{"id":1065,"date":"2012-01-16T14:22:32","date_gmt":"2012-01-16T14:22:32","guid":{"rendered":"http:\/\/couleurs-creatives.fr.bofl1482.odns.fr\/2012\/01\/16\/les-alternatives-au-modele-industriel-07-1982\/"},"modified":"2021-02-24T11:09:21","modified_gmt":"2021-02-24T10:09:21","slug":"les-alternatives-au-modele-industriel-07-1982","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/2012\/01\/16\/les-alternatives-au-modele-industriel-07-1982\/","title":{"rendered":"Les alternatives au mod\u00e8le industriel (07-1982)"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Un texte de juillet 1982, dans les d\u00e9buts de l&rsquo;Humanisme M\u00e9thodologique. Il reste d&rsquo;actualit\u00e9 30 ans apr\u00e8s, alors que les emplois industriels ont \u00e9t\u00e9 divis\u00e9s par trois depuis. Au-del\u00e0 du langage et du contexte la situation actuelle voit la poursuite des crises, mais aussi l&rsquo;entr\u00e9e dans une mutation de civilisation dont les pr\u00e9misses \u00e9taient plus t\u00e9nues. Le paradigme communautaire, avec la question du Sens du bien commun sont maintenant d&rsquo;actualit\u00e9 m\u00eame si ils restent combattus par les conservatismes anciens ou modernes.<\/p>\n<p>INTRODUCTION PEUT-ON OSER PENSER L&rsquo;ENTREPRISE ,<\/p>\n<p>Le plus souvent lorsqu\u2019on parle \u00ab entreprise \u00bb, on pense industrie et on oublie certaines choses. Le secteur de la production industrielle (secondaire) ne repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 pas la majorit\u00e9 des emplois et malgr\u00e9 cela, pourtant on conserve encore le r\u00e9flexe de raisonner \u00ab industrie \u00bb.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les entreprises de production industrielle constituent, hormis les administrations et les banques, l\u2019essentiel des tr\u00e8s grandes entreprises nationales ou multinationales qui ont focalis\u00e9 l\u2019attention depuis fort longtemps.<\/p>\n<p>Ainsi le \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb et particuli\u00e8rement celui de la grande entreprise, domine la pens\u00e9e chaque fois que l\u2019on parle d\u2019entreprise. M\u00eame les PME-PMI, m\u00eame des soci\u00e9t\u00e9s de services utilisent un vocabulaire, des structures de commandement, d\u2019organisation, de gestion, calqu\u00e9es sur le \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb. Des associations, des coop\u00e9ratives de production, lorsqu\u2019il s\u2019agit de s\u2019organiser, d\u2019agir, d\u2019\u00eatre efficace en arrivent aussi \u00e0 copier le \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb. C\u2019est une premi\u00e8re remarque dont il faudra tirer les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Quelles sont les caract\u00e9ristiques de ce mod\u00e8le industriel et peut-on concevoir d\u2019autres mod\u00e8les ? Il y a au moins deux raisons pour se poser la question aujourd\u2019hui :<br \/>\n&#8211; La d\u00e9saffection des jeunes et l\u2019\u00e9volution des mentalit\u00e9s qui rendent ce mod\u00e8le moins acceptable,<br \/>\n&#8211; La crise qui met en cause le \u00abmonde industrialis\u00e9\u00bb et l\u2019oblige \u00e0 trouver de nouvelles r\u00e9ponses.<br \/>\nFaut-il en d\u00e9finitive adapter le \u00abmod\u00e8le industriel\u00bb aux circonstances actuelles ou ne faut-il pas au contraire consid\u00e9rer les circonstances actuelles comme le produit du \u00abmod\u00e8le industriel\u00bb ?<\/p>\n<p>L\u2019entreprise de demain et celle d\u2019aujourd\u2019hui devront-elles fonder d\u2019autres mod\u00e8les, c\u2019est-\u00e0-dire en d\u00e9finitive adopter d\u2019autres finalit\u00e9s et d\u2019autres m\u00e9thodes ?<\/p>\n<p>Pour cela, il faut penser l\u2019entreprise. Et voil\u00e0 un autre probl\u00e8me crucial. En effet, on peut constater actuellement un ph\u00e9nom\u00e8ne, la faiblesse du nombre de travaux de r\u00e9flexion pouss\u00e9e sur l\u2019univers de l\u2019entreprise en dehors de l\u2019aspect purement instrumental et \u00e9conomique ; On ne th\u00e9orise pas l\u2019entreprise. Il est d\u2019ailleurs remarquable de noter comment la vie interne des entreprises, en France notamment, inspire peu les \u00e9crivains, chercheurs, journalistes. Tout se passe comme s\u2019il n\u2019y avait rien \u00e0 dire, tout se passe comme si le drame des rapports de l\u2019homme \u00e0 son travail \u00e9tait \u00e0 taire ou \u00e0 maintenir dans la discr\u00e9tion. Cette consigne de discr\u00e9tion n\u2019est-elle pas d\u2019ailleurs une r\u00e8gle dite ou non dite qui r\u00e9git les relations dans les entreprises du monde industriel ?<\/p>\n<p>Si on parle aujourd\u2019hui de \u00ablib\u00e9rer l\u2019expression\u00bb c\u2019est bien qu\u2019il y a quelque chose qui n\u2019aurait pu se dire jusqu\u2019ici. On en pense pas, on ne parle pas l\u2019entreprise. Allons plus loin encore pour stigmatiser un fait caract\u00e9ristique contemporain : le culte et les incantations qui consistent \u00e0 r\u00e9clamer \u00ab du pragmatisme \u00bb, du \u00ab concret \u00bb. Malheureusement rarement le ph\u00e9nom\u00e8ne est consid\u00e9r\u00e9 avec quelque recul, c\u2019est la fonction m\u00eame de ces injonctions.<\/p>\n<p>En effet, si l\u2019on ne peut critiquer le souci d\u2019aboutir \u00e0 des r\u00e9alisations effectives, d\u2019\u00eatre efficace, de concr\u00e9tiser ses projets, il y a cependant une autre mani\u00e8re de comprendre cela. Ces injonctions visent tr\u00e8s souvent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 jeter l\u2019interdit sur le recul, la r\u00e9flexion, l\u2019interrogation sur les finalit\u00e9s, le questionnement et la mise en question. \u00ab Agissez, ne pensez pas \u00bb.<\/p>\n<p>Mais n\u2019est-ce pas interdire ce qu\u2019il y a de plus humain dans l\u2019homme, sa conscience r\u00e9flexive au profit d\u2019urgences mat\u00e9rielles ? N\u2019est-ce pas jouer sur les inqui\u00e9tudes de subsistance ou d\u2019existence pour prendre l\u2019homme au pi\u00e8ge du concret. N\u2019est-ce pas quelquefois aussi, faire appel \u00e0 l\u2019avidit\u00e9 et au d\u00e9sir de jouissance imm\u00e9diate que tout homme porte en lui peu ou prou ? C\u2019est en fait l\u2019expression d\u2019une volont\u00e9 de maintenir des finalit\u00e9s mat\u00e9rielles \u00e0 la place de finalit\u00e9s humaines.<\/p>\n<p>Le fin du fin dans cette m\u00eame logique, dans cette m\u00eame domination du d\u00e9sir de pragmatisme et de concr\u00e9tude exacerb\u00e9, c\u2019est que la contestation du \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb am\u00e8ne bien souvent \u00e0 vouloir le sauver. Autrement dit, un grand nombre de critiques du \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb l\u2019\u00e9rigent en m\u00eame temps en unique r\u00e9f\u00e9rent. Le pi\u00e8ge est referm\u00e9. Le syst\u00e8me est aliment\u00e9 par ses contestataires. Eux-m\u00eames participent au rite incantatoire du \u00ab pragmatisme \u00bb et du \u00ab concret \u00bb qui porte aussi comme nom \u00ab r\u00e9alisme \u00bb.<\/p>\n<p>Les tenants du \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb de l\u2019entreprise taxent d\u2019utopique toute r\u00e9flexion, tout projet, le projet m\u00eame d\u2019y penser, qui chercherait \u00e0 concevoir autrement cette organisation humaine qu\u2019est l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Le dire utopique, c\u2019est le d\u00e9clarer d\u2019un non lieu, le rejeter dans un ailleurs inexistant. Cela dit bien que le seul lieu imaginable pour ceux-l\u00e0, c\u2019est le leur. Il n\u2019y a donc logiquement pour eux aucune question possible pour en changer, en sortir puisqu\u2019ils ont d\u00e9clar\u00e9 nulle toute autre possibilit\u00e9, sophisme ? tautologie ? Qui ne s\u2019y est laiss\u00e9 prendre ? Une fois le cadre pos\u00e9 comme le seul existant, sortir du cadre est impensable. Il n\u2019y a donc pas besoin d\u2019y penser. Sans jouer outre mesure sur les mots, n\u2019est-ce pas alors une fonction principale de l\u2019encadrement que de maintenir fermement ce cadre ?<\/p>\n<p>On comprendrait alors pourquoi il y a un tel malaise chez les cadres lorsque des changements les mettent dans une situation de contradiction interne entre leur souhait de responsabilit\u00e9 et de dynamisme et leur identit\u00e9 de fixit\u00e9 statutaire et leur r\u00f4le de maintien du syst\u00e8me. Ils \u00ab sont \u00bb la structure et r\u00e9former la structure c\u2019est mettre en cause leur identit\u00e9 m\u00eame, y penser est d\u00e9j\u00e0 trop subversif.<\/p>\n<p>Ainsi le mod\u00e8le industriel, dont les origines sont toujours agissantes dans son actualit\u00e9, r\u00e9clame le silence de la pens\u00e9e, l\u2019absence de toute autre conception de l\u2019entreprise au nom du r\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Or faute d\u2019autre mod\u00e8les, on ne peut ni b\u00e2tir d\u2019alternatives, ni m\u00eame observer la r\u00e9alit\u00e9 de celles qui existent. Ainsi m\u00eame des entreprises affichant des finalit\u00e9s diff\u00e9rentes, mutualistes par exemple, ont elles adopt\u00e9 bien souvent, derri\u00e8re la fiction du discours, les r\u00e9alit\u00e9s du seul mod\u00e8le dominant. Ainsi des exp\u00e9riences communautaires, des activit\u00e9s humaines diverses sont-elles ignor\u00e9es, invisibles, parce que absentes du seul mod\u00e8le de lecture dominant : le mod\u00e8le industriel.<br \/>\nLa dominance d\u2019un syst\u00e8me produit ses propres outils, si bien qu\u2019aujourd\u2019hui il n\u2019y a d\u2019autres m\u00e9thodes de \u00ab management \u00bb, de \u00ab gestion \u00bb, de comptabilit\u00e9 m\u00eame qui ne ressortissent peu ou prou du mod\u00e8le industriel. L\u2019usage contribue \u00e0 le perp\u00e9tuer.<\/p>\n<p>Etre plus efficace selon les crit\u00e8res et les m\u00e9thodes d\u2019un syst\u00e8me conduit \u00e0 le p\u00e9renniser. C\u2019est une autre figure du pi\u00e8ge du \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb.<br \/>\nAlors faut-il d\u00e9truire les industries ? Non ce serait confondre industries et \u00abmod\u00e8le industriel\u00bb, ce serait aussi tomber dans le pi\u00e8ge d\u2019engager une lutte pla\u00e7ant ce mod\u00e8le au centre de l\u2019attention. Ce qu\u2019il y a de mieux \u00e0 faire, c\u2019est de ne pas suivre la r\u00e8gle de son jeu. Pour cela il faut penser l\u2019entreprise. Il ne s\u2019agit pas pour autant de penser pour discourir, auquel cas serait justifi\u00e9e la critique de n\u2019\u00eatre pas concret. Il faut penser l\u2019entreprise dans ce qui ouvre le choix et dans ce qui permet des r\u00e9alisations.<\/p>\n<p>Il y a trois aspects \u00e0 envisager :<br \/>\nLe probl\u00e8me des finalit\u00e9s de l\u2019entreprise, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 quoi cela sert-il une entreprise, qu\u2019est ce qui ordonne l\u2019ensemble des d\u00e9cisions, des actions et de ce qui y est v\u00e9cu. C\u2019est ce qui permettra de diff\u00e9rencier plusieurs mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9raux possibles, autrement dit plusieurs \u00e9chelles de valeurs.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me des moyens. Etudier d\u2019abord les fins et ensuite les moyens participe d\u2019une logique que n\u2019approuve pas le \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb. La confusion des fins et des moyens que facilite la notion \u00ab d\u2019objectif \u00bb est une erreur \u00e0 \u00e9liminer. Les moyens ce sont notamment les m\u00e9thodes qui pr\u00e9sident \u00e0 la conduite des entreprises, leurs structures, les rapports entre les hommes. C\u2019est la r\u00e9ponse au \u00ab comment faire ?\u00bb qui vient apr\u00e8s le \u00abpourquoi ?\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Strat\u00e9gies pour changer l\u2019entreprise<\/strong>. Les choses et les personnes \u00e9tant ce qu\u2019elles sont aujourd\u2019hui dans leurs \u00e9tats et leurs dynamiques, on ne peut envisager le changement de mod\u00e8le que par le biais d\u2019une strat\u00e9gie dans le temps. Il ne suffit pas en effet de pr\u00e9parer un autre mod\u00e8le pour qu\u2019il soit imm\u00e9diatement compris et accept\u00e9, mais il faut pr\u00e9parer l\u2019\u00e9volution n\u00e9cessaire. C\u2019est cela l\u2019urgence d\u2019aujourd\u2019hui : Concevoir et pr\u00e9parer l\u2019entreprise de demain. Les voies l\u00e9gislatives et contractuelles peuvent y contribuer, mais il faut en plus pr\u00e9parer les hommes \u00e0 penser diff\u00e9remment, \u00e0 apprendre d\u2019autre mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de faire pour d\u2019autres finalit\u00e9s.<br \/>\nEt maintenant soyons concret : pensons.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re partie &#8211; LE PROBLEME DES FINALITES<\/strong><\/p>\n<p>Nous partons d\u2019un terme courant mais la r\u00e9flexion montrerait que ce n\u2019est pas si facile de parler de finalit\u00e9s. En effet, par exemple, le fait que les entreprises soient destin\u00e9es \u00e0 produire un profit mat\u00e9riel est-il une finalit\u00e9 ou un moyen. Une finalit\u00e9 diront la plupart. S\u2019ils sont bien dispos\u00e9s, ils envisageront avec beaucoup d\u2019attention le \u00ab facteur humain \u00bb dont il faudrait tenir compte. Pourquoi ? Pour mieux faire passer les contraintes de productivit\u00e9 ? Pour compenser la duret\u00e9 d\u2019une condition ? Pour d\u00e9culpabiliser certains ou pour masquer la finalit\u00e9 v\u00e9ritable. Scandale, banal cependant. Comme si l\u2019entreprise pouvait \u00eatre ordonn\u00e9e, finalis\u00e9e par quelque chose o\u00f9 l\u2019homme, individuellement et collectivement ne serait qu\u2019un \u00abfacteur\u00bb au service d\u2019une telle finalit\u00e9 ? C\u2019est bien en tout cas la question ? est-elle si complexe que, pour l\u2019entreprise on ne puisse sortir d\u2019une fatalit\u00e9 ? Posons le probl\u00e8me de fa\u00e7on plus courante et analogique : faut-il vivre pour manger ou manger pour vivre ? Quelle est entre vivre et manger la finalit\u00e9 et la condition. La question est simple mais on peut choisir, l\u2019une ou l\u2019autre r\u00e9ponse. Dire que cela revient au m\u00eame c\u2019est nier tout discernement, c\u2019est entretenir la confusion. Il en va de m\u00eame pour l\u2019entreprise. Pour avancer dans cette question nous allons envisager un syst\u00e8me d\u2019analyse plus fin en adoptant la combinaison d\u2019une double alternative<\/p>\n<p><strong>Les rep\u00e8res de base<\/strong><\/p>\n<p>On utilisera deux couples de p\u00f4les oppos\u00e9s visant chacun \u00e0 l\u2019accroissement :<br \/>\na) quantitatif et mat\u00e9riel ou b) qualitatif et humain<br \/>\nc) structurel et organique ou d) personnel et existentiel.<br \/>\nCes crit\u00e8res ont des applications plus larges que pour l\u2019entreprise, mais on va essayer de les pr\u00e9ciser dans ce contexte seulement.<\/p>\n<p><strong>L\u2019accroissement quantitatif et mat\u00e9riel.