traduire en r\u00e9alisations. Il n\u2019y a pas de probl\u00e8me en soi, il n\u2019y a que les probl\u00e8mes de quelqu\u2019un ou de quelques uns. Il en va de m\u00eame pour les solutions. C\u2019est en l\u2019homme que se situe le lieu de toute compr\u00e9hension, de toute conception, de toute r\u00e9alisation. C\u2019est donc l\u00e0 que doit s\u2019exercer sa propre connaissance, sa propre comp\u00e9tence, tous ses soins. Pour cela il faut qu\u2019il le reconnaisse, en lui et en tous les autres, et il faut s\u2019y appliquer en conSensus les uns avec les autres ; c\u2019est l\u00e0 le commandement d\u2019amour. C\u2019est ainsi qu\u2019il ne peut y avoir de science qu\u2019humaine, d\u2019art qu\u2019humain, de pratique qu\u2019humaine. C\u2019est perdre de vue le sujet que de ne d\u00e9finir le savoir ou le travail de l\u2019homme que par son objet. Par contre, cet objet est indispensable pour qu\u2019il y ait un sujet et pour que l\u2019homme s\u2019atteigne en son coeur pour s\u2019accomplir.<\/p>\n<p>Cela veut dire que toute science est vaine qui ne se r\u00e9f\u00e8re qu\u2019\u00e0 ses objets, mais aussi que toute science serait vaine qui n\u2019aurait pas d\u2019objet.<\/p>\n<p>Les objets de science sont donc indissociablement li\u00e9s dans une relation r\u00e9ciproque \u00e0 leur sujet : l\u2019homme. Cependant cette relation n\u2019est pas sym\u00e9trique et c\u2019est au coeur du sujet que se d\u00e9termine leur objet. C\u2019est ainsi que les sciences physiques contemporaines se heurtent \u00e0 des paradoxes qui leur font tourner leur interrogation vers l\u2019homme et questionner les racines \u00e9pist\u00e9mologiques de la connaissance. Vision de la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de toute science est en effet humaine. Il s\u2019agit toujours d\u2019une disposition int\u00e9rieure de l\u2019homme, d\u2019une posture fondant ses postulats, d\u2019un Sens en d\u00e9finitive, selon lequel il se confronte \u00e0 ses objets et \u00e0 lui-m\u00eame. La recherche par l\u2019homme d\u2019une coh\u00e9rence interne au monde et aux objets du monde ne peut que le ramener \u00e0 lui-m\u00eame, seul lieu de Sens et de coh\u00e9rence dans le monde, au coeur transcendant du sujet. <\/p>\n<p>Comment faire entendre une telle perspective ? Comment faire sentir toutes ses cons\u00e9quences ? Comment montrer toutes ses dimensions et ses apports ? C\u2019est en effet ce centre que chacun constitue pour l\u2019ensemble de ses pr\u00e9occupations qu\u2019il faut interpeller, ce coeur du sujet qu\u2019il faut toucher au-del\u00e0 du Sensible ou de l\u2019intellect, mais par leur m\u00e9diation. C\u2019est l\u2019Esprit de chacun, son Instance, ses Sens qu\u2019il faut solliciter plut\u00f4t que la multiplicit\u00e9 de leurs objets. Et pourtant c\u2019est bien la multiplicit\u00e9 de ces objets qui est concern\u00e9e aussi : ceux des pr\u00e9occupations et vicissitudes de la vie quotidienne, ceux de nos affaires publiques et professionnelles, ceux de nos soci\u00e9t\u00e9s, de nos cultures et nos affaires politiques, ceux enfin de la vie et de la mort, et tous ceux qui accompagnent l\u2019homme dans son devenir pour son accomplissement ou sa d\u00e9ch\u00e9ance.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de l\u2019Instance et des Coh\u00e9rences , vise surtout \u00e0 jouer un r\u00f4le utile de rep\u00e8re pour la connaissance et pour la pratique :<br \/>\n-connaissance \u00ab\u00a0au coeur du sujet\u00a0\u00bb des objets de pr\u00e9occupation de chacun, connaissance essentielle, conscience des Sens et des coh\u00e9rences de toute chose.<br \/>\n-pratique humaine, pratique de soi, des autres et de nos objets communs.<\/p>\n<p>L\u2019un et l\u2019autre sont travail pour l\u2019existence, pour la conduire personnellement, pour aider nos proches et notre prochain, pour assumer nos responsabilit\u00e9s collectives, dans tous les domaines qui sont les n\u00f4tres. L\u2019un et l\u2019autre sont travail d\u2019accomplissement de soi par et pour les autres dans les circonstances et les pr\u00e9occupations les plus triviales comme les plus importantes.