<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque l\u2019entreprise repose sur cette logique, on peut la dire productiviste. En effet, le productivisme consiste \u00e0 produire les plus grandes quantit\u00e9s possibles avec les ressources dont on dispose. L\u2019entreprise productiviste cherche \u00e0 exploiter au maximum les ressources dont elle dispose pour en tirer le maximum de profit mat\u00e9riel. Dans cette logique, le profit mat\u00e9riel constitue lui-m\u00eame une ressource \u00e0 exploiter. C\u2019est la logique du m\u00e9canisme de l\u2019accumulation puis de l\u2019exploitation du capital ind\u00e9pendamment de la question de la propri\u00e9t\u00e9 de ce capital. Or le capital, comme le profit mat\u00e9riel s\u2019\u00e9value uniquement quantitativement (que ce soient des francs, des dollars ou tout autre mesure mat\u00e9rielle, c\u2019est \u00e9quivalent).<\/p>\n<p>Cette logique de l\u2019accroissement quantitatif et mat\u00e9riel se traduit par deux cons\u00e9quences significatives sur les hommes et sur l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise d\u2019abord tend, par une logique de l\u2019accroissement quantitatif, \u00e0 devenir une entreprise de masses. Cela donne nos syst\u00e8mes de production de masse, masse des productions, masse des capitaux, masse des salari\u00e9s. Voil\u00e0 ce qui aboutit aux m\u00e9ga entreprises d\u2019aujourd\u2019hui, voil\u00e0 l\u2019un des fondements du mod\u00e8le industriel et de ses cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>L\u2019homme ensuite. Les mots deviennent r\u00e9v\u00e9lateurs, lorsque l\u2019on parle ici de ressources humaines, capital humain, mat\u00e9riel humain. La logique des grandes quantit\u00e9s implique la ma\u00eetrise des grandes quantit\u00e9s. Or, pour cela on a invent\u00e9 la parcellisation des t\u00e2ches et l\u2019anonymat du travailleur. Il faut remarquer que cela correspond \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019homme non par ses qualit\u00e9s mais par sa quantit\u00e9 et sa capacit\u00e9 de r\u00e9p\u00e9tition de gestes \u00e9l\u00e9mentaires. Le terme de \u00ab main d\u2019oeuvre \u00bb fait plus r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la main qu\u2019\u00e0 la t\u00eate, \u00e0 la quantit\u00e9 qu\u2019\u00e0 la qualit\u00e9.<br \/>\nSi on observe les instruments de gestion dont la comptabilit\u00e9 des prix de revient, l\u2019homme n\u2019y apparait bien que comme quantit\u00e9 : quantit\u00e9 de main d\u2019oeuvre \u00e0 comparer \u00e0 une quantit\u00e9 de production. La logique veut que l\u2019on optimise cela : c\u2019est le productivisme. En outre, ce syst\u00e8me se donne comme moyen de contr\u00f4le et de gestion, des outils exclusivement quantitatifs.<\/p>\n<p>C\u2019est en cela qu\u2019une gestion quantitative comme principale m\u00e9thode participe et perp\u00e9tue un syst\u00e8me de croissance quantitative r\u00e9duisant l\u2019homme \u00e0 une quantit\u00e9 anonyme ou \u00e0 des effets quantitatifs.<\/p>\n<p>On nous r\u00e9torquera que si on ne veut pas compter, on ne peut g\u00e9rer, que si on ne fait de profit, on ne peut survivre, que si on ne produit pas assez, on ne peut non plus survivre. De gr\u00e2ce, ne nous laissons plus pi\u00e9ger. Il n\u2019est pas question de cela. Il est question de savoir si c\u2019est une fin \u00e0 laquelle doit se subordonner l\u2019homme ou si c\u2019est un moyen subordonn\u00e9 aux finalit\u00e9s humaines. Remarquons au passage que le salariat d\u00e9nonc\u00e9 par Marx s\u2019assortit dans le droit du travail d\u2019un contrat de \u00ab subordination \u00bb. C\u2019est l\u2019atout principal de la logique que nous \u00e9tudions ici puisqu\u2019en derni\u00e8re analyse l\u2019homme se trouve subordonn\u00e9 personnellement \u00e0 d\u2019autres hommes, eux-m\u00eames subordonn\u00e9s aux finalit\u00e9s productivistes qu\u2019ils ont choisi. L\u2019autre atout de cette logique est une conception intime du travail li\u00e9 \u00e0 la fatalit\u00e9, la punition, la peine o\u00f9 en d\u00e9finitive le travail est l\u2019\u00e9preuve \u00e0 subir pour survivre. C\u2019est une question de subsistance et toute r\u00e9f\u00e9rence aux besoins \u00e9l\u00e9mentaires renforce le maintien d\u2019une logique de croissance mat\u00e9rielle quantitative. L\u2019effet de crise a donc tendance en inqui\u00e9tant \u00e0 favoriser le d\u00e9veloppement de cette logique.<\/p>\n<p>En conclusions sur ce point, il reste \u00e0 dire que l\u2019homme est r\u00e9duit \u00e0 \u00eatre \u00e9l\u00e9ment anonyme d\u2019une masse, que cette masse est exploit\u00e9e comme toute ressource au profit de l\u2019accumulation mat\u00e9rielle (c\u2019est moins l\u2019homme que la masse des hommes qui est exploit\u00e9e. Ne pas faire la nuance permet tous les d\u00e9guisements et toutes les confusions).<\/p>\n<p>Enfin cette logique est ind\u00e9pendante de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production et de toutes ressources \u00e0 exploiter, capital, ressources humaines, mati\u00e8res premi\u00e8res, etc&#8230; De ce fait il n\u2019y a plus \u00e0 s\u2019\u00e9tonner que des syst\u00e8mes tr\u00e8s diff\u00e9rents sur la question de la propri\u00e9t\u00e9 et de la destination des profits mat\u00e9riels se retrouvent identiques dans la logique productiviste de croissance mat\u00e9rielle, quantitative.<\/p>\n<p><strong>L\u2019accroissement qualitatif et humain<\/strong><\/p>\n<p>Nous savons pourquoi cela peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme utopique d\u2019en faire la finalit\u00e9 de l\u2019entreprise et d\u2019y ordonner toute chose y compris mat\u00e9rielles et quantitatives. Le syst\u00e8me pr\u00e9c\u00e9dent fera l\u2019inverse. L\u2019augmentation des qualit\u00e9s humaines y sera r\u00e9clam\u00e9e comme moyen d\u2019accroitre la productivit\u00e9 et non comme une fin en soi.\u2028La demande de personnel plus qualifi\u00e9 ou de plus de \u00abformation\u00bb est quelque fois \u00e0 suspecter lorsqu\u2019elle revient \u00e0 d\u00e9clarer l\u2019insuffisante qualit\u00e9 de l\u2019homme et la n\u00e9cessit\u00e9 de le maintenir au rang de \u00ab main d\u2019oeuvre \u00bb. Le terme d\u2019O.S. ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9 dit bien l\u2019inversion de langage.<\/p>\n<p>Il fallait faire ces remarques pour ne pas ramener la logique nouvelle que nous allons examiner \u00e0 un accessoire ou une id\u00e9alisation justifiant la dominance du syst\u00e8me oppos\u00e9 et se m\u00e9fier des inversions chaque fois que le qualitatif est au service du quantitatif, que les qualit\u00e9s sont moyens de d\u00e9velopper les quantit\u00e9s, la productivit\u00e9 donc.<\/p>\n<p>En quoi consiste la logique d\u2019accroissement qualitatif et humain. Elle est \u00e9dificatrice. N\u2019est-ce pas ce que peut vouloir dire entreprendre.<\/p>\n<p>La logique \u00e9dificatrice consiste \u00e0 tout ordonner \u00e0 la croissance et l\u2019\u00e9dification humaine. M\u00eame la production d\u2019oeuvres mat\u00e9rielles ne s\u2019appr\u00e9cie alors que par sa contribution \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation des qualit\u00e9s humaines. C\u2019est, bien s\u00fbr, l\u2019une ces conceptions possibles du \u00abprogr\u00e8s\u00bb avant qu\u2019il ne se r\u00e9duise au progr\u00e8s mat\u00e9riel et quantitatif.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise \u00e9dificatrice se donne une finalit\u00e9 de b\u00e2tir ou de contribuer \u00e0 b\u00e2tir une oeuvre humanitaire. Humanitaire ne veut pas dire ici b\u00e9n\u00e9vole, mais veut dire subordonn\u00e9e au progr\u00e8s de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019homme, individu ou dans les communaut\u00e9s humaines.<\/p>\n<p>Cela se caract\u00e9rise par diff\u00e9rents aspects. L\u2019importance d\u2019abord de la qualification professionnelle, l\u2019homme est constitu\u00e9 par sa valeur professionnelle, par ses qualit\u00e9s pour oeuvrer (d\u2019ouvrier plut\u00f4t que de travailleur). Il est donc plus consid\u00e9r\u00e9 par son humanit\u00e9, ses qualit\u00e9s d\u2019humain que par sa quantit\u00e9. Les dirigeants seront alors ceux qui auront les plus grandes qualit\u00e9s humaines donc les plus qualifi\u00e9s et non ceux qui disposent des plus grandes quantit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise est alors le rassemblement d\u2019hommes qualifi\u00e9s dans l\u2019\u00e9dification d\u2019une oeuvre commune. Mais par dessus le march\u00e9 l\u2019oeuvre commune vise \u00e0 l\u2019accroissement des qualit\u00e9s humaines de ceux \u00e0 qui est destin\u00e9e l\u2019oeuvre ou l\u2019ouvrage mais en m\u00eame temps de ceux qui y travaillent. La r\u00e9alisation de l\u2019ouvrage est aussi r\u00e9alisation de l\u2019ouvrier et contribue \u00e0 la r\u00e9alisation de tous les partenaires de l\u2019entreprise. Ce n\u2019est pas une cons\u00e9quence indirecte mais sa finalit\u00e9 m\u00eame. Toutes ses m\u00e9thodes y compris ses moyens d\u2019\u00e9valuation y sont subordonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour ne pas id\u00e9aliser cette logique il faut dire qu\u2019elle est une logique de r\u00e9alisation de projets. Il n\u2019y a de projets qu\u2019humains et ils peuvent \u00eatre aussi bien de grande taille que de petite taille. Il peut s\u2019agir, aussi bien, d\u2019oeuvres d\u2019art que de grands \u00e9difices, que d\u2019oeuvres sociales que d\u2019oeuvres aussi courantes que celles qui consistent \u00e0 pr\u00e9parer ou produire la nourriture. Il n\u2019y est pas question de s\u2019abstraire des aspects mat\u00e9riels ou quantitatifs, mais ceux-ci n\u2019interviennent que comme contraintes, comme conditions, comme moyens et non comme finalit\u00e9. Cela n\u2019emp\u00eache absolument pas d\u2019en disposer largement. C\u2019est m\u00eame sans doute le plus probable, beaucoup plus que de cr\u00e9er la p\u00e9nurie.<\/p>\n<p>Cependant la simple opposition entre ces deux finalit\u00e9s, leurs compromis, leur confusion, anime le d\u00e9bat sur l\u2019entreprise, lorsqu\u2019il a lieu, sans issue positive. En effet, rester dans cette seule alternative, renvoie au manich\u00e9isme du bien et du mal avec tous les dogmatismes et toutes les perversions que l\u2019on connait. Notre proposition pour en sortir est de combiner cela avec une seconde alternative qui ouvre le champ \u00e0 une infinit\u00e9 de possibilit\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 beaucoup plus de discernement.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-793\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/files\/2012\/01\/png_entreprises1.png?resize=500%2C517\" alt=\"entreprises1.png\" width=\"500\" height=\"517\" align=\"center\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/files\/2012\/01\/png_entreprises1.png?w=500 500w, https:\/\/i0.wp.com\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/files\/2012\/01\/png_entreprises1.png?resize=290%2C300 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p><strong>L\u2019accroissement structurel et organique<\/strong><\/p>\n<p>Dire que l\u2019entreprise est une organisation c\u2019est pas tr\u00e8s original. Cependant il y a lieu d\u2019examiner de plus pr\u00e8s ce que cela implique lorsque cette organisation devient la finalit\u00e9 majeure de l\u2019entreprise. Disons tout de suite que l\u2019on arrivera \u00e0 la caricature bureaucratique o\u00f9 \u00e0 l\u2019administration pl\u00e9thorique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019organisation pour l\u2019organisation. C\u2019est bien ce qui exprime le fait d\u2019une finalit\u00e9 sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Cependant en rester \u00e0 la caricature pourrait voiler le fait que cette tendance existe bel et bien dans un grand nombre d\u2019entreprises actuelles et que l\u2019on peut se demander quelle est la logique \u00e0 l\u2019oeuvre dans ce d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>En fait, on peut rep\u00e9rer deux points d\u2019appuis \u00e9quivalents. L\u2019un est dans la notion de structure. L\u2019entreprise est une structure dont l\u2019activit\u00e9 est structur\u00e9e et structurante. Ceci est vrai tant pour l\u2019int\u00e9rieur avec la notion d\u2019organigramme, de structure hi\u00e9rarchis\u00e9e, \u00ab d\u2019organes \u00bb divers que pour l\u2019ext\u00e9rieur o\u00f9 on parlera volontiers de l\u2019entreprise comme structurant l\u2019espace social. En effet, d\u2019ailleurs la notion d\u2019identit\u00e9 sociale, de statut, a \u00e9t\u00e9 largement confondue ces derni\u00e8res ann\u00e9es avec la place dans une organisation. Par exemple \u00eatre chef de service, de la soci\u00e9t\u00e9 X est une mani\u00e8re de r\u00e9pondre \u00e0 la question qui \u00eates-vous ?<\/p>\n<p>En outre, c\u2019est autour de l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise que se structure une grande part de la vie sociale, mobilit\u00e9, logement, etc. jusqu\u2019aux exemples o\u00f9 l\u2019entreprise va jusqu\u2019\u00e0 administrer la totalit\u00e9 de la vie de la cit\u00e9.<\/p>\n<p>Plus banalement la r\u00e9f\u00e9rence aux int\u00e9r\u00eats de l\u2019entreprise sous-tend la demande que son personnel y ordonne la quasi totalit\u00e9 de sa vie sociale. C\u2019est en particulier vrai pour les cadres. En effet, l\u2019ensemble des cadres constitue le \u00ab cadre structurel \u00bb de cette entreprise, quelquefois formalis\u00e9e par une hi\u00e9rarchie des \u00e9tages dans les b\u00e2timents et les bureaux. L\u2019activit\u00e9 de chacun est d\u00e9finie par sa place dans l\u2019organisation par un statut formel dans la structure.<\/p>\n<p>Le lien entre la place occup\u00e9e, la fonction que cela implique et les autres places est un lien organique. C\u2019est le deuxi\u00e8me support de cette logique : la conception organique ou organiciste de l\u2019entreprise. En effet, elle peut \u00eatre alors consid\u00e9r\u00e9e comme un grand corps avec l\u2019analogie \u00e9vidente au corps humain. Un corps est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur compos\u00e9 d\u2019organes caract\u00e9ris\u00e9s par leur place et leur fonction. L\u2019objectif est de fonctionner et l\u2019organisation constitue \u00e0 la fois le projet, la dynamique et les r\u00e9sultats envisag\u00e9s par l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Celle-ci cherche \u00e0 organiser l\u2019espace de son champ d\u2019activit\u00e9. Qu\u2019elle devienne une administration ou que ses organes administratifs se d\u00e9veloppent tr\u00e8s largement, on peut s\u2019en plaindre, mais cela existe.<\/p>\n<p>En outre, l\u2019entreprise dans son entier sera elle-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e comme un organe d\u2019un syst\u00e8me plus large, soci\u00e9t\u00e9, syst\u00e8me \u00e9conomique, syst\u00e8me de production, place sur un march\u00e9, etc. C\u2019est ce qui explique alors son propre fonctionnement entra\u00een\u00e9 et entrainant la structure organique g\u00e9n\u00e9rale. Il est \u00e9vident que lorsque le corps global \u00e0 des dysfonctionnements, l\u2019organe \u00e0 des probl\u00e8mes. C\u2019est peut-\u00eatre une mani\u00e8re d\u2019analyser la crise avec ses r\u00e9percutions d\u00e9structurantes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Le \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb n\u2019a jamais beaucoup aim\u00e9 cette tendance tout en l\u2019acceptant, on en verra d\u00e9j\u00e0 le signe dans la pr\u00e9dominance du fonctionnel sur l\u2019op\u00e9rationnel avec la valorisation du dernier au d\u00e9triment du premier dit \u00ab improductif \u00bb.<\/p>\n<p>Il faut encore consid\u00e9rer un autre aspect de cette tendance avec le d\u00e9veloppement du concept et des m\u00e9thodes de \u00abgestion\u00bb. Bien que le terme prenne plusieurs sens, la gestion peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019ensemble des pratiques et l\u2019effort pour administrer, structurer, contr\u00f4ler, ordonner le fonctionnement des entreprises. La gestion budg\u00e9taire notamment tend bien \u00e0 structurer, \u00e0 mobiliser le fonctionnement de l\u2019entreprise et de ses organes selon le plan qu\u2019elle se donne. C\u2019est d\u2019ailleurs beaucoup plus de ce fait une m\u00e9thode d\u2019encadrement de l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>De ce fait, contrairement aux affirmations courantes, elle encadre l\u2019activit\u00e9 des cadres sous pr\u00e9texte de leur confier une responsabilit\u00e9. C\u2019est en fait une irresponsabilisation personnelle et existentielle (logique oppos\u00e9e) et une \u00ab responsabilisation \u00bb au sens d\u2019une plus forte int\u00e9gration \u00e0 la structure. Les cadres sont bien encadr\u00e9s. On comprend toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du statut. Souhait d\u2019int\u00e9gration valoris\u00e9 par l\u2019identit\u00e9 statutaire obtenu au prix d\u2019une d\u00e9personnalisation par identification \u00e0 la structure. Alors les cadres ont droit au discours, celui de l\u2019entreprise, mais pas \u00e0 la parole, celle d\u2019une personne responsable. On comprend alors leur inqui\u00e9tude lorsqu\u2019il est question de donner \u00ab la parole aux travailleurs \u00bb alors qu\u2019eux ne l\u2019ont pas.<\/p>\n<p>L\u2019ordre organique et structurel donne droit \u00e0 l\u2019expression. du discours officiel et interdit le droit \u00e0 la parole de la personne. Toute vis\u00e9e organisationnelle, structurante, pr\u00e9sente ce risque dans l\u2019entreprise y compris les organisations du personnel. Toute organisation tend ainsi \u00e0 se reproduire elle-m\u00eame en y ali\u00e9nant ses membres r\u00e9duits au stade de cadres ou d\u2019organes. Les m\u00e9thodes et l\u2019esprit de gestion syst\u00e9matis\u00e9s sont alors normalisants, standardisants. De l\u00e0 une ambigu\u00eft\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir du th\u00e8me de l\u2019autogestion. N\u2019est-ce qu\u2019une forme de gestion ou est-ce la responsabilit\u00e9 des personnes. Si elle est subordonn\u00e9e \u00e0 un cadre organique, c\u2019est le premier cas, si au contraire l\u2019organisation, l\u2019entreprise est subordonn\u00e9e aux rapports consentis entre des personnes autonomes, c\u2019est le second cas.<br \/>\nChaque fois que l\u2019organisation \u00ab entreprise \u00bb se prend pour la finalit\u00e9 et non comme une circonstance contingente aux hommes qui la font, nous sommes dans cet ordre des choses.<\/p>\n<p>Les visions \u00abbiologiques\u00bb qui avec la sociobiologie tendent \u00e0 se d\u00e9velopper risquent de servir de mod\u00e8le et d\u2019argument aux d\u00e9veloppements \u00ab organiques \u00bb des entreprises. La question des nationalisations peut aussi \u00eatre \u00e9ventuellement comprise comme cela, devenant alors synonyme d\u2019une \u00e9tatisation. Ce n\u2019est qu\u2019une des modalit\u00e9s possibles de la pr\u00e9dominance de cette logique d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019oeuvre dans bien des entreprises.<\/p>\n<p><strong>Croissance personnelle et existentielle<\/strong><\/p>\n<p>Au lieu d\u2019\u00eatre \u00abobjet\u00bb de l\u2019organisation l\u2019homme est au contraire consid\u00e9r\u00e9 ici comme un sujet, une personne. Quelles en sont les cons\u00e9quences et quelle finalit\u00e9 celle donne-t-il pour l\u2019entreprise ?<\/p>\n<p>Celle-ci peut \u00eatre d\u2019abord consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019initiative de son ou ses cr\u00e9ateurs. Cela signifie que l\u2019entreprise est toujours personnelle m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019un groupe de personnes. Pour une entreprise collective, il s\u2019agit : soit de la rencontre ou de l\u2019intersection de projets personnels, soit de l\u2019adh\u00e9sion au projet personnel d\u2019un initiateur, d\u2019un fondateur en quelque sorte. D\u00e9j\u00e0, en tout cas, cela suppose que l\u2019entreprise soit compl\u00e8tement subordonn\u00e9e \u00e0 cette dimension \u00ab personnelle \u00bb compte tenu, comme on vient de le voir, des modalit\u00e9s diverses qui peuvent r\u00e9gir ces rapports. Une image peut \u00eatre propos\u00e9e, celle du capitaine de navire qui \u00ab entreprend \u00bb un voyage et r\u00e9unit pour cela des compagnons de voyage. Le chef d\u2019entreprise \u00ab capitaine du navire \u00bb voil\u00e0 qui n\u2019est pas nouveau. Quels types de rapports a-t-il avec ses compagnons de voyage, \u00e9tat major, personnel, cela peut \u00eatre tr\u00e8s variable comme on le verra, mais en tout cas c\u2019est toujours une dimension personnelle, subjective sinon affective qui y pr\u00e9side. Certains y verront un danger, \u00e0 juste titre, mais il y a aussi d\u2019autres possibilit\u00e9s que nous essayerons de discerner au prochain chapitre.<\/p>\n<p>A partir de ce tableau de l\u2019entreprise comme aventure personnelle et collective, on peut retrouver diff\u00e9rentes cons\u00e9quences. D\u2019abord son caract\u00e8re original. Toute entreprise est originale dans la mesure o\u00f9 son origine s\u2019inscrit dans la subjectivit\u00e9 de ses entrepreneurs. Elle est une entreprise d\u2019initiatives personnelles et c\u2019est ce qu\u2019elle r\u00e9clamera de ses partenaires. Que cette initiative soit fond\u00e9e sur l\u2019autonomie des personnes ou leur ali\u00e9nation, les deux sont possibles et on verra ce qui fait la diff\u00e9rence. En tout \u00e9tat de cause du fait du principe m\u00eame de cette entreprise les rapports sont des rapports de foi et de confiance, encore une fois ind\u00e9pendamment pour l\u2019instant du mode d\u2019instauration de ce rapport.<\/p>\n<p>En fait le patron ou les fondateurs sont gages de cette foi, de l\u2019esprit de l\u2019entreprise et leur pr\u00e9sence est dominante. Ils sont en effet les r\u00e9f\u00e9rents pour toute action et d\u00e9cision envisag\u00e9es au nom de l\u2019entreprise. Le pouvoir personnel est bien ainsi \u00e0 la base de cette conception, mais tout d\u00e9pend du type de pouvoir exerc\u00e9 : pouvoir absolu d\u2019un seul ou pouvoir personnel de tous dans l\u2019articulation de rapports de confiance et d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019entreprise commune.<\/p>\n<p>C\u2019est malheureusement la proximit\u00e9 de ces deux mod\u00e8les d\u2019entreprise qui fait souvent rejeter le meilleur \u00e0 cause du plus inacceptable. Les d\u00e9crire et les diff\u00e9rencier clairement devient alors une n\u00e9cessit\u00e9 salutaire.<\/p>\n<p>En effet, c\u2019est autour du m\u00eame principe, du m\u00eame type de finalit\u00e9s que l\u2019on pourra parler du travail comme d\u2019une cr\u00e9ation, d\u2019une expression personnelle. Que l\u2019on pourra aussi parler de responsabilit\u00e9 personnelle, de reconnaissance de la personne, de participation aux choix de l\u2019entreprise. L\u2019entreprise n\u2019est rien d\u2019autre ici que le produit de ces choix, initiatives, cr\u00e9ation des personnes et non l\u2019inverse. De ce fait, c\u2019est aussi l\u2019enrichissement des personnes qu\u2019elle vise contrairement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 ou c\u2019est le d\u00e9veloppement de l\u2019organisation qui est recherch\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise comme organisation est ici l\u2019accessoire de l\u2019entreprise consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019engagement de personne, comme aventure humaine. De ce fait, l\u2019organisation ne peut que suivre l\u2019\u00e9volution des d\u00e9sirs et des initiatives. Elle n\u2019est que le constat formel de l\u2019\u00e9tat de fait des rapports entre les partenaires.<\/p>\n<p>Dans ses rapports \u00e0 son environnement l\u2019entreprise dans cette finalit\u00e9 joue par sa \u00ab personnalit\u00e9 \u00bb. Globalisation des personnalit\u00e9s individuelles, la personnalit\u00e9 de l\u2019entreprise analogiquement lui donne des caract\u00e8res semblables.<\/p>\n<p>Elle est ainsi lieu d\u2019initiative, de cr\u00e9ation. Elle engage des rapports avec d\u2019autres entreprises, elle exprime ses caract\u00e8res propres, son esprit, ses particularit\u00e9s et devient une sorte de partenaire du jeu social. Pour cela, il est indispensable qu\u2019il y ait parfaite ad\u00e9quation entre les finalit\u00e9s et modes d\u2019expression de l\u2019entreprise dans son ensemble et de ceux de ses membres. On pourrait parler de \u00ab consensus \u00bb indispensable et en effet le consensus (ou sens commun) caract\u00e9rise les fondements de l\u2019entreprise collective dans cette orientation. Cependant, il faut ici faire deux remarques \u00e0 propos du \u00ab consensus \u00bb. La premi\u00e8re vient de la perversion dans l\u2019utilisation du terme qui confond consensus et accord formel. En effet, si le consensus est un accord sur les finalit\u00e9s, sur les orientations, il laisse libre les modalit\u00e9s. L\u2019inverse conduit \u00e0 de pseudo accords lorsqu\u2019aux m\u00eames modalit\u00e9s on accorde des significations diff\u00e9rentes ce qui rend caduques toutes possibilit\u00e9s r\u00e9elles de coop\u00e9ration. C\u2019est alors le r\u00e8gne du faux semblant.<\/p>\n<p>La seconde remarque, une fois r\u00e9tabli le terme de consensus, dans l\u2019acception de \u00ab communaut\u00e9 de sens \u00bb donc de finalit\u00e9 ou d\u2019orientation, consiste \u00e0 souligner que ce consensus peut \u00eatre forc\u00e9, ali\u00e9nant ou au contraire le produit d\u2019une d\u00e9marche autonome des personnes. C\u2019est toute la diff\u00e9rence et le risque qu\u2019un manque de discernement ferait courir.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat pour certains d\u2019\u00e9viter le d\u00e9veloppement de ce discernement, on retrouve alors l\u2019un des aspects du \u00ab mod\u00e8le industriel \u00bb. D\u2019o\u00f9 l\u2019urgence de d\u00e9velopper ce discernement pour que se d\u00e9veloppent des choix de consensus autonomes. La fuite devant cette n\u00e9cessit\u00e9, la r\u00e9action contre le risque de laisser s\u2019exprimer les personnes entrainent le choix inverse d\u2019un ordre, d\u2019une organisation, d\u2019entreprises qui se subordonnent les hommes au lieu d\u2019y \u00eatre subordonn\u00e9es.<\/p>\n<p>C\u2019est encore notamment le dilemme des cadres. Ou ils restent des organes de l\u2019organisation, ou ils deviennent des personnes responsables de leur entreprise et ils la mod\u00e8lent en cons\u00e9quence. Ou leur r\u00f4le est un r\u00f4le d\u2019ordre, de gestion ou il est un r\u00f4le d\u2019\u00e9tablissement et d\u2019animation des consensus. Voil\u00e0 le choix qu\u2019ouvre cette seconde alternative<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me partie &#8211; QUATRE MODELES ALTERNATIFS POUR L\u2019ENTREPRISE<\/strong><\/p>\n<p>Au lieu de rester dans le pi\u00e8ge manich\u00e9en de la bonne et de la mauvaise entreprise, nous allons entreprendre de croiser la double alternative que nous avons envisag\u00e9e. Cela nous permettra de reconna\u00eetre quatre mod\u00e8les d\u2019entreprises. Ils existent tous, plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9s, plus ou moins reconnus. Cela nous permettra \u00e9galement de reconna\u00eetre une pluralit\u00e9 de mod\u00e8les actuellement \u00e9voqu\u00e9s ou recherch\u00e9s et surtout de ne pas les confondre entre eux. La confusion \u00e9tant toujours au service du pire.<\/p>\n<p>D\u00e9crire quatre mod\u00e8les c\u2019est poser la possibilit\u00e9 du choix et sortir de l\u2019enfermement actuel de la r\u00e9flexion \u00e0 ce sujet qui profite au maintien du mod\u00e8le industriel. C\u2019est aussi s\u2019apercevoir de la nature effective des choix qui nous sont sugg\u00e9r\u00e9s et de leurs cons\u00e9quences. C\u2019est enfin \u00e9viter d\u2019autres pi\u00e8ges ou d\u2019autres impasses que le monde moderne propose comme solutions.<\/p>\n<p>Le sch\u00e9ma suivant permet de rep\u00e9rer les quatre mod\u00e8les d\u2019entreprises que nous allons d\u2019\u00e9crire dans leurs sp\u00e9cificit\u00e9s et leurs positions relatives, oppos\u00e9es ou inverses. Ils sont positionn\u00e9s en fonction des finalit\u00e9s dont on cherchera \u00e0 d\u00e9duire les modalit\u00e9s type (autrement dit des mod\u00e8les).<\/p>\n<p>On pourrait tr\u00e8s bien au lieu de quatre mod\u00e8les en discerner huit ou seize en partageant le plan avec plus de finesse. Quatre est d\u00e9j\u00e0 un progr\u00e8s suffisant par rapport \u00e0 la situation actuelle.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-794\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/files\/2012\/01\/png_entreprises2.png?resize=500%2C517\" alt=\"entreprises2.png\" width=\"500\" height=\"517\" align=\"center\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/files\/2012\/01\/png_entreprises2.png?w=500 500w, https:\/\/i0.wp.com\/nouvelles.coherences.com\/BLOG-HM\/files\/2012\/01\/png_entreprises2.png?resize=290%2C300 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p>Pour chacun de ces quatre mod\u00e8les et afin qu\u2019ils soient comparables nous examinerons sp\u00e9cifiquement quelques aspects syst\u00e9matiques. Apr\u00e8s une vision g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019entreprise pour chaque mod\u00e8le d\u00e9coulant de ses finalit\u00e9s, nous envisagerons d\u2019abord \u00e0 quelle conception de l\u2019homme, de la soci\u00e9t\u00e9 et du travail cela correspond autrement dit quelles valeurs. Seront \u00e9tudi\u00e9es ensuite quelques-unes des questions classiques \u00e0 propos de l\u2019entreprise pour en tracer le portrait.<\/p>\n<p>Le pouvoir, les structures, l\u2019encadrement, la participation des hommes, les probl\u00e8mes \u00e9conomiques, les technologies nouvelles, les m\u00e9thodes de contr\u00f4le et enfin la crise actuelle. Toutes ces questions seront abord\u00e9es du point de vue de chaque mod\u00e8le pour constituer l\u2019univers des repr\u00e9sentations et des r\u00e9alit\u00e9s de ces types d\u2019entreprises concevables.<\/p>\n<p><strong>I &#8211; LE MOD\u00c8LE IMP\u00c9RIALISTE<\/strong><\/p>\n<p>Il est tellement courant que m\u00eame la caricature risque d\u2019\u00eatre en de\u00e7\u00e0 de la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est l\u2019une des dimensions du mod\u00e8le industriel, l\u2019autre \u00e9tant constitu\u00e9e par le mod\u00e8le \u00e9conomique. Le mod\u00e8le imp\u00e9rialiste conjugue dans sa finalit\u00e9 le principe existentiel et personnel et le principe quantitatif et mat\u00e9riel. C\u2019est le c\u00f4t\u00e9 n\u00e9gatif du premier et le c\u00f4t\u00e9 subjectif du second.