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie et les rep\u00e8res m\u00e9thodologiques qu\u2019elle propose ne viennent pas dire comment exister puisqu\u2019il n\u2019est pas du propre de l\u2019homme d\u2019exister ou non. Par contre, elle vient t\u00e9moigner d\u2019une fa\u00e7on possible d\u2019envisager connaissances et pratiques en y resituant au coeur, la question du Sens, la question de l\u2019homme. Il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9humanisation des pratiques humaines qui revient \u00e0 les r\u00e9habiter par ce qu\u2019il y a de plus humain dans l\u2019homme : son coeur, et dans celui-ci, les meilleurs de ses Sens. C\u2019est alors que les pratiques humaines peuvent devenir un t\u00e9moignage de l\u2019homme, t\u00e9moignage r\u00e9v\u00e9lateur de lui-m\u00eame, pour lui-m\u00eame et pour les autres, r\u00e9v\u00e9lateur de sa libert\u00e9 et des voies et Sens de son accomplissement, r\u00e9v\u00e9lateur enfin de son principe et de sa fin. <\/p>\n<p>Les bases th\u00e9oriques qui sont propos\u00e9es ici ne sont pas toujours d\u2019un acc\u00e8s facile, pas plus que n\u2019est d\u2019un acc\u00e8s facile le coeur du sujet en chacun de nous et encore moins du fait des maladresses de l\u2019auteur. Cependant le lecteur est invit\u00e9 \u00e0 un cheminement qui n\u2019est pas un jeu intellectuel, un jeu de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des concepts suppos\u00e9s \u00e9tablis une fois pour toutes. Il n\u2019y a d\u2019\u00e9tablissement des concepts qu\u2019en soi-m\u00eame, au coeur du sujet, en conSensus singulier avec d\u2019autres qui s\u2019y retrouvent.<\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019hommes sont aujourd\u2019hui en recherche, en recherche d\u2019eux-m\u00eames, d\u2019on ne sait quoi ou qui. Qu\u2019ils soient parmi les intellectuels qui \u00e9prouvent les philosophies, les sciences, les conceptions du monde ; qu\u2019ils soient parmi les spirituels qui cherchent parmi les religions et les sagesses ; qu\u2019ils soient responsables de quelque entreprise collective ou simplement de leur famille et qui cherchent dans les valeurs morales ou sociales ; qu\u2019ils soient enfin des personnes qui cherchent autour d\u2019eux les rep\u00e8res ou les signes d\u2019une voie plus humaine, plus personnelle ; ils sont nombreux \u00e0 ne pas trouver le langage qui rend compte de leur questionnement aujourd\u2019hui. Si la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019homme est \u00e9ternelle, son existence et le langage pour le dire sont temporels. Sans pr\u00e9tendre \u00eatre l\u2019unique, cette voie peut parler \u00e0 un homme d\u2019aujourd\u2019hui, parce qu\u2019elle parle aujourd\u2019hui ; m\u00eame si elle vise au coeur du sujet ce qu\u2019il y a d\u2019\u00e9ternit\u00e9 : son \u00e2me spirituelle.<\/p>\n<p>Le temps de l\u2019Esprit est-il d\u2019aujourd\u2019hui ? C\u2019est \u00e0 l\u2019Esprit et de l\u2019Esprit que veut t\u00e9moigner cette th\u00e9orie pour jalonner une voie pour aujourd\u2019hui : la voie du Sens, voie de l\u2019HOMME. <\/p>\n<p>La voie de l\u2019Homme est celle qui en chacun sollicite la sienne propre, sa vocation dans l\u2019existence, celle qui fonde son talent personnel, celle qu\u2019il doit trouver et cultiver pour son accomplissement et pour le service des hommes.<\/p>\n<p>Au lieu des propositions du temps qui veulent nous r\u00e9parer, nous entretenir, nous gu\u00e9rir de tous nos maux, nous r\u00e9tablir de nos dysfonctionnements ; qui ne s\u2019attachent qu\u2019\u00e0 \u00e9liminer nos d\u00e9fauts et lutter contre le mal ; nous proposons de trouver au coeur du sujet pour y prendre appui : nos qualit\u00e9s les plus personnelles et les plus humaines, notre vocation personnelle et nos vocations collectives et culturelles, pour en cultiver les vertus et ainsi au passage, sortir par le haut des ab\u00eemes de la souffrance et des difficult\u00e9s de toutes sortes.<\/p>\n<p>Cheminer dans une voie d\u2019accomplissement, la sienne propre, partag\u00e9e avec d\u2019autres, est la meilleure des th\u00e9rapeutiques, la meilleure voie de r\u00e9solution des probl\u00e8mes mat\u00e9riels, psychologiques, affectifs, sociaux, \u00e9conomiques, etc&#8230; C\u2019est la voie qui s\u2019appuie et exalte le meilleur de soi-m\u00eame et qui, de l\u2019obstacle fait un tremplin pour l\u2019accomplissement. Il y a trop de propositions \u00e9garantes qui promettent le meilleur au prix de l\u2019abandon de soi, au prix de l\u2019abandon du sujet, au prix de la r\u00e9duction au stade d\u2019objet parmi les objets idol\u00e2tr\u00e9s. Ces propositions \u00e0 pr\u00e9tentions scientifiques, pragmatiques, exp\u00e9rimentales, rationnelles, naturelles, et m\u00eame quelquefois religieuses, d\u00e9nient \u00e0 ceux qui cherchent, que leur voie soit en eux-m\u00eames. Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019exclure toutes ces propositions qui, malgr\u00e9 tout, t\u00e9moignent de l\u2019homme et de l\u2019homme seulement, m\u00eame lorsqu\u2019elles pr\u00e9tendent le contraire (au nom de l\u2019objectivit\u00e9 principalement). Il s\u2019agit d\u2019affirmer, \u00e0 tous ceux qui veulent l\u2019entendre, que l\u2019homme est premier par rapport au langage qu\u2019il tient et non l\u2019inverse ; que l\u2019homme est sujet du monde et non l\u2019inverse. Bien s\u00fbr, cela n\u2019emp\u00eache pas que l\u2019homme soit pour une part sujet au langage et sujet de nature, mais ce n\u2019est que par son existence qu\u2019il en est ainsi, et non par son Etre, son Instance.<\/p>\n<p>Au coeur du sujet, aussi assujetti soit-il, r\u00e9side le Sens m\u00eame de ce qui peut l\u2019assujettir et ce Sens est lui-m\u00eame, et ce Sens il peut le conna\u00eetre et le choisir, et de ce Sens il peut conduire sa vie et dominer le monde, non dans une \u00e9preuve de force ou de raison mais par sa transcendance reconnue et assum\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 la ma\u00eetrise du coeur-Esprit, pleine possession du don d\u2019Etre.<\/p>\n<p>Cette transcendance fait la dissym\u00e9triedu rapport sujet-objet, homme-monde. Elle fait plus que \u00e7a : l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 du temps qui n\u2019est autre qu\u2019une dimension de l\u2019existence, la dimension qui y signale le mieux la pr\u00e9sence de l\u2019Etre, de l\u2019Etre-homme, comme plusieurs philosophes contemporains en ont eu l\u2019intuition (Bergson, Heidegger notamment). Le temps toujours orient\u00e9, c\u2019est le Sens de l\u2019existence. Il n\u2019y a pas de temps sans homme. Quel homme pourrait pr\u00e9tendre trouver un temps qui ne soit invent\u00e9, con\u00e7u par l\u2019homme. Le temps est celui de son devenir, la preuve de son Sens.<\/p>\n<p>C\u2019est au Sens que tout est ramen\u00e9 dans cette voie de l\u2019homme et c\u2019est par un examen de cette question de Sens que nous allons viser au coeur du sujet, esp\u00e9rant trouver au coeur du lecteur quelque Sens commun qui r\u00e9sonne en conSensus : voix int\u00e9rieure, voix de l\u2019Esprit, voie d\u2019accomplissement.<\/p>\n<p>AVERTISSEMENT AU LECTEUR <\/p>\n<p>La Th\u00e9orie de l\u2019Instance et des Coh\u00e9rences est l\u2019expression d\u2019un point de vue, d\u2019une position vis \u00e0 vis de soi et des choses. De ce point de vue, aucun probl\u00e8me ne se trouve qui ne doive \u00eatre envisag\u00e9 d\u2019un regard neuf. Ce point de vue est celui d\u2019un regard int\u00e9rieur et c\u2019est \u00e0 un tel regard que le pr\u00e9sent essai tente de baliser l\u2019acc\u00e8s. Pour cela il faudra se familiariser avec certaines consid\u00e9rations avant de scruter les espaces qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent. L\u2019ambition ici est limit\u00e9e aux bases essentielles de cette perspective. Cependant, on trouvera autour d\u2019un fil principal, toute une s\u00e9rie d\u2019ouvertures dont le chemin offre les paysages et aussi quelques exercices techniques pour \u00e9tudier certains processus complexes. C\u2019est un vaste panorama qui s\u2019offre au lecteur pour qu\u2019il fasse les d\u00e9tours et les retours que son propre voyage aimera et qu\u2019il prenne les raccourcis qui lui conviendront.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte remani\u00e9 en 2001<\/p>\n","protected":false},"author":682,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[50],"tags":[],"class_list":["post-809","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-i1-au-coeur-du-sujet"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/809","targetHints":{"allow":["GET","POST","PUT","PATCH"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/users\/682"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=809"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/809\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1265,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/809\/revisions\/1265"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=809"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=809"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=809"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}