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise imp\u00e9rialiste a une finalit\u00e9 dont le mot cl\u00e9 est \u00abpossession\u00bb le terme est \u00e0 prendre sous diff\u00e9rents modes. La possession est l\u2019avidit\u00e9 (et le r\u00e9sultat) d\u2019appropriation, d\u2019accaparement. De ce fait l\u2019entreprise imp\u00e9rialiste vise \u00e0 renforcer la propri\u00e9t\u00e9 \u00ab mat\u00e9rielle \u00bb du \u00ab possesseur \u00bb de l\u2019entreprise. Il la poss\u00e8de au sens quasi totalitaire du terme, corps, \u00e2mes et biens. La finalit\u00e9 est le profit avec entretien de la confusion entre le profit de l\u2019entreprise, celui du (des) propri\u00e9taires, du pouvoir et l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Trivialement on pourrait dire que c\u2018est de cette mani\u00e8re que les personnes se font \u00ab avoir \u00bb ou \u00ab poss\u00e9der \u00bb. Sur le plan interne la finalit\u00e9 est inscrite dans le privil\u00e8ge absolu du pouvoir, propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Toucher \u00e0 l\u2019un comme \u00e0 l\u2019autre est consid\u00e9r\u00e9 comme d\u00e9possession, ils sont l\u2019un et l\u2019autre de m\u00eame essence. La mentalit\u00e9 imp\u00e9rialiste ou totalitaire entretien et se nourrit de la confusion avec le tout. C\u2019est sur cela que repose son emprise, son empire et qu\u2019y sont prises les personnes de l\u2019entreprise. La production vaut autant par ce qu\u2019elle est que par ce qu\u2019elle contribue \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de privil\u00e8ges de possession, c\u2019est-\u00e0-dire de monopoles. Le ressort de tout cela est \u00e0 chercher dans des dimensions archa\u00efques de la personnalit\u00e9 et de la soci\u00e9t\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 les pulsions et les culpabilit\u00e9s sont les plus agissantes.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que l\u2019espace poss\u00e9d\u00e9 peut \u00eatre plus ou moins vaste, mais il est certain qu\u2019il est essentiellement sans limites, c\u2019est-\u00e0-dire multinational et mondial. C\u2019est une des raisons pour internationaliser le champ d\u2019exercice des entreprises dont on a m\u00eame vu certaines donner plus ou moins directement leurs ordres \u00e0 des gouvernements ou plus banalement se plaindre de la \u00ab concurrence \u00bb de pouvoirs politiques \u00ab \u00e9troitement nationaux \u00bb. La division interne du travail et sa dimension internationale est l\u2019un des moyens d\u2019ali\u00e9nation les plus efficaces. La logique veut en effet que ce soit dans la lutte contre la nature humaine que s\u2019obtient l\u2019extraction de richesses pour les ma\u00eetres. C\u2019est la justification de l\u2019esclavage et de ses formes subtiles modernes.<\/p>\n<p>Soulignons enfin dans ce pr\u00e9ambule le fait que ce type d\u2019entreprise se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la production quotidienne des biens mat\u00e9riels, l\u2019exploitation des ressources et l\u2019accumulation de profits eux aussi mat\u00e9riels.<\/p>\n<p><strong>Les valeurs principales<\/strong><\/p>\n<p>Nous les avons ordonn\u00e9es autour de trois th\u00e8mes, l\u2019homme, la soci\u00e9t\u00e9, le travail pour chacun des mod\u00e8les. Dans le cas pr\u00e9sent le mensonge et la confusion faisant partie de la strat\u00e9gie \u00e9ventuelle, il est difficile de ne se r\u00e9f\u00e9rer qu\u2019au discours sans observer ce qui se passe r\u00e9ellement.<\/p>\n<p>Le souci \u00abfamilial\u00bb des fascismes est chose courante, seules les r\u00e9alisations le d\u00e9mentent au bout du compte. Le caract\u00e8re extr\u00eame de l\u2019exemple ne doit pas en faire oublier la banalit\u00e9 dans la vie quotidienne dans bien des entreprises o\u00f9 l\u2019ali\u00e9nation se traduit par l\u2019aveuglement et m\u00eame la complicit\u00e9 des personnes. Le consensus y r\u00e8gne tr\u00e8s souvent sans malheureusement que les parties prenantes, \u00e0 quelque niveau que ce soit, discernent pourquoi et comment il s\u2019est \u00e9tabli et maintenu.<\/p>\n<p><em>Les hommes.<\/em> Chaque mod\u00e8le d\u2019entreprise par sa finalit\u00e9 sous-tend une vision de l\u2019homme. Ici l\u2019homme y compris le patron est consid\u00e9r\u00e9 comme habit\u00e9 de pulsions, de d\u00e9sirs, qu\u2019il faut savoir ma\u00eetriser, dominer, brider, poss\u00e9der en quelque sorte. L\u2019homme est un animal mauvais et pour son bien il doit \u00eatre assujetti.<\/p>\n<p><em>Le travail.<\/em> C\u2019est l\u2019un des moyens de cette contrainte et cet assujettissement. Le prix est le droit \u00e0 la survie, le salaire, dont la base symbolique est le maintien de la subsistance. Le travail est appr\u00e9ci\u00e9 comme l\u2019effet d\u2019une force, la force de travail et l\u2019homme comme ayant \u00e0 en faire l\u2019effort. Voil\u00e0 une des bases du mod\u00e8le industriel avec la ma\u00eetrise symbolique de la force, de l\u2019\u00e9nergie par la machine \u00e0 vapeur. Il n\u2019y a pas loin bizarrement de la vapeur \u00e0 la sueur, de la pression \u00e0 l\u2019oppression.<\/p>\n<p><em>La soci\u00e9t\u00e9.<\/em> Le monde social est consid\u00e9r\u00e9 comme un amalgame affect\u00e9 d\u2019une sorte d\u2019\u00e2me, animale. Elle est donc consid\u00e9r\u00e9e comme un danger \u00e0 ma\u00eetriser ou au contraire une force \u00e0 lib\u00e9rer. L\u2019entreprise tend \u00e0 se confondre avec la soci\u00e9t\u00e9. Lorsque production et vie sociale sont confondues nous sommes dans ce syst\u00e8me. Lorsque la soci\u00e9t\u00e9 occidentale se nomme \u00ab le monde industrialis\u00e9 \u00bb, c\u2019est exactement ce qui se passe. Inutile de dire ce que peut signifier le souhait d\u2019industrialiser \u00e0 tout prix les pays en voie de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive les conceptions de la soci\u00e9t\u00e9, de l\u2019homme et du travail justifient ce type d\u2019entreprise comme l\u2019une des organisations majeures ordonn\u00e9e \u00e0 la finalit\u00e9 de possession.<\/p>\n<p><strong>Les caract\u00e9ristiques propres<\/strong><\/p>\n<p><em>Le pouvoir.<\/em> Il est assimil\u00e9 \u00e0 la possession, propri\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rielle et pouvoir personnel sont enti\u00e8rement confondus. Que le propri\u00e9taire soit l\u2019Etat ou priv\u00e9, quelle que soit l\u2019entit\u00e9 propri\u00e9taire, le probl\u00e8me reste absolument inchang\u00e9. Le pouvoir fond\u00e9 sur la propri\u00e9t\u00e9, vise \u00e0 accroitre cette propri\u00e9t\u00e9. C\u2019est un pouvoir de domination fond\u00e9 dans le consensus \u00e9tabli avec les domin\u00e9s. Le consensus est r\u00e9el m\u00eame s\u2019il n\u2019est ni volontaire, ni conscient et m\u00eame s\u2019il est conflictuel. Le pouvoir est en effet toujours en lutte pour se maintenir et s\u2019\u00e9tendre et c\u2019est un climat de lutte qu\u2019il entretient volontiers. Chaque fois que l\u2019analyse de l\u2019entreprise est fond\u00e9e sur une th\u00e9orie de la lutte des pouvoirs, on s\u2019enferme dans cette logique. La nature du vainqueur n\u2019y change rien. Les lendemains ne chantent jamais. Pouvoir divin, d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences servent \u00e0 maintenir une acceptation effective m\u00eame dans le conflit.<\/p>\n<p><em>L\u2019encadrement.<\/em> Il est en g\u00e9n\u00e9ral peu d\u00e9velopp\u00e9, c\u2019est autour des valeurs d\u2019autorit\u00e9 (dominance) qu\u2019il se d\u00e9finit, mais aussi d\u2019acceptation absolue de l\u2019autorit\u00e9 sup\u00e9rieure servie. C\u2019est parmi le personnel que se choisit cette ma\u00eetrise qui bien que constituant le bras (droit ou gauche) de l\u2019autorit\u00e9 sup\u00e9rieure n\u2019en reste pas moins du c\u00f4t\u00e9 des subordonn\u00e9s. Agent de ma\u00eetrise en titre ou de fait, cela fera l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et l\u2019inqui\u00e9tude qui sous-tend le r\u00f4le d\u2019encadrement. C\u2019est un r\u00f4le d\u2019ex\u00e9cutant sup\u00e9rieur dont les b\u00e9n\u00e9fices plus ou moins substantiels ne mettent pas en p\u00e9ril la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p><em>La structure.<\/em> Elle est en principe relativement simplifi\u00e9e sur le plan formel. Cependant, elle est faite d\u2019un tissu de relations de pouvoir ambigu\u00ebs et d\u2019un certain flou soigneusement entretenu. Ces entreprises dont l\u2019organigramme est toujours faux ou en instance de formalisation, maintenant un doute perp\u00e9tuel entretiennent la confusion. En tout \u00e9tat de cause la structure trace des rapports entre les personnes et l\u2019autorit\u00e9 est au fond limit\u00e9e \u00e0 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 et le pouvoir, de l\u2019autre le personnel, l\u2019encadrement flottant entre les deux. En outre ce n\u2019est pas un crit\u00e8re de qualification qui diff\u00e9renciera les membres du personnel mais \u00e9ventuellement d\u2019adh\u00e9sion aux finalit\u00e9s de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Le partage des r\u00f4les restera relativement flou avec comme seule base rep\u00e9rable le processus de production. Chacun tendra \u00e0 s\u2019y \u00ab approprier \u00bb un territoire \u00e0 la mesure de son adh\u00e9sion et de la \u00abconfiance\u00bb qui lui est accord\u00e9e par le pouvoir de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La participation des hommes \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise<\/strong><\/p>\n<p>Persuad\u00e9s de la n\u00e9cessit\u00e9 et de la fatalit\u00e9 de leur condition, il n\u2019y aura pas de mise en question de cette activit\u00e9 (pas plus que des finalit\u00e9s de l\u2019entreprise). La seule lutte engag\u00e9e s\u2019ordonnera autour du rapport de forces jusqu\u2019\u00e0 \u00e9ventuellement souhaiter d\u00e9poss\u00e9der les possesseurs pour mettre une autre entit\u00e9 \u00e0 la place. La participation demand\u00e9e et obtenue, c\u2019est l\u2019assujettissement autrement dit la subordination. C\u2019est le temps comme la force qui sont immobilis\u00e9s au service de l\u2019entreprise et on se souciera souvent beaucoup plus du maintien de cette subordination que de la comp\u00e9tence ou l\u2019efficacit\u00e9 du travail. C\u2019est ce qui demande une autorit\u00e9 de commandement forte et une parcellisation des t\u00e2ches pour les rendre moins d\u00e9pendantes des comp\u00e9tences \u00e9ventuelles. Les rapports entre les personnes sont en g\u00e9n\u00e9ral appauvris ou ramen\u00e9s aux affects les moins \u00e9labor\u00e9s. La duret\u00e9 des relations en d\u00e9coule, mais aussi le caract\u00e8re passionnel des comportements collectifs. La parole ne se prend que sous ce mode passionnel ou elle ne se prend pas. Raison de plus de justifier la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab portes paroles \u00bb ou de contrainte de cette parole. Une formation de type dressage peut \u00eatre alors envisag\u00e9e.<\/p>\n<p>Le plus souvent en tout cas les \u00ab travailleurs \u00bb tairont leur vie au travail quitte \u00e0 en cr\u00e9er une fiction pour eux-m\u00eames et leur famille, fiction destin\u00e9e \u00e0 supporter cette condition. Toutes sortes de versions sont possibles, mais leur entretien permet toujours de maintenir la confusion et le mod\u00e8le imp\u00e9rialiste de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p><strong>Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques. <\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019une des fictions utilis\u00e9es. Si on arrive \u00e0 faire s\u2019identifier les personnes aux difficult\u00e9s r\u00e9elles ou suppos\u00e9es de l\u2019entreprise, on lui permettra de poursuivre sa finalit\u00e9. Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques outre leur utilit\u00e9 manipulatoire sont trait\u00e9s autour du concept de possession. Ressources disponibles, ressources immobilisables, ressources acquises en sont les principes. Le profit mat\u00e9riel repr\u00e9sente la finalit\u00e9 de l\u2019entreprise. Toute la probl\u00e9matique \u00e9conomique est subordonn\u00e9e \u00e0 son obtention. La logique qui y pr\u00e9vaut, veut que plus il y a possession de ressources mat\u00e9rielles, humaines, financi\u00e8res et plus il y a profit. Les frais de fonctionnement de l\u2019entreprise sont consid\u00e9r\u00e9s comme anormaux et r\u00e9duits au maximum au profit des immobilisations.<\/p>\n<p><strong>Les technologies nouvelles.<\/strong><\/p>\n<p>Ce th\u00e8me d\u2019actualit\u00e9 ne fait pas bon m\u00e9nage avec le mod\u00e8le imp\u00e9rialiste. Cela fait qu\u2019il est technologiquement le plus souvent en retard sur ce plan. En effet, la technologie n\u00e9cessitant la pr\u00e9sence de sp\u00e9cialistes et au plus haut niveau de comp\u00e9tence, diminue le pouvoir de possession sur les hommes. De ce fait, le mod\u00e8le imp\u00e9rialiste n\u2019acc\u00e8de aux nouvelles technologies que dans la mesure o\u00f9 cela augmente son emprise, c\u2019est-\u00e0-dire soit lorsqu\u2019il y a une d\u00e9valorisation des t\u00e2ches (m\u00e9canographie, montages \u00e9lectroniques&#8230;) soit lorsqu\u2019il y a suppression du personnel. La premi\u00e8re solution sera choisie dans les pays o\u00f9 la main d\u2019oeuvre est bon march\u00e9 et peu en mesure de r\u00e9agir (tiers monde), la seconde dans les pays o\u00f9 cette main d\u2019oeuvre se fait plus exigeante (robotisation dans les pays riches).<\/p>\n<p>C\u2019est en tout cas un changement de modalit\u00e9 et pas de finalit\u00e9. En outre, les nouvelles technologies ne seront envisag\u00e9es que par la plus grande possibilit\u00e9 de domination qu\u2019elles \u00e9voquent. Les m\u00e9ga syst\u00e8mes centralisateurs seront toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s aux mini syst\u00e8mes. L\u2019actualit\u00e9 \u00e9lectronique ou \u00e9nerg\u00e9tique en donne suffisamment d\u2019exemples.<\/p>\n<p><strong>Les m\u00e9thodes de contr\u00f4le<\/strong><\/p>\n<p>On placerait ailleurs dans ce chapitre les m\u00e9thodes de gestion. Ici la gestion est en g\u00e9n\u00e9ral relativement r\u00e9duite. Hormis les contraintes fiscales ou administratives impos\u00e9es par les \u00e9tats, la gestion est r\u00e9duite \u00e0 l\u2019organisation du stockage des ressources. Espaces d\u2019exploitation, espaces de production, espaces de conservation et de protection des profits. La concentration est souvent le moins on\u00e9reux si bien que le \u00abstockage\u00bb des ressources humaines en grand nombre dans des espaces aussi r\u00e9duits que possibles est fr\u00e9quent. Le suivi de ces diff\u00e9rents stocks est le principal moyen de contr\u00f4le effectifs, masses immobilis\u00e9es, profits, r\u00e9serves. C\u2019est la raison pour laquelle les entreprises de mod\u00e8le imp\u00e9rialiste ne s\u2019embarrassent pas de m\u00e9thodes de gestion sophistiqu\u00e9es et qu\u2019on peut leur reprocher \u00e0 juste titre de privil\u00e9gier l\u2019int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat sur le long terme qui r\u00e9clame une prospective plus \u00e9labor\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>La crise<\/strong><\/p>\n<p>En tant que l\u2019un des th\u00e8mes importants d\u2019aujourd\u2019hui, il est bon d\u2019y situer chaque mod\u00e8le. Ici, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme un risque de d\u00e9possession, de perte de privil\u00e8ge, mais en m\u00eame temps comme l\u2019occasion de plus grandes exigences. Celles-ci sont satisfaites d\u2019autant plus que la crise inqui\u00e8te les salari\u00e9s et facilite alors la confusion entre l\u2019int\u00e9r\u00eat collectif et celui du pouvoir possessif. Une des plus belles astuces est de d\u00e9clarer l\u2019\u00e9tat de \u00ab guerre \u00e9conomique \u00bb. Cependant, faute d\u2019avoir d\u00e9sign\u00e9 l\u2019ennemi, tous ceux qui n\u2019adh\u00e9reraient pas \u00e9troitement \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur, sont susceptibles d\u2019\u00eatre d\u00e9sign\u00e9s comme tels et traitres \u00e0 leurs concitoyens. La lutte contre la nature des hommes, principe de ce mod\u00e8le d\u2019entreprise est fortement r\u00e9activ\u00e9e \u00e0 son b\u00e9n\u00e9fice. Plus le sentiment de guerre \u00e9conomique se d\u00e9veloppe, plus les raisonnements simplistes et confus pr\u00e9valent et moins il est temps de \u00ab discuter \u00bb. Si le jeu d\u00e9rape, un v\u00e9ritable ennemi ext\u00e9rieur peut \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 et une guerre v\u00e9ritable se substituer \u00e0 la fiction entretenue.<\/p>\n<p>L\u2019histoire r\u00e9cente donne bien des exemples de ce sc\u00e9nario et de sa redoutable efficacit\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle comme \u00e0 celle de petites entreprises avec des enjeux plus locaux, \u00e9lectoraux par exemple ou avec tout autre ennemi d\u00e9sign\u00e9.<\/p>\n<p><strong>II &#8211; LE MODELE \u00c9CONOMIQUE<\/strong><\/p>\n<p>Par rapport au pr\u00e9c\u00e9dent il est beaucoup plus rassurant, au premier abord. Il appara\u00eetra m\u00eame aseptis\u00e9 par rapport \u00e0 la violence des affects et des passions que peut susciter le mod\u00e8le imp\u00e9rialiste. Entre les principes, quantitatif, mat\u00e9riel et structure, organique, le mod\u00e8le \u00e9conomique a une finalit\u00e9 tr\u00e8s objective. Essayons d\u2019en d\u00e9gager les id\u00e9es fortes et la logique.<\/p>\n<p>Ses mots cl\u00e9s sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9quilibres, \u00e9changes, circulation, agents ou facteurs, syst\u00e8mes. C\u2019est en d\u00e9finitive un mod\u00e8le m\u00e9caniste. En effet, l\u2019entreprise a pour finalit\u00e9 d\u2019entretenir un syst\u00e8me et de s\u2019entretenir dans ce syst\u00e8me. Cela peut \u00eatre le plus souvent le syst\u00e8me \u00e9conomique. C\u2019est d\u2019ailleurs cela que le terme \u00ab \u00e9conomique \u00bb sous-tend.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise, agent de transformation vise \u00e0 \u00e9tablir un \u00e9quilibre dans une circulation de biens et de personnes. Ceux-ci sont objectiv\u00e9s \u00e0 tel point qu\u2019ils peuvent \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s par une valeur mon\u00e9taire et donner lieu \u00e0 une monnaie d\u2019\u00e9change. L\u2019entreprise \u00e9conomique s\u2019inscrit selon son optique et sa finalit\u00e9 dans un syst\u00e8me, par exemple l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Sa th\u00e9orie est symptomatiquement ordonn\u00e9e \u00e0 la loi de l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019offre et de la demande. Elle constitue une tentative d\u2019objectivation des rapports humains r\u00e9duits aux circulations et aux transactions, aux changes et aux \u00e9changes.<\/p>\n<p>Une fois pos\u00e9 le syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence, toute l\u2019activit\u00e9 devient un travail d\u2019adaptation au milieu (ou au march\u00e9). Pour ce faire chaque agent : l\u2019entreprise, ses correspondants ext\u00e9rieurs, clients, fournisseurs, ses agents propres, chacun \u00e0 son poste agit pour \u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre des circulations et des \u00e9changes. Le personnel, chaque individu \u00e0 son poste de travail re\u00e7oit des entr\u00e9es et \u00e9met des sorties vers un autre maillon de la cha\u00eene d\u2019activit\u00e9. L\u2019entreprise re\u00e7oit des mati\u00e8res premi\u00e8res, des possibilit\u00e9s financi\u00e8res, du personnel et par le biais d\u2019une bonne gestion des flux \u00e9mettra des biens \u00e0 distribuer, des plus values financi\u00e8res pour reconstituer les ressources, des r\u00e9mun\u00e9rations pour permettre \u00e0 ses agents de production d\u2019\u00eatre aussi des agents de consommation sur les march\u00e9s o\u00f9 ils figurent.<\/p>\n<p>Cette entreprise d\u2019une logique objective simple et incontournable, tant est simple la notion m\u00e9canique d\u2019\u00e9quilibre. L\u2019id\u00e9e d\u2019int\u00e9gration au milieu est aussi gratifiante. Le seul inconv\u00e9nient est que cela s\u2019applique aux hommes et pas exclusivement aux objets mat\u00e9riels. Ainsi bien que ce soit tr\u00e8s satisfaisant pour l\u2019esprit, par l\u2019absence d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et de tension que cela propose, le mod\u00e8le \u00e9conomique de l\u2019entreprise est tellement objectif qu\u2019il est d\u00e9shumanisant. Il correspond cependant tout \u00e0 fait \u00e0 des mentalit\u00e9s individualistes d\u2019aujourd\u2019hui, si bien qu\u2019il est souvent r\u00e9clam\u00e9 ou attendu comme meilleure alternative au mod\u00e8le imp\u00e9rialiste. Il est cependant l\u2019un des pendants du mod\u00e8le industriel.<\/p>\n<p><strong>Les valeurs principales<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019entreprise \u00e9conomique repose sur des valeurs qui apparaissent comme tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans la modernit\u00e9. En effet, la recherche de l\u2019\u00e9quilibre individuel, la recherche de la satisfaction \u00e9quilibr\u00e9e des besoins, celle d\u2019avoir une identit\u00e9 et un statut dans l\u2019environnement sont tr\u00e8s pris\u00e9es au point d\u2019\u00eatre \u00e9rig\u00e9es en lois naturelles. L\u2019\u00e9quilibre de vie avec son environnement, le th\u00e8me m\u00eame de l\u2019environnement et des \u00e9quilibres \u00e9cologiques appartient pour une de ses faces \u00e0 ces valeurs actuelles. Il faut cependant garder ici la seule perspective objectiviste qui tend \u00e0 \u00e9carter toute subjectivit\u00e9. Cela fait d\u2019ailleurs la popularit\u00e9 d\u2019une certaine vulgarisation scientifique, celle aussi des valeurs physiques corporelles, celle enfin des valeurs d\u2019\u00e9change et de consommation, notamment de signes. L\u2019entreprise a pu m\u00eame \u00eatre d\u00e9crite dans ce mod\u00e8le comme agent de production et de circulation de signes. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 rep\u00e9rer parmi ces signes tout ce que la soci\u00e9t\u00e9 de consommation a appliqu\u00e9 \u00e0 ses biens de consommations comme signes d\u2019identit\u00e9 des personnes. En effet, la mesure d\u2019une certaine valeur personnelle s\u2019y calcule en fonction du taux de participation aux circulations et donc, la nature et la quantit\u00e9 de biens de consommation accessibles. L\u2019entreprise entretient par ce fait la production de signes d\u2019identit\u00e9s, traduits notamment dans ses structures propres. Un autre aspect de la circulation des signes et le poids consid\u00e9rable que prend le terme de l\u2019information. Ce terme est tellement valoris\u00e9 qu\u2019il tend \u00e0 expliquer par ses quantit\u00e9s, flux, circulations, \u00e9changes traitement et avatars divers, la totalit\u00e9 du syst\u00e8me socio-\u00e9conomique. L\u2019int\u00e9r\u00eat pour tout le traitement de l\u2019information, ses machines et m\u00e9canismes en est la cons\u00e9quence.<\/p>\n<p><em>Les hommes.<\/em> Ils sont ici agents ou facteurs, on les dira aussi acteurs du syst\u00e8me. Ils se d\u00e9finissent par leur niveau de participation aux syst\u00e8mes de r\u00e9f\u00e9rence, \u00e9conomique, \u00e9cologique ou autres milieux, y compris l\u2019entreprise elle-m\u00eame comme milieu. C\u2019est en d\u00e9finitive par son \u00abcommerce\u00bb avec les autres facteurs ou acteurs qu\u2019il marque son individualit\u00e9. De ce fait, les valeurs humaines et commerciales tendent \u00e0 se confondre dans la mesure ou l\u2019une et l\u2019autre sont ici objectiv\u00e9es. Les hommes commercent avec l\u2019entreprise par le biais de contrats et conventions marquant l\u2019\u00e9tat des \u00e9quilibres, les circulations et les \u00e9quivalences.<\/p>\n<p><em>Le travail.<\/em> Il est ici avant tout valeur d\u2019\u00e9change donc objectivement \u00e9valuable. Il consiste \u00e0 faire circuler (fonctionnel) ou transformer (op\u00e9rationnel) quelque chose dans un circuit de production ou d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>De ce fait le travail vaut par le poste occup\u00e9 dans ce circuit. Ainsi le salaire d\u00e9pend moins d\u2019une comp\u00e9tence ou d\u2019une exp\u00e9rience que de l\u2019adaptation \u00e0 un poste dans un syst\u00e8me de circulation. L\u2019id\u00e9al est de trouver une bonne place, celle o\u00f9 on trouve le meilleur \u00e9quilibre.<\/p>\n<p><em>La soci\u00e9t\u00e9.<\/em> Elle est la sc\u00e8ne ou le milieu o\u00f9 s\u2019instaurent les circulations et s\u2019\u00e9tablissent les \u00e9quilibres. Elle est aussi le produit de l\u2019activit\u00e9 des acteurs et, de ce fait, l\u2019entreprise du mod\u00e8le \u00e9conomique en est un acteur important dans la mesure o\u00f9 elle est un agent \u00e9conomique important. L\u2019entreprise \u00e9conomique s\u2019adapte et tend \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre de la soci\u00e9t\u00e9, march\u00e9, milieu o\u00f9 elle participe.<\/p>\n<p><strong>Les caract\u00e9ristiques propres du mod\u00e8le \u00e9conomique de l\u2019entreprise.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><em>Le pouvoir.<\/em> Il est objectiv\u00e9 et de fait relativement effac\u00e9. Il est li\u00e9 avec la charge de faire fonctionner le syst\u00e8me et avec le lieu le plus central dans la circulation de l\u2019information. Le pouvoir est ainsi d\u00e9fini par le lieu (poste) occup\u00e9 et s\u2019exerce par le recueil et la distribution d\u2019informations. Il apparait donc ind\u00e9pendant de la personnalit\u00e9 et m\u00eame des qualit\u00e9s du d\u00e9tenteur et uniquement justifi\u00e9 par l\u2019opportunit\u00e9 de se trouver plac\u00e9 dans le bon lieu. Le pouvoir central est le gage du bon \u00e9quilibre des circulations dans l\u2019entreprise et hors de l\u2019entreprise et de l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019activit\u00e9 entr\u00e9es-sorties, \u00e9conomique, mat\u00e9riel, humain.<br \/>\nLe d\u00e9tenteur d\u2019un pouvoir est sens\u00e9 s\u2019informer utilement et distribuer les informations utiles pour que tous les rouages puissent fonctionner. C\u2019est un r\u00f4le de r\u00e9gulateur.<\/p>\n<p><em>L\u2019encadrement.<\/em> Son principe et sa fonction d\u00e9coule de la finalit\u00e9 du mod\u00e8le \u00e9conomique. Dans le syst\u00e8me entreprise, il y a besoin d\u2019occuper des lieux plaques tournantes o\u00f9 est n\u00e9cessaire un agent de circulation particuli\u00e8rement vigilant. C\u2019est le r\u00f4le du cadre d\u2019occuper un tel poste et sa fonction identifi\u00e9e \u00e0 la place occup\u00e9e, consiste encore \u00e0 savoir s\u2019informer et savoir redistribuer l\u2019information apr\u00e8s l\u2019avoir convenablement transform\u00e9e. C\u2019est souvent un r\u00f4le de n\u00e9gociation. Nous parlons d\u2019information en g\u00e9n\u00e9ralisant comme on le fait ce concept. Cela peut \u00eatre favorablement tout ce qui concerne la connaissance de l\u2019environnement, du march\u00e9 et la d\u00e9termination puis la distribution des objectifs d\u2019adaptation. Les fonctions commerciales, les fonctions centralisatrices d\u2019information (informatique, magasin, administration gestion) sont particuli\u00e8rement valoris\u00e9es. Les qualit\u00e9s demand\u00e9es au cadre sont d\u2019abord des qualit\u00e9s d\u2019adaptation et d\u2019opportunit\u00e9. En fait la mobilit\u00e9 de l\u2019emploi est la r\u00e8gle lorsqu\u2019il s\u2019agit de suivre les opportunit\u00e9s du syst\u00e8me et de s\u2019adapter aux fluctuations conjoncturelles. Le caract\u00e8re \u00abobjectif\u00bb de l\u2019entreprise \u00e9conomique conduit \u00e0 l\u2019absence d\u2019attachement, ce qui fait que l\u2019encadrement g\u00e8re sa carri\u00e8re selon le march\u00e9 de l\u2019emploi et ne se trouve g\u00e9n\u00e9ralement que de passage dans l\u2019entreprise.<\/p>\n<p><em>La structure.<\/em> Elle est con\u00e7ue autour des circulations, lieu de croisement ou de transformation. On conservera facilement plusieurs structures superpos\u00e9es selon le type d\u2019op\u00e9ration \u00e0 g\u00e9rer. Structure transversale, fonction de coordination, \u00e9tablissement de circuits temporaires, etc. On aura probablement le plus souvent un organigramme changeant r\u00e9guli\u00e8rement avec une certaine souplesse. Des structures temporaires seront volontiers \u00e9tablies, commissions, r\u00e9unions, groupes de travail, de coordination, de r\u00e9flexion, d\u2019information. Une certaine d\u00e9compression dans le mod\u00e8le industriel a d\u00e9velopp\u00e9 toute sorte de \u00abm\u00e9thodes modernes de management\u00bb qui visaient \u00e0 \u00e9tablir des structures parall\u00e8les avec multiplication des \u00e9changes entre les partenaires dans et hors de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p><em>La participation des hommes.<\/em> Tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de pourrait para\u00eetre tr\u00e8s satisfaisant dans la mesure o\u00f9 tout doit bien circuler et viser \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre. On peut penser que chacun est adapt\u00e9 \u00e0 son poste, que les relations sont bonnes puisque organis\u00e9es, souples et que la circulation de l\u2019information est privil\u00e9gi\u00e9e. On verra m\u00eame des fonctions sp\u00e9cifiques pour la communication et l\u2019information. C\u2019est ignorer que l\u2019homme a un rapport symbolique au monde qui l\u2019entoure, que c\u2019est un sujet irr\u00e9ductible \u00e0 ses rapports objectifs \u00e0 l\u2019environnement. Ainsi les hommes se trouvent-ils plac\u00e9s dans une sorte de machine dont ils ne sont que rouages ou courroies de transmission en tant qu\u2019acteurs, facteurs ou agents mais non en tant que sujets. C\u2019est une situation d\u00e9shumanisante. Tout est objectivement possible pour que les choses se passent bien sauf la consid\u00e9ration de la personne r\u00e9duite \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019individu ou de \u00abposte occup\u00e9\u00bb, m\u00eame au plus haut niveau.<\/p>\n<p><em>Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques.<\/em> L\u2019entreprise les consid\u00e8re en priorit\u00e9 avec ceux de l\u2019adaptation au march\u00e9. En effet, depuis la th\u00e9orie \u00e9conomique jusqu\u2019\u00e0 la gestion du flux mon\u00e9taire, l\u2019\u00e9conomique est le visage m\u00eame de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019entreprise. Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques interviennent \u00e0 la fois pour contr\u00f4ler l\u2019entreprise par leur suivi et en outre pour imprimer le mouvement \u00e0 l\u2019organisation. Sur ce deuxi\u00e8me plan que ce soit par l\u2019attribution de budgets, l\u2019\u00e9tablissement de prix, la convention de march\u00e9s, de contrats de ventes, de salaires, etc. l\u2019\u00e9conomique est par le biais de l\u2019universalit\u00e9 de la monnaie d\u2019\u00e9change ce qu\u2019il y a de plus important. La gestion des signes \u00e9conomiques et la recherche des \u00e9quilibres place ce type de gestion au premier rang des pr\u00e9occupations de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p><em>Les technologies nouvelles.<\/em> Elles seront consid\u00e9r\u00e9es dans le mod\u00e8le \u00e9conomique par deux aspects: une possibilit\u00e9 d\u2019adaptation meilleure \u00e0 l\u2019environnement et au march\u00e9, nouvelles possibilit\u00e9s de produits et par l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des circulations. Ainsi les machines de traitement de l\u2019information, envisag\u00e9es pour leur rapidit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution, seront appr\u00e9ci\u00e9es pour cela.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs bien souvent par l\u2019informatique de gestion que l\u2019ordinateur a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l\u2019entreprise. Cependant ce n\u2019est que par une meilleure possibilit\u00e9 d\u2019adaptation au milieu (march\u00e9 ou milieu interne) que s\u2019appr\u00e9cient les nouvelles technologies et non pas par leurs performances intrins\u00e8ques. Les syst\u00e8mes adaptatifs seront pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s aux grands syst\u00e8mes centralis\u00e9es, les r\u00e9seaux aux petits syst\u00e8mes isol\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Les m\u00e9thodes de contr\u00f4le.<\/em> On a d\u00e9j\u00e0 vu que le suivi \u00e9conomique par l\u2019enregistrement de ses signes jouait le r\u00f4le de syst\u00e8me de contr\u00f4le. On peut y rajouter un \u00e9tat d\u2019esprit moderne, celui de l\u2019approche syst\u00e8me o\u00f9 effectivement la gestion des circulations, des \u00e9quilibres, des boucles d\u2019interaction, des r\u00e9gulations constitue le principe de base. L\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019approche syst\u00e8me pour g\u00e9rer l\u2019entreprise \u00e9conomique marque le progr\u00e8s de l\u2019id\u00e9e de ce mod\u00e8le d\u2019entreprise. Le peu d\u2019entreprises r\u00e9elles o\u00f9 cela s\u2019applique montre que si ce mod\u00e8le est souhait\u00e9 dans les esprits, il n\u2019est gu\u00e8re r\u00e9pandu dans les faits.<\/p>\n<p><em>La crise.<\/em> Pour le mod\u00e8le \u00e9conomique, il s\u2019agit \u00e9videmment de la rupture des \u00e9quilibres, crise mon\u00e9taire, crise d\u2019approvisionnement en mati\u00e8res premi\u00e8res et \u00e9nerg\u00e9tiques par exemple. On dira volontiers que la crise est un passage, un moment de recherche et de r\u00e9tablissement des \u00e9quilibres du syst\u00e8me. On cherchera alors \u00e0 r\u00e9tablir les grands (ou petits) \u00e9quilibres en jouant sur les flux, acc\u00e9l\u00e9rations ou blocages provisoires. En tout cas la crise ne peut \u00eatre qualifi\u00e9e ici que \u00abd\u2019\u00e9conomique\u00bb sans que soient remis en cause ni le mod\u00e8le industriel, ni le mod\u00e8le culturel m\u00e9caniste. Il ne s\u2019agira bien sur que de r\u00e9tablir des circuits plus souples et de retrouver de nouveaux \u00e9quilibres dans le m\u00eame syst\u00e8me. La crise n\u2019est ainsi qu\u2019un changement d\u2019\u00e9tat du syst\u00e8me sinon son auto adaptation.<\/p>\n<p><strong>\u2028III &#8211; LE MOD\u00c8LE TECHNOLOGIQUE<\/strong><\/p>\n<p>Nous sortons du mod\u00e8le industriel avec ses deux versions \u00abimp\u00e9rialiste\u00bb et \u00ab\u00e9conomique\u00bb. Le mod\u00e8le technologique oppose la raison et l\u2019utilit\u00e9 \u00e0 la possession et aux passions. Il opposera la comp\u00e9tence et les performances des hommes et des outils au pouvoir et \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Par rapport au mod\u00e8le \u00e9conomique, il garde un certain ordre, organique, structur\u00e9 mais remplace le quantitatif et le mat\u00e9riel par le qualitatif et l\u2019humain. La valeur des ratios (rationalit\u00e9, efficacit\u00e9, utilit\u00e9&#8230;) remplacera la quantit\u00e9 pure.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise technologique comme son nom l\u2019indique se justifie par sa technicit\u00e9, autrement dit sa capacit\u00e9 d\u2019op\u00e9rer efficacement des transformations utiles \u00e0 l\u2019homme. Elle est elle-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e comme un outil, un appareil dont l\u2019int\u00e9r\u00eat ne r\u00e9side que dans sa reproduction d\u2019outils pour l\u2019homme et la soci\u00e9t\u00e9 ou plus g\u00e9n\u00e9ralement sa fonction d\u2019utilit\u00e9. Cependant sa finalit\u00e9 se confond avec une recherche d\u2019efficacit\u00e9 instrumentale (technique) sans qu\u2019\u00e0 aucun moment soient pos\u00e9es les questions de la subjectivit\u00e9 des personnes et des communaut\u00e9s humaines. Ici l\u2019utilit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 se d\u00e9finissent en soi. De l\u00e0 viennent bien des probl\u00e8mes humains, personnels et culturels. Les \u00abvaleurs\u00bb de cette entreprise technologique restent essentiellement \u00abobjectives\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Les valeurs principales.<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019entreprise technologique place au premier rang le principe de l\u2019efficacit\u00e9 et celui de la rationalit\u00e9. On pourrait parler de la \u00abraison op\u00e9rante\u00bb autrement dit de la capacit\u00e9 de \u00abfaire\u00bb intelligemment c\u2019est-\u00e0-dire rationnellement ou conform\u00e9ment \u00e0 la raison. En cons\u00e9quence les comp\u00e9tences et les performances sont les deux crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation les plus utiles pour ce type d\u2019entreprises. De ce fait les \u00abtechniques de pointes\u00bb y sont, comme on le verra, particuli\u00e8rement valoris\u00e9es et valorisantes dans le fonctionnement de ces entreprises. Notons l\u2019opposition radicale avec les valeurs de l\u2019entreprise imp\u00e9rialiste dont les cons\u00e9quences vont se marquer dans tous les aspects de l\u2019entreprise technologique et notamment dans un certain ang\u00e9lisme caract\u00e9ristique de \u00ab techniciens \u00bb apparemment non concern\u00e9s par les questions de possession et de pouvoir. Ils fondent en effet leur action dans l\u2019efficacit\u00e9 technique et non dans une subjectivit\u00e9 suspecte d\u2019irrationalit\u00e9.<\/p>\n<p><em>Les hommes.<\/em> La conception de l\u2019homme qui s\u2019assortit \u00e0 ce type d\u2019entreprises est fond\u00e9e sur la raison. L\u2019homo-faber est son anc\u00eatre en passant par l\u2019artisan pour arriver au technicien moderne. Il trouve sa qualit\u00e9 dans ses comp\u00e9tences c\u2019est-\u00e0-dire le savoir faire qu\u2019il a acquis dans sa sp\u00e9cialit\u00e9 et dans ses performances, autrement dit la valeur des r\u00e9sultats obtenus par l\u2019usage de ses comp\u00e9tences. Tout cela est parfaitement rationnel. Cependant cet homme ressortit d\u2019un humanisme o\u00f9 il est plus objet dou\u00e9 de raison que sujet. En effet il mesure sa valeur par ses effets selon des finalit\u00e9s hors de lui-m\u00eame si bien que la question d\u2019une comp\u00e9tition avec des appareils plus efficaces que lui est toujours pr\u00e9sente, l\u2019ordinateur en particulier, o\u00f9 la raison est directement en cause. L\u2019homme et l\u2019outil risquent de se confondre si \u00ab l\u2019efficacit\u00e9 \u00bb est la seule mesure.<\/p>\n<p><em>Le travail.<\/em> L\u2019homme au travail est justement dans un acte instrumental o\u00f9 l\u2019outil prolonge le geste en restant de m\u00eame nature. Le travail dans sa nature consiste \u00e0 op\u00e9rer, transformer dans un but fix\u00e9 \u00e0 l\u2019avance. C\u2019est toujours un acte \u00abconstructif\u00bb o\u00f9 le produit est valoris\u00e9 de l\u2019effet du travail, lui m\u00eame valoris\u00e9 en cons\u00e9quence comme l\u2019homme qui l\u2019accomplit. Par rapport aux mod\u00e8les pr\u00e9c\u00e9dents, cela peut sembler id\u00e9al, sans oublier cependant les r\u00e9serves \u00e0 faire sur l\u2019objectivation de l\u2019homme. Par son travail l\u2019homme trouve une identit\u00e9 qui le \u00abqualifie\u00bb, une sp\u00e9cialit\u00e9 qui le d\u00e9finit, une valeur qui le mesure. Rationnellement ce travail est gratifiant et donc utile.<\/p>\n<p><em>La soci\u00e9t\u00e9.<\/em> Dans une perspective instrumentale, la soci\u00e9t\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e comme un appareil, une organisation rationnelle des individus en fonction de leur r\u00f4le et en particulier de leur sp\u00e9cialit\u00e9 et leur valeur d\u2019utilit\u00e9. Cette soci\u00e9t\u00e9 est ici encore une image de la collectivit\u00e9 que constitue l\u2019entreprise. Plus g\u00e9n\u00e9ralement la soci\u00e9t\u00e9 peut \u00eatre vue comme constitu\u00e9e de toutes les entreprises humaines au sens de toutes les activit\u00e9s ordonn\u00e9es \u00e0 un but utile. De ce fait chercher dans l\u2019homme ou dans la soci\u00e9t\u00e9 le sens de l\u2019efficacit\u00e9 pour l\u2019entreprise est une pseudo justification. L\u2019efficacit\u00e9 rationnelle ne se justifie que du fait d\u2019\u00eatre rationnelle.<\/p>\n<p><strong>Les caract\u00e9ristiques propres de ce mod\u00e8le<\/strong><\/p>\n<p>Ici aussi nous allons envisager diff\u00e9rents aspects classiques pour d\u00e9crire un type d\u2019entreprise au travers de la fa\u00e7on dont ces aspects sont mis en jeu sp\u00e9cifiquement.<\/p>\n<p><em>Le pouvoir.<\/em> Il sera \u00e9videmment celui de la Raison, autrement dit celui du plus comp\u00e9tent dans la sp\u00e9cialit\u00e9 de l\u2019entreprise. De ce fait, les chefs d\u2019entreprises seront plut\u00f4t des techniciens ou des ing\u00e9nieurs, en tout cas des gens qualifi\u00e9s (titres et comp\u00e9tences). Ce pouvoir se justifie par l\u2019effectivit\u00e9 d\u2019une comp\u00e9tence et ne s\u2019exerce que dans la mise en oeuvre de celle-ci. Il n\u2019est donc qu\u2019un pouvoir de savoir, savoir-faire, savoir faire-faire, fond\u00e9 uniquement sur l\u2019efficacit\u00e9 technique. Pas de pressions, de menaces, de s\u00e9ductions, pas de simple opportunit\u00e9, de place, d\u2019adaptation aux circonstances, mais l\u2019exercice effectif d\u2019une sp\u00e9cialit\u00e9 en rapport direct avec les activit\u00e9s de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>La propri\u00e9t\u00e9 \u00e9ventuelle de celle-ci n\u2019est qu\u2019une question accessoire, un moyen \u00e0 traiter en fonction de la meilleure efficacit\u00e9 possible. Un tel pouvoir est en principe incontestable puisqu\u2019il ne se d\u00e9finit et ne s\u2019exerce que dans le champ de l\u2019objectivit\u00e9 et de la raison. N\u2019est-ce pas cependant ce que l\u2019on pourrait qualifier de \u00abpouvoir technocrate\u00bb ou encore mieux comprendre \u00e0 cette occasion ce qu\u2019est une technocratie.<\/p>\n<p><strong>L\u2019encadrement.<\/strong> Ce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019encadrer ne peut \u00eatre dans ce type d\u2019entreprise, que le processus technique. De ce fait l\u2019encadrement sera constitu\u00e9 par des sp\u00e9cialistes comp\u00e9tents pour actionner leur part de l\u2019appareil. La fonction de cadre sera donc d\u00e9finie par un niveau de capacit\u00e9 et d\u2019utilit\u00e9 dans l\u2019entreprise. Le pouvoir associ\u00e9 est uniquement instrumental, technique et le \u00abchef\u00bb est celui qui est d\u00e9tenteur des plus grandes comp\u00e9tences. C\u2019est le principe d\u2019un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique qui n\u2019a pas un simple but de classement, mais d\u2019efficacit\u00e9. Les techniques utilis\u00e9es dans l\u2019entreprise conditionnent donc le type d\u2019encadrement n\u00e9cessaire (et vice versa). L\u2019encadrement \u00ab technicien \u00bb aura toujours des r\u00e9ticences \u00e0 sortir de ce r\u00f4le fond\u00e9 dans l\u2019exercice d\u2019une sp\u00e9cialit\u00e9 et tendra \u00e0 ignorer les autres dimensions et quelques fois \u00e0 leur laisser le champ libre. C\u2019est comme cela qu\u2019on a pu parler de \u00abconfiscation des comp\u00e9tences\u00bb par des entreprises de type imp\u00e9rialiste. Il est en effet bien facile d\u2019utiliser des leurres comme buts d\u2019application d\u2019une technicit\u00e9 uniquement soucieuse d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p><em>La structure.<\/em> Elle se confond avec l\u2019organisation rationnelle des comp\u00e9tences. Elle a ainsi un but instrumental uniquement fonction des proc\u00e9d\u00e9s techniques utilis\u00e9s. La structure est la trace formalis\u00e9e de la strat\u00e9gie op\u00e9ratoire de l\u2019entreprise. C\u2019est un organigramme rationnel d\u00e9pendant des m\u00e9thodes et techniques utilis\u00e9es pour l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise. Elle changera donc en fonction de celles-ci avec l\u2019encadrement et les sp\u00e9cialit\u00e9s correspondantes. Ce type de structure est plut\u00f4t fonction des projets que r\u00e9alise l\u2019entreprise que de privil\u00e8ges ou de \u00ab principes naturels \u00bb d\u2019autorit\u00e9 ou de stabilit\u00e9. De nouvelles technologies entrainent automatiquement et rationnellement de nouvelles structures.<\/p>\n<p><em>La participation des hommes \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise.<\/em> Elle est bien entendue rationalis\u00e9e. Chacun est \u00e0 la place qui correspond \u00e0 sa sp\u00e9cialit\u00e9 et son niveau de qualification (il n\u2019y a pas d\u2019O.S.) tant que ceux-ci n\u2019\u00e9voluent pas et tant que son utilit\u00e9 n\u2019est pas modifi\u00e9e. Ainsi autant l\u2019exercice efficace de ses comp\u00e9tences dans ce type d\u2019entreprise est-il enthousiasmant, surtout par rapport \u00e0 d\u2019autres mod\u00e8les autant l\u2019homme n\u2019est-il reconnu valable que comme outil, autrement dit \u00ab objet utile \u00bb aux fins de l\u2019entreprise selon le m\u00eame principe d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Ceci est tellement rationnel et raisonnable qu\u2019il peut \u00eatre difficile de ne pas y voir une condition incontournable. C\u2019est trop satisfaisant pour \u00eatre remis en question. Pourtant, si tout va bien, tant que le processus op\u00e9ratoire tourne bien, tant que les finalit\u00e9s ou l\u2019utilit\u00e9 de l\u2019entreprise ne sont pas en cause, tant que les performances sont bonnes. Cela ne va plus si pour quelque raison sont mises en question ces caract\u00e9ristiques de l\u2019entreprise technologique. La participation des hommes pourra se traduire par le maintien des leurres collectifs o\u00f9, si ce n\u2019est plus possible, par une d\u00e9motivation et un effondrement. C\u2019est le cas particuli\u00e8rement pour tous ceux dont la valeur propre repose sur une comp\u00e9tence remise ainsi en cause.<\/p>\n<p><em>Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques.<\/em> Cette dimension sera consid\u00e9r\u00e9e dans l\u2019entreprise technologique essentiellement sous son aspect financier, minimum de moyens pour un maximum d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019investissement est plus dans la r\u00e9mun\u00e9ration de la mati\u00e8re grise et du savoir-faire ou dans les outils technologiques compl\u00e9mentaires et associ\u00e9es. Il s\u2019agit donc d\u2019efficacit\u00e9 ou de rentabilit\u00e9 des investissements et non pas de possession ou d\u2019appropriation de plus vastes territoires. Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques sont ainsi subordonn\u00e9s aux objectifs de l\u2019entreprise et \u00ab l\u2019\u00e9conomique \u00bb est plus une technique \u00e0 utiliser pour g\u00e9rer efficacement l\u2019entreprise qu\u2019un mod\u00e8le explicatif ou une r\u00e9f\u00e9rence primordiale au \u00ab mat\u00e9riel \u00bb et au \u00ab quantitatif \u00bb.<\/p>\n<p><em>Les technologies nouvelles.<\/em> Leur place est \u00e9vidente en tant que technologies nouvelles, de pointe, elles justifient la cr\u00e9ation et le d\u00e9veloppement de telles entreprises, soit comme utilisatrices, soit comme productrices de leurs outils. Il y a donc une compl\u00e8te correspondance entre le d\u00e9veloppement de ces technologies et celle de ce mod\u00e8le d\u2019entreprises (c\u2019est le cas notamment de la Silicon Valley aux Etats-Unis). Cependant il faut y rapporter tout ce que nous avons dit caract\u00e9risant ce mod\u00e8le d\u2019entreprise dont les nouvelles technologies sont la justification et en tirent leur d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><em>Les m\u00e9thodes de contr\u00f4le.<\/em> Rationalit\u00e9 est le ma\u00eetre mot. Dans ce type d\u2019entreprise, les probl\u00e8mes de contr\u00f4le ne sont rien d\u2019autre que ceux de la v\u00e9rification des processus. Ce seront donc des mesures d\u2019efficacit\u00e9, des ratios, des \u00ab tableaux de bord \u00bb, des \u00ab instruments \u00bb de pilotage. On parlera seulement l\u00e0 \u00e0 juste titre \u00ab d\u2019outils \u00bb de gestion. Leur conception et leur mise en oeuvre seront chaque fois fonction de ce qu\u2019il y a \u00e0 g\u00e9rer, c\u2019est-\u00e0-dire la mise en oeuvre d\u2019une technologie, d\u2019une m\u00e9thode particuli\u00e8re. Chaque entreprise a donc ici \u00e0 concevoir ses propres syst\u00e8mes de contr\u00f4le en fonction des buts et des moyens qu\u2019elle s\u2019est donn\u00e9e. On d\u00e9couvrira ainsi que m\u00eame si ce mod\u00e8le technologique si rationnel est suppos\u00e9 devoir exister, il n\u2019a cependant que peu de repr\u00e9sentants r\u00e9els dans les entreprises du monde industriel.<\/p>\n<p><em>La crise.<\/em> Toute crise est passionnelle, irrationnelle et donc peu envisageable dans la logique de ce type d\u2019entreprise. De ce fait d\u00e9velopper les nouvelles technologies et les entreprises correspondantes apparaitra comme la solution raisonnable pour \u00ab effacer \u00bb la crise. C\u2019est bien ce qui se passe lorsque celles-ci sont investies d\u2019un pouvoir salvateur. C\u2019est celui de la raison triomphant des passions et donc du pouvoir de possession.<\/p>\n<p><strong>IV &#8211; LE MOD\u00c8LE CONVIVIAL<\/strong><\/p>\n<p>Le terme de \u00ab convivial \u00bb a \u00e9t\u00e9 largement banalis\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais il ne faudrait pas que cette banalisation soit seulement une neutralisation. Il m\u00e9rite d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 plus profond\u00e9ment y compris dans la r\u00e9alit\u00e9 que peuvent \u00eatre des entreprises \u00ab du mod\u00e8le convivial \u00bb pour \u00e9chapper \u00e0 la qualification \u00ab d\u2019utopique \u00bb qu\u2019y adjoindront les tenants du mod\u00e8le industriel et \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence de ceux du mod\u00e8le technologique.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise conviviale se fonde sur une combinaison des finalit\u00e9s personnelles et existentielles et des finalit\u00e9s qualitatives et humaines. De ce fait, l\u2019entreprise du mod\u00e8le convivial est la seule dont la finalit\u00e9 puisse \u00eatre v\u00e9ritablement l\u2019innovation dans son plein sens de cr\u00e9ation et d\u2019am\u00e9lioration des soci\u00e9t\u00e9s humaines. Il ne s\u2019agit plus en effet d\u2019adaptation au monde ou au milieu comme dans le mod\u00e8le \u00e9conomique, mais d\u2019\u00e9volution et de d\u00e9veloppement de l\u2019homme personnellement et collectivement. L\u2019entreprise du mod\u00e8le convivial est l\u2019une des fa\u00e7ons dont cela peut se jouer et s\u2019articuler.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise du mod\u00e8le convivial est donc par d\u00e9finition le mode particulier qu\u2019une communaut\u00e9 humaine choisi pour r\u00e9aliser ses aspirations et satisfaire les besoins de la communaut\u00e9 et des personnes pour leur \u00e9panouissement.<\/p>\n<p>Il faudra pr\u00e9ciser tout cela pour ne pas le voir r\u00e9duit \u00e0 l\u2019id\u00e9alit\u00e9. Auparavant il faut souligner que l\u2019entreprise ainsi d\u00e9finie ne trouve pas sa finalit\u00e9, ni dans sa production mat\u00e9rielle, ni dans son organisation bien que l\u2019une et l\u2019autre y existent, mais plus par leur signification humaine que par leur valeur objective. Autrement dit, ni le productivisme, ni le bureaucratisme n\u2019y ont leur place. En outre, comme nous le verrons, l\u2019\u00e9conomique et l\u2019adaptation au milieu sont des conditions, le pouvoir, la possession et la technologie des accessoires.<\/p>\n<p>Par ailleurs l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise compte autant par ce qui s\u2019y vit que par ses r\u00e9sultats. Ce qui s\u2019y vit est le jeu des r\u00e9alisations personnelles et communes, l\u2019ensemble des rapports interpersonnels, des expressions personnelles et des significations collectives. L\u2019entreprise conviviale est ainsi consid\u00e9r\u00e9e comme la micro culture d\u2019une communaut\u00e9 de personnes appartenant aussi \u00e0 d\u2019autres cultures, locales, r\u00e9gionales, nationales, etc&#8230; L\u2019entreprise est donc un ph\u00e9nom\u00e8ne culturel en tant que modalit\u00e9 d\u2019existence d\u2019une collectivit\u00e9 humaine, dans ses expressions, dans ses r\u00e9alisations et dans son historicit\u00e9. Cette appr\u00e9hension de l\u2019entreprise est toujours possible pour toutes celles qui existent, \u00e0 condition d\u2019utiliser ce \u00ab mod\u00e8le \u00bb de lecture. C\u2019est la premi\u00e8re condition on le verra pour que sa r\u00e9alit\u00e9 apparaisse. En effet, ceci existe d\u00e9j\u00e0 mais n\u2019est pas regard\u00e9 comme tel, soit que ce ne soit pas d\u00e9sign\u00e9 comme \u00ab entreprise \u00bb, soit que d\u2019autres lectures soient choisies ou impos\u00e9es, camouflant ou pervertissant la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est le probl\u00e8me le plus difficile \u00e0 r\u00e9soudre, celui de la conscience des r\u00e9alit\u00e9s et de leurs significations pour l\u2019\u00e9volution des entreprises, conscience qui d\u2019une part d\u00e9pend du mod\u00e8le de lecture choisi, souvent comme unique et d\u2019autre part caract\u00e9rise l\u2019enrichissement et la qualit\u00e9 des hommes et de leurs communaut\u00e9s dans l\u2019accomplissement de leurs oeuvres dont le mod\u00e8le convivial d\u2019entreprise est une modalit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi le choix de ce mod\u00e8le de compr\u00e9hension et de r\u00e9alisation suppose une certaine conscience et en propose le d\u00e9veloppement. Comme tout mod\u00e8le, il est auto d\u00e9veloppant.<\/p>\n<p>La conscience de la pluralit\u00e9 des mod\u00e8les d\u2019entreprise peut contribuer \u00e0 sortir de la fatalit\u00e9 des mod\u00e8les uniques et \u00e0 reconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 actuelle et potentielle du mod\u00e8le convivial d\u2019entreprise. Le changement de regard pr\u00e9sage le changement d\u2019actes y compris sur l\u2019entreprise.<\/p>\n<p><strong>Les valeurs principales<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019entreprise conviviale trouve sa finalit\u00e9 dans l\u2019\u00e9mergence de valeurs communes par l\u2019inter relation de ses partenaires. Elle est ainsi l\u2019expression d\u2019un \u00abconsensus\u00bb ou \u00absens commun\u00bb d\u2019une population. De ce fait ce qui constitue sa justification, son originalit\u00e9 et sa p\u00e9rennit\u00e9 est ce m\u00eame consensus. L\u2019entreprise existe autant que ce consensus la fait exister. Celui-ci se r\u00e9v\u00e8le dans le projet m\u00eame d\u2019une d\u2019entreprise commune ou dans le rassemblement autour du m\u00eame projet d\u2019entreprendre ou autour du m\u00eame projet qui se r\u00e9alise dans l\u2019entreprise. Cela met au centre des valeurs de l\u2019entreprise conviviale :<br \/>\n&#8211; le consensus qui correspond \u00e0 la rencontre de partenaires gardant leur sp\u00e9cificit\u00e9 et s\u2019associant dans une activit\u00e9 commune,<br \/>\n&#8211; la conscience ou la mise en \u00e9vidence de ce consensus qui enrichit les rapports entre les personnes et leur permet d\u2019acc\u00e9der aux finalit\u00e9s communes,<br \/>\n&#8211; le fait personnel o\u00f9 chacun est partenaire en fonction de sa propre personnalit\u00e9,<br \/>\n&#8211; le fait collectif ou culturel qui relie dans la m\u00eame \u00ab entreprise \u00bb les finalit\u00e9s individuelles et leur donne un sens collectif,<br \/>\n&#8211; le fait \u00ab professionnel \u00bb qui est d\u00e9fini ici comme ce qui fait l\u2019exercice de l\u2019activit\u00e9 particuli\u00e8re des personnes dans les r\u00e9alisations et l\u2019activit\u00e9 collective. La profession est ce rapport entre les deux.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise conviviale mesure son activit\u00e9 \u00e0 ce qui b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 la collectivit\u00e9 humaine o\u00f9 elle existe et dont le b\u00e9n\u00e9fice est de progression dans l\u2019\u00e9panouissement, l\u2019accomplissement ou la r\u00e9alisation des personnes et de leur collectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Cela suppose que soient ici aussi consid\u00e9r\u00e9s de quels hommes, de quel travail, de quelle soci\u00e9t\u00e9 on parle.<\/p>\n<p><em>L\u2019homme.<\/em> Il est caract\u00e9ris\u00e9 d\u2019abord par son \u00abhumanit\u00e9\u00bb, son \u00abesprit\u00bb qui le diff\u00e9rencie de ce qui n\u2019est pas humain et aussi par sa personnalit\u00e9 particuli\u00e8re qui en fait un sujet et non pas d\u2019abord un objet. C\u2019est la facult\u00e9 de \u00ab conscience \u00bb de l\u2019homme qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 commune et celle de chacun. C\u2019est le d\u00e9veloppement de cette humanit\u00e9 particuli\u00e8re de chacun et de chaque groupe qui justifie toute entreprise \u00ab conviviale \u00bb, dans ses besoins les plus \u00e9l\u00e9mentaires bien sur, mais pas uniquement. C\u2019est en tous cas \u00e0 cette \u00ab conscience \u00bb que l\u2019entreprise fera appel et dont l\u2019aspect le plus \u00e9vident pour elle, est la \u00ab ma\u00eetrise professionnelle \u00bb.<\/p>\n<p><em>Le travail.<\/em> Il n\u2019est pas seulement \u00e9valu\u00e9 par son produit, ses r\u00e9sultats, ni par l\u2019effort ou par l\u2019action, ni par la technicit\u00e9 qu\u2019il suppose. Il est aussi une activit\u00e9 o\u00f9 la personne humaine s\u2019accomplit dans son rapport \u00e0 la collectivit\u00e9 d\u2019une part et \u00e0 son oeuvre d\u2019autre part. Le travail est alors une activit\u00e9 humaine et sociale sans commune mesure avec l\u2019op\u00e9ration que peut effectuer une machine, la production finale n\u2019en est donc qu\u2019un aspect et pas le seul but. Celle-ci en tout cas donne son sens \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de travail dans la mesure o\u00f9 elle est justifi\u00e9e par le consensus qui fait l\u2019entreprise et son activit\u00e9. De ce fait, rien n\u2019est tout \u00e0 fait neutre en la mati\u00e8re, ni le produit, ni l\u2019entreprise, ni le travail qui sont li\u00e9s ensemble par la finalit\u00e9 en consensus.<\/p>\n<p><em>La soci\u00e9t\u00e9.<\/em> Le mod\u00e8le convivial de l\u2019entreprise s\u2019ins\u00e8re dans une soci\u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme un ensemble de communaut\u00e9s culturelles. La culture dans cette optique est tout ce qui est l\u2019expression de la vie en commun d\u2019une population. Elle est sous-tendue par un consensus, un ensemble de significations sur lesquelles vont se b\u00e2tir toutes les activit\u00e9s collectives et en particulier les entreprises. Celles-ci sont donc parties int\u00e9grantes du tissu social et non pas des enclaves ou des micro-soci\u00e9t\u00e9s ne r\u00e9pondant pas aux lois de la communaut\u00e9 et de sa culture mais \u00e0 des lois impos\u00e9es de l\u2019ext\u00e9rieur au nom de quelque autorit\u00e9 ou quelque obligation \u00ab naturelle \u00bb.<br \/>\nDe ce fait le nom de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb peut \u00e0 nouveau \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise. Le mod\u00e8le convivial de l\u2019entreprise en fait une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, de personnes, bien s\u00fbr. Ceci renvoie au fait que la vie de l\u2019entreprise ne peut \u00eatre d\u00e9connect\u00e9e de la vie des personnes et de leurs groupes puisque c\u2019est par rapport \u00e0 eux qu\u2019elle trouve sa finalit\u00e9 sociale. Il n\u2019y a plus ainsi de discussion possible entre l\u2019\u00e9conomique et le social, les finalit\u00e9s \u00absociales\u00bb (et personnelles) sont celles m\u00eame de l\u2019entreprise, l\u2019\u00e9conomique n\u2019est qu\u2019une fa\u00e7on de consid\u00e9rer les probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9, mais ne constitue pas un probl\u00e8me en soi. Les probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9 que l\u2019entreprise conviviale partage ne sont plus dissimul\u00e9s sous la fiction \u00e9conomique.<\/p>\n<p><strong>Les caract\u00e9ristiques propres<\/strong><\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le convivial d\u2019entreprise peut appara\u00eetre banal ou id\u00e9al ou flou. En fait, il existe d\u00e9j\u00e0 mais trop souvent ignor\u00e9 ou oubli\u00e9 au nom de n\u00e9cessit\u00e9s ou fatalit\u00e9s diverses. En outre, \u00e9tant l\u2019expression directe d\u2019un milieu social, le mod\u00e8le ne peut \u00eatre fig\u00e9 dans une forme standard et au contraire ne doit garder que des principes adapt\u00e9s \u00e0 chaque situation particuli\u00e8re.<\/p>\n<p><em>Le pouvoir.<\/em> En tant que \u00ab pouvoir faire \u00bb il a sa place. On peut aussi envisager qu\u2019une personne ou un petit groupe de personnes \u00ab incarne \u00bb le consensus de l\u2019entreprise pour s\u2019en faire l\u2019\u00e9cho et l\u2019animateur.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re fonction du chef d\u2019entreprise d\u2019en \u00eatre le repr\u00e9sentant et l\u2019animateur. Selon les cas, le chef d\u2019entreprise peut en \u00eatre le cr\u00e9ateur autour du projet o\u00f9 se sont rassembl\u00e9es d\u2019autres personnes. Il peut \u00eatre aussi quelqu\u2019un qui \u00e9mane de l\u2019entreprise, reconnu comme le plus capable de jouer le r\u00f4le ici d\u00e9fini. Ce n\u2019est en tout cas pas un pouvoir de commandement, de propri\u00e9t\u00e9, de comp\u00e9tence technique. Non qu\u2019ils soient exclus mais seulement accessoires de ce qui fonde l\u2019autorit\u00e9 de celui qui est \u00ab autoris\u00e9 \u00bb \u00e0 l\u2019incarner. L\u2019exercice de ce pouvoir est affaire de \u00abgouvernement\u00bb plut\u00f4t que de gestion c\u2019est-\u00e0-dire voir et entendre, choisir, orienter, animer, piloter.<\/p>\n<p><em>L\u2019encadrement.<\/em> Il n\u2019a certainement pas pour r\u00f4le d\u2019encadrer, mais en fait d\u2019\u00eatre aussi une autorit\u00e9. Les possibilit\u00e9s d\u2019exercer l\u2019autorit\u00e9 au sens (o\u00f9 elle est entendue ici) de service aupr\u00e8s des autres, sont limit\u00e9es et demandent des relais.<\/p>\n<p>On ne peut gu\u00e8re animer directement des groupes de plus de 10\/15 personnes et il faut donc des relais. Ceux-ci ne transmettent pas des ordres mais participent \u00e0 un pouvoir d\u2019animation et sont donc animateurs eux-m\u00eames. L\u2019encadrement a donc pour tache de participer au \u00ab gouvernement \u00bb de l\u2019entreprise, chacun en ce qui le concerne en fonction des besoins de la communaut\u00e9 d\u2019entreprise. Ils ne se justifient que d\u2019\u00eatre \u00ab autoris\u00e9s \u00bb par les groupes qu\u2019ils ont la charge de gouverner pour y exercer une autorit\u00e9 personnelle. Sortant du sch\u00e9ma simpliste de la distribution des ordres cela demande bien s\u00fbr un effort de compr\u00e9hension nouveau. Il y a en tout cas l\u00e0 une alternative pour un encadrement bouscul\u00e9 par les changements de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. Repr\u00e9sentants et animateurs d\u2019unit\u00e9s \u00e0 \u00ab taille humaine \u00bb qui fonctionnent comme une micro entreprise, les \u00ab cadres \u00bb devraient changer d\u2019appellation.<\/p>\n<p><em>La structure.<\/em> Le coeur de l\u2019entreprise conviviale est ce qui lui donne sa finalit\u00e9 et son activit\u00e9: le consensus de ses partenaires. De ce fait toute structure ne peut que r\u00e9sulter des sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque \u00ab consensus \u00bb d\u2019entreprise. La structure est alors l\u2019ordre qu\u2019elle se donne pour \u00e9voluer selon sa finalit\u00e9 . Elle est automatiquement porteuse d\u2019abord d\u2019un courant centrip\u00e8te vers l\u2019autorit\u00e9 centrale l\u2019autorisant dans sa fonction et lui amenant tout \u00e9l\u00e9ment n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019exercice de cette autorit\u00e9 et ensuite d\u2019un courant centrifuge de l\u2019autorit\u00e9 centrale vers toutes les unit\u00e9s pour en assurer l\u2019animation et le pilotage. Ceci exprime le fait d\u2019un rapport alternatif, d\u2019une relation, d\u2019une communication dont la structure de l\u2019entreprise est l\u2019aspect formel. Chaque autorit\u00e9 particuli\u00e8re dans une m\u00eame entreprise est dans la m\u00eame position<\/p>\n<p><em>La participation des hommes \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise.<\/em> Elle est \u00e9vidente dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019une entreprise commune. En outre, du fait que chacun connaisse les finalit\u00e9s et soit en mesure d\u2019y situer son activit\u00e9 propre et sa propre personne, il y a \u00e0 la fois une appartenance forte \u00e0 l\u2019entreprise et en m\u00eame temps une reconnaissance personnelle importante. Ce sont les deux conditions d\u2019une forte implication dont on peut attendre des effets extr\u00eamement importants sur le plan de l\u2019efficacit\u00e9, de la pertinence des actions, de la production. Cela ne veut pas dire que la soci\u00e9t\u00e9 conviviale est un bon \u00ab moyen \u00bb pour cela, mais qu\u2019elle obtient cela \u00ab par surcroit \u00bb.<\/p>\n<p>Par ailleurs il faut souligner que cette participation est un partage de consensus, de t\u00e2ches, de b\u00e9n\u00e9fices et qu\u2019elle implique les personnes dans leur totalit\u00e9 de sujets humains. Le travail n\u2019est pas le simple exercice d\u2019une activit\u00e9 de production technique, m\u00e9canique ou de force, mais beaucoup plus une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et de s\u2019accomplir personnellement et collectivement. Cela revient \u00e0 d\u00e9tacher la compr\u00e9hension de la vie de l\u2019entreprise du seul aspect objectif de production. L\u2019homme et son activit\u00e9 cr\u00e9atrice redeviennent l\u2019enjeu premier de l\u2019entreprise conviviale, la production et l\u2019organisation n\u2019en \u00e9tant que des moyens ou des conditions accidentelles.<\/p>\n<p><em>Les probl\u00e8mes \u00e9conomiques.<\/em> Ils ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s en partie. Cependant il faudrait reconsid\u00e9rer totalement ce que l\u2019on entend par \u00ab \u00e9conomique \u00bb et en particulier s\u2019assurer de quelle th\u00e9orie \u00e9conomique on parle. Dans le cadre du mod\u00e8le de l\u2019entreprise conviviale, on pourrait dire que l\u2019\u00e9conomie c\u2019est l\u2019ensemble du syst\u00e8me des rapports symboliques de l\u2019entreprise, rapports interpersonnels, collectifs, rapports au travail, \u00e0 l\u2019environnement culturel, etc. La mon\u00e9tarisation de tous ces rapports n\u2019est pas obligatoire non plus que leur quantification. On a trop tendance \u00e0 oublier que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et que l\u2019\u00e9conomique r\u00e9duit aux jeux quantitatifs structurels et mon\u00e9taires ne rend compte que d\u2019un aspect de la r\u00e9alit\u00e9 actuelle. Seulement ici encore les instruments d\u2019observation ont un effet sur l\u2019\u00e9volution de la r\u00e9alit\u00e9. Il faudrait donc red\u00e9finir l\u2019\u00e9conomie pour une entreprise conviviale et en second lieu ses instruments utiles \u00e0 ses propres finalit\u00e9s sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>En tout cas le fait majeur de l\u2019entreprise conviviale, c\u2019est que son \u00e9conomie propre est enti\u00e8rement du domaine de sa ma\u00eetrise propre (celle de la communaut\u00e9 de ses partenaires) et pas du tout dans la d\u00e9pendance soit d\u2019un fournisseur de capitaux, soit d\u2019une structure \u00ab macro \u00e9conomique \u00bb qui commandent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019entreprise conviviale d\u2019\u00eatre associ\u00e9e \u00e0 des entreprises plus larges et contribuer ainsi \u00e0 une macro \u00e9conomie.<\/p>\n<p>Par ailleurs la participation des personnes \u00e0 l\u2019existence m\u00eame de l\u2019entreprise ne les s\u00e9pare \u00e0 aucun moment de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019ensemble qu\u2019ils partagent autant qu\u2019ils y participent.<\/p>\n<p><em>Les technologies nouvelles.<\/em> Ce que recouvre ce terme n\u2019est pas indiff\u00e9rent pour le mod\u00e8le convivial. En effet, l\u2019innovation qui est toujours une transformation d\u2019une modalit\u00e9 de la vie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 est d\u2019abord un \u00ab mouvement de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. La technologie ne vient favoriser ou b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019innovation que dans la mesure o\u00f9 elle est signifiante pour ce mouvement de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a donc que les entreprises vraiment en harmonie avec ces \u00ab mouvements de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, parce qu\u2019elles en sont l\u2019\u00e9manation, qui puissent \u00eatre innovatrices. Les entreprises conviviales seront donc ce qui permettra la rencontre \u00e9ventuelle de mouvements de soci\u00e9t\u00e9 et de technologies nouvelles dont l\u2019innovation technologique sera alors le r\u00e9sultat. La technologie n\u2019est plus alors une simple affaire de technique, d\u2019outil, d\u2019efficacit\u00e9 mais la r\u00e9ponse ad\u00e9quate aux besoins et aux sensibilit\u00e9s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une culture. C\u2019est pour cela qu\u2019une \u00ab adaptation culturelle \u00bb des technologies est n\u00e9cessaire pour qu\u2019il y ait innovation v\u00e9ritable et ce dans les entreprises de type convivial qui seront en mesure de le faire. Il faut pour cela diff\u00e9rencier les pseudo innovations qui sont, soit des techniques s\u00e9duisantes mais marginalement utilis\u00e9es, soit des habillages diff\u00e9rents de choses qui existent, soit des moyens d\u2019exercer un plus grand pouvoir. Les exemples ne manquent pas sous le th\u00e8me actuel des \u00ab nouvelles technologies \u00bb.<\/p>\n<p><em>Les m\u00e9thodes de contr\u00f4le.<\/em> Elles ne peuvent \u00eatre standardis\u00e9es et formalis\u00e9es comme dans certains autres types d\u2019entreprises. Les dimensions personnelles et existentielles, humaines et qualitatives qui supportent la finalit\u00e9 supportent en cons\u00e9quence les \u00ab contr\u00f4les \u00bb n\u00e9cessaires. Le contr\u00f4le ne peut \u00eatre ici qu\u2019une fa\u00e7on de \u00ab ma\u00eetriser \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019ajuster le pilotage de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Cela revient en d\u00e9finitive \u00e0 :<br \/>\n&#8211; \u00e9lucider les consensus internes et externes \u00e0 l\u2019entreprise,<br \/>\n&#8211; r\u00e9ajuster toutes les modalit\u00e9s de fonctionnement de l\u2019entreprise sur les orientations choisies et sur les finalit\u00e9s de l\u2019entreprise<br \/>\n&#8211; communiquer pour pouvoir animer l\u2019entreprise et ses unit\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est donc une activit\u00e9 de r\u00e9gulation de ce qui fonde l\u2019entreprise conviviale, c\u2019est-\u00e0-dire le consensus collectif et ses modalit\u00e9s sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p><em>La crise.<\/em> Dans la logique du mod\u00e8le convivial d\u2019entreprise, il n\u2019y a de crise que sociale et culturelle. L\u2019entreprise en est le lieu comme le reste et son \u00e9conomie en est automatiquement affect\u00e9e. Cela n\u2019est cependant que le sympt\u00f4me, la maladie est culturelle. Il n\u2019y a donc de r\u00e9ponse que culturelle et c\u2019est dans ce que l\u2019on appelle le \u00ab d\u00e9veloppement endog\u00e8ne \u00bb que l\u2019on peut trouver des solutions. L\u2019entreprise conviviale est de ce fait la meilleure r\u00e9ponse \u00e0 la crise parce qu\u2019elle est seule capable d\u2019amener les solutions que n\u00e9cessite la situation des communaut\u00e9s et soci\u00e9t\u00e9s affect\u00e9es qui ont perdu la ma\u00eetrise de leur \u00ab \u00e9conomie \u00bb.<\/p>\n<p><strong>CONCLUSIONS<\/strong><\/p>\n<p>Le mod\u00e8le industriel qui semble dominant est plut\u00f4t celui d\u2019une \u00ab exploitation \u00bb plut\u00f4t que d\u2019une \u00ab entreprise \u00bb. Il a comme caract\u00e9ristique d\u2019interdire la r\u00e9flexion et de favoriser la confusion. C\u2019est pour cela qu\u2019il est utile de concevoir qu\u2019il existe plusieurs possibilit\u00e9s et non pas une ou deux.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cela aussi qu\u2019il est n\u00e9cessaire de prendre conscience qu\u2019il y a plusieurs r\u00e9ponses possibles aux questions qui se posent. Mais encore plus important que tout cela est de se rendre compte qu\u2019il y a aussi plusieurs questionnements possibles et non pas un seul. Cela suppose une facult\u00e9 de discernement qui permette de choisir ses questions et donc un point de vue parmi plusieurs possibles. Le type de questions que l\u2019on se pose induit le type de r\u00e9ponse que l\u2019on va chercher et le mod\u00e8le d\u2019entreprise auquel on va faire appel pour les r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>Par exemple on peut reprendre la question \u00e9conomique. Dire qu\u2019il y a un probl\u00e8me \u00e9conomique peut \u00eatre compris de plusieurs fa\u00e7ons qui conduiront \u00e0 se retourner vers tel ou tel mod\u00e8le:<\/p>\n<p>&#8211; crise \u00e9conomique = perte de privil\u00e8ges ou probl\u00e8mes de subsistances &#8211; mod\u00e8le 1<br \/>\n&#8211; crise \u00e9conomique = rupture d\u2019\u00e9quilibre, mauvaise circulation des flux &#8211; mod\u00e8le 2<br \/>\n&#8211; crise \u00e9conomique = probl\u00e8me technique d\u2019une situation irrationnelle &#8211; mod\u00e8le 3<br \/>\n&#8211; crise \u00e9conomique = \u00e9volution des consensus collectifs et culturels et de leurs modalit\u00e9s &#8211; mod\u00e8le 4<\/p>\n<p>Tout cela est vrai \u00e0 la fois, seulement, la responsabilit\u00e9 personnelle et collective de l\u2019homme est de choisir. C\u2019est une responsabilit\u00e9 politique. La mise en oeuvre de ses choix est une entreprise. Le choix d\u2019une politique est aussi celui d\u2019un mod\u00e8le d\u2019entreprise pour la mise en oeuvre.<\/p>\n<p>On pourrait dire par ailleurs que toute entreprise r\u00e9elle comporte une part de chacun des mod\u00e8les. C\u2019est tout \u00e0 fait exact. Cependant il ne faut pas en tirer pr\u00e9texte \u00e0 confusion. Toute entreprise privil\u00e9gie \u00e0 un moment donn\u00e9 l\u2019un de ces mod\u00e8les, c\u2019est ce qui fait qu\u2019elle a une dynamique, une politique (\u00e9nonc\u00e9e ou non) et c\u2019est obligatoirement ce \u00e0 quoi se consacrent r\u00e9ellement les dirigeants, conform\u00e9ment ou malgr\u00e9 les discours prononc\u00e9s.<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 pr\u00e9venir les oppositions au mod\u00e8le convivial d\u2019entreprise que nous pr\u00e9conisons. Les tenants du mod\u00e8le imp\u00e9rialiste demanderont des chiffres et feront r\u00e9f\u00e9rence aux dures n\u00e9cessit\u00e9s et contingences mat\u00e9rielles comme si nos pays \u00e9taient dans la mis\u00e8re et la famine. A moins qu\u2019ils disent \u00ab laissez nous faire, c\u2019est exactement ce que nous cherchons \u00bb: d\u00e9fendre les aspirations de nos soci\u00e9t\u00e9s.<br \/>\nLes tenants du mod\u00e8le \u00e9conomique diront : C\u2019est exactement la m\u00eame chose que nous pr\u00e9conisons, r\u00e9duisant tout aux aspects objectifs. Ils pourront cependant aussi invoquer les \u00ab lois de la nature \u00bb notamment celle de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 pour taxer d\u2019utopique toute entreprise qui ne se d\u00e9finit pas exclusivement sous cet aspects. La non mon\u00e9tarisation de tous les rapports dans l\u2019entreprise conviviale s\u2019oppose \u00e0 ses conceptions mon\u00e9taristes d\u2019\u00e9changes formels.<\/p>\n<p>Les tenants du mod\u00e8le technologique seront indiff\u00e9rents ou n\u2019en verront pas la raison. Ils le trouveront trop peu rationnel et surtout insuffisamment structur\u00e9 et encadr\u00e9.<\/p>\n<p>En fait, bien d\u2019autres critiques ou fausses adh\u00e9sions peuvent \u00eatre envisag\u00e9es qui sont toujours r\u00e9v\u00e9latrices des positions et des finalit\u00e9s de ceux qui les entreprennent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte de juillet 1982, dans les d\u00e9buts de l&rsquo;Humanisme M\u00e9thodologique. Il reste d&rsquo;actualit\u00e9 30 ans apr\u00e8s, alors que les emplois industriels ont \u00e9t\u00e9 divis\u00e9s par trois depuis. Au-del\u00e0 du langage et du contexte la situation actuelle voit la poursuite des crises, mais aussi l&rsquo;entr\u00e9e dans une mutation de civilisation dont les pr\u00e9misses \u00e9taient plus t\u00e9nues. 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